‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 35 sur 115 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LEBARDIN seul, à gauche, SUZANNE, RI RI, c\ droite.

LEBARDIN — Je crois bien que je vais lui écrire ' je ne peux pas restev dans cet état là, je deviendrais enragé. Au moins, comme ça, je saurai Je saurai même tout

de suite... (// écrit, puis s'arrHant.) Elle va me flanquer à Ja porte... évidemment... {Se reniettatit à écrire.) « Mademoiselle Suzanne Borel, Pressigny, Poste restante: Amour ardent pour vous. Ferez de moi ce que vous voudrez. Vous offre situation à Paris, bijoux, appartement délicieux. Avenir assuré. Répondez immédiatement, vous en supplie-.. » {Parlé.) Je crois que ce n'est pas la peine de signer... (// relit le téléf/rnmme.) Oui, c'eet très bien... Maintenant, faut-il le jeter au panier ? Faut-il le lui remettre ?... Tant pis ! il faut... (iS'avançant au guichet.) Mademoiselle ?...

SUZANNE. — - Monsieur ?

LEBARDiN. — Un télégramme.

Il hésite à le lui donner.

SUZANNE. — Donnez.

LKBARDi.v, timidement . — C'eet un télégramme

SUZANNE. — Mais je le vois bien...

{Elle tire le papier de l'autre côté du guichet, et se met à compter les mots avec une plumey comme on fait dans les bureaux de poste : six, sept.) Mais... {Elle a compté machinalement et sans lire. — I^eu à peu, elle déchiffre. — Puis elle recommence et lit à mi-voix.) Ah ça.!...

mais... « Mademoiselle Suzanne Borel... » mais c'est moi ! Poste restante... Comment ! il m'envoie ?... Oh !

LEBARDiN, de l'autre côté. — Qu'est-ce qu'elle va faire, mon Dieu, qu'est-ce qu'elle va faire ?

SUZANNE. — Oh ! oh ! oh !

LEBARDIN, balbutiant, au guichet. — Mademoiselle...

SUZANNE. — Monsieur ?

LEBARDIN. — Est-ce que vous avez pris connaissance du télégramme?

SUZANNE. — Parfaitement ?

LEBARDIN. — Et aJors ?

SUZANNE, recomptant les mots. — Cinquante-trois... cinquante-quatre.

LEBARDIN, répétant. — Et alors?

SUZANNE, froidement. — C'est deux francs soixante-dix, monsieur.

LEBARDIN. — VoU6 ditCS?..,

SUZANNE. — Je dis que c'est deux francs soixante- dix.

LEB.\RDiN, ahuri. — Voici, mademoiselle, voici... {Il dépose de la m >nnaie sur la planchette .) Au revoir, niademoi selle.

SUZANNE. — Je vous saiue, monsieur.

LEBARDIN, seul à gauche. — Qu'est-ce que ça signifie, cal Qu'est-ce que ça peut bien signifier? Il faut que je lui parle, je vais passer par la petite porte.

11 sort par le fond.

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