I SI VOUS SOUFFREZ DE RHUMATISME
DECOUPEZ CECI m. ^
Boîte de 75c gratis à tout rhumatissant f é \ [MÙ-
A Syracuse, dans l'Etat de New-York, on a découvert un trai- i M.^ \ ^--âmÊ^h.
tement qui a donné des "résultats splendides" d'après des centaines de personnes qui l'ont suivi. Et de nombreux cas, on rapporte qu'un traitement de quelques jours a apporté un rapide soulagement là ou tout avait échoué.
Il aide à enlever la matière de rebut empoisonnée qui obstrue l'organisme en agissant sur le foie et en stimulant l'écoulement de la bile, ce qui assure une évacuation régulière et efficace des intestins et semble neutraliser l'acide urique et les dépôts de sel calcaire qui obstruent le sang et irritent les reins et causent la raideur et l'enflure, etc., la douleur semble souvent disparaître.
Le traitement mis pour la première fois sur le marché par M. Delano est si bon que son fils a ouvert un bureau au Canada et désire que tout Canadien qui souffre de rhumatisme ou qui a un ami affecté de rhumatisme, se procure un paquet gratis de 75c. afin de voir ce qu'il fera avant de débourser un seul sou. M. Delano dit: "Pour soulager le rhumatisme, peu importe sa gravité, sa durée et même l'échec de tous les autres médicaments, je vous enverrai gratuitement, si vous n'avez pas encore essayé le traitement, un paquet de 75c si vous découpez cette annonce et m'envoyez vos nom, et adresse. Si vous le désirez, vous pouvez nous envoyez 10c en timbres pour défrayer les frais de poste et de distribution."
Adressez: P. H. Delano, 1853, Edifice Mutual Life, 455, rue r-^ jy | DELANO'S
Craig-Ouest, Montréal, Canada. Je ne peux envoyer qu'un f m 1 I RHEUMATIC
seul paquet à la même adresse. 1 V/ \ 1 1 CONQUEROR
parée. D'un mouvement gracieux elle enleva le précieux bijou, le contempla longuement ,et, enfin, appliqua ses lèvres à l'endroit où l'inconnu avait posé les siennes.
Ce ne fut que deux jours plus tard que Sam Hong parla à Ming-Lu-San du jeune homme qui lui avait donné le collier de jade.
Assis sur des coussins de soie richement brodés, au milieu de son luxueux appartement, il fumait une pipe à très long tuyau dans laquelle il mettait de temps en temps une pincée de tabac.
En face de lui, assise à l'indienne, Hing- Lu-San pinçait les fils d'acier d'une guitare chinoise.
— Lorsque l'âme est oppressée, dit Sam Hong, la voix humaine modulant un chant stimule autant qu'un chaud rayon de soleil. Chante une romance du pays des pagodes, ma Fleur d'Azur.
Ming-Lu-San toucha une corde frissonnante. Penchant sa belle tête noire, elle chanta d'une voix fluette et agréable:
La lune est une lampe de cristal, Et les étoiles en sont les rayons Que la nuit follement embrasse.
Gentiment le rossignol chante Une lancinante sérénade d'amour Comprise des seules oreilles des amoureux.
Sam Hong savoura ce chant tandis que les doigts de sa main potelée tiraient les poils de sa moustache pendante.
— C'est beau, murmura-t-il, cette chanson réjouit par sa nécromancie. Elle peint des figures d'ombres et de désirs. Elle inspire un ennui de la rue des Etoiles Filantes de San Francisco. Avant la fin du prochain mois lunaire, les dieux, dans leur bonté, permettront que nous y retournions pour toujours.
Ming-Lu-San releva vivement la tête. Ah ! puisse-t-il en être comme vous dites, auguste seigneur et maître.
La figure de Sam Hong s'épanouit d'un large sourire de désir inassouvi.
— Les ailes royales de l'aigle et celles toutes faibles de l'innocente colombe nous y ramèneront sûrement si les dieux nous sont propices. Tout dépend du jeune homme que tu conduisis près de moi voilx deux crépuscules. Une fois le travail pour lequel je l'ai en partie payé terminé, nous ouvrirons nos
ailes frémissantes aux zéphirs de l'aurore naissante et nous irons bâtir notre nid à l'éblouissante clarté de l'éternel été. Réjouismoi d'une autre romance, Parfum de l'Héliotrope.
De nouveau, Ming pinça les cordes de sa guitare et chanta, le coeur traversé d'un dard acéré. Il lui était si facile de comprendre les paroles mielleuses de Sam Hong. Comme la plupart de ses jeunes compatriotes ayant diligemment lu et étudié les Douze Livres de la Virginité de Confucius, sa compréhension de la vie était très développée.
Tout en chantant Ming songeait.
Sam Hong était l'instrument occulte d'une mystérieuse et puissante organisation chinoise dont le chef résidait à Hong Kong. Des ramifications de cette société secrète s'étendaient à toutes les grandes villes du Canada et des Etats-Unis. Il en était l'ambassadeur anonyme. Une tenaille diabolique encerclait ses compatriotes. La trace sanglante mais jamais découverte de ses crimes occultes traversait le continent. Ming-Lu-San savait qu'actuellement sa main criminelle dirigeait une vendetta contre la faction chinoise des Quong Sings. Elle savait qu'il avait dirigé le bras de l'homme au poignard de la rue des Etoiles Filantes de San Francisco et elle comprit à l'instant que ce magasin camouflé de la rue Lagauchetière n'était qu'une réplique de celui d'oii elle avait été retirée. De différentes conversations entendues, celui dont il s'agissait maintenant de trancher le fil de la vie, c'était Hop-Li, propriétaire d'un riche restaurant de l'est de la rue Sainte- Catherine. Elle savait que Hop Li était le chef et le trésorier des Quong Sings pour tout le Canada.
Le soir suivant, comme l'obscurité descendait lentement sur la ville trépidante, le jeune homme au collier de jade se présenta au magasin de Sam Hong. Ming-Lu-San occupée près d'une pratique querelleuse vit une des deux autres jeunes filles employées au magasin se rendre auprès de Sam Hong et revenir chercher le visiteur.
Dès que l'acheteur qui l'occupait fut parti, Ming monta à la hâte au réduit qu'elle occupait sous le toit. Elle jeta un manteau sur ses épaules et attendit quelques instants que le tremblement nerveux dont elle était secouée se calmât. Ensuite, silencieusement, elle redescendit les escaliers et se glissa dehors par la porte d'arrière, tremblante de crainte,
sachant qu'elle désobéissait aux ordres très sévères de Sam Hong.
Elle courut se placer dans un porche obscur faisant face à la boutique. Le bleu opaque du soir strié de pourpre changea au noir, tandis qu'au ciel, une à une s'éveillaient les étoiles, semblables à des marguerites d'argent parsemant les champs infinis du firmament.
Des portes s'ouvraient et se refermaient, des ombres passaient et repassaient — un agent de police aux boutons luisants, de jeunes chinois émancipés par l'opium, un vendeur de billets de loterie et un blanchisseur se hâtant à son riz.
De l'autre côté de la rue, elle vit la réflexion des autres filles du magasin silhouettées à travers la fenêtre. Une fois, elle s'entendit appeler.
Lentement, le temps s'écoulait.
Enfin, après ce qui lui sembla un siècle d'attente, le visiteur de Sam Hong sortit. Le jeune bomme traversa la chaussée et prit une rue transversale vers le nord. Lorsqu'il eut tourné le coin, Ming-Lu-San sortit de sa cachette et le suivit.
Le jeune homme se rendit ainsi jusqu'à la rue Ste-Catherine et regarda l'heure à sa montre. Après une minute d'hésitation il entra dans un restaurant brillamment éclairé
Ming-Lu-San fit une moue de déplaisir.
Aller lui parler dans cet endroit eut été inutile, folie: les espions de Sam Hong étant disséminés par toute la ville; elle savait que sa rencontre avec ce jeune homme lui serait immédiatement rapportée.
Alors, d'une figure inexpressive, elle se mit à examiner attentivement les montres des différents magasins, lorgnant imperceptiblement la porte du restaurant.
Au bout d'une demi-heure, le jeune homme sortit, alluma une cigarette et se dirigea vers le quartier juif par une rue étroite. Ming le suivit ainsi jusqu'à ce qu'il fut hors des limites de « Chinatown. » Se hâtant alors, elle le rejoignit. Posant sa main sur son bras elle chuchota:
— Eh! Vous marchez avec la rapidité du courant de la rivière des âmes heureuses !
Surpris, le jeune homme la regarda sans la reconnaître.
— Ah! déjà oubliée, dit-elle tristement.
Regardez ce témoignage d'un noble coeur.
Ouvrant son manteau elle lui fit voir le collier de jade encerclant son cou. Les traits du
jeune homme s'éclairèrent d'un affectueux sourire.
— Mais oui. Vous êtes du magasin de Sam Hong. Etes-vous en promenade?
Ming secoua mélancoliquement sa gracieuse tête d'ébène.
— Oh non ! Sam Hong ne permet pas à ses esclaves de s'absenter de la boutique. En agissant ainsi j'encours un châtiment terrible. La physionomie de l'étranger exprima une muette surprise.
— Marchons ensemble, confirma-t-elle, et je vous mettrai au courant de ma démarche.
Tous deux reprirent lentement la promenade. Appuyant sa main sur son bras, elle lui dit:
— Le coeur de Sam Hong est rempli de turpitude. Les paroles suaves tombant de ses lèvres sont remplies de fiel. Elles distillent le poison. Ce que ses doigts touchent se dessèche comme la rose exposée au vent polaire. Ses promesses sont comme des coupes vides et la protection affectueuse qu'il vous a promise n'est que moquerie et sarcasme.
Le jeune homme, s'arrêtant subitement, effrayé et surpris.
— Vous savez donc qu'il s'agit de Hop Li et de ce qui doit lui arriver ce soir.''
Ming-Lu-San fit signe que oui, et, continuant à haute voix:
— Oui, je sais. Je sais autre chose aussi. . . certaine chose que mon expérience et mon intuition m'ont enseignées. Voici: lorsque votre tâche sera accomplie, vous retournerez vers Sam Hong pour avoir la balance de votre paiement. Vous ne l'aurez jamais. Pensez-vous qu'il vous sera permis de vous promener dans cette ville, lui sachant qu'à un moment donné vous pourriez dire qu'il vous a payé pour tuer Hop Li ? Oh non. Sam Hong n'a aucune bonté naturelle du coeur et ne pardonne jamais. Pour lui, la vie humaine ne compte pas. Votre récompense sera la pointe acérée du poignard « foug » qu'il porte toujours caché à portée de sa main droite.
Le jeune homme la regarda longuement.
— Que dois-je faire alors? demandat-il d'une voix étranglée et désespérée.
Ming-Lu-San approcha sa figure de la sienne.
— Chassez les démons du mal de votre esprit et allez en paix. Sam Hong n'osera rien faire contre vous tant que vous ne croiserez pas son ombre. Confucius nous ensei-
une (|u'il n'y a pas de péché tant que le coeur t'st pur. Allez votre chemin et ne suivez que les sentiers fleuris de la vérité et de l'honnêteté. Mettez dans mes mains l'arme silencieuse que vous donna Sam Hong et que vous portez maintenant sur vous.
Silencieusement, sans une question, le jeune homme lui remit un petit automatique dont le détonateur était recouvert d'un sans-bruit en cuivre. Ming-Lu-San le fit vivement dis- })araître dans son corsage. L'attouchement de l'acier froid sur sa chair la secoua d'un frisson involontaire. Bravement, ses petits yeux noirs rencontrèrent les grands yeux gris et intelligents de son obligé.
— Pourquoi, demanda-t-il avec un soupir étouffé, avez-vous fait cela pour moi.^
Ming-Lu-San essaya de sourire. Caressant de ses doigts effilés le collier de jade, baissant la vue et mentant gentiment.
— Parce que vous m'avez donné ceci.
De retour à son logis de la rue Lagauchetière Ming-Lu-San entra par la porte à la clochette branlante. Une de ses compagnes était assise sur le tabouret près de la fenêtre. Tournant la tête, elle regarda Ming d'un regard empreint d'une satisfaction jalouse et malicieuse.
— Deux fois, depuis une heure, notre très honorable maître vous a demandée auprès de lui.
— Je vais me rendre auprès de lui immédiatement.
Soulevant la lourde tenture, elle disparut dans l'embrasure de la porte, monta l'escalier et s'introduisit dans l'appartement de Sam Hong. Celui-ci, occupé à déchiffrer les caractères bizarres des annales de la dynastie des Foug Fu, ferma le volumineux livre, le plaça près de lui et regardant Ming à travers la lueur blafarde de sa lampe lotus:
— Je vous ai fait appeler deux fois, lui dit-il doucement. Vous avez bien tardé. Mon âme désire être bercée dans les ondes éthérées de la musique. Chante pour moi Fleur d'Azur, Parfum des Roses.
Ming prit sa guitare sur une console et s'assit en face de lui sur un tapis oriental. Touchant chaque corde successivement, elle chanta une langoureuse romance du Sud. La dernière note s'éteignant dans une vibration plaintive. Sam Hong alluma un de ces bâtons parfumés qui brûlent devant les dieux grimaçants et le jeta dans un vase d'albâtre.
— Ta voix, dit-il nonchalemment, est
comme le murmure du vent soupirant à travers les jeunes feuilles. De tous les pétales du lotus qui s'épanouissent au nouvel an, tu es le plus rare et le plus beau. Tu es semblable au scintillement des étoiles.
De sa main glabre, montrant la guitare:
— Chante encore.
Ming chanta diligemment une berceuse du siècle écoulé, tandis que son maître écoutait avec des yeux mi-clos.
— Charmeuse, s'écria-t-il, comme elle pinçait la dernière corde, tant que tu ne fus pas arrivée j'étais énervé et mélancolique. Maintenant, mes sens sont apaisés et mon âme, légère comme les esprits parcourant la voie lactée par une belle nuit lunaire, s'élance vers toi. Chante encore une fois, bijou d'agate.
Ming-Lu-San chanta. La fumée de l'encens brûlant auprès d'elle l'étouffait. Sa voix perdant de l'ampleur, elle se tut.
— Avais-tu beaucoup d'acheteurs ce soir, demanda Sam Hong indifféremment, que tu ne sois pas venue près de moi à mon premier appel?
Ming le regarda sans broncher.
— Non, dit-elle d'une voix caressante, il n'y avait personne au comptoir. Le dragon du mécontentement s'empara de moi et j'allai par les rues promener mon coeur las.
Sam Hong caressa sa moustache et continua de sa même voix nonchalante:
— Ne sais-tu pas que la désobéissance est un des sept péchés cardinaux? Si tu n'étais pas belle comme l'aurore et ta voix douce comme le gazouillement du rossignol, je ne te pardonnerais pas. Que la chose ne se répète jamais.
Un frisson d'espoir parcourut l'épiderme de Ming:
— Je vous promets obéissance totale à l'avenir, répondit-elle grave et solennelle.
Paresseusement assis sur d'épais coussins, Sam Hong tenait ses mains enfouies dans les immenses manches-surplis de son kimono, si diversement ouvragé de riches dessins et d'hiératiques arabesques.
— Ce qui se murmure à l'oreille s'entend à des milles de distance. Dis-moi donc quel était ton sujet de conversation avec ce jeune démon de la race maudite que tu attendis une demi-heure sur la rue Sainte-Catherine?
Ming-Lu-San croisa ses délicates mains.
Pendant une minute elle étudia attentive-
ment les dessins du tapis sur lequel elle était assise.
— A quelle conversation mon maître fait-il allusion ?
Sam Hong fit un gloussement significatif.
— ^Psit ! toiç, vouloir arracher les plumes àe l'aigle lorsqu'il dort est une ambition futile, mon bourgeon de bambou. Le nénuphar s'épanouissant sur les eaux glauques de l'étang ne s'attend pas à détruire le rocher près duquel il croît. La fourmi respecte le pied de l'homme. La colombe ne cherche pas à se mesurer avec l'épervier. Ming-Lu-San, tu as péché, mais les dieux te regardent avec bienveillance. Vas en paix, mais que ceci te soit une leçon.
Retirant les mains de ses manches il se leva. La lumière de sa lampe en forme de lotus le frappant obliquement scintilla un instant fugitif sur la lame recourbée du poignard qu'il dissimulait.
Le couvrant de son regard, les yeux dans les yeux, Ming-Lu-San recula vers la porte, en proie à une frayeur mortelle qu'elle maîtrisait parfaitement. Posant la main sur la serrure massive de l'huis elle éprouva le frisson d'une menace subtile et écrasante. Devant elle, Sam Hong souriait béatement:
— De quoi donc as-tu peur. Fleur d'Azur? Pourquoi me regarder ainsi? Pourquoi trembles-tu, oiseau de mon paradis? Je vais t'ouvrir la porte, parfum de mes jours.
Instinctivement, Ming recula le long du
mur et porta la main droite à son corsage, comme pour réprimer les battements de son coeur.
Sam Hong s'avança cautuleusement vers la sortie. Comme le tigre surveillant sa proie, il tenait la pauvre enfant médusée par l'acuité de son regard. Il posa la main gauche sur le bouton de la porte, mais, au lieu de l'ouvrir, il se retourna rapidement et bondit vers Ming. A l'instant même, consciente du danger auquel elle était exposée, elle poussa le commutateur à portée de sa main. L'applique du plafond s'alluma, inondant la chambre d'une vive clarté, révélant la lame scintillante d'un poignard haut-levé.
Ming s'attendait à ce dénouement.
Instantanément, et sans préméditation, l'automatique silencieux qui était sur son sein s'accrocha à sa main. Avec la rapidité de l'éclair, avec une précision mortelle, sept balles se succédèrent.
Les deux autres esclaves de Sam Hong fermaient les contrevents lorsque Ming redescendit et ramassa sa pèlerine. Elle les aida à fermer les volets, à baisser les stores, à ranger les meubles et à verrouiller les portes. Les lumières s'éteignirent. Souhaitant un heureux séjour au pays des rêves à ses compagnes, tâtonnant, elle gagna son réduit sous les mansardes.
HOLLANDi^ïS"
80UTESLLE DE lO ONCES
AUSSI VENDU EN BOUTEILLES DË 260NCES^2.5^O
Plus Agréable parce quHl <^^t Importe/
Aucun autre ne peut égaler la qualité et la saveur hollandaises antiques de l'authentique Gin de Kuyper importé.
N'acceptes pas de succédané. Aiu^rin n*est autheiilifiue sans cette signature»
JOHN de KUYPER & SON, Distillateurs Maison fondée en 1695-Rotterdam-HoIIaude
Gi/i de KUYPER
Allumant une veilleuse à forme contournée elle la plaida près de son « Kang », caressa son amulette et alla s'appuyer à la fenêtre. Au loin, elle distinguait le treillis métallique tlu pont Jacques-Cartier joignant les deux rives du majestueux fleuve, et, en-deçà, les tours jumelles de Notre-Dame. Au bas de l'entassement des toits et des maisons, l'étroite rue s'allongeait de l'ouest à l'est, pratiquement déserte. Des ombres fugitives apparaissaient et disparaissaient à l'encoignure des rues transversales. Tout près, du « Mandarin Inn », brillamment illuminé et rempli d'une foule bigarrée de demi-mondaines et de fils à papa noçant, s'élevait les sons aigres d'un orchestre oriental ponctué du bruit assourdissant des tam-tam, battant la mesure d'une danse désordonnée.
Ming-Lu-San pleurait. Ses larmes, comme une rosée bienfaisante, apaisèrent sa détresse. Quittant son poste d'observation elle s'accroupit près de sa veilleuse. Inclinant profondément la tête, elle murmura avec ferveur ses prières. Se relevant, triste, mais la joie tlans l'âme, elle chuchota:
— Où êt3s-vous grands yeux rieurs ! et toi coeur rempli de bonté pour l'oiseau blessé, ne te pencheras-tu pas sur ma misère?
Détachant son collier de jade, ses lèvres froides touchèrent les froides pierres. Soufflant sa lampe, sa tête fatiguée chercha l'appui d'un coussin. Des rêves, parsemés de papillons d'or et de libellules d'argent, peuplèrent son sommeil.
Le procès fut expéditif. Ming, honorablement acquittée, fut remerciée par le juge pour son acte de bravoure. Tout en se défandant, elle avait débarrassé le pays d'un grand criminel, qui, quinze ans durant, défia les plus habiles limiers du continent.
Ming-Lu-San accepta l'hospitalité des soeurs Missionnaires de l'Immaculée Conception, le coeur et l'âme remplis du souvenir du beau jeune homme qui avait suivi les débats de cette cause célèbre, mais déjà classée.
Les lecteurs ont du se demander comment Sam Hong avait pu introduire ainsi cette jeune chinoise à Montréal, malgré la sévérité de nos lois d'immigration. Sam Hong, lors de son départ de San Francisco, s'en vînt au Canada comme professeur d'art et d'archéologie orientale. Au bout de quelques années
il obtînt ses papiers de naturalisation. Lors d'un voyage en Californie en janvier 1927, il rencontra Fleur d'Azur chez son frère et il s'en éprit violemment. L'ayant achetée, il se procura un faux certificat de mariage, ce qui lui permit de la ramener avec lui à Montréal.
Quant au héros de cette histoire, ce n'était autre que Louis Allain de Caraquet. Aprèsun brillant cours d'études au collège des Eudistes, sentant en lui l'étoffe d'un artiste et d'un écrivain, attiré par le mirage de la métropole, il y était venu plein d'espoir. L'apathie du public pour les oeuvres littéraires, la difficulté de se trouver un éditeur et un bailleur de fonds l'avaient conduit au désespoir. Ses amis du quartier latin l'avaient aidé en autant que le leur permettait leurs faibles ressources. Sa fierté naturelle, la foi en son talent, et une fausse honte l'avaient empêché de faire connaître à ses parents le dilemme dans lequel il se débattait. Tiraillé par la faim il s'était rendu au mont-de-piété de Nicolaï Solaska pour y déposer d'une chaînette d'or richement ciselée, cadeau d'adieu de sa chère maman.
Le lecteur comprendra aisément après cette explication, comment il tomba entre les griffes de Sam Hong.
Par une belle matinée du commencement de mai 1929, la chapelle chinoise de la rue Côté, brillamment illuminée et décorée de chrysantèmes et de lotus multicolores, présentait un aspect inaccoutumé. Des nuages d'encens flottaient au-dessus de l'autel. Des chants étranges et inconnus remplissaient le saint édifice au lent accompagnement des guitares chinoises et du tam-tam. A l'entrée, quelques autos stationnaient. La foule tapageuse et gaie du quartier latin obstruait la rue.
A dix heures, les portes de la chapelle s'ouvrirent. Radieuse, Ming-Lu-San apparut au bras de Louis Allain. Ses deux garçons d'honneur, Amable Audreux et Marc Descoeurs, accompagnés de deux jolis minois aux yeux obliques et au teint safran, le suivaient.
Le succès avait enfin souri à Louis. Un éditeur nouveau genre, poussé par un désir atavique de faire rayonner la pensée canadienne, non seulement au pays, mais même à l'étranger, offrait à tous les talents naissants de présenter leurs écrits au grand public, à ses frais.
Il avait lancé avec succès le dernier roman psychologique de Louis Allain, « Le Mauvais Génie », dont une deuxième édition venait d'être mise en librairie. L'avenir de l'artiste était assuré. . .
L'hospitalité la plus franche et la plus cordiale attend les intimes frappant à l'huis d'un petit logis du nord de la rue Saint-Hubert, où, dans un intérieur mi-oriental, mieuropéen, règne, heureuse et gaie. Fleur d'Azur.
Emile Lavoie
Ottawa, ce 7 novembre 1930.