‹ La petite clique dévoilée ou Quelques explications sur les manoeuvres dirigées contre la minorité patriote [microforme]Chapitre 5 sur 5 · TR MELLE · texte numérisé non relu

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chaque électeur ou candidat : “ avez vous payé vos six dernièts inois de loyers ?” Mais en voici assez et même de trop pour un original de l’éspèce de celui dont nous nous entretenons ; nous ui avons fait beaucoup d’honneur en perdant tant de lignes sur un aussi pauvre sujet.

C’est per suite de la coalition que nôus avons rapportée que la Minerve du 1er. mars dernier, contenoit les détails les plus perfides sur le discours prononcé par Mr. de Bleury, lors de la question des subsides, On y disoit quedes sifflets étoient partis des galeries ; on y prétendoit que le député patriote avait trahi la confiance de ses électeurs ; mais on se donnoit bien de garde de rapporter le texte dé ce discours, qui eût produit le plus affirmatif démenti à de telles assertions. Le 3 mars, nouvelle attaque, dans un morceau tiré de la soi-disant Pundore, journal sans abonnés comme sans imprimerie, conception avortive du trop fameux Jean Paul autrement dit Amury Giron.

Il est bon de remarquer que dans le même temps, la Minerve entamoitune polémique dégoutante contre le Canadien de Québec, journal qui avoit toujours marché sur une ligne égale de patriotisme ; mais qui se trouvoit aussi partager les opinions de la minorité patriote.

Dans son numéro du 7 märs, la Minerve annonçoit le projet d’une asseniblée dans le comté de Richelieu, afin de censurer la conduite du député qui s’étoit permis de se mettre en querelle avec la petite clique. Notez que rien n’étoit projeté de semblable au sujet des autres mandataires du peuple qui avoient voté dans le même sens; Mr. de Bleury étoit la seule victime désignée, et si, depuis, de pareilles assembléés ont eu lieu dans d’autres comités, il ne faut en accuser que ceux qui, les premiers, donnèrent un si triste exemple de violation des libertés parlementaires ; en fait de folies, le mal est pour ceux qui commencent et non pour ceux qui se laissent gagnef à l’imitation.

Quelques mots ne seront pas oiseux ici pour expliquer les procédés de l’assemblée tenue à St. Ours le 7 mars, et les menées de quelques uns de ceux qui y prirent part. En tête des promo-

. teurs de cette réunion figure le docteur W. Nezson, qui pourroit

seul expliquer les motifs qui le guidèrent dans cette affaire ; pour

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nous, qui ne sommes point dans les secrêts, nous ne pouvons que chercher à lui en attribuer de plausibles, et les meilleurs que nous puissions trouver sont : que le docteur W. NEzson cherche depuis quelque temps à se faire remarquer dans les réunions poli: tiques et qu’il ne seroit peut-être pas faché d’entrevoir le moment où un siège viendroit à vaquer dans son comté, afin d’y caser sa capacité, ou d’y asseoir l’incapacité de quelques uns de ses protégés. Nous sommes fâchés que les démarches du docteur prêétent à cette supposition ; mais il ne peut nous en vouloir de dire ce que nous pensons. Ensuite vient le propriétaire-éditeur de V’Echo du Pays; après, un parent d’un des collaborateurs de la Minerve, et enfin un ex-maître d'école, actuellement bailli! Si d’autres noms figurent dans les résolutions prises, on peut les considérer comme ayant cédé aux suggestions des meneurs et l’on ne peut leur faire d’autre reproche que celui de s’être laissé abuser trop facilement. En effet, comment ne point supposer qu’on soit sous une impression fausse, lorsque l’on condamne un vote sans en connoitre les motifs ; et les motifs prêtés à Mr. de Bleury ne pouvoient être appuyés que sur des dit-on, puisque son discours n’avoit pas encore été publiée ; ce n’est pas ainsi qu’on doit juger les hommes en équité, encore moins en politique. Dans le numéro du 10 mars, la Minerve parloit de l’assemblée de St. Ours et promettoit des détails. Dans le numéro du 14, elle regrettoit que l’abondance des matièresne lui eût point permis de donner les procédés de la réunion de Richelieu. Dansle numéro du 17, elle transmettoit à ses lecteurs ces procédés en entier. Enfin dans le numéro du 24, paroit le discours de Mr. de Bleury sur les subsides; puis, une note éditoriale, dans laquelle on se plaignoit de ce que le discours de l’hon. L. J. PArINEAU, n’eût pu être rendu avec l'effet qu’il avoit produit, tandis que les discours des autres membres, écrits et préparés avec soin, en devoient acquérir beaucoup plus d’importance. ‘ Ainsi, ajoute le journal, le sarcasme l'ironie et le ridicule, mantés avec tant de talent par Mr. Ropier, après avoir entendu la lecture monotone du discours de Mr. de Bleury, perdent tout leur effet par le peu de justice que lui fait le rapporteur. Voilà un singulier échantillon dé l’impartialité qui préside à la rédaction de la Minerve ;

elle devroit au moins se montrer plus pudique de louanges vis-àvis d’un de ses collaborateurs, qui n’en a sans doute pas besoin.

Dans le numéro du 28 mars, figurent : 10. un tout petit article éditorial. 20. Une communication signée Baptiste, nom adoptif de Mr. E. E. Ropter. 30. Et un extrait de la Pandore, rédigée, sous la cheminée, par le très honorable À. Giron ; le tout relativement à l’assemblée convoquée à St. Ours, le 27 mars, par les amis de Mr. De Bleury, pour fournir à ce dernier l’occasion de donner à ses électeurs des explications sur son vote des subsides ; explications rendues nécessaires par la réunion provoquée précédemment en l’absence du député accusé. Ceux qui voudront une échantillon du ton d’Amury Girod, pourront recourrir à la JWinerve, digne cloaque d’un si digne écrivain; quand ‘à nous, nous nous respectons trôp pour reproduire d’aussi dégoutantes diatribles.

Pour bien se convaincre à quelles ramifications se rattachoient ces attaques indécentes, il faut savoir que : Mr. E. E. Ronier et l’aventurier Grrop, s’êtoient trouvés à l’assemblée du 27 mars. On voit qu’ils-avoient fait diligence et que l’imprimerie étoit entièrement à leur service ; puisque, le lendemain, leur prose avoit pu frapper d’admiration les lecteurs du journal. Mr. Ropier avoit été sur les lieux, suivant ce qu’il a déclaré ensuite, pour visiter ses terres ; mais l’agronôme Girop n’avoit pas un semblable besoin à invoquer ; il faut donc se déterminer à croire, que le désir de faire du scandale avoit seul conduit le désœuvré Suisse. |

L’inconvenance qui existoit dans la présence d’ur collègue à une réunion où devoient naturellement se presser ceux qui avoient ourdi cette petite cabale, la précipitation avec laquelle Baptiste et l’éditeur sans journal, Grron, d’empressoient de faire part au public, d’une manière éronnée, de ce qui s’étoit passé dans cette séance, allumèrent l’indignation d’un des amis de Mr. De Bleury, Mr. Léon Gosselin, dont personne dans eette province ne ré- "voque en doute le jatriotisme, l'indépendance, et l’impartialité ; c’est ce qui le porta à faire insérer, dans lAmi du Peuple du 2 avril, une correspondance dans laquuile il rétabMssoit les faits, tout en déplorant les écarts de Mr. Ronier, ct en flétrissant

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celui qu’il n’avoit pas rougi de prendre pour associé dans une aussi malséante expédition. Mr. GosseiN avoit choisi Ami du Peuple comme moyen de publication, parceque, d’après la nature des articles de la Minerve, il ne pouvoit plus douter que ce ne fut un parti arrêté de poursuivre Mr. De Bleury, et qu’il étoit probable qu’elle ne consentiroit à rien insérer qui fut capable de contrarier un plan aussi bien conçu.

La Minerve, du 4 avril, contenoit une longue réplique de Mr. E. E. Ronrer à Mr. Léon Gosselin, qui avoit autorisé l’éditeur de PAmi du Peuple à livrer son nom quand il seroit demandé. Cette lettre est entachée de phrâses qui sentent trop la colère et le dépit les plus outrés pour qu’on cherche à s’appesentir sur son contenu. Tout le barreau a pü regretter qu’on fit ainsi montre de l’abus le plus désespérant du droit d’écrire, et que l’un de ses membres profaänât son talent en oubliant la dignité de l’ordre dont il avoit l’honneur de faire partie.

Ce n’étoit pas assez cependant, et le même numéro de la Minerve étoit le réceptacle d’un article éditorial qui déchiroit de la manière la plus infâme le caractère personnel et la vie privée de Mr. de Bleury. Ce dernier ne pouvoit laisser passer une injure aussi gratuite et dut en demander réparation. Ne connoissant point quel pouvoit être le lâche qui l’attaquoit ainsi, à l’ombre de l’épais imprimeur de la Winerve, il chargea un ami de réclamer le nom de l’auteur d’une agression semblable. Le sieur Lup- GER DuverNaAYy demanda quelques heures pour consulter, et finit par dire que cet article étoit de lui!.... Les amis de Mr. de Bleury ne furent point d’abord d’avis qu’il y eut des suites ; parceque, jusque là, le sieur Duvernay n’avait pas été jugé digne de rencontrer un galant homme ; cependant, réfléchissant que tous les misérables pourroient profiter de l’indignité attachée au nom de l’imprimeur de la Minerve pour déverser l’outrage sur tout ce qu’il y a de plus respectable dans le pays, on décida que le combat auroit lieu avec le sieur Duvernay, dans le cas où il persisteroit à cacher le nom du pamphlétaire. Tous ceux qui connoissent les facultés intellectuelles et le manque d’instruction du sieur DuverNay ne peuvent être dupe de l’amour propre qu’il mit à passer pour l'écrivain d’un semblable article; amour propre qui le.

poussa jusqu'à surmonter les appréhensions d’une blessure ou quelque chose de pis > ce n’étoient peut-être point le désir et la méchanceté qui lui manquoient, mais les moyens d’exécution durent-être un obstacle insurmontable. Il faut donc persister à croire que le véritable auteur n’a pas rougi de prendre pour plastron un père de famille, dont il exposoit sans scrupule et la vie et l'avenir ! ce sont de ces bravoures dignes de la petite clique, et il faut être de la pâte du sieur Duvernay pour consentir à de semblables comédies. Il est vrai qu’il avoit un petit intérêt personnel à venger, car Mr. de de Bleury, quelques jours avant, avoit renvoyé son abonnement à la Minerve, ne voulant plus avoir rien de commun avec un papier qui se complaisoit à l’injurier quotidiennement.

La rencontre eut lieu et l’on put regretter encore de voir Mr. E. E. Rodier figurer comme second du sieur DuverNaYy ; quelque chose auroit du l’avertir, qu'ayant été l’un des acteurs de l'affaire, ayant écrit dans la cause et commencé à envenimer les choses, il y avoit de l’inconvenance à s’en constituer arbitre des résultats, Après cinq coups tirés de part et d’autre Mr. de Bleury, qui avoit eu constamment l’avantage de l’adresse, blessa son adversaire et le combat dut cesser, Les amis du sieur DuvERNAY ont cherché à se récriminer sur l’acharnement mis dans la rencontre ‘et ont blamé la persistance du second de Mr. de Bleury pour pousser les choses jusqu’à ce qu’il y eut du sang répandu ; mais il n’en pouvoit être autrement : il étoit temps de prouver qu’une chose aussi sérieuse que le duel ne doit plus devenir une partie de plaisir, dans laquelle chaque adversaire vient faire parade de courage, avec la certitude que le hazard seul peut lui être fatal. Ceci mettra sans doute en garde ceux qui se font un jeu d’insulter les autres. Au surplus on auroit dû savoir gré à Mr. de Bleury des ménagemens qu’il mit dans cette affaire, il pouvoit la terminer du premier coup d’une manière fatale à son adversaire : qui enlève un mouchoir de la poche, peut fort bien frapper un but aussi large que l’abdomen du sieur Duvernay ? mais, Convaincu que ce dernier n’étoit là que le manequin d’un autre, il ne chercha qu’à le blesser légèrement ; et’ c’est à cela qu’on doit attribuer la multiplicité des coups tirés,

ne.

Parmi tous autres hommes, les passions eussent été satisfaites et l’on eut vu régner, sinon l’amitié, du moins des sentimens de délicatesse entre les deux adversaires ; mais les mortels ne reçoivent d’inflexions que de leur éducation, eh ! que pouvoit-on exiger àcet égard du sieur Duvernay ? Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir la Minerve devenir encore la trompette aux cent bouches de nouvelles calomnies contre Mr. de Bleury.

L'article éditorial du 4 avril annonçoit : que le sieur Girop ne se feroit pas attendre longtemps. En effet le sieur Ginop vint à Montréal, d’autres prétendent qu’on l’envoya chercher et racontent une anecdote assez plaisante à cet égard. Il paroit que le guerrier de l’Ile Ste. Thérèse n’étoit pas fourni en argent pour payer sa. voiture, l’imprimerie de la JMinerve n’étoit guère plus favorisée. En espèces ; ensorte qu’on fut obligé de déterrer Mr. Ropier, qui se mit en courses de son côté pour satisfaire le charetier. Le sieur Girop est toujours l’homme aux précautions, lorsqu'il s’agit d’affaires d’honneur, et voyant que les sollicitations de ses amis l’obligeoient pour ainsi dire à se ruer dans l’arène, il est probable qu’il rêva à la manière la plus subtile de sortir du pas épineux où on le plaçoit. Il savoit que, dans une précédente occasion, ayant envoyé un caïtel à un autre adversaire en lui proposant le sabre, celui-ci n’avoit pas reculé, mais, qu’invoquant les usages il avoit forcé à se servir du pistolet ; il étoit donc essentiel de se mettre dans la position de ne point envoyer de cartel. Il savoit que Mr. de Bleury avoit déjà prouvé deux fois qu’il ne tiroit pas maladroitement, l’antagoniste n’étoit donc pas : pressant à prendre. Il savoit aussi que l’usage ne permet point qu’un galant homme se mesure avec un misérable qui l’attaque en buy. En conséquence, il fit à part lui, du moins on doit le supposer, le petit calcul suivant : en attaquant Mr. de Bleury à coups de canne, ou je serai déchargé du danger d’une rencontre avec lui ; ou, s’il dédaigne l’usage pour m’envoyer un cartel, je me trouverai dans la position de choisir les armes ; j’aurai soin alors d’en adopter une qui amène un refus. On voit que ce n’étoit pas mal raisonner pour un Suisse, un Gascon eut été jaloux d’un semblable expédient ; cependant nous devons dire, que nous ne pensons point que le sicur Girod eût mieux aimé rencontrer son adversaire au

sabre plutôt qu’à toute autre arme, ct ceux qui voudront s’en convaincre peuvent s’adresser à Mr. Piner,de Varennes, lequel pourra lesédifier sur ce chapitre. S’arrêtant à cette alternative,il attendit Mr. de Bleury, au moment où il se rendoit en cour et lui appliqua un coup de fouet !... l'intervention d’un magistrat arrêta la suite ls de ce nouveau gucet-apens et le vaillant chmpion d'industrie fut

mis sous caution. À Cette scène, qui peignoit bien toute la dépravation de son au- | teur, se passoit le matin du jeudi 7 avril et la Minerve du soir.

contenoit une série de lettres signées A. Giro», écrites en excellent françois-suisse, dans lesquelles le susdit Girod vomissoit linjure à pleine gorge sur MM. de Bleury et Gosselin, se vantant, dans un poscriptum, de l’exploit qu’il venoit d'accomplir. | La Minerve du mème jour contenoit encore un autré article N éditorial, dans lequel l’imprimeur donnoit la relation oMlicielle de son premier fait d'armes, tout en se répandant en rodomontades ridicules contre Mr. de Bleury. Cela ressembloit en vérité à un ! enfant, charmé d’être sorti du collège sans avoir reçu une trop forte flagellation, et bravant l’indulgence de ses maîtres! Le T sieur DuverNay auroit dû en agir plus galamment vis-à-vis de Mr. de Bleury, quand ce n’eût été que pour le remercier du cer- | P p + À

tificat de capacité. qu'il venoit de lui délivrer : peut-être était-ce aussi ce certificat qui allumoit la bile de l’imprimeur-guerrier ?

Dans son numéro du 11 avril, la même feuille donne une nou- | d velle lettre d'A. Giron, dans laquelle il s’applaudit de rechef de

sa lâche action, tout en cherchant à lui assigner des motifs. Des li motifs! En avait-il? Aucuns de plausibles, car Mr. de Bleury B n’avoit rien dit ct rien écrit dans toute cette affaire ; la colère Gi- a\

rodienne eût dû se tourner vers Mr. Leon GosseriN qui avoit pi

assez provoqué le Suisse, si des vérités dures sont des provoca- à

tions. Mais Mr. Gossclin n’étoit pas encorc désigné par le doigt | rè

accusateur de la petite clique. | R

© Le numéro du 14 avril contient un extrait de la supposée Pan- A tre dore, annonçant que la compagnic de CARABINIERS ne veut plus fa

servir sous un chef fouctté! puis, que le renommé Jean-Paul a P:

reçu un acte Judiciaire pour se voir juger en raison de son as- | .

saut sur Mr. de Bleury. ,

Cette fausse assertion provoqua l’indignation de la compagnie de carabiniers dont Mr. de Bleury se fait honnour d’être capitaine. Cette compagnie, composée d’électeurs, de fils d’électeurs et de personnes recommendables, se réunit ; elle passa des résolutions pour exprimer son dégout sur de parailles menées. Une députation fut nommée pour se rendre à la Minerve et inviter l’imprimeur à insérer les procèdés ; mais la Minerve entend se réserver seule le monopole des diffamations, elle ne veut pas qu’on en appele à son impartialité quand il s’agit de contrarier ses vues. Le sieur DuverNay demanda du temps pour réfléchir et finit par ne rien exécuter ; le Vindicalor suivit la même tactique; bien mieux, les membres de la clique cherchèrent à détourner les députés de l’idée de remplir leur mission, et leur firent envisager que c’étoit semer la division dans le camp patriote ! Ces scrupules venoient bien tard à messieurs les joueurs de patriotisme ; s’ils leur étoient survenus plutôt, auroient-ils commencé la guerre ? Les procédés des carabiniers et les détails sur les refus des journaux patriotes, furent consignés dans l’Ami du Peuple du 23 avril. La JMinerve du 21 avril, contenoit, dans une forme faite pour soulever le cœur le mieux constitué, les motifs du refus de l'insertion des procédés des carabiniers; mais elle se donnoit bien de garde d’annoncer que ces procédés détruisoient les asscrtions de la Pandore !

Lu même feuille comportoitaussi une correspondance de Baptiste, qui donnoit carrière à sa mauvaise humeur contre Mr. de Bleury : il y rapportoit, entre autres choses, que ce représentant avoit été souffletté publiquement par une foule d’individus, y compris Ovine PERRAULT !... Il y avoit longtemps qu’on exploitoit, à bas bruit les noms des messieurs nommés et nous ne nous arrêterons pas à en faire sentir Pabsurdité ; mais pour Ovine PER- RAULT, il faut avoir une furieuse dose de bonne volonté pour le transformer en donneur de soufilets, à moins qu’on n’entende lui faire honneur de ceux qu’il reçut : autant vaudrait dire qu’il est l'Aigle du barreau Canadien, le démosthène de la tribune, le Rolland des batailles ; l’un ne scroit pas plus difficile à croire que l'autre. Cette lettre dut rester sans réponse, car elle fut évidemment écrite dans l'intention de faire un scandale de plus,et Mr.

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Ronier, s’il vouloit qu’elle portât effet,n’auroit pas dû s’en vanter comme il l’avoit fait partout. Il y a de ces choses pour lesquelles le mépris est une vengeance plus noble que l'éclat.

Le 28 du même mois, la Minerve recommandoit encore à ses souscripteurs de Varennes de montrer à madame Giro», épouse d’Amury, autrement dit Jéan Paul, laboureur, la lettre qu’elle reproduisoit, dans laquelle le susdit Jean Paul fesoit des gorges chaudes sur le procès qu’il alloit subir, comme ayant exécuté un assaut sur Mr. de Bleury. Quelle pitié !... Combien cela prou ve la dégradation d’un journal fait pour concourir à l’éducation du peuple !

Pendant ce temps il se passoit d’autres choses qui démontroient

jusqu’à l'évidence, la coopération de la petite clique et de ses

journaux dans la conspiration contre le caractère public et privé de Mr. de Bleury. Aussitôt après le vote sur les subsides, on répandit le bruit que le discours de Mr. de Bleury n’étoit pas son ouvrage ; on l’attribua pendant quelques temps à l’hon. De- BARTZcH, et Mr. RoDier l’affirma à qui voulut l’entendre. Plus tard, on ptéféra en faire honneur à l’ancien éditeur de la Minerve, Mr. Lescanc DE Marconnay, et cette feuille, qui recule toujours à l’idée de prononcer le nom de ceux qu’elle déteste, n’hésita pas à faire le sacrifice de ses répugnances pour instruire toute la province de cette supposition qu’elle donnà comme affirmative. C’étoit une belle invention, car il pouvoit être probable que l’avocat empruntât la plume de son client, comme celui-ci émpruntoit les talens de l’avocat. Malheureusement Mr. LesLanc DE Marconway déclina lé paternité qu’on vouloit lui imposer!.… La Minerve refusa d’insérer sa réclamation, parcequ’elle avoit propagé le mensonge ; ensorte que les lecteurs de la Minerve, n'étant point ceux des autres papiers, devoient rester sous leurs

fausses impressions. La réclamation de Mr. ve Marconnay .

parut dans l’Ami du Peuple du 13 avril, en même temps qu’une autre lettre dans laquelle ce François disoït au Suisse Grrop que t'ses derniers exploits étoient en dehors des mœurs françoises.”

Lorsque Amury Girop fut appelé devant le magistrat, ce furent Île frère d’Ovine PERRAULT, imprimeur du Vindicator, et son ancien associé qui servirent de caution !...ce fut encore

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Ovine PERRAULT qui dressa tous les actes de la procédure en faveur de son digne acolyte Giron. On sait les démarches multipliées qui furent faites pour. intéresser certain individu au long nez ; les efforts honteux que le frère d’Ovide fit pour faire déclarer coupable par le grand jury, dont il fesait partie, le bailli assez Ôsé pour avoir tenté d’arrêter le soi-disant cultivateur de Varennes ?

Le procès de Jean Paul eut lieu le 29 avril 1836 et nous reviendrons tout à l’heure sur la phisionomie qu’il présenta. Il est bon de faire remarquer qu'Ovips PERRAULT füt l’un des défenseurs du délinquant ; ce qui donnera à rire, lorsqu'il viendra appeler les foudres de la justice sur celui qui fustigea le Docreur O‘CazLaGHan ! Mr. Robien, toujours poussé par un sentiment de générosité et de patriotisme mal entendu, prêta aussi l’appui de son éloquence au Suisse-Canadien. La Minerve, du lundi 2 mai, rend un tout petit compte du procès, se terminant par ces mots : ‘ cette cause a paru exciter. un grand intérêt : l’auditoire étoit nombreux et la discussion a été conduite avec chaleur et a provoqué beaucoup d’hilarité. Il sera publié prochainement de plus grands détails.” Vient ensuite un autre article danslequel on tance Mr. Harr, défenseur de Mr. de Bléury, pour la lettre qu'il eut l'avantage d’adresser, par l'entremise du Herald, à l’hon. D. B. Vicer, comme président de la cour de sessions de quartier.

On y dit: “qu’il est loisible à Mr. Harr de barbouiller longtemps

du papier avant qu’il puisse faire grande sensation.” Nous ne savons point si l’hon. D. B. Vicer, comme l’affirme son panégyriste ‘obligé, la Minerve, a acquis du relief par les diafribles de Mr. HarT ; mais ce dont nous sommes certain, c’est qu'il n’en acquierra jamais par la manière dont il tint les débats dans cette occasion.

Jean Pauz a employé la Minerve du 9 mai, celle du 12 et celle du 26 du mêmé mois à rendre corapte, à sa manière, du procès qu’il avoit subi et de la condamnation qui en avoit été la suite. Ces écrits sont de nouvelles aggravations au délit dont un jury impartial l’a reconnu coupable ; cela établit uniquement que le susdit Giro aime à parler, à mentir et à calomnier. L’un des collaborateurs de la JWinerve, qui étoit venu pour sténogra-

phier cette ‘importante cause, et les avocats du condamné, également collaborateurs de la Minerve, n’ont point eu la pudeur de rectifier le récit du correspondant ou de l’engager au silence. Ceci prouve donc, jusqu’à la dernière évidence, que Jean Paul et la Minerve, la Minerve et Jean Paul doivent être rangés sur la même ligne de déiicatesse, qu’ainsi tout le monde doit être déchargé vis-à-vis d’eux des considérations qu’on se doit dans la société.

Nous devons revenir maintenant sur les détails que présenta le procès et nous y sommes d’autant plus conviés, que Jean-Paul ne s’étant pas fait scrupule de revenir sur la chose jugée en ne ménageant point le respect qu’on lui doit, un aussi habile général ne doit pas trouver mauvais que nous suivions sa tactique. Nous verrons au reste qui de lui ou de nous aura les rieurs de son côté ; nous sommes certains d’avance d’avoir l’assentiment de tous les hommes sensés.

L’Hon. D. B. Vicer présidoit la cour de sessions de quartier ; il étoit assisté de MM. Gagnon et Hall, magistrats. Nous sommes loin de chercher à porter atteinte au mérite personnel de Phon. D..B. Vicer ; mais il nous semble essentiel d’examiner, un tant soit peu, la physiologie de son organisation, afin d’arriver à une conséquence sur les facultés morales qu’il déploya dans cette circonstance. Mr. Vicer est un homme qui aime sincèrement son pays, mais qui se laisse aller, bien davantage, à l’empire de la flatterie et aux exalaisons de l'amour propre. D’après son caractère, la patrie est tout ce qui se rapporte à lui, tout ce qui l’honore, tout.ce qui le cajole, tout ce qu’il croit capable de jeter quelque relief sursa vie. L’égoisme est sa marotte, et ce sentiment a produit une telle élasticité dans son imagination, qu’il est parvenu à le convaincre que l’égoïsme est du patrio- | tisme. Ily a des gens qui lui reprochent de ne mettre jamais ie

ses actions en harmonie avec ses paroles : d'émettre sans-cesse la | pensée des sacrifices que le sol natal impose, sans jamais en faire

aucuns pour l'intérêt de ses concitoyens ; de prêcher le désinté- { ressement aux autres, et de se faire généreusement payer les dé-

rangemens que les affaires publiques lui causent; enfin on va jus-

qu’à dire qu'avec une belle fortune, exempt de charges et d’en- |

fants, il pourroit promouvoir l’industrie, soulager lindigence et stimuler les talens. Quant à nous, nous nous garderons bien de porter nos investigations sur cette matière, elle touche au fort intérieur, et tant pis pour celui qui transige avec la conscience de ses devoirs envers la société humaine. L’Hon. D. B. Vicer à la foiblesse de se croire un littérateur distingué, un diplomate habile, un politique profond, un législateur judicieux, un citoyen parfait, un juge infaillible, un moraliste consommé ; il veut persuader'toutes ces choses aux autres et entend qu’on y porte croyance comme à un article de foi. Ces dispositions prédominantes le rendent donc le jouet de ses propres illusions, et le livrent, presque sans défense, aux premiers qui savent l’entourer de leurs louanges exagérées; elles doivent lui donner une versatilité pér iodique qui s’accorde mal avec les différentes fonctions qu’il se flatte d’être apte à remplir: c’est ainsi qu’il consent à $s’associer à toutes les plaintes faites contre le conseil législatif, dont il est cependant membre, et dans lequel il continue à sièger ; qu’il revendique sans cesse en public les mœurs, usages, coutumes, les lois et le langage françois, tandis que dans son âme il haït tout ce qui est françois, que dans la conversation privée il s'anglomanise plus que les Bretons. Nous n’en finirions point si nous voullions apporter à la lumière tous les contrastes que présentent le caractère et les habitudes de l’hon. D. B. Vicer, aussi abondonnons nous ce soin à ceux qui voudront l’étudier avec attention.

Il est facile de concevoir qu’un semblable magistrat étoit d’une accession facile à la petite clique et qu’elle ne manqua pas de finettre en mouvement tous les ressorts de son génie pour se le rendre favorable. Elle n’y réussit que trop ! et la manière dont les débats furent conduits, à l’audience du 29 avril, devint un véritable scandale qui prouva toute l’aliénation de l'indépendance du juge ; nous dirons plus, ce fut une honte pour l’homme considéré comme l’une des premières capacités du pays. Jamais partialité plus révoltante ne fut déployée avec tant d’aplomb, jamais oubli des devoirs de la judicature ne fut poussé à un tel excès, jamais abus du droit de défence ne fut admis avec tant de complaisance, jamais mépris des convenances sociales ne fut toléré avec tant

de persévérance. L'étranger qui eut assisté à cette parodie judiciaire auroit remporté une idée bien affligeante de la dignité de nos tribunaux, de l’équité de nos magistrats, du ton de nos avocats ; et tout ce que nous pouvons dire c’est que la lettre de Mr. Harr, consignée dans le Herald, quelque sévère qu’elle soit, n’est encore qu’une bien foible exposition de l’atteinte portée par l’hon: D, B. Vicer au respect inspiré par la magistrature.

Dès l’appel de la cause, Ovine PERRAULT vint invoquer, pour son client, la faveur d’un jury mediate linguæ, attendu qu'il se déclaroit aubain, en revendiquant son origine Suisse. Cela étoit d’autant plus extraordinaire que Jean-Paul, cessant de se pré-

tendre-canadien, se constituoit encore bien plus coupable, en venant intriguer dans la politique d’un pays qui n’étoit pas le sien ; qu’iln’avoit plus aucun pretexte de rejeter l’odieux de son action

sur de soi-disantes dissentions de partis : n’importe, on se racro-

che à toutes les branches, quand on plaide une mauvaise cause.

Nous engagerons seulement nos concitoyens à se souvenir qu’-

Amurÿ Girop s’est avoué étranger et nous laissons à leur bon

sens le soin de juger s’ils devront encore se livrer aux impulsions

de tous les brouillons révolutionnaires que l’Europe pourra nous vômir pour s’en débarrasser. Comme on connoissoit bien le peu | de solidité de cette exception, on finit par s’en désister. Il fallut | donc passer à la cérémonie d’assermenter le jury ordinaire ; mais

cette opération: devoit soulever un nouvel incident. Les défen- ) seurs de Jean-Paul prétendirent que Mr. Dyer, l’un des jurés, avoit eu une conversation sur le procès, soit avéc le plaignant, soit avec son avocat. On interrogea le juré récusé, et il fit serment, sur la bible, qu’on ;ne lui avoit rien dit sur l'affaire. Non content de cette assurance, le président, sur les instances des avocats de l’aceusé et sans consulter la cour, (comme il est dans l'habitude de procéder sans cesse, cer il ne parle au pluriel ordinairement que pour la forme,)assermenta deux jurés pour décider si, d’après les témoignages à intervenir, Mr. Dyer devroit s’abstenir on non. Les dépositions, quoiqu’en dise Jean-Paul, ne purent, prouver autre chose, sinon que : Mr. Harr avait dit en passant au juré, que la cause d'Amury Girop seroit appelée :ce jouf la !.., Ici encore se eommit l’une de ces inconvenances aux-

Es

Ge — —

quelles l’avocat ne fit peut-être point attention dans la chaleur de la défense, mais qui ne sont propres qu’à jeter une défaveur pénible sur les membres du corps dont il a Phonneur de faire partie. Mr. Joux Goparp, étant appelé comme témoin d’un fait, Mr. E. E. Rovre s’opposa à son audition sous le prétexte : ‘“‘qu’étant en procès avec Mr. de Bleury,il pourroit bien acheter l’indulgence de son adverse partie par une déposition complaisante !” Comment supposer un tel excès de dégradation dans un confrère ; et surtout, comment pousse-t-on l’oubli des convenances jusqu’à exprimer un semblable doute en public ?

Les jurés appréciateurs décidèrent que Mr. Dyer s’abstiendroit et celui-ci fut remplacé.

On procéda à l’audition des témoins, le délit fut constant et il ne pouvoit en être autrement. Cependant les avocats de JEAN Pau firent tous leurs efforts pour déplacer la discussion et s’ouvrir le champ au scandale, comme ils se l’étoient proposé. Le président paraissoit se complaire dans tout ce qui pouvoit attaquer la délicatesse de Mr. de Bleury, et l'audience se y optrainte plusieurs fois de protester par ses murmures pe des écarts inusités qu’on sembloit tolérer: (On peut dire que ce fut à çette manifestation de l’esprit public, plutôt qu'aux dispositions du magistrat, qu’on dut la répression des hors d'œuvres dans lesquels on fesoit entrer l’injure à foison. Une seule fois, le président songea à se réveiller pour rappeler les avocats du Suisse à une discussion moins indécente : ce fut alors que de mauvaises plaisanteries furent débitées sur la longueur des nez! et encore vit-on clairement que l’hon, D. B. Vicer avoit compris qu’on vouloit en fair l’objet d’une analogie personnelle, Puisque nous en sommes sur cet article, nous ne le quitteronspoint sans faire concevoir combien de semblables digressions sont de mauvais goût et en dehors des formes oratoires. Les jeunes avocats écoutént avec avidité leurs anciens, pour profiter de leurs luraières ; comment se formeront-ils si ces Nestors du barreau se livrent à tout le dévergondage de leur esprit, et prostituent leurs talens jusqu’à descendre à un langage qui seroit à peine supportable sur des traiteaux ?

Les causes criminelles, quelque patente que soit la culpabilité,

présentent toujours un côté qui peut servir de thème aux mouvemens oratoires les plus éloquens ; c’est au défenseur à saisir habilement le point de vue favorable qui semble lui promettre l'espoir de séduire le jury, de désarmer les juges et de gagner la bienveillance du public. On s’attendoit que lun des avocats du moins, Mr. E. E. Rontïer, qui a une réputation d’engouement, qui fait Padmiration de ses partisans politiques, qui est presque certain de rencontrer un auditoire gracieusement prévenu, montreroit assez de tact pour sortir victorieux de la lutte, tout en se donnant la gloire d’avoir ménagé les convenances. On pensoit que, membre du parlement, il revendiqueroit les privilèges d’indépendance et la considération attachés à cette charge, d’autant plus digne de respect qu’elle est conférée par le peuple; qu’il rappelleroit la vénération dont les nations anciennes, dont les républiques modèles se fesoient un devoir d’entourer leurs législateurs; qu’il citeroit l’ancienne législation françoise, proportionnant la peine au dégré d’élévation de l’injurié, et la rendant beaucoup plus forte, alors qu’il appartenoïit à quelque compagnie ou corporation ; qu’il flétriroit celui qui ôsoit porter la main sur un représentant du peuple, en raison des opinions qu’il avoit pu émettre à la tribune ou par suite de ses actes parlementaires, parceque c’étoit porter une atteinte sacrilége à l’exécution libre d’un mandat sacré ; qu’il déploreroit l’erreur des passions politiques, capables d'allumer dans le cœur de l’homme des sentimens dégradants pour l’espèce humaine." On comptoit que, membre du barreau, il proclameroit les immunités attachées à cette noble profession, qui, dans tous les pays du monde, tient le premier rang et élève ceux qui l’exercent au droit de monter avec avantage au faite de l’échelle sociale. Il devoit savoir que Cicéron ne fut consul, c’est-à-dire le premier homme de l’univers connu, que pour avoir été avocat ; que Cæsar fut avocat ; que le même homme étoit chez les Romains, avocat, augure,sénateur et guerrier. Que Pompée, Tibère, Germanicus, commencèrent par se signaler au barreau ; c’étoit la porte des grandes dignités. Si Mr. RopiEr avoit étudié les fastes de son ordre, il ne pouvoit ignorer combien les lois et les juges se moniroient jaloux de faire respecter cotte profession, créée pour invoquer et faire triompher

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les lois et pour tenir un jour les balances de la justice. Il auroit établi que Pavocat se rendant à la courou en sortant, est aussi inviolable que le magistrat sur son siège ; il auroit parlé de cette femme qui, en 1752, pour avoir souffleté son avocat, lorsqu'il sur toit de Paudience, fut condamnée, nonobstant les égards dûs à un sexe foible et recevant les hommages du monde, à une amende honorable sèche en présence des juges. Plus, dans son exorde, il se fut montré convaincu que le délit imputé à son client étoit grave, monstrueux, et condamnable, plus il pouvoit, par une transition adroite, en contester l’accomplissement, lui attribuer une précipitation qui éloignât toute idée de préméditation et en diminuât la culpabilité ; plus il lui devenoit facile de contester que des causes politiques eussent été l’origine d’une semblable conduite et, conséquemméñnt, de prouver que la vénération dûe au représentant d’une nation n’avoit point été violée. Voilà comme un orateur transcendant eût pu conserver l’espoir que ses paroles se transmissent avec fruit à la postérité ! Mr. Rovrer s’est refus à cueillir de telles palmes. Nous nous en afiligeons d’autant plus qu’on avoit longtems d’avance exalté ses capacités, que ses partisans le donnoient powr l’une des colonnes du barreau canadien etque nous fumes portés à nous couvrir la figure de honte pour ce corps respectable, lorsqu’en sortant de la cour, nous entendimes un européen s’écrier, en parodiant les paroles de Louis | XII : “Mr. Ropter pourroit être un habile homme, s’il ne fesoit pas comme les mauvais cordonniers, qui déchirent le cuir en l’alongeant avec leurs dents!”

Nous ne tenterons point de suivre Mr. E. E. Rodier dans son plaidoyer, car se seroit patauger avec lui dans la vague, et se jetter dans des digressions aussi oiseuses que déplacées. Deux observations encore, et nous en aurons terminé : Comment est-il possible qu’un homme qui, professionnellement, doit être instruit, puisse pudiquement vanter les talens littéraires de Jean Paul, qu’il ôse dire que ses JVotes diverses sur le Bas-Canada soient un chef-d'œuvre digne d’admiration?.… il faut ne point les avoir lues; ou il faut avoir oublié la langue des Montesquieu, des Daguesseau, des Corneille, des Benjamin-Constant, des Chateaubriand, ete. Si les fautes les plus grossières contre la gram-

maire, la logique et le sens-commun, sont les titres de recommandations d’un écrivain ; il est certain que l’informe compilation d’Anury Girop est l’apogée du beau idéal. Quel est l’avocat quine rougira point d'entendre poser en principe que celui de ses confrères qui l’aura associé à ses travaux, n’a introduit qu’un Valet dans son effice !.. Mr. Dumas, qui fut l’associé de Mr. Ropier, n’aura pas lieu de le remercier de cette étrange classification; Mr. LABERGE, qui est l'associé de Mr. CosME SERAPHIN CHERIER, (lequel fut lui-même valet de l’hon. D. B. Vicer), ne sourira point au rang distingué qu’on daigne lui assigner, et tant d’autres associés, qui peuvent reconnoitre des égaux mais qui ne souffriroient point des supérieurs, seront loin de goûter le système anti-démocrate mis au monde par le démocrate-fanatique Ropier. Nous ne concevons point comment l’hon. D. B. Vicer puttenir sur son siége en écoutant de semblables expressions ; car, lui aussi fut un valef dans sa jeunesse, suivant l’acception qu’une jeune barbe donnoit à ce mot.

Quant au discours prononcé par Ovine P£rrAULT, dans cette circonstance, nous n’en dirons rien, car il fut d’une insignifiance désespérante, quoique à la hauteur de ses facultés morales. Il est permis à Jean Paul d'affirmer que cet avocat ‘‘ a dit de très belles choses ;”’ mais son assertion ne convaincra pas le barreau, qui connoit la mesure d’éloquence de lOvide-Canadien.

Le président fit son résumé, et ce fut encore à cette occasion qu’on put se ccnvaincre combien le temps corrige peu certains hommes. Il s’étendit longuement sur le bill des jurés, dont il s’attribue modestement la paternité ; ressemblant à ces auteurs qui craignent qu’on n’oublie leurs œuvres, et qui en assourdissent leurs. auditeurs, toutes les fois qu’ils peuvent en accrocher. Il s’étendit aussi sur les mérites littéraires de Jean-Paul !... quelques uns disoient qu’il était intéressé à l'écoulement de l’édition, commeayant fait aider à l’impressiondes Votes sur le Bas-Canada. Quant au délit, il sembla n’y point songer ou il passa inapperçu dans les flots de sa verbeuse loquacité.

Le jury, nonobstant toutes ces manœuvres, conservant cette

attitude d’impartialité qui rend son institution tutélaire, rendit un

verdict qui déclara Jean Paul ou Amury-Girop, comme on voudra l’appeler, coupable du délit qui lui étoit imputé.

Ce fut alors qu’il s’agit d’invoquer l’indulgence de la cour er faveur du Suisse. Il avoit plaidé non coupable, et ses éclairés avocats avoient tout mis en œuvre pour lé prouver coupable. Ils suivirent encore une aussi ridicule marche dans les discours qu’ils adressèrent à la cour afin d’obtenir un adoucissement à a peine méritée par leur client. Auprès de tout autre tribunal, leurs paroles, loin d’appeler la bienveillance, eussent excité une juste sévérité ; ear il est indécent de vanter une action condamnée par les lois, après conviction prononcée. La cour ne fut pas imbue de cette idée, à ce qu’il parait: du moins le président doit-il prendre sur lui seul cette imputation ; car, à la courte pantomime qui s'établit entre lui etses deux adjoint, il fut aisé de voir que ces derniers penchoient à faire un exemple, mais que l’espèce de supériorité que s’arrogeoit l’hon. D. B. Vicer produisoit sur eux l'effet d’un regard de Méduse. Jean Paul füt, en conséquence, condamné à Dix PIASTRES d'amende ! !!

Le prononcé de cette sentence devint encore une preuve de la persévérance apportée par l’hon. D. B. Vicer à violer toutes règles et usages de la magistrature. Il est de règle de prononcer la contrainte par corps, jusqu’au payement de l’amende ; mais le corps de Jean Paul étoit sans doute trop précieux aux yeux du président, pour qu’il consentit à l’exposer à une incarcération ; aussi Jean Paul ne se pressa-t’il point d’acquitter sa peine et il s’écoula du temps avant qu’il eut accompli ce devoir. Ilest de règle, également, que le président mande à la barre le coupable, qu’il lui adresse une admonition sévère, lui fesant entrevoir la faute qu’il a commise, le rappelant à des sentimens de contrition, et lui recommandant de garder la paix. Cette règle tient essentiellement à l’ordre public ; car les paroles prononcées par un magistrat, sur son siége, sont tellement imposantes, qu’elles exercent un salutaire effetsur l’auditoire, et qu’elles gravent profondé-

- ment, dans l’esprit des hommes, cette maxime conservatrice des

sociétés policées : on ne transgresse point en vain les lois du pays où l’on vit. Toutes ces complaisances, aveugles autant que déplacées, ne sont point rapportées ici comme un paralogisme ; elle ne sont que trop exactes ct deviennent un échec complet à la réputation future de celui qui s’oublia assez pour asseoir ses pas-

sions sur lc siège de la justice. Jean Paul s’en fait lui-même un tre de gloire,sans s’embarrasser s’il en devient un de honte, pour son honorable protecteur. Voici comme le Suisse termine son pamphlet intitulé Jean-Paul en justice, dans la Minerve du 26 nai { “Mais là cour sans doute se rappela la conduite indulgente de Lord Gosford vis-à-vis les carabins et légionnaires, et croyant d’ailleurs que le verdict de coupable étoit plus sévère pour Jean- Paul que la peine la plus forte pourroit lêtre, condamna Jean Paul à dix piastres d'amende, SANS AUTRE CONDITION ET RE- MARQUE, et cet argent payé Jean-Paul s’en fut à Varennes commencer ses semences, bénissant dieu et aimant son prochain.” L’hon. D. B. Vicer avoit-il bien réfléchi au ridicule dont il se couvroit, avoit-il bien envisagé les conséquences de sa lâche collusion, avoit-il bien conçu l'effet moral qu’une telle sentence pouvoit produire sur la communauté ? Quoi ! linsulte dirigée contre un membre du parlement, en raison d’opinions prononcées à la tribune ou de ses devoirs parlementaires, sera considérée moins qu’un délit ordinaire? l’injure faite à l'avocat quise rend en cour pour .y exercer les devoirs de sa profession tutélaire, n’obtient point d’autre satisfaction de la justice ? le citoyen frappé brutalement par un étranger, n’est pas mieux protégé par les magistrats de son pays ?... Quoi! la violence exercée sur le représentant d’une nation est évaluée dix piastres !... Il seroit curieux de connoitre combien $’estime lui-même lhon. D. B. Vicer, en sa qualité de conseiller législatif ; il devroit être apprécié beaucoup plus bas, comme fesant partie de Ces VIEILLARDS MALFAISANS ( selon l’expression favorite d’Ovipe PERRAULT) que la Minerve et le Vindicator cherchent à rendre si odieux au peuple. Nous verrons si l’Ovine prétendra que l'écrivain mercenaire qui conduit le Vindicalor, peut êtge apprécié davantage ; nous féliciterons sincèrement Mr. Doyle, s’il est décidé que c’est en raison de ses

opinions parlementaires qu’il flagella le docteur, car il en sera.

quitte pour dix piastres, selon les bâses invariablement admises par l’hon. D. B. Vicer. Tout ce qu’on doit regretter est qu’un arrêt aussi remarquable n’ait point été prononcé six mois plutôt ; on eut pu en faire valoir la paternité en faveur de Mr. DE Gaspe ; dix piastres cussont été 1x ins dures quun mois de prison ; mais

aussi pourquoi Mr. dè Gasrz s'est-il avisé de s'adresser à la pelite clique?

Dans toute cette affaire il y a un côté monstrueux dont toute âme honnête doit frémir : des Canadiens n’ont point rougi d’exciter un étranger contre l’un de leurs compatriotes ; ils ne sont pas émus à la pensée d’armer un étranger contre l’un des leurs ; ils ont osé, sans craindre la malédiction du pays, applaudir aux excès d’un étranger vis-à-vis d’un de leurs propres frères... Ah! cet oubli des sentimens les plus ordinaires de nationalité soulevera d’indignation tous les hommes dont le cœur est ouvert aux impressions ineffaçables du sol qui nous a tous nourri! quelles déclamations ne feroient point la Winerve et le Vindicalor, si un Breton empruntoit ainsi le bras d’un Européen pour frapper l’un de ses co-sujets canadiens ?

La conduite de l’hon. D. B. Vicer est d’autant plus incomrréhensible qu’il n’avoit pas cessé de conserver avec Mr. de Rleury les relations les plus amicales, et que même, le jour de la rencontre avec le sieur Duvernay, le député du comté de Richelieu étoit invité à diner chez l’honorable ; cette circonstance seule priva Mr. de Bleury de cette réunion et il s’en excusa avec toute la politesse qui lui est ordinaire. Devroit-on attribuer le penchant de Mr. Vicer vers la clique, qui le tournc tant en ridicule, à lPaffaire qui eut lieu avec l’imprimeur de la Minerve ? car, ce n’est pas un mystère, l'honorable exerce une influence financière sur la rédaction de cette feuille. Si cela étoit les torts de Mr. Vicer seroient bien plus graves, puisqu’il auroit sanctionné les sottises que son journal débitoit périodiquement contre un homme dont il se disoit l’ami ! ne seroit-ce pas le comble de la duplicité ?

Au milieu de ce conflit de passions hainouses, il est quelque chose qui doit consoler et instruire tout à la fois nos braves habitans : l’hon. 1, J. PariNEaU, loin de déroger à la dignité de son nom, de sa position, et de sa réputation, ne s’est jamais associé aux menées de la petite clique ; il en voit très rarement les membres, qui ne vivent point dans son intimité. Jamais il ne se mêla de la rédaction de la Minerve ou du Vindicalor, parceqw’il a trop le sentiment des convenances pour se trainer dans larène polémique ; il compte sur des auxiliaires plus respectables que

les ignotans qui sont propriétaires des journaux du pays; ces derniers en imposent impudemment à leurs concitoyens, lorsqu'ils s'ôsent annoncer comme les échos d’un aussi grand homme, et nos compatriotes ne sauroient être trop avertis de ce fait pour ne point confondre les haines que la presse leur suggère avec les répugnances que la saine politique commande. Nous savons que, nonobstant son opinion relative aux subsides, Mr. Papineau ne cessa point de fréquenter Mr. de Bleury et qu’il lui rendit même visite lors de l’attentat de Girod ; ce fait parlera plus haut que toutes les clameurs de la petite clique.

C’est avec la plus grande répugnance que nous nous sommes vus obligés de dérouler devant nos concitoyens les trames ourdies par de fallucieux patriotes, pour dénigrer, dépopulariser et persécuter de sincères amis du peuple. Plus les premiers trompent nos habitant avec impudence, plus les services, la constance et le désintéressement des derniers doivent être appréciés. Les hommes que nous venons de démasquer ne manqueront point de crier ‘ à la calomnie!” C’est le refuge ordinaire des intrigants aux abois ; cependant cet écrit contient assez de précision pour qu’aucuns doutes ne viennent planer sur la véracité des faits rapportés ; il doit mettre le public à même de juger sainement des agitations qui se propagent dans le Bas-Canada, au grand détrimens de ses habitans. Nous défions hardiment ceux que nous avons nommés de détruire nos argumens avec autre chose qu’avec des dénégations fürieuses ; et s’ils regardent autour d’eux, ils pourront s’apercevoir que, depuis longtemps, ils sont appréciés à leur juste valeur. Que les méchants s’amendent ou qu’ils se retirent de la lutte, car nous leurs déclarons une guerre incessante. Nous croyons avoir rempli un devoir rigoureux envers la patrie en éclairant ses enfans sur les piéges dont on les entoure ; cest à eux, de montrer, aux prochaines élections, qu’on ne se joue pas impunément de la confiance du public ; c’est au peuple à récompenser ses vrais amis et à punir ses serviteurs infidèles.

Au moment où nous écrivons l'évènement est venu justifier les prévisions du discours de Mr. de Bleury et la sagesse des vues de la minorité patriote. Mr. Roebuck, notre agent dans la

métropole a soulevé la‘question du Canada dans le Parlement

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Britannique et il a retiré de lui même sa motion, sur l'observation faite par les Ministres qu’il étoit convenable d’attendre le rapport des commissaires. Pour être conséquent avec lui même, le Parlement impérial ne pouvoit rien décider sans connoitre le résultat de l’enquête ordonnée, puisqu'il avoit autorisé la nomination de la commission; il se trouvoit dans la position d’un juge qui, ayant nommé des experts, ne peut rien ordonner sans connoitre leur rapport. Maintenant quel sera le rapport de la commission? La majorité a refusé de communiquer avec elle ;: elle a prouvé à lPhomme de conciliation, ainsi que le Ministre désigne le Lord Gosford dans lé Parlément Britannique, que toute concession possible devenoit inutile.

La petite clique malgré ses apparences républicaines, ses virulentes inspirations parlementaires, ses vociférations de places publiques, ses passions Cromuwellistes, ses cheveux taillés en Tétes- Rondes, ses chapeaux à la O‘Connell qui en imposent à la muit:-

: tudes; seroit plus pis d’asservir ses concitoyens que de les ! émanciper, car les idées nivelantes de ces nouveaux convention-

nels ne tendent qu’à raccourcir ceux qui leur paroissent trop grands et non à élever les petits. Il faut les voir sourire au château St. Louis pour se convaincre de la propension qu’ils ont aux honneurs. Si l’Angleterre avoit des cordons ou des titrés à perdre, nos hommes du peuple seroient charmés de s’en affubler, quelque mal qu’ils aillent à leurs épaisses tailles. * Nous pouvons prédire que nonobstant leurs opinons bien prononcées le fanaticodémocratico-aristocrate LAFONTAINE, ajnsi que son chien d’arrêt, le Saigneur de Montréal, seront les premiers à aller s’inscrire chez le gouverneur ; le magistrat aux formes étiques, ira y faire une répétition de ces soubresauts qu’il s’imagine être une

{ tradition de la cour de Louis XV. ‘Tous se groupperont dans

les antichambres de ce Lord Gosrorp ‘ dont l’administration (selon eux) devient aussi désastrense que celle du chevalier CRaiG d’odieuse mémoire !”

L'œuvre de la réforme n’est cependant pas encore perdue dans Je Bas-Canada ; plus on a tenté de la compromettre, plus les vépu soutiens du peuple doivent réunir leuïs efforts pour reforimer le faisceau formidable qui protége les libertés de la Province.

Les erreurs du passé peuvent devenir la leçon de l'avenir. Ce sont aux attaques grossières, aux imputations mensongères de Ix Minerve et du Vindicator que l’on doit la retraite du pur patriote Caron et parconséquent la rentrée d'ANDREW STuART dans la législature. Cette circonstance n'est-elle point faite pour ouvrir les yeux de la multitude sur les malheurs qui peuvent nous atteindre ? N'est-ce point aux écrits de la:petite clique qu’on doi: encore ces attaques incessantes,ces suppositions injurieuses contre un homme de bien, Mr. ParenrT, éditeur du Canadien ? les efforts de cette foible faction ne tendent-ils point à perpétuer la scission fatale entre Québec et Montréal? Ah! que ces cabzleurs ne nous accusent point d’avoir fouillé dans leur vie privée, car il falloit bien y puiser la source des convictions dont nous dovions compte à nos concitoyens ! A la veille d’obtenir une victoire complète, au moment où les ennemis du pays se proclamaient vaincus, quelques êtres qui ne rêvent que bouleversement, qui ne veulent que des places d’honneur, de la célébrité, du pou voir aux dépens d’une population vertueuse, viendront-ils impu- | nément semer le désordre dans leur propre camp et détruire les espérances les mieux fondées?... Faudra-til pour quelques brouillons désespérer de la plus noble des causes ? faudrat'il que des amis désertent le drapeau sous lequel ils combattent depuis tant d’années ? faudra-t’il que les sentinelles du peuple s’entr’égorgent à leurs postes ?... Non! non! nous avons meilleure opinion des sentimens qui distinguent l’immense majorité de nos représentans ; nous demeurons persuadés qu’ils ressaisiront leurs avantages en ramenant la paix et l’union sans lesquelles rien n’est praticable dans ce monde. Ils le peuvent, ils le doivent, le pays le réclame de leur patriotisme ; il ne s’agit pour cela que de secouer le joug honteux que veut imposer LA PETITE CLIQUR.

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