SCENE VI
Les Mêmes, PAGENEL et LEBARDIN à gauche
PAGENEL, par le guichet. — Auriezvous la complaisance, mademoiselle, de me donner le 515-48?
SUZANNE. — Oui, monsieur, j'y vais.
Elle sort du bureau de poste, partie de droit« et va à la cabine téléphonique, à gauche.
PAGENEL. — La ligne est libre?
SUZANNE. — Elle doit l'être, monsieur, je pense.
LEBARDIN, ln saluant. — Votre santé est bonne, mademoiselle ?
SUZANNE. — Excellente, monsieur, je vous remercie. A propos, il y a une dépêche pour vous.
LEBARDIN. — Une dépêche de Blanchet, probablement.
SUZANNE. — En effet. Voulez-vous la prendre ?
LEBARDIN. — Ce u'cst pas la peine. Je sais ce qu'il y a dedans. Soyez assez aimable pour la faire porter chez moi.
SUZANNE. — Bien. (
LEBARDIN. — Au revoir, mademoiselle.
stTZAXNE. - — Au revoir, monsieur.
LEBABDiN. à Pagencl. — Crois-tu qu'elle est jolie!...
SUZANNE, dans la cabine. — Allô!
Allô! Paxifi! Allô!
LEBARDiN. — Tout à fait Louisette.
PAGENEL. — Et elle ne fait pas attention à toi.
LEBARDIN. — Tout à fait Louisette.
PAGENEL. — Tu es a/bsurde... Cette pe-
parlc au moins?... As-tu essayé de Itd faire comprendre?...
LEBARDIN. — Je n'ai rien eseayé du tout. A quoi ça me servirait-il?
PAGENEL. — Au fond, tu te trompes peut-être sur ton cas... Il est bien connu, ton cas... Tu ne désires pas une femme plutôt qu'une autre, tu desires une femme, n'importe laquelle. Tu es le chérubin de quarante-cinq ans.
IzÂj.
SDZANNE. — A propos, il y .'^ I'nb dépêche pour vous-
tite femme-là n'est pae pour toi, tu as tort de t 'acharner.
LEBAUDiN. — Je saie bien qu'elle n'est pas pour moi.
SUZANNE. — Allô Paris !
PAGENEL, à Lthnrdin. — Alors?...
LEBABDIN. — 11 n'y a pas à discuter ^vec ces chosc8-Ià. Il m 'arrive aujourd'hui exactement la même aventure qu'il / a vingt ans, avec un autre genre de femme.
SUZANNE. -— AIlû, Paris, allô! Made- 'hoiôelle, donnez -moi le 515-48, deux fois juatre, oui, deux foie quatre.
PAGENEL, à Lthardin. — Lui rr '^"
LEBARDIN. — Tu me fais #e la peine,..
Tu es un être sans idéal...
PAGENEL. — A ta place... J'irais à Paris... Noue irons ensemble la, semaine prochaine, si tu veux... et nous ferons une de ces petites fêtes qui nettoient l'imagination. Voilà ce dont tu as besoin... Après quo;, tu x-cntreras à Preeeigny et tu seras tranquille pouT le reste de tes jours. S.nnerio.
SUZANNE, sortant. ■ — Vf.us avez la communication, monsieur.
PAGENEL. — Bon. Merci
il entr-
.ibino.
LEBARDiN, à Suzanne, qui passe près de lui. — Mademoiselle...
SUZANNE. — Monsieur...
LEBARDIN. — Votre sauté... est bonne?
SUZANNE. — Mais oui, monsieur... elle continue à être excellente... Vous êtes trop aimable. (Elle rentre dans le bureau de poste par la porte du milieu. A part.) Qu'est-ce qu'il a donc?
LEBARDIN, à part. — A-t-elle compris que je l'adore ? Ce n'est pas probable !
PAGENEL, entr'o livrant la cabine à L> hardin. — Viens donc que J€ te présente.
LEBARDIN. A qui ?
PAGENEL. — A Delphine... Elle est justement avec une de ses amies... (.4// télrphone.) Oui, mesdames, je vous l'amène... (A Lebardin.) Approche-toi de l'appareil. (Il cède la place à Lebardin.) Die quelque chose d'aimable.
LEBARDIN. — Je veux bien... Il me semble que je vais tromper un peu ma femme... (.4 l'appareil.) Oui... oui... Cest moi, Lebardin. Enchanté de faire votre connaissance!... Je crois bien qu'on se verra... mais je ne sais pas quand... Serace cette année?... Sera-ce l'année prochaine? Oui... oui... je n'y manquerai pas.. Au revoir, mesdames, au revoir...
(Il cède l'appareil à Payenel.) Tiens!...
PAGENEL, à V appareil, parlant à Pans. — N'est-ce piia ?... Et très riche, avec ça, extrêmement riche, par-dessus je marché... Oui. (.4 Lebardin, se retournant.) Elles te trouvent charmant.
LEBARDIN, sr retournant vers le fond.
Ne fais pas de blagues, voilà ma femme.
PAGENEL, quittant l'appareil téléphonifjue et à Suzanne. — J ai terminé, mademoiselle.
SUZANNE. — Bien, monsieur... {Regardant l'heure.) Deux francs.
PAGENEL. — Voici, mademoiselle.