‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 50 sur 115 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

SUZANNE, DELPHINE, puis PAGENEL, LEBARDIN

delphint:. — J'adore la chartreuse...

Et vous?

SUZANNE. — De temps en temps.

DELPHINE. — Dites?... Est-ce drôle, tous ces gens de la province qui viennent tromper leur femme à Paris'?

SUZANNE. — C'est fort drôle.

DELPHINE. — Et il faut bien se dire, ma chère, que pour des femmes comme nous, qui tiennent avant tout à faire leur position, c'est de beaucoup ce qu'il y a de mieux.

SUZANNE. — Oui... oui...

DELPHINE. — Les Parisiens sont peutêtre plus gais, mais ils nous prennent pour des joujoux, voilà l'embêtant. Ce n'est pas vrai ce que je dis?

SUZANNE. — C'est bien vrai.

DELPHINE. — Moi, je ne tiens pas à faire la noce. Vous verrez, quand vous me connaîtrez davantage, j'ai un grand fond de sérieux. Dame, je m'amuse parci, par-là... Je vous dirais que je ne

trompe pas Pagenel, vous ne le croiriez pas.

SUZANNE. — Je ne le croirais pas.

DELPHINE — Mais je con&erve de la tenue, c'est l'essentiel Et je les aime bien tous Jes deux. Edmond et lui, chacun dans son genre La seule différence qu'il y ait, c'est que Pagenel ne sait pa3 que j'ai Edmond, tandis qu'Edmond sait que ]'ai Pagenel

SUZANNE, — C'est une différence insignifiante

DELPHINE. — N'est-ce pas? Vous me plaisez Vous «avez, je suis sûre que nous deviendrons bonnes amies. On m'a raconté votre histoire, elle est très intéressante Qui a été votre premier?

SUZANNE. — Quel premier?

DELPHINE. — Vous ne voulez pas encore me le dire. . Nous ne nous connaissons pas assez pour que vous me fassiez vos confidences. Ça viendra... Moi, mon premier a été un élève de l'Ecole des Beaux- Arts... Je donnais des leçons de piano à cette époque-là... Car j'ai reçu de l'instruction, et je ne le regrette pas. Quoi que devienne une femme, plus tard, il vaut mieux qu'elle ait reçu de l'instruction, ça ne peut pas nuire. Cet élève des Beaux -Arts, figurez-vous, il a failli m 'épouser' Au dernier moment, il en a épousé une autre, je ne me rappelle plus pourquoi... Aujourd'hui, je serais la femme d'un architecte, il s'en est fallu de ça, tenez... Vous avez dû le remarquer, nous autres femmes, c'est toujours une machine de rien du tout qui décido notre vie. En un quart d'heure, on va d'un côté ou de l'autre, et puis c'est fini. Il faut en prendre son parti. Je suis très heureuse d'avoir fait votre connaissance. Et vous?

SUZANNE. — Moi aussiv je vous trouve très gentille.

Reviennent Pagenel et Lebardin.

PAGENEL, chapeau à la main, pardessus, canne. — Vous y êtes, ma chère ajnie?

DELPHINE. — Me voici. (-4 Suzanne.) A tout à l'heure, ma chère.

PAGENEL, à Suzanne. — A tout à l'heure, mademoiselle, puisque vous avei la bont.é de nous attendre.

DELPHINE. — Bonsoir, mon petit Lebardin. o . ^ Tl 1 1 T^ 1 ■

Sortent Pagenel et Delpnine.

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