‹ La petite amie; pièce quatre actesChapitre 22 sur 46 · SCÈNE VIII LOGERAIS, ANDRÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII LOGERAIS, ANDRÉ

LOGEpAis, geignard.

On veut ma ruine, mon pauvre enfant. On veut ma ruine... Je parierais que mes concurrents payent de misérables filles pour venir ici gâcher mes modèles et me déshonorer... Je ne m'occupe plus de rien...

ANDRÉ

Qu'est-ce qu'il y a?...

LOGERAIS

Rien... Rien... Ça n'a aucune importance... Je suis habitué à tout... Je vais laisser tout aller à la débandade... Je ne veux pas me tuer, n'est-ce pas?... Alors, mon cher André, te voilà prêt... Je te trouve bonne mine... Je suis content de toi... J'ai confiance dans ton avenir. Tu seras ma consolation et mon orgueil... [Poussant la caisse.) Je ne veux plus voir cela... Ah ! mon Dieu !... {Assis. S'épongeant. D'une voix faible de faux malade.) Et il faut encore ce soir aller dîner en ville... C'est pour toi...

Pour moi ! Mais alors...

LA l'ETITE AMIE 101

LOGERAIS

C'est pour toi, et quand c'est pour toi, rien ne me coûte...

ANDRÉ

Mais c'est que j'ai la plus grande envie de ne pas y aller, moi, chez les Duramet.

LOGERAIS

Tu y viendras. Je vais te dire pourquoi. Ne me force pas à parler trop fort : je suis brisé... Cette lutte de tous les instants me tue... Elle me tue, il n'y a pas d'autre mot... D'abord il y a là Pernet, Charton, Sébradin.

ANDRÉ

Je ne les connais pas.

LOGERAIS

Comment, tu ne les connais pas : ce sont mes plus vieux amis.

ANDRÉ

Il est possible qu'ils soient tes plus vieux amis, mais je ne les connais pas : ils ne sont jamais venus me voir au lycée...

LOGERAIS

Il y a une autre raison... majeure... celle-là. Mademoiselle Cliéron est invitée... maintenant, tu m'as compris, n'est-ce pas...?

ANDRÉ

Mais non.

lOi LA PETITE AMIE

LOnERAIS

Si. Mademoiselle Cliéron. Son mariage est rompu. Cent mille francs de dot.

ANDRÉ

Peu m'importe. Tu as déclaré toi-même que je ne devais pas me marier avant d'avoir trente ans.

LOGERAIS

J'ai changé d'avis. Tu es fait pour te marier jeune.

ANDRÉ

Alors, pourquoi m'as-tu empêché d'épouser mademoiselle Clémence Radety,

LOGERAIS

Je ne te connaissais pas.

ANDRÉ

Ah ! très bien...

LOGERAIS

Ce n'est pas en dînant ensemble une fois par hasard les jours de sortie que je pouvais t'apprécier.

II fallait ne pas m'inposer l'internat, tu aurais eu le loisir de me connaître avant de modifier ma vie selon ta volonté. Je t'ai cédé, cette fois-ci je résiste : jamais je n'épouserai mademoiselle Chéron.

LOGERAIS

Toi aussi, mon fils. Toi aussi, tu es contre moi.

LA l'ETITE AMIE lO.'J

AMDRK

Je ne suis pas cnnli-e toi, J(! suis contre Tidée drpouse.r mademoiselle Chéron, voilà tout.

LOGERAIS

Une raison : je le demande une raison. Mais une bonne, n'est-ce pas?

ANDRÉ

Je l'en donnerai trois. Elle est laide, bête et inécliante.

LOGERAIS, se Icranl.

Allions : il faut que je retrouve des forces... J'en retrouve toujours lorsque mon devoir est enjeu... 11 faut que je fasse ton bonheur malgré toi, mon fils...

A[\DRÉ

Ecoute, père. Ne discute pas. Ma volonté est l)ien arrêtée. Jamais je n'épouserai mademoiselle Chéron, eût-elle cent millions de dot..,

LOGERAIS

Tu l'épouseras, et je vais te dire pourrpioi.

A.NDRÉ

Non. Je t'en prie, ne parlons plus de cela. Tu es fatigué.

LOGERAIS, animé.

Je ne suis pas fatigué.

ANDRÉ

Mais si, toi-même, tout à l'heure...

LOGERAIS

Je ne le suis plus. Tu épouseras celte personne parce que jamais, tu m'entends, jamais, tu ne retrouveras un aussi beau parti. Pour le moment d'ailleurs, je te demande très peu de chose : je te prie d'être aimable avec elle, de lui faire un doigt de cour. Ce n'est pas difficile, cela?

ANDRÉ

Non. Je n''irai même pas ce soii chez les Duramet, cela ti anche tout.

LOr.ERAIS

Qu'est-ce que lu dis?

ANDRÉ

Je n'irai pas chez les Duramel.

LOGERAIS

Je t'ordonne d'y venir.

ANDRÉ

Je ne t'obéirai pas.

Ah! ça, mais sais-tu que tu parles à ton père? Oublies-tu le respect et lobéissance que tu me dois.

ANDRÉ

Je ne suis pas un gamin, et il s'agit d'une chose assez importante pour que j'aie le droit d'avoir une opinion à moi.

LOGERAIS

• Alors, tu te révoltes contre mon autorité paternelle ?

AMtHK

Je résiste à Fabus que lu voudrais eu l'aire.

L()(^.ERAIS

Tu es un ingrat,. {Madmne Ijxji'fdis est rnh acpuis qwdques inslanis).

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