‹ La peste rougeChapitre 2 sur 45 · MORALE ROUGE EIN ACTION · texte numérisé non relu

MORALE ROUGE EIN ACTION

•le les eoiiiiaiesHint...

Je les connaissais, ces héros des mauvais jours. J'avais été bercé au récit de leurs méfaits ; mais, — je les croyais morts et je les avais oubliés.

Ils sont revenus.

J'ai voulu les voir de mes yeux pour les combattre ayez conscience et vérité.

L'histoire à la main, je les ai suivis pas à pas ; — je les ai touchés, sondés, compris. — J'ai été convaincu. Cela ne me suffisait pas ; j'entendais convaincre les autres, et ma voix, sans autorité, devait être méconnue ; il me fallait des preuves, des preuves flagrantes, des preuves irrécusables.

J'en ai.

Je suis allé les chercher dans la vie publique, dans la vio privée de ces hommes.

Leurs actes, leurs écrits ; leurs actes officiels connus, leurs écrits authentiques, signés, voilà mes armes, voilù mes preuves.

Et qui pourra suspecter ma bonne foi quand je m'appuierai sur des dates faciles à vérifier, et quand j'aurai dil que j'ai puisé mes plus précieux documents dans les ouvrages d'un républicain non entaché de royalisme^ du citoijen Prudhomme, membre de la Convcniion.

Dans ces actes, dans ces écrits, ]'d\ trouvé de la flagornerie et de la bassesse, une ambition monstrueuse, un orgueil incroyable, un égoïsme désordonné, une avidité insatiable, l'envie la plus haineuse...

J'y ai trouvé des crimes sans nombre...; de vertus, — point.

Assassinats juridiques^ fusillades, mitraillades, massacres, noyades, incendies, vols, pillages, dilapidations, démolitions, — rien n'y manque... l'as un Jour de l'année ne s'est écoulé sans avoir été souillé par un forfait, et c'est ce que je me suis attaché à constater par mon calendrier.

Pour mériter la mort ,

Il suffisait d'être prêtre, noble, riche, ou d'avoir du génie.

Il suffisait d'être contre-révolutionnaire .^ c'est-à-dire de donner à penser au gouvernement rouge , par un geste ou par un mot, qu'on n'approuvait pas les crimes qu'il commettait à chaque heure au nom de la Liberté et de la Fraternité,

11 suffisait d'être conspirateur... Or, les chefs du pouvoir inventaient les conspirations pour se procurer des victimes (1)...

Il suffisait d'être brigand de la Vendée, c'est-à-dire de défendre pied à pied, contre l'envahissement des Barbares, le seul coin de la France où l'on croyait encore, oîi l'on était resté lidèle à Dieu, au roi., au pays, h la vertu.

Il suffisait à! Qsoïv éié persécuteur des patriotes^ c'est-àdire, avant l'existence de la République, d'avoir obéi aux ordres du roi et de l'autorité, et d'avoir poursuivi ou emprisonné quelques scélérats qui préludaient par le désordre et l'émeute au règne de la terreur.

Il suflisait d'avoir un parent émigré.

Il suffisait de recevoir des lettres de l'étranger ou de conserver chez soi des lettres d'umis, de parents, datées de la monarchie, mais ayant une adresse nobiliaire.

Il suffisait d'avoir en son domicile du linge, de Vargenterie ou des meubles armoriés : ces objets devaient être détruits ou livrés en dons fatriotiques aux despotes de la Convention.

Il suffisait de donner sa signature pour Vouverture des églises.^ ou d'entendre la messe, ou de pratiquer un acte quelconque de notre religion.

Il suffisait de cacher de malheureux prêtres, traqués comme des bêtes fauves parce qu'ils ne voulaient pas renier leur Dieu :

(1) Voir la Confession de la Convention nationale, par Prdd- HOMUE , chap. X , 1'* partie de ce livre.

Il sulfisait de faire des ventes ou achats en numéraire.

11 suffisait à! une dénonciation vraie, ou fausse, \)om'\\x qu'elle émanât de la ^uine partie de la nation. La saine partie de la nation, c'était les braves sans-culottes les hommes du (m ira et do la Carmagnole-^ les Septemlyriseurs , bref les rouges de tous les étages... En eux seuls les comités de salut public et de sûreté générale avaient confiance, et cette confiance naissait d'une estime réciproque, car les uns et les autres faisaient la même besogne, celuici avec sa hache, celui-là avec sa plume.

On le voit, tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens en France se trouvait enserré dans l'impitoyable logique des parvenus de la République, auxquels tout portait ombrage, et (jui n'avaient qu'un argument sérieux, qu'un point d'appui, qu'une raison d'être..., l'échafaud !

<( Le nombre des victimes fut si considérable que les ha- » bitants des campagnes, le long des rives du Rhône et de » la Loire, vinrent observer aux autorités constituées de » Lyon et de Nantes que la quantité des cadavres qui se » trouvaient accumulés par l'etfet des vagues sur les bords » des fleuves infectaient l'air et faisaient craindre la » peste (1). »

Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que ces mille maux sont venus fondre en plus grand nombre et avec plus

(1) Prudhomme, député à la Couvfntion, — Dictionnaire des crimes de la révolution, vol. i*"'.

de rigueur sur Xapeiiple proprement dit (|ue sur les autres classes de citoyens.

Le nivellement cle.f c/nsscs. tel était le but avoué et apparent : la (Irpopvlatiot) (jnirrale, tel était le but réel et caché de ces prêcheurs d'Égalité et de Fraternité.

Voila ce que Je veux apprendre au peuple pivr le prémunir et le mettre en garde xontre les habiles qui cherchent encore à l'exploiter avec la mente friperie de formules et de prétextes.

Car ils reviennent, — ils sont revenus !

Les révolutionnaires modernes ne sont que la servile et basse copie de ces apôtres de carnage et de misère.

Au Peuple, aux !!^olda<8i.

Peuple, — soldats ,

Pour excuser ou atténuer les forfaits que je vais mettre sous vos yeux et que personne ne pourra et ne cherchera même à nier ,

On vous dira :

La patrie était en danger !

La République, troublée à l'intérieur par les menées des aristocrates, était menacée d'une invasion de l'Europe entière !

Le salut du pays réclamait des mesures énergiques.

Sans doute, tout ce qui a été fait par la Convention et ses agents n'était peut-être pas de la plus scrupuleuse justice, mais tout cela était nécessaire à la sécurité et au bonheur de la France.

Au lieu de les maudire, bénissez la Convention et ses agents.

Peuple ! soldats !

A qui fera-t on croire que la destruction des villes, que VincewHe des villages, que la démolition des monuments, étaient nécessaires à la sécurité et au bonheur de la France 't

A qui fera-t-on croire que Y assassinai àQ femmes^ d'e«fanls, de vieillards, était nécessaire à la sécurité et au bonheur de la France ?

A qui fera-t-on croire que les vols et le pillage, que les

tortures et les noyades étaient nécessaires à la sécurité et nu bonheur de la France ?

A qui fera-t-on croire que la mort de nos plus illustres capitaines était nécessaire à la sécurité et au bonheur de la France ?...

Était-ce donc pour sauver la France de l'invasion ri rendre l'armée plus forte qu'on citait à la barre de la Convention les généraux Holchard, Biron, Beauhvrnais, Cls- TiNE, LucKNER, et tant d'autres héros qui ne comparaissaient devant ce tribunal de sang que pour être traînés à l'échafaud, le front encore ceint des lauriers de la victoire ?

Était-ce donc pour sauver la France de l'invasion et protéger nos colonies qu'on brisait te^ cadres de notre marine, qui venait de donner l'indépendance au Nouveau- Monde, et qu'un brevet de marin, en passant par les mains de la Convention, devenait vn arrêt de mort ?

A qui fera-t-on croire d'aussi barbares mensonges? Non, peuple ! non, soldats !

Je le dis et le répète, — les véritables sentiments des conventionnels et de leurs acolytes é'aient V ambition Y orgueil, Yégoisme, Venvie. — Et ces sentiments devaient être bien connus de leurs concitoyens, pour que le général de Grammont, un des plus vaillants oniciersdc l'armée du Rhin, blessé mortellement aux lignes de Wiessembourg, ait fait entendre en tombant, ces paroles accusatrices, recueillies par l'histoire : « Je puis m'iia'.cnarit r<. ntrer dant

» mes foyers : ils ne guillotineront pas vn cadavre... » (1) Non ! — ils ne trouveront pas d'excuses à leurs crimes. Et vous leur conserverez, peuple et soldats, et la postérité leur conservera Vépitliète dassassins juridiques que leur ont infligée leurs contemporains.

(1) Ces paroles sont de la plus rigoureuse exactitude, et l'honorable général de Grammont , membre de l'Assemblée législative, fils de ce glorieux officier, ne me démentira pa^. {.\ofe de l'autevr.)

— loin.

Des Faits.

« La postérité croira-t-dle que la France, que le pre- » niier peuple de l'univers, ait eu un sénat qui, poidnni » tioiaava, snrcfionnnit. foiis /•".« forfaits; un sénat qui, « pendant dix-huit mois, vil froidement chaque jour des » charretées de victimes rouler vers l'échafaud? Croira- » t-elle qu'il fut sourd à tous les cris de l'innocence; que » quelques-uns de ces sénateurs allaient de préférence » dîner vers le lieu des supplices ;• que le dégoûtant aspect » des tueries révolutionnaires était le préliminaire des » plaisirs de la table ; que la chute du couperet as'^assin » était le signal de Touverlure des orgies; quil en fut de » ces Pcrci conscrits qui virent levrs frètes entre les » mains des bourreaux et ne firent pas une démarche » pour les sauver: d'autres qui se signalèi'ent pa* rfç'no??- » çant le leur; d'au'rcs en fin, r/ui les /ivrrrent eu.i-mèmes » à la mort?...

» Croira-t-elle, la |)ostérité, à ces procijnsuls, à ces » anges de mort que le Tartare sénatorial vomissait sur la » France? Voler, violer., f/uillo'iner, notjer., égorger., fu- )) sill'r, mitrailler, démolir... telle était leur mission.

)> La destruction de l'espèce humaine n'assouvissait pas » leur rage; les hommes disparus, ils s'en prenaient aur » monuments; la villes disparaissaient sous la hache; les » flammes effaçaient les cités... 0 postérité, lu refuseras » de le croire ! >>

Écoute donc et frémis ! (1)

« Il en fut de ces proconsuls, et tu connaîtras leurs » noms dans l'histoire que nous te laisserons ; ton œil » étonné y trouvera les pièces, les témoignages authen- » tiques des faits que nous ne faisons qu'indiquer ici ; il » en fut de ces proconsuls qui tuèrent de leurs propres » mains des prisonniers qui se permettaient quelques » réclamations.

» 11 en fut qui firent exposer sur les places publiques » des femmes, pour s'être attendries sur le sort de leurs » époux, indignement massacrés.

» Il en fut qui menacèrent du supplice, des officiers de » santé, pour avoir donné les secours de leur art à de » malheureux détenus.

» D'autres faisaient traduire des citoyens devant les tri- » bunaux ou commissions populaires, et disaient aux ju- » ges :, Condamnez-les, ou l-échafaud voîis attend.

» Trois juges et un juré du tribunal révolutionnaire de » Paris, de la première organisation, furent incarcères » pour avoir voulu acquitter des accuses.

w D'autres, avant qu'on procédât au jugement, se fai- » saient apporter les actes d'accusation, et mettaient en » rcquisition des hommes, pour déposer contre ceux » qu'ils voulaient perdre.

» D'autres arrêtaient eux-mcmes dans les rues 1rs

(!) Voir Pni'DnoMsiE, membre de la Convention, — Dictionnaire des crimes de la révolution, vol. I", préface.

» hommes et les femmes qui lexir déplaisaient^ se ren- » daient au tribunal, y prenaient place, et forçaient les » juges à prononcer leur sentence.

» Un autre écrivait aux autorités du département de la » Somme, où il était en mission, ainsi qu'au comité de » sûreté générale de la Convention : « Tai tendu mon large » filet pour prendre tout mon gibier de yuilloline; je » viens d'en faire enlever quarante-quatre charretées. »

» Ce proconsul décernait des mandats d'arrêt contre » des jeunes femmes ou des filles, et les gardait dans son » appartement.

» D'autres se plaçaient aux fenêtres , en face de l'é- » chafaud , faisaient démolir les édifices qui pouvaient » leur en dérober la vue, et là, savouraient à loisir l'hor- » rible volupté de voir ruisseler le sang.

)) Une femme osa demander à un de ces monstres la li- » berté de son mari : <( Demain, lui répondit-il, tti verras » sa tête d'un côté et son corps de l'autre. » Il tint parole.

» Des fonctionnaires lui demandent un acte de justice : « L'échafaud est là, s'écria-t-il ; vous y monterez! » Ils y » montèrent.

» Un autre obligea une femme qui sollicitait la liberté » de son mari, de lui accorder quelques faveurs. L'amitié » qu'elle avait pour son mari fe détermina à faire le sacri- » fice de son honneur; elle alla de suite dans la maison d'ar- » rêtlui annoncer sa liberté: et, quelques jours après, ce n proconsul fit guillotiner le mari,rt rnémr sa femme.

)) Un autre voit une lille en pleurs implorer, à ses pieds,

)i la suspension du jugement de son père : les larmes, les 11 prières sont vaines; le proconsul la repousse, déchire la » pétition. La douleur l'égaré ; il lui échappe quelques ex- » pressions ; il la lait arrêter et traduire au tribunal révo- » lutionnaire de Paris. Elle était grosse de sept mois.

» Un autre, à l'issue d'une orgie, veut un spectacle; les y> juges étaient du festin. On tire des cachots quatre prêtres » et quatre religieuses : ils paraissent; on les condamne; » W?, périssent... Qi Von se remet à table.

» Un autre parodiait le mot de Titus. « La liberté, di- » sait-il, a perdu un Jour; l'on n'a pas f/iiillofiné. »

» Un autre fait arrêter, traduire el guillotiner nn vieil- » lard, père de douze enfants, sous prétexte qu en 4791 il » avait cumulé les fonctions de maire et déjuge depaix. . . n Le véritable motif était un ancien ressentimentpersonnel.

« Il n'y a pas assez- de blé en France pour toute la po- » pulation, disait un autre \ il faut en sacrifier la moitié » pour nourrir le reste. Ce sont surtout les femmes qu'il n faut détruire-^ les b engendreraient trop. »

» Un autre fit incendier des communes entières et guil- » lofiner une partie des habitants.

» Ceux-ci se faisaient escorter par des canons, levaient » des contributions pour pjaijer les débauches qu'ils fai- I) saient avec leurs gardes prétoriennes, et n'accordaient » que deux heures pour fournir la somme demandée.

» Ceux-là s'emparaient des plus beaux hôtels dans les

\ illes où ils séjournaient, affectaient le faste et la mollesse 1) des rois , et, tandis que le peuple inondait les cours de

)) leurs palais pour attendri' leur présence et du pain , cou- » chés nonchalamment sur des sofas, dans le fond de leurs » sérails, ils s'occupaient gravement du soin important de » se faire peindre. Le fait s'est passé à Bordeaux.

» D'autres mettaient en réquisition les meilleurs vins, et » défendaient expressément à tous les citoyens de rien » acheter au marché avant que l'on eût enlevé ce qui était » nécessaire pour leur table et celle de V état-major de l'ar- » mée révolutionnaire qui les accompaç/nait.

» D'autres chargeaient des communes entières sur des » charrettes, depuis le bisaïeul jusqu'à l'enfant au berceau, » et les envoyaient à la boucherie du tribunal révolution- » naire de Paris, a Brave républicain, criaient-ils à Fou- » quier-Tinville , brave républicain! (les scélérats !) (1) » brave républicain, je t'envoie du gibier de guillotine , » qui bientôt, je U espère, éternuera dans le sac. Courage, )) soutiens ton énergie ; 7ious ne t'en laisserons pas man- » quer. »

» Il en est un qui se distingua par un fait plus atroce en- » core, s'il est possible. Le prétexte fut qu'ils n'avaient pas » payé leur don civique. 11 fait arrêter un nombre deculti- » vateurs ; leurs malheureuses épouses vont aux pieds du 1) proconsul solliciter la liberté de leurs maris. « Qu'ils » paient, répondit-il, la somme qu'ils doivent ; ils seront n libres. — Mais comment faire 'f nous sommes pauvres, » nous ne pouvants. Empruntez, faites comme vous vou-

(1) Phuuuomme. — iJict. des cvunes de la révuluiion.

» (Irez ; mais jwint de liberté, si Von ne m^apporte ce )) (/lie je vous demande. »

» Elles sortent. Enfin, au bout de quelques jours, après » avoir épuisé toutes leurs ressources, elles apportent la » somme. ^^ Allez, \eur dit-i\, dans trois jours vous verrez )) vos maris. » — Hélas ! quel est le premier objet qui » frappe leurs regards? Ce sont leurs époux que l'on con- » diùt à l'échafaud. Elles reviennent éplorées chez le ty- » ran. — « J'en suis fdciié, leur dit-il ; // m'est survenu » contre eux des dénonciations graves ; vous êtes bien » heureuses vous-mêmes de ne pas partager leur sort. »

» Le trait était trop fort; il fut dénoncé au comité de salut » public ; le proconsul fut mandé pour rendre compte de sa » conduite. Un de ses amis lui témoignait quelque crainte. <( Cette affaire, répondit-il, sera bientôt arramjée; je porn terai de l'argent au comité. » Il avait raison ; un des 1) membres déclara que la dénonciation était mal fondée, » et le monstre fut continué dans sa mission.

» Celui - ci écrivait un jour au comité de salut public » pour se plaindre de ce que la loi sur les tribunaux mili- » taires n'était pas propi-e à vider les prisons prompte- » ment et que la guillotine perdait sa proie.

» Un autre écrivait à son collègue : « La guillotine contin nue de rouler à toute force ; j'en ai fait expédier 28 » d(rns la commune. Elle va, primidi proclunn, commen- I) cer ici ses exploits. » Le collègue lui répondit : u J'étais )) (i dîner avec Robespierre quand j'ai reçu ta lettre-, nous )) avons ri... Va ton train, ne t'inquiète de rien : la guil- )) lotine doit marcher plus que jamais. »

» Un autre dit dans une société populaire: « Le comité de » salut public m'a reproché d'avoir été trop mou , trop » modéré ; on va voir, on. va voir, f ...... si je ne suis pas

» à la hauteur, n

» Des sans-culottes se plaignaient à un proconsul de ce » qu'ils n'avaient pas d'ouvrageet de ce qu'ils étaientdans » la plus grande misère. Ce scélérat de sénateur (Joseph 1) Lebon) leur dit : « Vous êtes des f...kêtes\ Ne connaissez- » vous pas quelques riches? Dénonce z-lps-moi, je les ferai » guillotiner et je vous donnerai Icuts biens. » L'un d'eux » répondit: li Représentant j'ai une femme et cinq enfants, yyje suis sans pain, eh bien ! f aimerais 7» ieux mourir moi n et ma famille^ que donner du pain à mes enjunls à ce » prix. »

» Un maître de poste dit à un de ces proconsuls que les » routesétaienttrès-mauvaises, qu'il avaitbeaucoup de peine » à se procurer des chevaux ; il lui répondit: « Adresse-loi M aux représentants auprès des armées, c'est leur mission; » la mienne est de faire couper des téies. »

') Le même écrivit à un administrateur de district : (( Du » courage^ de l'énergie; ne laissez en liberté aucun riche » ni AUCUN HOMME d'esprit; » et il répondit à un gardien de » prison qui lui demandait la permission de faire raser des » prisonniers : « Je leur ferai faire la barbe par le rasoir » national.-» Il avait mis sur sa porte l'inscription suivante : « Ceux qui entreront ici pour solliciter l'élargissement M des détenus n'en sortiront que pour être mis enarresta- » tion. »

1) Ses agents lui observaient l'embarras de se défaire en )) détail des prisonniers qui se trouvaient en grande quantité,

» l'un d'eux dit : nEh! f. , il n'y a qu'à leur /.... une

» (jamelle de verl-de-gris... — Non, répondit un autre; » il faut leur faire une soupe dans une grande chaudière » de cuivre ; on y laissera comme par mégarde venir du )) vert-de-gris. ))

» Un autre agent écrivait : « Je suis à présent grand sei- )) gneur ; je puis offrir à mes amis tous les Jours en sortant » de table un plat de tètes d'hommes. »

» Un commandant d'un détachement de l'armée révolu- » tionnaire, qui était aux ordres de ces proconsuls, avait » transmis le mot d'ordre suivant : Pillage.^ ralliement, » horreur.

1) L'un des juges du tribunal de Cambrai vint un jour » trouver ses collègues à la fin de la séance, et au moment oii » les condamnés se retiraient pour aller subir leur jugement, » il leur dit d'un air triomphant: « Eh bien ! ces individus » sont condamnés, je n'avais cependant pas le moindre » renseignement ni aucune pièce contre eux, autre que n l'interrogatoire que je leur ai donné. »

» Le même dit : « Le district est compo!>é de sacrés modé-

» rés; les détenus ont l'esprit aigri On ne peut ra-

» mener ces sortes de gens à l'amour de la République ; il )) faut qu'Un pourrissent dafis les prisons. »

» Il dit aussi dans un lieu public à un citoyen qui avait 1) été acquitté : « Si cela avait dépendu de moi. ta tête » serait tombée. »

)) Il refusa de faire doubler de cuir ou de fer-blanc le pa- 1) nier qui recevait les cadavres des suppliciés, povr se >' repa/lre du plai'^ir barbare de voir couler le sanr/.

). Un de ces juges a trempé ses mains dans le sang des » victimes en disant : (( Alt ! qve c'est beau! »

» Un autre écrivait à Lebas, député : « In arrête vigou- » reux a fait claquemurer les fem/ma aristocrates dont » les maris sont incarcérés, et tes maris dont les femme < )> le sont. La guilloHnc depuis ce moment ne désempare » pas. Les ducs^ les marquis, les comtes et barons mâ'es » <t femelles tombent comme fjré/e »

1) Un perruquier juré dit, en parlant d'une famille dans la » maison de laquelle il logeait : « Aujourd hui toute la sa- » crée séquelle y passera : je suis leur dénonciateur. » » Qi'tlqu un lui observa: « Mais tu restes chez eux. » Il ré- » pondit : « Oui, Je boirai encore leur vin, et je les ferai " guillotiner après:, tu ne sais donc pas qve je suis payé 0 /,our cela? «

)) Un huissier /orç^/i^ les détenus à boire de l'eau fétide X d'un puits dans lequel filtraient des latrines, tandis » qu'il yen avait un autre dont l'eau était saine.

» Ce monstre chassa à coups de pied une mère qui atten- ». dait son enfant qu'elle avait conduit à son mari détenu, en » disant : « La révolution est un coup de foudre ; il faut » frapper. Il y a dans cette commune une foule d'aristo- '> crate^ à raccourcir, et. pour accoutumer les habitants à n ce sprctacle, il faut qu'il tombe par jour cinquante têtes n fie scé/rrals. )i

» Un autre juré dit qu'il ne serait content que quand il » aurait fait tomber pour sa part douze cents têtes.

» Un autre disait : a Quiconque m'approche pour mepar- » 1er d'aucune personne, je la jais f..... dedans. Il y aura » au moins six cents tête^ qui tomberont dans cette com- » mune\ il est bien étonnant qu'ion ne vienne pas nous les » dénoncer ; nou^ sommes obligés d'être dénonciateurs, n témoins et juges. )>

» Le même fit guillotiner un marchand qui refusait de » lui rendre à crédit; il insulta à la douleur des filles de » sa victitne en forçant l'une d'elles à danser avec lui.

» Le même commandait par ses menaces les faux iémoi- » gnages. Ce scélérat était intimement lié avec l'exécuteur » criminel, qui lui donnait les habits, souliers, linge et au- » très dépouilles des guillotinés, toutes les fois qu'Jl en n demandait.

» Un membre du comité révolutionnaire donna le conseil » atroce de couper les prisonniers par morceaux, et de les n jeter dans les commodités.

)) Un juge de paix, nommé par Lebon, proposa un jour » publiquement à ses concitoyens d''abattre quatre têtes en )) présence de ce proconsiil, qui allait venir présider la so- » ciété populaire.

» Caron, accusateur public du tribunal révolutionnaire » d'Arras, tint ce discours au peuple dans un de ses réqui- » sitoires : « Les aristocrates triomphent quand laguillotine » se repose seulement deux jours. Il y aura demain tri <t

» tel que je connais^ et un que je ne connais pas, enjuge- )> ment ; j'invite les citoyens à venir faire leurs dénoncia- » lions. A regard de ceux que je connais, quand ils se » défendraient une journée entière, ils ne peuvent éviter » la guillotine. »

» Le même lint un jour ce discours aux jurés: a Citoyens, » vous venez d'entendre les moyens de défense des accu- ') ses: ce sont des mensonges; ils sont tous conspirateurs. » Vous êtes sûrement assez corwaincus, et vous seriez » des lâches si vous laissiez de pareils monstres sur la )) terre, n

» Un juré, nommé Meinné, battit et voulut étrangler un )) autre juré parce qu'il n'avait pas., comme lui, voté la » mort.

n Un autre, qui votait indistinctement la mort de tous les N accusés, dit que si on lui demandait sa signature pour ») fusiller tous les détemis, il la donnerait, parce que c était )) un tas de gueux.

» Un membre de la fameuse société des jacobins de Paris 1) disait que la liberté ne vaudrait quelque chose en France » que quand les journées de septembre y seraient en hon~ •» neur.

» 11 y avait des sénateurs qui disaient : « Cela n'ira bien n que lorsqu'il y aura une guillotine par section. » )) D'autres qui répondaient: u lien Jaut une dans chaque )) commune » (ce qui aurait fait /|4,000). Leurs aflidés ré- » pétaient ces propos dans les assemblées des sections, en

)) ajoutant : « // ne faut pas laisser manquer de besogne le » tribunal révolutionnaire. Pour sauver la patrie, iljau- )) drait que Varm/e révolu'ionnaire parcourût les cam- )i pagnes avec une guillotine, et, à chaque porte de culti- )' valeur, s'informât s'ils sont riches, poitr les (fuilloliner » à leur porte comme conspirateurs^. »

» En faveur de la mémoire de mon père, accordez-moi ■)) la vie... je suis le fils de Bliffon! d disait un malheureux » condamné. — Ta recommandation est par trop bouf- » FONNE, s'écria l'un des juges en riant de son affreux jeu » de mots; et le lils du grand naturaliste mourut.

» Lavoisier , condamné à mort, implore un sursis de )) quelqvesjovrs jour achever une expérience. — La Répu- )) bliqve n'a pas besoin de savants, » lui répond-on; et le n sursis lui est impitoyablement refusé.

') A Lyon, plusieurs centaines de condamnés sedirigeaient )) vers le champ funèbre desBrotteaux, où les attendaient » les mitrailles de Collot d'Herbois. L'un des sicaires du » proconsul marchait en serre-file auprès des tambours, » lorsqu'il reçut en plein sur la tête le contenu parfumé )•> d'un plat à barbe. Il n'y a, qu'uyi aristocrate qui puisse » ."-e servir aujourd'hui d'eau de Cologne pour sa toileltel n s'écrie-t-il ; qu'on l'arrête à l'instant. »

» Cinq minutes après, un malheureux jeune homme , » fort connu pour ses idées républicaines , augmentait le » nombre des suppliciés. . .

» Aux spectacles , fréquentés uniquement par les sans- V) culottes, on entonnait avant le lever du rideau la Mar-

» seillaisç^ dont le dernier couplet était clmntc à genoux 1) devant le public, obligé luinième de- se prosterner de- » vaut ce chant de guerre si tristement profané.

n Lnacteur profitait d'un entr'acte pour venir annoncer » aux spectateurs le nom des victimes qui avaient péri dans >. la journée sur l'échafaud. l/acteur terminaitce sanglant 1) martyrologe par une chanson fort en vogue, dont voici le » refrain, que le parterre était forcé de répéter en chœur:

//.•> ovl fait tttiK oraison, Ma gn'nigairainfjnn.

I sainte guillolinetle; Ih- on/ fait une oroison four le citnijen Plu/on. *

nem Dates.

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