‹ La petite amie; pièce quatre actesChapitre 30 sur 46 · UNE VOIX · texte numérisé non relu

UNE VOIX

Oui, madame.

LOGERAIS

Tu as bien fait de ne pas le brusquer...

MADAME LOGERAIS

Maintenant il faut chercher comment nous allons nous tirer de là.

LOGERAIS

Quel imbécile!

Et une de nos ouvrières 1

LOGERAIS

Tout dépendra d'elle...

MADAME LOGERAIS

Ah ! si j'étais la maîtresse, ce ne serait pas long. Je lui dirais : « Mademoiselle, vous êtes une i^ourgandine ! » Et je l'enverrais se faire pendre ailleurs.

LOGERAIS

Elle ne penserait qu'à se venger. André nous en voudrait, il la reverrait, ne nous dirait plus rien, et, alors, tout deviendrait possible.

MADAME LOGERAIS

Elle demandera de l'argent.

LOGERAIS

C'est ce qui pourrait arriver de mieux. Si elle n'est pas trop exigeante, je suis d'avis d'en passer par là. Tout, plutôt qu'un scandale 1

MADAME LOGERAIS

Oh ! oui... Et qu'on n'en entende plus parler.

LOGERAIS

Oui.

MADAME LOGERAIS, rëflccllissont.

Chez ses parents... Qu'est-ce qu'elle est allée faire chez ses parents?... Si elle allait vouloir se faire épouser... Elle en serait bien capable, avec ses grands airs !

LOGERAIS, soucieux.

Voilcà...

MADAME LOGERAIS

Dans ce cas-là, j'ouvrirais les yeux à André. Je lui montrerais les preuves de la mauvaise conduite de la demoiselle...

LOGERAIS

Oui. Si elle a une mauvaise conduite, tout ira bien... Malheureusement, j'ai bien peur que ce soit une honnête fille.

MADAME LOGERAIS, cUsolée.

C'est que c'est possible, après tout!... Alors ca deviendrait une catastrophe,

LOGERAIS

Sacré André !

MADAME LOGERAIS

Si on trouvait un moyen de l'éloigner de Paris... Elle dirait chez elle que nous lui avons

trouvé une place à rétranger, en Suisse , par exemple ; elle y demeurerait jusqu'à la naissance de son enfant...

LOGERAIS

Oui, mais il restera trace de nos envois dargeut; cela équivaudra presque à la reconnaissance de la paternité d'André.

MADAME LOGERAIS

Et si on s'engage dans cette voie-là ça n'en finit plus. On sera entraîné à payer les mois do nourrice, la pension. On ne sait plus où l'on va. II faut trouver autre chose... Si j'allais consulter l'abbé Dubois qui est si digne ?

LOGERAIS

Il te conseillera de les marier.

MADAME LOGERAIS

Peut-être... Et puis c'est un homme d'une autre époque... Je n'irai pas. Nous ne pouvons cependant pas ne rien faire, si c'est une honnête fille... De l'argent, je ne vois que ça... de l'argent une fois pour toutes, par exemple, — plus que je disais d'abord s'il le faut... à la condition qu'on n'entende plus jamais parler de rien.

LOGERAIS

Mais si elle refuse?... {Un lotu/ silence.) Enfin, nom d'un tonnerre! ce n'est pas la première fois qu'elle se présente cette situation-là !... Ce n'est pas nous qui l'avons inventée ! Réfléchissons...

LA l'EÏITE AMIK 143

Qu'est-ce que feraient nos amis? Prenons le plus canaille, Auguste?

MADAME LOGERAIS

Il la llanquerait à la porte.

LOGERAIS

Nous, nous ne voulons pas de cela... Et le plus honnête : Henri?

MADAME LOGERAIS

Lui, c'est un toqué, un fou : il les marierait.

LOGERAIS

Nous ne voulons pas décela non plus. [Un long silence.)

MADAME LOGERAIS, à Ui poi'te de l'atelier.

Elle n'est pas encore rentrée?

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