SCENE m
Les MÊMES, moins PAGENEL
LE VICOMTE, s^ approchant du premier guichet. — Bonjour, mademoiselle.
SUZANNE, allant vivement au guicheï.
— Bonjour, monsieur le vicomte.
LE VICOMTE, passant un peu la tête.
-- Vous allez bien, aujourd'hui
SUZANNE. — A merveille, et- vouamémeî
LE VICOMTE. - — Parfaitement, je vous remercie.
SUZANNE. — Nous disous un timbre à quinze. Voici.
Elle le lui donne.
LE VICOMTE, en cachetant sa lettre. — ■ Il n'est pas venu un paquet pour moi?
SUZANNE. — Quel genre de paquet?
Un colis postal?
LE VICOMTE. — Je crois, oui...
SUZANNE. — Bonjour, monsieur le vicomte
fluzANNE. — Les colis postaux arrivent un peu plus tard... Dès que j'aurai le vôtre, je tâcherai de vous l'envoyer tout de suite.
LE vicomte. — Non, je le prendrai en rentrant; gardez-le-moi, vous serez bien aimable... (Tendant la lettre. Elle partira ce soir, hein ?
SUZANNE, la prenant et la regardant.
— Pour Paris, soyez tranquille.
Elle est à ce moment penchée sur le guichet, de manière que les deux têtes du vicomte et de Suzanne soient à la même hauteur. Suzanne, en regardant l'adresse de la lettre, se met à rire légèrement.
LE VICOMTE. — De quoi riez-voua^ hein î
sttzannt:. — Je rve ris pas.
LE VICOMTE. — Si, V0U6 avez ri... Dites-moi de quoi voue avez ri?
SUZANNE. — De rien., de rien... je vous demande pardon.
LE VICOMTE. — Si, vous avez ri de quelque ctioee : vous êtes trop intelligente pour rire de rien... Dites-le-moi, ça me fera plaisir... Autrement, je croirai que vous m en voulez encore, depuis un mode que j'ai fait la petite gaffe, vous savez ?
SUZANNE. — Oh ! quelle idée !
LE VICOMTE. — Voyons?
SUZANNE. — Vaus ne vous fâcherez pas?
LE VICOMTE. — Pourquoi, voulezvous^ ..
SUZANNE. — Eh bien! c'est... (S'arr étant.) Vraiment, vous ne vous fâcherez pas?
LE VICOMTE. — Jamais je ne me fâche, j'ai un très bon caractère.
SUZANNE, désignant du doigt l'enve loppe de la lettre. — C'est de ça...
LE VICOMTE. — De ça] Tiens, pourquoi?
SUZANNE. — Si c'était la première fois, je me dirais... C'est une distraction.
Mais voilà plusieurs fois que je le remarque.
LE VICOMTE. — Qu'est-ce que vous remarquez?
SUZANNE, lisant. — Tenez... là... .(.-1 fer son doigt.) rue Galilée.
LE VICOMTE. — Eh bien?
SUZANNE, — Vous écrivez, Galilée lé..
LE VICOMTE. — Comment doit-on écrire?
SUZANNE. — Lée; jusqu'à présent, on a écrit lée, mais au fond, ça n'a aucune importance... C'est moi qui suis une sotte ..
LE VICOMTE. — Mais non, mais non...
J'ai fait une faute d'orthographe, sûr... ça m'arrive continuellement... Parbleu!
Galilée... lée, je m'en souviens, maintenant, vous avez mille fois raison. C'était un gavant?
SUZANNE. — Oui, un astronome, un astronome italien.
LE VICOMTE. — Ah! ah!
SUZANNE. — C'est lui qui a dit... Vous ne vous rappelez pas?
LE VICOMTE. — Non, qu'est-ce qu'il a dît?
SUZANNE. — E pur, si inuovtl.
LE VICOMTE. — Ah! ah!
SUZANNE. — Et pourtant. eQe tourne.
LE VICOMTE. — Ah! parfaitement...
elle tourne. De qui voulait -il parier déjàl
SUZANNE, faisant un rond dans l'air avec le doigt. — De la terre.
LE VICOMTE. — Ahî oui... Ma parole, on finit par être d'une ignorance. D'ailleurs, moi, il faut me rendre cette justice, j'ai toujours été très ignorant.
SUZANNE — Oh! vous avez un peu oublié, voilà tout Ce n'est pas grave.
LE VICOMTE. — Figurez-vous que je ne suis pas bachelier.
SUZANNE, riant. — Vous n*êtes pas bachelier !
LE VICOMTE, riant aussi. — Non.
SUZANNE. — Voue avez été recalé?
LE VICOMTE. — Pas même...
SUZANNE. — Vous ne vous êtes pas présenté ?
LE VICOMTE. — Justement. C'est l'examinateur, un ami de ma famille, qui me l'avait conseillé. Il m'avait dit : « Ne vous présentez pas, ce sera navrant. » Et, ma foi, j'ai suivi son conseil. Alors, je reviens chercher mon colis postal.
SUZANNE. — C'est entendu.
LE VICOMTE, passant la maiv à travers le guichet. — Au revoir, mademoiselle.
suz.ANNE. — Au revoir, monsieur le vicomte.
LE VICOMTE, à Riri, au fond. — Bonjour, mademoiselle Riri.
RIRI, se retournant. — Votre servante, monsieur le vicomt*.
Sort le vicomte.