‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 45 sur 115 · SCENE XIX · texte numérisé non relu

SCENE XIX

LE VICOMTE. SUZANNE, un instant, DEUX MESSIEURS

LE VICOMTE. — Comment se fait-il QU 'Hermance ne m'ait jamais parlé de vous ?

SUZANNE. — Elle n'a nos eu l'occasion, probablement.

LE VICOMTE. — Moi? si... mais si...

moi je lui ai parlé plusieurs fois de vous... Je lui ai dit : « Tiens ! elle est gentille.

notre nouvelle receveuse, et puis, elle n'est pas bêce. »

SUZANNE, avec ironie. — Voue lui avez dit que je n'étais pas bête? Merci...

LE VICOMTE. — Parfaitement. Je l'ai dit et je le répète... vou6 n'êtes pas bête du tout.

SUZANNE — Que d'honneur, monsieur le vicomte !

LE VICOMTE. — Eh ! je vois bien que vous vous moquez de moi.

SUZANNE, protestant. — Oh!

LE VICOMTE. — C'est peut-êtie vous qui me trouvez bête ?...

SUZANNE, même ]eu. — Oh !

LE VICOMTE. — Je ne suis pas uu aigle, évidemment, mais j'ai mon opinion sur les gens, et mon opinion sur vous est très bonne, tout ce qu'il y a de meilleur. Et je vais vous en donner une preuve tout de suite. Je veux que vous veniez chez nous quand nous serons mariés !...

SUZANNE. — Moi, chez vous ? Ah! non, par exemple...

LE VICOMTE. — Et pourquoi pas %

euzAN'N'E. — Pourquoi pas !

LE VICOMTE. — Oui, pourquoi pas ?

SUZANNE, à part. — J'ai envie de le gifler. Il n'y a pas à dire, c'est l'amour.

LE VICOMTE. — Oh ! Je devine, vous avez peur qu'on ne jase dans, le pays en voyant le vicomte et la vicomtesse de Samblin re<"evoir familièrement dans leur château « la petite buraliste » comme on vous appelle

SUZANNE. — Je m'en moque un peu qu'on jase !

LE VICOMTE. — Et moi donc ! Nous vivons à une époque où l'on ne doit plus avoir de préjugés ! Si personne n'avait plus de préjugés, ils ne tarderaient pas à disparaître.

SUZANNE — Je suis bien de votre avis.

LE VICOMTE. — Une simple receveuse des postes qui est honnête femme, vaut bien une femme du monde qui ne l'est pas

suzA.NNE — Et même qui l'est.

LE VICOMTE — Parfaitement... Ah !

ah' parfaitement .. Vous êtes charmante. Et vous dînez demain à la maison, avec Hermance et quelques intimes.

SUZANNE — Je vous remercie beaucoup, monsieur le vicomte. Mais c'est im possible .. absolument impossible . Une invitation antérieure. . .

LE VICOMTE — Une invitation anté rieure à Pressigny !... Je ne coupe i)a8 dans ces blagues là.

przAVNK. — C'est pourtant la vérité.

LE vicoJUTE. — Oui. Et oii dînez-vous, s'il vous plaît ?

SUZANNE. — Mais...

LE VICOMTE. — Ah ! vous lie savez même pas ?... Allons ? Il y a quelque chose que vous ne voulez pas me dire ?... Seriez-vous brouillée avec Hermance, par hasard ?

SUZANNE. — Non... non... {Se re-pren^int.) Si... si, nous sommes en froid. Vous comprenez que je ne puis guère...

LE VICOMTE. — Vous êtes en froid ?

Je vous réconcilierai pas plus tard que ce soir...

SUZANNE, un peu nerveuse. — Je vous prie de ne pas lui parler de ça...

LE VICOMTE. — Mais...

SUZANNE, un peu plus nerveusement encore. — Il faut me jurer que vous ne lui en parlerez pas.

LE VICOMTE, quittant brusquement son paquet de lettres et s'approchant d'elle. — Qu'est-ce qu'il y a ? Nom d'un chien, qu'est-ce qu'il y a ? C'est agaçant à la fin de ne pas vouloir me dire...

SUZANNE — Il n'y a rien, là ! Moi aussi, à la fin, ça m'agace, ça m'agace ! Je ne vous demande rien, n'est-ce pas ? Je n'ai rien fait pour que vous m'invitiez à dîner!.. Je vous remercie beaucoup, beaucoup ; je vous suis très reconnaissante .. C'est très flatteur pour moi, pour une simple receveuse des postes d'être invitée au château de Sous-Bois. Je n'ou- • blierai jamais l'honneur que vous me faites. Mais j'ai bien le droit de refuser, je suppose! Je ne veux voir personne, personne ! en ai-je le droit, oui ou non ? C'est vrai ça... mariez-vous et laissez-moi tranquille. Si je ne suis plus libre... de... de... C'est vrai ça ! {Elle s'arrête légèrement suffoquée et comme prête à pleurer.) Je ne sais plus quoi dire... aussi... je ne sais plus quoi dire...

LE VICOMTE, Vivement, lui prenant les mains. — Vous pleurez maintenant !

Voilà que vous pleurez.

SUZANNE. — Mais non, je ne pleure pas... je ris. vous voyez, je ris...

LE VICOMTE. — Non... VOUS ne riez pas... VOUS avez une grosse larme... là... tenez, là...

SUZANNE, se dégageant. — Laissez-moi, je vous prie... cloignez-vous, en voilà assez, j'ai mon travail à faire, moi !

Elle va vivement au puichet en apercevant 3i vivement deux personnes.

Le Conducteur. — Voici les cous

Page 1