PAR LES ORDRES DE LA CONVENTION ET DE SES COMITÉS
1) Citez-nous, s'il se peut, pour exemple, une nation chez laquelle on ait pendant deux ans, éyorcjé des femmes et des filles de dix-sept ans ; une nation oi^i une armée de proconsuls se soit promenée pendant deux ans, en traînant l'échafaud en triomphe ; où les assassins dans les places publiques, les sociétés populaires dans les temples, aient dit : «' // faut chaque jour un bain de sang à la liberté; on n'en salirait trop verser pour la Constitution de 1793; » où les législateurs sur leur siège, et les bourreaux sur les charrettes, célébrassent pendant deux ans la fête des Massacres.
» Nous citerez-vous les crimes de la monarchie? //
n'y a eu qu'un Louis XI enonze siècles ; — en deux ou trois années seulement , nous en avons eu trois ou quatre cents.
» Prudhomme, » Membre de la Convention. »
H Les femmes les plus belles, les plus jeunes, les plus » intéressantes, tombaient pêle-mêle dans ce gouffre {l'Ab
» bayé), dont elles sortaient pour aller, par douzaines, » inonder l'échafaud de leur sang.
» On eût dit que le gouvernement était dans les mains » de ces hommes dépravés, qui, non contents d'insulter » au sexe par des goiîts monstrueux , lui vouaient une )) haine implacable.
» De jeunes femmes enceintes , d'autres qui venaient » d'accoucher et qui étaient encore dans cet état de pà- » leur et de faiblesse qui suit ce grand travail de la na- » ture, qui serait respecté par les peuples les plus sauva- » ges ; d'autres dont le lait s'était arrêté tout à coup , ou » par frayeur ou parce qu'on avait arraché leurs enfants » de leur sein, étaient, jour et nuit, précipitées dans cet » abîme. — Elles arrivaient traînées de cachots en ca- » chots , leum faiblfn mains comprimées dans d'indignes » fers; on en a vu qui avaient vn collier au cov.
n Elles entraient, les unes évanouies et portées dans » les bras des guichetiers, qui en riaient; d'autres en état » de stupéfaction qui les rendait comme imbéciles
» Vers les derniers mois, surfont ( avant le 9 thermi- » dor), c'était l'activité des enfers -.jour et nuit, les ver- » rous s'agitaient; soixante personnes arri raient le soir n pour aller à l'échafaud; le lendemain, elles étaient » remplacées par cent autres cpte le même sort (dtendait » le jour suivant.
)) Quatorze jeunes filles de Verdun, d'une candeur sans » exemple et qui avaient l'air de jeunes vierges préparées » pour une fête publique, furent menées ensemble à l'é-
» chafaud. Elles disparurent tout à coup et. furent mois- » sonnées dans leur printemps.
)) La cour des femmes avait l'air, le lend'^main de leur 1) mort, d'un parterre dégarni de ses fleurs par un orage. » Je n'ai jamais vu parmi nous de désespoir pareil à celui » qu'excita cette barbarie.
» Vinr/lfetni/ies du Poitou, pauvres paysanne ^ 'pour la )) plupart, furent également assassinées ensemble. Je les » vois encore, ces malheureuses victimes; je les vois éten- » dues dans la cour de la Conciergerie , accablées de la
» fatigue d'une longue route , et dormant sur le pavé
» Au moment d'aller au supplice, on arracha du sein d'une » de ces infortunées un enfant qu'elle nourrissait et qui, » au moment même, s'abreuvait d'un lait dont le bourreau » allait tarir la source.
» 0 cris maternels, que V' )us fûtes aigus ! mais sans ef-
» fet Quelques femmes sont mortes dans la charrette ,
» et on a{/uiUot/né leurs cadarresl
n N'ai-je pas vu, peu de jours avant le 9 thermidor,
» d'autres femmes trahiées à la mort? Elles étaient
» déclarées enceintes Et ce sont des hommes, des
» Français, à qui leurs philosophes les plus éloquents » prêchent, depuis soixante années, l'humanité et la tolé- )) rance !
)) Déjà un aqueduc immense, qui devait voiturer du » sojuj liumain, se puisait par seaux, et quatre hommes )) étaierd occupés ^ au moment de l'exécution, à les vider » dans cet aqueduc
)) C'était \ ers trois heures après midi que ces hmguos '< processions de victimes descendaient au tribunal et tra- » versaient lentement, sous de longues voûtes, au milieu )) des prisonniers, qui se rangeaient en haie pour les voir )) passer avec une avidité sans pareille.
» J'ai vu.quarante-cinq magistrats du parlement de Paris, » trente-trois du parlement de Toulouse, allant à la mort » du même air qu'ils marchaient autrefois aux cérémonies » publiques.
» J'ai vu trente fermiers généraux passer d'un pas )) calme et ferme : les vingt-cinq premiers, négociants de » Sedan, plaiQnant . en allant à la mort ^ dix mille on- » vriers qu'Us laissaient sans pain
» J'ai vu tous ces généraux qu(; la victoire \cnait de » couvrir de lauriers qu'on changeait soudain en cyprès... » Enfin, tous ces jeunes militaires si forts, si vigoureux... » Ils marchaient silencieusement
» Ils ne savaioil ijuc mourir '.
» HlOLI-I-lv , >• Momt)rc de la Constituanto. »
Ils ne savaient que mourii' 1
Et nous, amis, si l'heure d'une lutte, que char un redoute et que chacun prévoit , venait à sonner.
Est-ce que nous laisserions ht /Vrr pi-néticr dans nos maisons ?
Est-ce que nous laisserions r/iV/o/.sy///" glacer les élans généreux de nos cœurs ?
Est-ce que nous nous laisserions saisir, garrotter comme de vil bétail et traîner devant une n nivelle Convention^!
Lâches, — trois fois lâches ! est-ce que, nous aussi, nous ne saurions que mourir?
Non!
Si j'en crois le sang qui bout dans mes veines à cette pensée ,
Nous saurions, le fusil à la main, donner la Force au Bon Droit.
Pourquoi donc cette apathie, pourquoi donc ces querelles intestines qui nous divisent et nous affaiblissent?
Aujourd'hui, en présence des dangers qui menacent le Pay.-^ , il n'y a plus, il ne peut plus y avoir qu'un seul parti : celui de la France !
Que tous les honnêtes gens s'y rallient franchement !
A la lifjue du mal ,
Opposons une ligue du bien.
Ils se comptent! ils s'organisent!
Comptons-nous ! organisons-nous !
Serrons nos rangs !
Donnons-nous la main ,
Et la victoire ne sera pas un instant douteuse.
Mais plus de relards ; — plus de ces affligeants spectacles d'hommes d'ordre fractionnés, groupés autour de quatre drapeaux qui se veulent à l'exclusion les uns des autres.
Nous ne serons forts qu'autant que nous serons unis !
Un peu d'abnégation ! un peu d'amour ! un peu de pitié pour cette pauvre France , pour cette pauvre mère si
noble, si belle, si grande; tant éprouvée, tant troublée, tant déchirée, depuis soixante ans, par nos luttes//-a^^r- 7]elles !
Un peu d'abnégation ! un peu d'amour ! un peu de pitié ! et quand nous aurons cicatrisé ses plaies, et quand nous lui aurons rendu le calme et la confiance qui lui sont si nécessaires,
Alors , — mais alors seulement , nous discuterons en paix , avec justice , sur la meilleure forme du gouvernement, sur celle-là qui pourra nous donner bien-être, stabilité, sécurité.
Jusque-là, patience, union et couragel
Et que celui-là qui, le premier, tirera l'épée périsse par l'épée!
Ils reviesBeaeiet! Ils goiat ri-veessi» !
Peuple, — je serais cruel à plaisir el je mérilcrais un blâme sévères! j'évoquais les ombres sanglantes f/e/r? 'i'rr- 7'eur, si je t'exposais le tableau des dures souffrances de nos pères , dans le seul but de l'émouvoir et de te torturer le cœur.
Loin de moi cette mauvaise pensée.
C'est l'âme brisée par ]e2)assc, inquiète pour Vairnir, que je viens, sentinelle volontaire, mais vigiluite, te raconter les mille maux que Vaveiif/loncnt viV /mprévoyancc ont fait fondre sur nos aïeux ,
Et te dire, et te répéter :
Peuple, — tu sommeilles sur le bord d'un abîme !
Ces êtres sinistres qui ont guillotiné, mitraillé, fusillé,
noyé tes pères, tes frères, tes femmes, tes enfants;
ces êtres sinistres, tu les crois anéantis!
Ils reviennent! ils sont revenus plus mT'uaçants que jamais !
Lève-toi !
Car le danger est proche , et ils ont iixé l'heure où lecommencera l'ère hideuse des massacres.
Lève-toi !
Tu hésites !
Ecoute et regarde!
Ne vois-tu pas ces nouveaux athlètes du crime déiliei',
— io:i —
porter aux nues, prendre pour guides : qui, Murât; qui , fl(jh"spierrc ; qui, Carrier; qui, b'bon, elc
N'entciids-lu pas Blanqui vouer à la vengeance et à la mort les citoyens Ledru-Iiollin, L'nnartlnc, Louis JJtanr, Cré mieux et autres du Provisoire, comme réactionnaires dangereux ? Eux réactionnaires !
Qui a du fer a du pain ! crie-t-il du fond de son cachot ; et les assassins, réhabilités par celte logique irrésistible, applaudissent avec fureur et attendent ce nouveau messie. .. .
INe viens-tu pas d'entendre le l'eprésenlant Marc IJitfraiss3, du haut de la tribune nationale, glorifier l'assassinat de Louis XVI, le lleslanrateur de la liberté, le Vèrc du peuple^ le meilleur des rois?
IS'entends-tu pas le citoyen Emile de Girardin , cet avocat de toutes les causes, cet écrivain sans foi, qui protège, qui soutieni, qui défend tour à tour, cl à son heure, tous les partis, bons ou mauvais, mais jamais le parti de la France.
« Je ne crois pus, dit-il, aux (jouverneinents de droit !
» Je suis pour les gouvernements de Fait! » (1)
Je ne crois pas aux fjouvcrnemcntsdc droit !
C'est dire :
Je ne crois pas plus à la Moitarehie qu'à la lî-'inifjlique ; pas plus au (/juverncnent du Peuple qu'au youverneme/it des Rois.
(1) Voi;- la l'n'SSC liu 21 mai 1851.
Je suis pour les gouvernements de Faii !
C'est dire :
J'aurais servi V anarchie sortie victorieuse des journées de Juin ;
C'est dire :
J'aurais servi la dictature du général Cavaignacs'il avait su se maintenir au Pouvoir ;
C'est dire :
Je servirai V Empire !
C'est dire :
Je servirai la Royauté !
C'est dire :
Arrivez, pillards, forçats, bandits, faussaires, assassins; — accourez, vous tous, grands coupables pour qui la société est trop indulgente et qui avez juré haine h mort à la société ; — réunissez-vous ! formez-vous en bataillons serrés! précipitez-vous, à l'improviste, sur le Pouvoir ! enlevez-le d'assaut ! proclamez une nouvrllc Convention ! Envoyez des bourreaux et des commissaires dans toutes les villes pour y répéter le bien de95 l — que la terreur soit à l'ordre du jour! que les têtes tombent ! que les faubourgs brûlent ! que les monuments soient détruits ! — Qu'importe ! allez toujours ; ce n'est pas assez!... Vous êtes Gouverneynent de Fait, et moi, entendez-vous, moi, Emile de Girardin, je serai votre champion.
Or donc, qu'on ne vienne plus nous dire que M. Emile de Girardin est un apostat ! — un apostat a une religion ,
puisqu'il la renie; — M. de Giraidia , lui, n'en a pas : c'rst un alitée po'itique.
Et le citoyen Félix Pyat?
Et les dixième et onzième bulletins du comité ténébreux de Résistance?
Les proscriptions, les massacres, les incendies, le pillage, sont prêts à fondre sur toi, sur nous ; car, aujourd'hui, nous sommes tous Peuple.
Ils marcheront droit à leur but , sans s'inquiéter des pleurs, des gémissements, du sang qu'ils répandront autour d'eux.
C'est ainsi qu'ont fait les farouches tribuns de la Convention.
C'est ainsi qu'a fait , plus récemment , Lacenaire , ce grand praticien de la souveraineté du but.
« Quand une pierre se trouve sur ma roule , disait-il à » ses juges stupéfaits, j<5 la repousse du pied cl je passe... ; » quand un homme me barre le chemin , je le tue el je n pas>-e ))
Mais le sang appelle le sang !
Et Robespierre, et 3Iarat, et Carrier ., et Lebon, et Jm^ cenaire, qui ont tant assassiné au nom de leurs détestables et perfides théories, ont vu la justice divine les frapper au moment où ils allaient jouir du fruit de leurs ciimes.
il en sera de même des modernes humanilaires (jui , sous le lâche prétexte d'un tendre et profond ainour du Peuple, ne songent qu'à le faire massacrer pour se gorger de ses dépouilles.
Les voilà , ces hommes malfaisants ! — Tu les connais maintenant.
Aujourd'hui, ils s'épuisent en vœux sanguinaires, mais stériles : ils sont courbés sous le sceptre de la loi.
Donne-leur le Pouvoir,
Et 1795 i^crra confin'ter son œuvre de sang et de boue !
ROMULLE.