‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 110 sur 115 · BRIDEL, LUCIENNE · texte numérisé non relu

BRIDEL, LUCIENNE

BRIDEL. — Vous avez tenu à me parler madame ?

LUCIENNE. — Oui, monsieur.

BRIDEL. — Je vous écoutc.

LUCIENNE, avec dignité. — L'accueil que voue m'avez fait tout à l'heure me montre que vous n'êtes pas disposé à oublier les torts que j'ai pu avoir envers vous.

BRIDEL. — Non, madame, je n'y suis pas disposé.

LUCIENNE. — Je ne vous accablerai donc pas de protestations de fidélité...

BRIDEL. — Je vous sais gré de votre franchise.

LUCIENNE. — Je crois inutile aussi de vous faire des promesses pour l'avenir et de m'excuser dans la mesure où je le dois.

BRIDEL. — Ce serait vous humilier inutilement.

LUCIENNE. — Voue désircz donc une rupture définitive ?

BRIDEL. — Ce n'est pas moi qui l'ai désirée le premier, il me semble, ni surtout qui l'ai provoquée.

LUCIENNE. — Quoi qu'il en soit, vous voulez le divorce?

BRIDEL. — Je ne vois pas d'autre moyen de faire cesser le malcntei.du qui nous sépare.

LuciEN.vE. — Enfin, vous le désirer vivement ?

BRIDEL. — Je vous répète que ce n'est pas moi qui l'ai rendu inévitable.

LUCIENNE, après i/n silence. — Vous savez, n'est-ce pas, que je ne suis pas allée cette après-midi chez M. Toury et que je n'y suis jamais allée ?

BRIDEL. — Oh ! en effet. . Je m'attendais bien que vous n'iriez pas, pendant que je me battais... Vous n'êt-es pas un monstre. Mais vous êtes une créature très dangereusement coquette.

LUCIENNE. — Non, n^onsieur.

BRIDEL. — Et très dépravée !

LUCIENNE. — Encore moins, monsieur.

On ne peut pas plus se tromper sur une femme que vous ne vous trompez sur moi.

BRIDEL. — Si j'avais la naïveté devons pardonner, la situation serait la même dans quelques jours... Je ne pourrais pas me battre en duel chaque fois que vous auriez un rendez- vous... Vous recommenceriez vos coquetteries, — et lemot est bien faible, — et vous finiriez par me persuader qu'il ne s'est jamais rien passé entre M. Toury et vous ; et moi, jo finirais peut-être par le croire. J'aimeautant prendre une résolution pendant que j'ai un moment de lucidité.

LUCIENNE, marchant arec agitation. — Il faut vraiment que vous soyez bien peu observateur.

BRiDF.L. — Ce n'est pas mon état.

LUCIENNE, se montant. — Ah ! vous ne vous préparez pas une existence heureuse avec ces idées-là !

BRIDEL. — Tant pis pour moi !

LUCIENNE. — Vous prét-endcz divorcer pour des bagatelles. Qu'auricz-vous fait alors, si je vous avais véritablementtrahi ?... Vous m'auriez tuée ?... •

BRIDEL. — Je n'ai pas un caractère à tuer les gens... Bagatelles!... Vous appelez bagatelles vous compromettre ouvertement avec un homme, supporter qu'il vous fasse la cour devant moi, et finalement lui fixer un rendez-vous chez lui !...

LUCIENNE. — Je l'ai fait dans un accès de colère, parce que vous veniez de vous, conduire d'une façon ridicule.

BRIDEL. — Oh ! mais ..

LUCIENNE, l'interrompant. — J'étais très décidée à ne pas m. 'y rendre, vous le savez parfaitement .

BRIDEL. — Oh !

LUCIENNE. — M. Toury m'aurait attendue des heures entières.

Petites Folles

BRiDEL. — 3eu !

LUCIENNE. — Il 6e Serait fait une bile affreuse.

BRIDEL. — Ça !...

LUCIENNE. — Et il aurait été furieux centre moi. Voilà ce qui serait arrivé !... Dans cette aiïaire-là, il n'y a qu'une personne qui ait le droit de se plaindre :

BRIDEL, — Vous AVEZ écrit a M. Toury?

c'est lui. Quant à voue, quel dommage sérieux vous ai je causé ? Je me suis laissé embrasser la ma-in deux ou trois fois, ou pref^er le pied sous la table dune façon insignifiante... J'ai écouté disti'aitement de vagues déclarations d'amour... Et voilà tout ! Et vous voulez détruire votre ménage, redevenir un vagabond, vous remettre à courir les filles, comme voue le faisiez probablement autrefois, pour de pareilles misères I...

BRIDEL. — Mais, sapristi, madame, je no me sui8 pas marié pour que vous écoutiez des déclaratione d'amour !

LUCIENNE. — Lee plus bonnôtes femmes, aujourd'hui, sont ol)ligée6 d'entendre bien d'autres choses.

BRIDEL. - Et les n)alhonnêtes, alors ?

LUCIENNE. — Il n'y a qu'à celles-là que les homimes parlent avec respect.

BRIDEL, un instajit de silence ; il se promène, les mains derrière le dos, puis. — Vous avez écrit à M. Toury

Il désigne le bureau.

LUCIENNE. — Oui, je lui ai envoyé Louisette avec un mot...

BRIDEL. — Ah ! ah ! -

LUCIENNE. — Un mot de recommandation.

BRIDEL, étonné. — De recommandation ?

Entre Louisette.

LUCIENNE. — La voici, d'ailleurs... {A

Louisette :) Eh bien ?

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