‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 106 sur 115 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LEYERQUIN, ESTELLE, LUCIENNE

à la fin

ESTELLE. — Elle est très inquiète, c'est bien naturel.

LEVERQUIN. — Est-elle si inquiète que cela?

ESTELLE, indignée. — Ah çà ! pour qui prenez-vous ma sœur? Lucienne aime son mari, après tout.

LEVERQUIN. — Ah ! ah !

ESTELLE. "Vous cUtes ?

LEVERQUIN. — Je dis : « Ah ! ah ! » ESTELLE. — Vous cloutez quc Lucienne aime son mari?

LEVERQUIN. Ah! Oui.

ESTELLE. — ]\Iais quelle triste opinion avez- VOUS donc des femmes, vous autres hommes? Alors, vous croyez que si vous étiez en train de vous battre, je ne serais pas horriblement inquiète ?

LEVERQUIN, mollement . — Oh! si, si!...

ESTELLE. — C'est trop fort !

LEVERQUIN. — D'ailleurs, nous, nous faisons un ménage exceptionnel.

ESTELLE. — Vous trouvez ?

LEVERQUIN. — Nous sommcs de bons camarades... et, en même temps...

ESTELLE. — En même temps, quoi?

LEVERQUIN. — Nous uous pardonnons réciproquement nos petites imperfections.

ESTELLE. — Hein?

LEVERQUIN. — Nos petits caprices...

ESTELLE. — Vous avez des caprices?

LEVERQUIN. — Pas moi... C'est toi, peut-être, qui...

ESTELLE. — Il ne s'agit pas de moi.

Voilà déjà quelques jours que je veux VOUS questionner.

LEVERQUIN. — Bah! A quel sujet?

ESTELLE. — J'ai passé hier à l'étude, à une heure oii vous y êtes toujours... Vous n'y étiez pas. Je viens d'y passer aujourd'hui, vous n'y étiez pas non plus, puisque je vous ai rencontré à la porte.

LEVERQUIN. — Qu'cst-ce quc cela prouve ?

ESTELLE. — Oîi étiez-vous, à ces heures-là ?

LEVERQUIN. — Je mc promenais.

ESTELLE. — Je soupv'onnc autre chose.

LEVERQUIN, l' ei)ihnfs.<niit arec indulgence. — Tu dis des bêtises!

ESTELLE, c/ianyeant de toi:. — Voyons, mon chéri, entre nous, tu peux bien m'avouer cela... Nous sommes dans le mouvement, nous deux. (Riant avec contrainte.) Tu étais chez une femme?

Avoue-le-moi, ce sera drôle.

LEVERQUIN, riant aussi, mais franchement. — Oui, là!

ESTELLE, se mettant subitement à pleurer. — Hi ! hi ! hi ! Ah ! mon Dieu !

LEVERQUIN, stupéfait. — Qu'est-cc qui te prend ?

ESTELLE, toujonrs en larmes, s'asseyant. — Tu me trompes?

LEVERQUIN. — Ce u'cst pas te tromper, ça, ma chérie... c'est s'amuser... C'est un petit caprice de rien du tout... Nous nous amusons un peu, chacun de notre côté.

ESTELLE, se levant brusquement . — Moi, je m'amuse!

LEVERQUIN. — Je ne te fais pas de reproches.

ESTELLE, indignée. — Alors, tu crois que je te trompe ?

LEVERQUIN. — Mais...

ESTELLE. — Ah! mon Dieu! Je n'ai pa* de chance !

Elle pleure encore.

LEVERQUIN, très suvpris. — Vraiment... tu ne me... ?

ESTELLE. — Mais, jamais, mon chéri, jamais de la vie, je n'y ai pensé!... Je te le jure!... Tu croyais que je te trompais, alors? {Geste de Leverquin.) Ah! quelle horreur!... Parce que tu m'as rencontrée chez un pâtissier... Ah bien! si toutes les femmes qu'on rencontre chez des pâtissiers...

LEVERQUIN, à part. — C'est un rien...

et ça fait plaisir tout de même... (S'approchant d'elle.) Ma petite Estelle'

ESTELLE, s'essui/anf le.< yeux. — Nous causerons de cela ce soir, monsieur ! nous en causerons.

Bruit de voix dans l'antichambre.

LEVERQUIN. - Ah ! les voici !

Entre Lucienne.

LUCIENNE. — Les voici, n'est-ce pas?

J'entende...

Leverquin va ouvrir la porte de gauche.

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Petites Folles

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