SCÈNE lY
SUZANNE, RIRI, puis LE FACTEUR
SLTZ.\NNE, à Riri, ifaiement. — Il n'est pas même bachelier, ma chère! (Entre le facteur. Suzanne remfttrrnt la derm^re lettre au facteur.) Tertez, Ronju.
LE FACTEUR. — C'est tout, mademoiselle ?
SUZANNE. — Oui... Oh! voici encore un prospectus pou.i M""" Lebardin.
RIRI, se retournant . — Si vous voyez M. Lebardin, vous pouvez lui dire que je reçoie un télégramme pour lui.
LE FACTEUR. — Bien, mademoiselle.
SUZANNE. — Dépêchez-vous mainte-
nant... (Regardant la grande horloge du bureau.) Je ne veux pas de retard.
LE FACTEUR. — N'ayez pas peur, mademoiselle... mais on se donne du mal... Autrefois il n'y avait qu'une distribution à Pressigny; maintenant, il y en a deux.
SUZANNE. — Grâce à moi... Il était absurde que dans un bourg de deux mille habitants il n'y eût qu'un distribution par jour. D'ailleurs, tout le monde réclamait cette réforme, j'espère qu'elle a été bien accueillie-
LE FACTEUR. — Oh! VOUS savcz, bien par les uns, mal par les autres.
SUZANNE. — Comment, il y a des ^ens qui ne sont pas contents ?
LE FACTEUR. — H y a des gens qui ne sont jamais contents. Ils réclament des réformes, et puis, quand ils les ont obtenues, ça les embête, ça change leurs habitudes. Par exemple, avant, on recevait les journaux de Paris le lendemain matin, on les lisait à déjeuner; aujourd'hui, on les reçoit à cinq heures de l'aprèsmidi...
SUZANNE. — On les lit au dîner...
LE FACTEXJ^. — Oui, mais ça dérange les habitudes et ça fait des mécontents. Il y a des messieurs qui n'aiment pas à avoir les nouvelles trop tôt.
RIRI, tout en transcrivant le télégramme. — Quelle boîte, ce pays!...
LE FACTEUR, désignant la cabme téléphonique. — C'est comme pour le téléphone...
SUZANNE. — Sans moi, ils ne l'auraient eu que l'année prochaine, le téléphone, et encore...
LE FACTEUR, en rangeant les lettres de la journée dans sa boîte. — Evidemment... évidemment... mais c'est encore des histoires qui font jaser... Quand on voit M. Pagencl venir téléphoner à Paris tous les samedis à la même heure...
uiRi. - - A cinq heures. Il sera ici dans un quart d'heure...
LE FACTEUR. — Eh bien ! si vous croyez que ça ne fait pas jaser... On se demande à qui il peut téléphoner "toutes le« semaines.
RIRI. — Il téléphone à la petite 515- 48, rue de Prony.
SUZANNE. — Riri, je vous prie de vou9 taire. (Au facteur.) Mais alors, ditesmoi, je ne dois pas être très bien vue a Pressigny ?
LE ^ACTEUii. — Si... bi... OU vuuB rend
justice, mademoiselle, on vous trouve très aimaible. Seulement...
SUZANNE. — Ah ! ah !
LE FACTEUR. — Oh ! ce n'est rien...
SUZANNE, de très bonne humeur. — Qu'est-ce qu'on me reproche? Je senus curieuse...
LE FACTEUR. — Des bêtises . pas autre chose que des bêtises...
SUZANNE. — Dites toujours.
LE FACTEUR. — Ou trOUVC UH pCU
étonnant...
SUZANNE. — Allez donc...
LE FACTEUR, sc retournant du côté de droite où Von entend un accord. — On trouve un peu étonnant qu'une receveuse des postes joue du piano.
RIRI. — Çà! elle est bonne!
SUZANNE. — Justement, on est en train de l'accorder.
LE TACTEUR. — M™* Broquet n'en avait pas... de piano.. Alors on se demande pourquoi vous en avez un
SUZANNE. — Elle était sourde, M™^ Broquet : on n'exige pas de moi que je sois sourde, au moins?
LE FACTEUR — Et puis....il y a encore... les... portraits...
SUZANNE. — Quels portra.Tte?
LE FACTEUR. — Ceux que fait mademoiselle.
SUZANNE, à Rin. — Oh! oui . Figuretoi que dimanche dernier, je suis allée dessiner le pont. . Il y avait vingt gamins autour de moi.
LE FACTEUR. — On l'a répété . Alors, vous comprenez! Le piano, le dessin tout ça, ça intrigue... Je m'en vas
RIRI. — Dites-nous les potins du pays avant de partir.
LE FACTEUR, s' arrêtant sur le seuil de la porte du fond — Il y a l'histoire de la femme du percepteur, qui a fait venir des chemises de Pans; il y a le cousin du notaire qui est en faillite .. Il y a eu hier soir le dîner chez M Barbier, le mar chand de grains, oii tout le monde était dans un état! . Et puis, ce matin, j ai rencontré M*"' Lureau, la jeune veuve, avec le docteur dans son tilbury.
SUZANNE. — Un mariage qui se prépare . Elle qui veut être princesse, ce ne sera pas pour cette fois-ci
LE FACTEUR — C cst peut-être un mariage, c'est peut-être autre chose .
On ne sait pas. A tantôt, mesdemoiselles
Il sort.