GRIGNON
Grignon, lils de boucher, boucher lui-même, a appris dans l'état de son père à assommer les bœufs, et de ce métier il se fait un patriotique devoir pour égorger les hommes.
Il vient de recevoir les instructions de Rossignol. Prêt à se mettre en marche , il harangue ses soldats :
(( Camarades, nous entrons dans le pays insurgé. Je » vous donne l'ordre de livrer aux flammes tout ce qui
[1) Envoyer au quartier général: assassiner.
)) sera susceptible d'être brûlé, et de passer au fil de lo » baïonnette tout ce que vous rencontrerez d'habitants » svr votre passage. — Je sais c/u'il peut y avoir quelcjucs » patriotes dans ce pays: c'est égal! no^ts devons fout sa- )) cri fier. »
Rapport au Comité de salut public.
(( Le général Grignon arrive aux Essarts; il fait égorger, sur une liste insignifiante, vingt jeunes gens qui s'étaient conformés à la proclamation des représentants du peuple, avaient remis les armes et se comportaient bien. — Ils m'avaient, en qualité de commissaire du district, aidé à briser les cloches de dix églises el à désarmer au )noins deux cents brigamls. — // fit égorger des officiers municipaux en écharpe, et cela par une erreur de nom qu'il ne donna pas le temps d'expliquer. - Dans le reste de la paroisse, il fusilla de foutes mains, sans exception ni formalité. — Par ordre de Grignon , on m'arracha mon habit pour me fusiller. . . Dix hommes de ma garde nationale furent sabrés, dont deux furent mal tués et en réchappèrent. — A la Floutièrc, j'offris de lui donner une liste des grands coupables. — Il me dit que c'était inutile. — 11 lit égorger les hommes de ma commune sans me consulter. — La troupe pilla, incendia à tort rt à travers. — Je ne mentionne pas les cadavres épars faits par les soldats. — On viola les fem- )nes, on coupa un patriote et sa servante en morceaux, ainsi que deux vieilles femmes, dont l'une était en enfance.
» Grignon me dit qu'en entrant dans la Vendée, il avait juré d'égorger tout ce qui se présenterait à lui ; qu'un patriote n'était pas censé habiter ce local; que, d'ailleurs, la mort d'un i)atriote était bien peu de chose quand il s'agissait du salut })ublic. Je lui dis que cette dernière proposition était une vérité, mais qu'il ne fallait pas en abuser
» Je lui disais un soir : Il y a quelques métairies ici où on trouverait bien de l'argent; // crut que je voulais les faire piller, et me dit : Voilà où je vous connais républicain. Je baissai les yeux et ne répondis pas.
» Il disait un jour : On est bien maladroit, on tue d'abord; il faudrait d'abord exiger le portefeuille, puis l'argent^ sous peine de la vie, et, quand on aurait le tout, on tuerait tout de même
» On partit de la Floutière après avoir incendié le bourg. — Grignon m'ordonna de le suivre et de ne pas m'éloigner de lui. — Dans la route on pillait, on incendiait. Depuis la première jusqu'aux Herbiers, dans l'espace d'une lieue, on suivait la colonne autant à la trace d.'s cadavres qu'elle avait faite qu'à la lueur des feux qu'elle avait allumés.
)j Quand il partit , il me dit : Les villes de Fontenay et de Luçon me dénoncent. — Vous avez été avec moi ; j'espère que vous me rendrez un témoignage favorable au besoin ; et voilà celui que je rends à la vérité.
» Chapelain, maire de la floutière. »
» La colonne se disant révolutionnaire de Grignon, après avoir , dans le village de la Roche, commune du petit bourg des Herbiers , assassiné quantité d'individus , tant hommes qn'enfants, dont une grande partie était connue patriote et travaillait au service de l'armée, arrive à la maison de la Pépinière, à un demi-quart de lieue des Herbiers. Elle appartenait au citoyen Jolbert, excellent imtriote ; on la condamne tout de suite à l'incendie ; un domestique, généralement reconnu patriote^ est fusillé. »
{Extrait d'un procès-verbal adressé à la Convention et sifjné: Les officiers municipaux des Herbiers, Maruteau, maire; Jouet, secrétairegreffier.)
« Le 25 janvier 1794, Grignon arrive dans la paroisse du Pin, près de Châtillon. — Vingt habitants, environ, se portent à sa rencontre ; ils le supplient de ne pas brûler leur village et d'accepter le repas qu'ils ont préparé pour lui et sa colonne. — Grignon se met à table ; lorsqu'il a dîné, il ordonne d'attacher avec des cordes ceux qui l'ont si cordialement reçu ; ils sont traînés dans un champ voisin, et, sur un signe de cet homme, tous sont égorgés à coups de sabre et de baïonnette. »