SCÈNE IX LOGERAIS, MADAME LOGERAIS, AM)RE
MADAME LOdEHAlS
Je t'en prie, Pierre, je t'en prie. (A Andri'.) Mon enfant, tu parles à ton père sur un ton qui n'est pas convenable. Veux-tu que je te dise la vérité. Tu ne nous aimes pas... Quand je vois ton ami Jacques...
ANDRÉ, à mi-voix.
C'est que les parents de Jacques ont su se faire aimer.
LOGERAIS
Qu'est-ce que tu as dit? J'espère avoir mal en tendu.
MADAME LOGERAIS
Mon ami, tu as bien entendu, hélas
LOGERAIS
Voilà qu'il nous fait des reproches, maintenant...
lOG LA PETITE AMIE
MADAME LOGERAIS
Laisse-moi lui parler... Mon enfant..., viens là... regarde-moi... Compare ce que tu es et ce que tu aurais pu être... Regarde le fils des Dumoulin... Il a ton âge et il fait la place, quelquefois avec des boîtes sur le dos...
LOGERAIS
Et le tils des Renaudet...
MADAME LOGERAIS
Oui. J'allais l'oublier... Et le fils des Renaudet !
LOGERAIS
Au lieu de porter des colis, tu es licencié en droit. Tu vas être docteur. Le plus bel avenir s'ouvre devant toi.
MADAME LOGERAIS
A qui dois-tu tout cela?
LOGKIIAIS
C'est malgré lui que nous l'avons poussé...
MADAME LOGERAIS
Ton père a raison... A partir de douze ans, chaque année il fallait te faire rentrer de force au lycée.
LOGERAIS
De force!... Quand je pense qu'il y en a tant qui voudraient être bacheliers et que lui, il a fallu le battre pour qa'il consente à mériter cette distinction!
LA l'ETlI'l': AAllli 107
MADAMlî LOr.RIÎAlS
Tu 110 réponds rien?
ANDHi;
Tout ce que vous me dilcs lu, vous nie l'iivc/ déjà reproché tant de fois 1 Oui, vousave/, raison, Je vous ai coûté cher : mais vous dites vousmême que c'est malgré moi.
Lor.HHAIS
La conclusion, n'est-ce pas, c'est que tu ne nous dois rien... Je m'y attendais... Nous sommes tes ennemis!... Le sais-tu ce que tu nous coûtes... Au 1" janvier dernier tu nous coûtais trente-deux mille francs passés.
ANDKÉ
Tu exagères.
Tu ne le crois pas ! Eh bien, mon petit je le prévoyais que tu ne le croirais pas, et j'ai conservé toutes les factures, et je vais te les montrer. {// sort un trousseau de clefs de sa poche et se dirige vers la droite.) Et j'ai inscrit toutes les dépenses faites pour toi sur un livre rouge que j'ai acheté exprès, à ta naissance.
MADAME LOGERAIS
Mon ami, nous allons arriver en retard. LOGERAIS, continuant et jxuinni de la coulisse. Je m'en moque 1 Oui. je m'en doutais que tu
contesterais mes chiffres, et comme je suis un homme d'ordre, moi... je vais te les montrer.
ANDRÉ
Ce n'est pas la peine, je te crois.
LOGETAIS
Non, tu ne me crois pas... Les voici... Je les ai encore regardés hier. [Rentrant en scène avec une liasse et un livre rouge el remettant son trousseau de clefs dans sa poche.) Les voici... Tous les reçus, toutes les quittances, et la récapitulation... sur ce livre... Regarde...
ANDRÉ
Je te dis que je m'en rapporte à toi... Tiens, tu en laisses tomber... (// ramasse deux factures^ les reçjarde et les lui rend...) Une robe de soirée, et celle-là... de ton tailleur... un habit... Ce n'est pas pour moi, cela, pourtant...
Ce n'est pas pour toi ! (// regarde.) C'est le costume de soirée et la robe que nous nous sommes commandés pour le jour de ta première communion!... (// ressort son trousseau de clefs et va rapporter les factures et le livre dans la pièce voisine. Même jeu que précédemment).
MADAME LOGERAIS
Ne fais pas l'entêté, viens avec nous.
ANDRÉ
Non.
LOGERAIS, rentrant.
Allons-nous en. (A son fils.) Je n'ajouterai qu'un mot : Tu n'as guère de dignité...
ANDRÉ
Qu'est-ce que tu veux dire...
LOGERAIS
Lorsqu'on entend se gouverner soi-même, on s'arrange de façon à se suffire à soi-même.
MADAME LOGERAIS
Pierre, je t'en prie, laisse-le. Viens. Nous allons être en relard.
ANDRÉ
Soit, si tu le désires, je me suffirai...
LOGERAIS
Je voudrais bien savoir comment.. .
Je donnerai des leçons, j'écrirai.
LOGERAIS
Eh bien, essaye...
MADAME LOGERAIS, donnant à Logerais son rhapenu et l'entraînant.
Je t'en prie, Pierre... Viens .. Il est six heures, voyons...
LOGERAIS, sortant.
Essaye, je te dis... Essaye...
ANDRÉ
Quand tu voudras. {M. et Madame Logerais sortent).
liU LA PETITE AMIE