‹ La petite amie; pièce quatre actesChapitre 45 sur 46 · SCÈNE DERNIÈRE .>tAIU;UEaiTE, ANDRE · texte numérisé non relu

SCÈNE DERNIÈRE .>tAIU;UEaiTE, ANDRE

MARGUERITE, à part, pendant qu André regarde son père s^éhngner.

Pourvu que je sois assez forte, mon Dieu ! et

que je ne me mette pas à pleurer. Je ne pleurerai pas ! ( Elle rassemble tout son courage.) André!... Viens l'asseoir là, à côté de moi, et écoutemoi bien, mon chéri.

ANDRÉ

Je t'écoute. [On sent pendant ce qui va suivre que Marguerite a les plus grandes peines à s'empêcher depleurer. Sa voix est changée. Souvent elle s'arrête pour reprendre des forces. Elle affecte un ton raisonnable et simple.)

MARGUERITE

Voilà ! Tu vas bien m'écouter, bien raisonnablement... tu vas me laisser parler... Voilà... J'ai rétiéchi beaucoup. J'ai beaucoup réfléchi. Il faut que nous causions de tout cela bien sérieusement, sans nous emballer, en laissant les nerfs de côté. Tu veux bien. Tu vois, je suis très calme. Eh bien, mon chéri, tu as vraiment fait pour moi ce que tu devais... Plus que tu ne devais... Beaucoup plus, car en somme, tu ne me devais rien. Tu ne m'as pas séduite, je savais ce que je faisais, n'est-ce pas! Je me suis donnée à toi volontairement... Et je savais bien que tu ne pouvais pas m'épouser... attends!... Tu m'as promis de m'écouter jusqu'à la fin... Tu as fait, je te dis, tout ce que tu pouvais. Si nous ne sommes pas mariés, ce n'est pas de ta faute. Quand tu as vu le mariage impossible, nous sommes venus ici... nous avons été bien heureux,

bien heureux, n'est-ce pas?... Puis, pendant un mois tu as cherché du travail. Tu avais renoncé à tes beaux rêves. Pour moi, tu consentais à n'être qu'un employé. Je t'en remercie, je t'en suis bien reconnaissante. Seulement, tu vois, ce n'est pas possible... Alors, tu comprends, il faut nous quitter, voilà!

ANDRÉ

Tu me fais peur, Marguerite... C'est toi qui parles de cela et avec ce sang-froid...

MARGUERITE

Je t'en supplie. Ne m'enlève pas mon courage. Il le faut. Pour toi, pour moi, pour tes parents.

ANDRÉ

Mes parents...

MAH(;UEIiIT[:;

Oui, et pour toi. Il ne faut pas que ta vie soit perdue... Tu n'as pas le droit de renoncer...

Je n'ai pas le droit de t'abandonner, voilà tout !

MARdCERITE

Si. Et je t'ai dit pourquoi. Je te le répète, tu ne m'as pas trompée, tu ne m'as pas séduite. Je ne mérite pas que tu me sacrifies ton bonheur.

ANDRÉ

Mon .bonheur, c'est d'être auprès de toi.

MARGUERITE

Tu me dis les mots qui peuvent le plus me

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faire souffrir. Est-ce que je ne demanderais pas mieux! [Elle sent qu'elle ne va j)as pouvoir continuer sans pleurer. Elle s'arrête.) Attends... ce n'est rien... Je ne veux pas pleurer... Non! lu vois, je ne pleure pas. Ne fais pas attention. Seulement, n'est-eepas, cette dépêche, tout à l'heure, tout cela... j'ai les nerfs un peu tendus. [Elle s'est reprise.) Oui... Je te disais... oui... Est-ce que je ne demanderais pas mieux que de rester avec toi... Mais puisque c'est impossible. [Elle s'arrête.] Je te dis que c'est impossible... Alors... si tu m'aimais bien, tu me dirais oui tout de suite... c'est impossible.

ANDRÉ

Mais pourquoi impossible... pourquoi ?

MARGUERITE, daus la même tension nerveuse.

Et qui sait! peut-être serions-nous plus malheureux en restant ensemble qu'en nous séparant!... Oui, moi je souffrirais de penser à tout ce que lu m'aurais sacrifié et peut-être un jour, tu me le reprocherais avec raison... quittonsnous... tu arriveras, tu réussiras, on parlera de toi, et mqi, en apprenant tes succès, je penserai avec une joie bien douce que j'y serai un peu pour quelque chose... moi, je m'arrangerai. Il y en a bien d'autres comme moi. Je suis courageuse... peu à peu...

ANDRÉ

Tu m'oublieras?

MARGUEHiTE, à hoiil de forces.

Tu sais, peu à peu... le temps... ( Ai^rès un cri déchirant, elle éclate en sanglots, affalée sur la table. File relève la tête.) ie ne peux pas, tiens! Je ne t'aime pas ! J'aurais dû être plus forte, j'aurais dû m'en aller ou te mentir, je ne sais pas, moi... te dire que je ne t'aimais plus... mais ça,... il ne faut pas m'en vouloir, André, je n'ai pas pu. [Avec des sanglots et des baisers.) Non, je ne t'oublierai pas, jamais! jamais !... Je t'aime!... Il le faut, je te dis, il le faut. Mon Dieu! je ne sais pas te le faire comprendre !... Écoute-moi... Je t'aime... Il y a des mots qui te décideraient ce{iendant!... Il le faut!... Et puis qui sait!., lorsque tu aurais l'âge,... dans trois ans, si tu voulais encore de moi, moi, je serais là, je t'attendrais.

ANDKÉ

Et tu crois que je vivrais trois ans sans te voir?

MARGUERITE

Oui... Si on se revoyait, tes parents... Mais alors, je ne sais pas! je ne sais pas! {Elle se jette dans ses bras. File est sur ses genoux... File le couvre de baisers en disant.) Je t'en prie, je t'en supplie! quitte-moi! Je t'aime! Quitte-moi! Oh! mon chéri! mon chéri ! que je t'aime et que je suis malheureuse !

A.MtRÉ

Te quitter! te quitter maintenant! J'aimerais mieux mourir !

MAUc.uERiTE, se levant à demi el les deux mains sur les épaules d'André.

Yeux-tu ?

ANDRÉ

Tous les deux?

MARGUERITE

Tous les deux ! Maintenant je puis bien tout te dire... J'y pensais pour moi seule.

ANDRÉ

Moi aussi j'y ai pensé!

MARGUERITE

Alors, tu veux bien ?

ANDRÉ

Oui!

MARGUERITE

Tout de suite?

Tout de suite.

MARGUERITE

La rivière.

ANDRÉ

Mais c'est un crime que je fais en t'emmenant avec moi.

MARGUERITE

Non ! tu me délivres de la soufï'rance.

MARGUERITE

Viens, viens!

ANDRE

Viens ! (Ils s'enlacenl.)

MARGUERITE

Serre-moi ! Serre-moi! que nous soyons bien sûrs!... [File passe son bras autour de sa lai lie.) Attends! attends, mimi... comme cela.

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