LE VICOMTE, SUZANNE, RIRI
LF, VICO.MTE, sur le seuil de la porte, au fiind. — On peut entrer ?...
SUZANNE. — Mai?, certainement... Ce n'est pas défendu.
RiRi. — Monsieur le vicomte, nous parlions justement de vous. Vous n'aviez jamais vu de bureau de poste, monsieur le vicomte ?
LE VICOMTE. — Si... si !... vaguement..,
RIRI, dhignant Vappareil de droite.
— Ça, c'est le télégraphe...
LE VICOMTE. — Ah! ah!... Mon paquet est-il arrivé ;
. SUZANNE. Le voici... Il n'est pas
lourd.
LE VICOMTE, le prenant. — Je parie que vous ne devinez pas ce que c'est 'i
RIRI. — Nous nous le demandions précisément comme vous entriez, monsieur le vicomte.
SUZANNE. — Nous hésitions entre des cravates et des cartouches.
LE VICOMTE, riant. ■ — • Ni l'un ni l'autre.
SUZANNE. — Ah ! ah !
LE VICOMTE. — Vous- ne devineriez jamais, jaime mieux voiie le dire. Ce sont des lettres de faire part. Et même... attendez... (il dérar/iète le- pa^juet.) Comme vous êtes bien gentilles toutes les deux, je vais vous en donner une à chacune.
Il donne une lettre à Suzanne et une à Riri.
suz.^NTvE. — De faire part... de quoi 1
LE VICOMTE. — Lisez... lisez...
suzAKKNE, lisant. — a Monsieur le vicomte de Samblin a l'honneur de vous faire part de son mariage... »
LE VICOMTE. — Ah ! ah !
SUZANNE, d'une voix subitement altérée. — Vous... vous mariez ?
LE VICOMTE, vilement. — Voilà comment je suis.
SUZANNE. — Ah !...
mie chancelle légèrement et passe sa main sur son front comme étonnée elle-même du sentiment qu'elle éprouve. Ce manège passe inaperçu du vicomte qui s'est retourné pour examiner des lettres.
RIRI, « mir-vnix et hti prenant les mains. — Eh! qu'est-ce que vous avez?
SUZANNE, même jeu. -- Rien... rien...
laisse.
RIRI, même jen et rapidement. - Voi;s allez vous trouver mal...
suz.^NNE, se redressant. — Non, uon...
C'est passé 1 c'est passé.
RIRI, (it elle-même. — J'en étais eûre parbleu! Pauvre petite! {Au vicomte qu essaye maladroitement de refaire le pa qvet.) Vous n'y arriverez jamais tout seul, monsieur le vicomte. Je vais vous aider.
suzAN-N'E, à part, avec colère. — Alors c'est vrai?... c'est vrai?... j'aime c grand nigaud, cet imbécile !
Elle montre le poing d'une façon un peu comique au vicomte, qui à ce moment est assis le dos tourné à la table de droite avec Riri.
LE VICOMTE, se retoume et aperçoit Sii:anne le point/ tendu vers lui! étonné.
— Eh bien ! eh bien !
SUZANNE, sans s'en occuper et allant à l'endroit où elle a laissé tout à l'/teure la lettre de faire part, toujours à elle-même.
— Et avec qui se marie-t-il? Je n'ai seulement pae regardé... (Lisant à haute voir.) Avec Hermance !... Ah ! c'est encore mieux... c'est encore mieux!...
LE VICOMTE, entendant. — Comment !
Hermance ? C'est vous qui avez dit...
Hermance !
SUZANNE. — Qui voulez-vous que ce soit ?
LE VICOMTE. — ]Nra'is c'est le nom de...
SUZANNE. — • C'est le nom de votre fiancée... Hermance Liseuil, veuve Lureau.
LE VICOMTE. — Parfaitement, veuve Lureau... Voiis la connaissea- donc?
SUZANNE. — Très bien ! très bien !
Nous avons été élevées à la même pension.
LE VICOMTE. — Oh! que c'est curieux!
RIRI, à part. — Je vais les laisser ensemble... Qu'est-ce que je risque ?...
Elle sort à droite.