JUGÉ PAR UN MONTAGNARD ET PAR UN GIRONDIN
« 0 mon pays! es-tu libre? Telle est la question que l'homme de bien se fait à lui-même, en parcourant cette terre toujours humectée du sang de ses habitants; cette patrie où les débris des monuments gisent épars à côté des cadavres ; cette France jadis si peuplée, si magnifique, aujourd'hui changée en un désert, et couverte du crêpe des tombeaux
» Par quelle fatalité le peuple fut-il à la merci d'une horde de briyands? Qu'avait-il fait pour mériter cette
honteuse destinée ? On a vu des monstres sur le trône,
on a vu le sénal de Rome vomir des Appius ; mais ce que l'on n'avait point vu, ce que l'on ne reverra sans doute jamais, c'est le génie du crime, convoquant tous les pervers disséminés dans la foule d'une nation immense, les attachant pour ainsi dire les uns aux autres, fondant ensemble tous les éléments de la scélératesse, tous les amalgames de la férocité, pétrissant de cette fange impure le colosse énorme de la destruction , l'animant du l'eu des enfers, couvrant son front du diadème des rois, ses épaules de la toge sénatoriale, son corps de l'airain delà guerre, et livrant à ce monstre jusqu'alors inouï les richesses, les
— 94 ~ chamijs, les villes, les provinces, l'empire et les hommes.
» Les journées de septembre enfantèrent la Convention nationale. Elle fut composée d'hommes riiepfcs, ?iiso2icia))fs, scélérats, chauds pariisam^, complices, et qui, pourrait le le croire ! acievrs même de ces effroyables journées ; de ces hommes qui, pour arriver à la chaise curule, feignaient pour la liberté un enthousiasme démesuré dans les clubs, dans les f ections, dans les assemblées primaires^ mentaient au peuple sur ses plus chers intérêts, portaient sur leur front : Amour de la patrie^ écrit en caractères de sang, et bâtissaient sur la permanence des massacres lapermanence de leur insolente et future çp-andeur.
» Paris, célèbre par tous les genres de splendeur, ne dégénéra point de sa destinée , par la splendide et scélérate composition de son corps électoral.
» D'Orléans, Marat, Robespierre. Col lot d'Herbois, Billaud-Varenne, et tant d'autres, telle fut l'inconcevable réunion que la première ville du monde chargea du soin de lui choisir des législateurs.
» Une députation exécrable devait naturellement sortir d'un corps électoral, aussi monstrueux. Les départements ne furent pas plus fortunés, et l'on frémira, lorsque l'histoire que nous avons entreprise fera connaître dans tous ses détails ri)nmoralité et la turpitude de cette foule de brigands^ qui, sous le nom usurpé et anti-sjcial de représentants du peuple, ont f/f.w/e la France
» Tout fut mis en usage pour tromper, étonner, effrayer
les départements : lois sanguinaires^ constructions de milliers de bastilles, listes de proscriptions, tortures^ supplices, échafauds
» Que le lecteur suive exactement les différents motifs de condamnation : il se convaincra de la barbarie des directeurs de la destruction du yinre humain ; il observera que sous les yeux de la Convention nationale, on s'est constamment servi partout des mêmes individus pour remplir les fonctions de juges et de jurés, ainsi que pour celles des membres du Comité de salut public et de sûreté générale
» On frémira lorsque l'on connaîtra les différents moyens employés par les Comités du gouvernement pour se procurer des victimes
» Il faut enfin que le peuple connaisse ses bourreaux et les chefs de ses bourreaux; leur faste asiatique, leurs orgies et leurs toasts à la liberté ne les sauveront pas du grand jour.
» Nous pénétrerons, sur les pas de l'histoire, dans l'enceinte de la Convention et des corps législatifs. C'est là que nous trouverons des cA^/lv d'égorgeurs, de démolisseurs, demitraillews, defusillcurs, de nogeurs, de brûleurs, de voleurs, de dilapidatenrs. C'est de là qu'au nom de la liberté, nous verrons ordonner tous les forfaits, commander toutes les boucheries, prescrire tous les ravages. C'est de là que S0T\a\\.y embrasement universel, au lieu d'y trouver le régulateur des mouvements patriotiques.
1) Il faut que la postérité sache par quel ordre on envoyait des milliers de victimes à Paris, par quel ordre on avait construit des milliers de bastilles, par quel ordre on jetait à la rivière des milliers de cadavres, par quel ordre on avait mis en activité plus de cent guillotines^ par quel ordre on fusillait^ par quel ordre on r/ewo//.«fl/Y, incendiait, par quel ordre on avait fait de la France une vaste boucheriel