SCÈNE VI
Les Mêmes, BRIDEL, le bras en é«harpe, DENOIZEAU, une paire d'épéee dans la main, LE DOCTEUR BLUCHE; puis, au moment du récit, la tête de MADAME VARINOIS, apparaissant par le bout de l'escalier.
Bridel entre le premier, le bras en écharpe ; Leverquin et EsteHe s'avancent vers lui et l'entourent,
LEVERQUIN. — Ce n'est rien, j'espère ?. . . Ah ! tant mieux !
ESTELLE. — Tous mes complimente, Adolphe !
BRIDEL. — • Merci, merci... {Il aperçoit Lucienne, s'approche d'elle et lui tend la main gauche, froidement.) Madame...
LUCIENNE, déconcertée par l'accueil de Bridel. — Vous ne souffrez pas?
BRIDEL. — Du tout, madame. C'est une piqûre insignifiante.
LUCIENNE, avec ttn peu d'éinotion. — Ah ! tant mieux !
BRIDEL, s' inclinant poli tn en t. — Trop aimable, madame... (D'une indifférence affectée :) Vous n'êtes pas sortie, cette aprèe-midi?
LUCIENNE. — Non, monsieur.
DENOIZEAU. — Tout s'cst passé avec une correction, une élégance... Je suis content, très content... Vous avez été parfait. N'est-ce pas, docteur?
LE DOCTEUR BLUCHE. — Parfait! parfait! C'est un de mes meilleurs duels.
LUCIENNE, au docteur. — Je vous suis très reconnaissante, docteur, des soins que vous avez donnés à mon mari.
LE DOCTEUR. — Il n'y a pas de quoi, madame. Tout à votre service.
ESTELLE, montrant la mmn. — A quel endroit avez-vous été blessé exactement, Adolphe?
BRIDEL, touchant avec la main gauche le poignet droit. — Ici, je crois.
ESTELLE. Ah !
LE DOCTEUR, s'ovançant. — Vous n'avez janiai>i vu de blessure reçue en duel, piadame?
ESTELLE. — Non, docteuF, jamais.
LE DOCTEUR, prenant le hras de Bridel. — Voulez-vous me permettre?
Il commence à le déf?
LUCIENNE. — Est-ce quc ça ne peut pas faire de mal, docteur, de découvrir?...
LE DOCTEUR. — - De découvrir la plaie?
Au contraire, ça lui fera prendre l'aix..
ESTELLE. — Ah! voyons, voyons...
Le docteur Bluche détache l'écharpe du cou de Bridel, puis enlève les linges qui enveloppent la main.
LE DOCTEUR, à Bridel. — Vous ne sentez rien?
BRIDEL. — Rien.
LE DOCTEUR. — Voici la plaie.
Estelle. Lucienne et Leverquin se penchent,
ESTELLE, regardant. — Oii?
LE DOCTEUR. — On ne la distingue pas très bien... Attendez... (Il ouvre sa trouasse et sort son bistouri. A BrideL). Donnez votre bras...
Il donne un léger coup de bistouri.
BRIDEL, criant. — Aïe! Aïe! Qu'est-ce que vous me faites?
LE DOCTEUR, froidement. — J'ouvre un peu la blessure... on ne la voyait plus du tout. (.4 Lucienne et à Estelle.) Voue pouvez regarder maintenant, mesdames.
ESTELLE. — Ah ! mon Dieu ! ça saigne.
LE DOCTEUR. — Il n'y a rien de meilleur pour les blessures...
Il bande à nouveau la plaie.
LUCIENNE, serrant les mains du docteur. — Merci, encore, docteur.
DENOIZEAU, à Leverquin. — Si jamais vous avez une affaire, je vous recommande le docteur Bluche.
LEVERQUIN. — Monsieur a l'air d'avoir beaucoup de sang-froid.
DENOIZEAU. — C'est-à-dire que je ne voudrais pas me battre, s'il n'était pas là.
BRIDEL. — A propos, Denoizeau, j'ai un petit service à vous demander.
DENOIZEAU. — Comment donc!
BRIDEL. — Vous seriez bien gentil de prendre une de mes cartes dans mon portefeuille.
DF.NOizEAU. — Une de vos cartes?
BRIDEL. — Dans mon portefeuille, là...
dans ma poche. Moi, je suis gêné.
DENOIZEAU, prenant le portefeuille de ^h/del. — J'en ai une.
WV .
bC .
Le Docteur. — v ,^us n'avl
JAMAIS vu DE BLESSURU kEÇf EN DUEL, MADaMF ?
Petites Folles
BRIDEL. — Mettez-vous à cette piace^ et écrivez ce que je vais vous dicter.
DENOiZEAU. — J'y suis, cher ami.
BRIBEL, s' approchant de la table, où est assis Denoizeaiv, la même aue celle où Lucienne écrivait tout à Vhetire. — Ecrivez au-dessous de mon nom : Adolphe Bridel... o a l'honneur d'informer M*^- Varinois qu'il a été blessé légèrement au... B {Parlé.) Docteur, comment s appelle exactement l'endroit où j'ai été blessé ?
LE DOCTEUR. — Le premier tiers de la partie externe du cubitus.
BRIDEL, continvatit à dicter. — « a l'honneur de prévenir M™*^ Varinois qu'il a été blessé légèrement... »
DENOiZEAU, écrivant. — a ... au premier tiers de la partie externe... d
BRiDEij. — 0 ...du cubitus... et lui envoie l'expression de sa parfaite considération... » (Parlé.) Il faut être correct avant tout. (Il appuie sur un timbre. — Paraît la bonne.) Descendez cette carte chez M™^ Varinois, de ma part.
i^A. BONN"E, prenant la carte. — Bien, monsieur.
LEVERQUiN. — Racontez-nous ment cela s'est passé, docteur?
LE DOCTEUR. — M. Bridel vous le racontera mieux que moi.
ESTELLE. — Adolphe, je vous en prie.
BKiDEL. — Quoi?
ESTELLE. - — Racontez-nous le duel.
BHIDEL. — Je veux bien... Nous sommes donc arrivés à trois heures précises derrière les tribunes de Longchamp...
ESTELLE. — Vous êtes arrivés les premiers ?
BRIDEL. — Le baron et ses témoins sont -arrivés en même temps que nous.
Revient la bonne, par l'escalier, une carte à la main.
LA BONNE. — La réponse de W^" \'arinois.
BRIDEL. — Ah! bien. (7/ lit.) « M"^' Varinois, avec ses plus sincères félicitations... » (Parlé.) Continuons... Le baron et moi échangeons un salut plein de courtoisie...
ESTELLE. — Quel homme est-ce, ce fameux baron ?
BRIDEL. — Grand... bel homme, politesse raffinée... des manières comme au moyeu âge.
ESTELLE. — Très chic, enfin !
BniUEL. — .'^iiiirr'j.icinoni l'hio... En
m'apercevant, il a souri... J'avais envie de lui endre la main... Je me suis retenu... (.4 ce .noment, la tête de i/""' Varinrns apparaît au bout de l'escalier, donnant tous les signes de la plus vive curiosité.) On tire les épées au sort... C'est moi qui ai le choix. Je choisis au hasard, et on nous met en garde.
M""^ VARINOIS, anj:ieu.^e. — Oh!
BRIDEL, se retournant . — Hein? (La tête de AP^^ Varinois dixpaiult .) On nous met donc en garde... J'allonge le bras...
La tête de M™'^ Vaiinoif reparait.
— Efeiez-vous ému. Adol- — Ce n'est pas de l'émotion