SCENE IX
LEBARDIN, MADAME LEBARDIN puis LA FEMME DE CHAMBRE
MADAME LEBARDIN. — Maintenant, à nous deux !
LEBARDIN. ■ — Augustine, je vais t'expliquer. .
MADAME LEBARDIN. A nOUS deUX,
monsieur. Que comptez-vous fai^e?
■^D\ME LEBARDIN — Maintenant, a nous deux: lebaudin — Ce que je compte faire?
MADAME LEBARDIN. Oui.
j.KBAUUiN, trh natuTcUemenf. — Ce que je compte faire... Eh bien, je compte rentrer à Preseigny demain matin... parce qii'. ce soir, je crois qu'il n'y a plus de ti ...... As-tu ton indicateur sur toi?
'uADAME LEBARDIN - - Ah ça! VOUS
vou imaginez que cela va se passer ainsi ? je vous prends en flagrant délit ot voilà t<)u< ce que vous me répondez!
LEBARDIN. — Tu me prends en flagrant délit de quoi?
MADAME LEBAKDiN. — D'aduJtère, monsieur, d'adultère!
Lebardim. — Mais non, ma bonne. Tu me trouves en habit et cravate blanche, en tra.in de soigner Pagenel qui a mal au genou. Tu ne peux pas dire autre choee.
MADAME LEBARDIN. VoUS avez le
toupet de dire que nous ne sommes pae dans l'appartement de M"^ Suzanne Borel \
LEBARDIN. — Mais oui, nous sommes dans l'appartement de M"* Borel, c'est vrai. •
MADAME LEBARDIN. — - Ah ! Et cet appartement a été meublé par vous, de vos deniers. Je voue défie de dire le contraire, je voiifi en défie. Dites-donc le contraire ?
LEBARDIN, — Je pouTTais le dire, si je voulais, oui, je pourrais le dire, mais je ne le dirai pas. Oui! il a été meublé par moi, l'appartement. Il ma coûté dix-sepfc mille cinq cents francs.
MADAME LEBARDIN, éclaiant . — Ainsi vous avouez que vous avez une maîtresse à Paris, vous l'avouez avec un cynisme monstrueux !
LEBARDIN. — Alors ! tu t'imagines qu'il suffit d'entretenir une femme pour qu'elle soit votre maîtresse? Ce serait t rop commode ! Ah ! tu es bien de la province toi! Je n'ai aucune maîtresse, je répète et j'insiste, je n'ai aucune maî tresse.
MADAME LEBARDIN. Et VOUS pcnseZ
que je va.is gober de pareilles balivernes! C'est trop fort à la fin, je commence à eu avoir assez !
LEBARDIN. — Et moi donc !
MADAME LEBARDIN. — YOUS ditCS?
LEBARDIN — Je <Jis que moi aussi, je commence à en avoir pardessus la tête!
Est-ce que je t'ai jamais fait un mensonge? Est-ce que je t'ai jamais raconté seulement une blague? Quand je te dis que je n'ai pas de maîtresse, tu n'as pae le droit d'en douter, tu n'en as pas le droit, tu entends?
MADAME LEBARDIN. — Maîs attrapemoi donc tout de suite, attrape-moi donc, ce sera plus simple!...
LEBARDIN. — Mais j'agirais comme Pagenel qui a trompé sa femme au bout de six mois de mariage, tu ne me parlerais pas autrement! Est-ce que je n'ai pas toujours été un mari excellent? Un mari fidèle? Mais j'en arrivais à être ridicule de fidélité! Oui, madame, ridicule! Vous ne oomprenez pas ça, vous... Les femmes ne sai&iseent pas ces nuances-là. Et voilà
qu'au bout de vingt ans, tu te metc tout d'un coup à devenir soupçonneuse et acariâtre.
MADAME LEBARDIN. Moi !
LEBARDix. — Tu tc metfi à nie guetter, à me surveiller...
M.ADAM E LEBARDIN. Moi !
LEBARDIN. — Je ne peux plus faire un pas sans t'avoir sur m^ talons !
MADAME LEBARDIN. Moi !
LEBARDIN. — Il ne te manque plus que de me faire suivre par la police. Et aujourd'hui, parce que je fais un malheureux petit voyage à Paris, et Dieu sait ei j'y ai fait du mal à Paris! parce que je dépense dix-sept mille cinq cents franc» à acheter des meubles, tu me traites comme le dernier des derniers. C'est à vous dégoûter de la vertu et de la bonne conduite, ma parole d'honneur!
MADAME LEBARDIN. — Voyous, ne te fâche pas... J'ai peut-être exagéré...
LEBARDIN. - — Tu m'as fait beaucoup de peine. Tu entends, Augustine, tu m'as fait beaucoup de peine.
MADAME LEBARDIN. Enfin, VOVOnS !
tu ne peux pourtant pas dire que c'est moi qui ai tort '.
LEBARDIN, sérèvement. — Je veux bien oublier tout cela, à une condition.
MADAME LEBARDIN. — Laquelle?
LEB.ARDiN. — Tu ne me parleras plus jamais de cetTt-e histoire-là. Tu entends? Jamais plue ! tu n'y feras plus allusion jamais! jamais! Tu me le promets? Tu me le jures?
MADAME LEBARDIN. — Que veux-tu que je réponde? Je suis ahurie... Si tu cherchais à m'ahurir... tu y es arrivé...
LEBARDIN. — Embrasse-moi, Augustine.
MADAME LEBARDIN. Voilà, mOU
ami. voilà... {Elle l'embrasse.) Je suis ahurie...
LEBARDIN. — Là, remets-toi. je te pardonne, ma bonne vieille. ^laintenant, tu vas rentrer à l'hôtel.
MADAME LEBARDIN. — J'aime autant ça... parce que je ne sais plus où j'en suis. Est-ce que tu m'accompagnes?
LEBARDIN. — Oui, mais avant... (// appuie SU)- un timbre.) j'ai encore quelque chose à faire.
Entre la femme de chambre.
LEBARDIN. — '\^euine2 dire à mademoiselle que ma femme, 'M'"" Lebardin, vient d'arriver et que je l'accompagne à l'hôtel. Veuillez lui demander aussi si elle pourra me recevoir dans une demi-heure environ.
LA FEMME DE CHAMBRE. — Bien, monsieur.
Elle sort.
îLADAME leb.-...i.:n. — Comment, tu vas revenir?... ^
LEBARDIN. — J'ai deux mots à dire à M"® Borel. Tu comprends, n'est-ce pas?... Tu comprends que je ne peux pas rentrer à Pressigny sans prévenir M"® Borel. T le comprends, n'est-ce pas?
MADAME LEBARDIN. Je le COnî-
prends... Oui, je le comprends... sans le comprendre. Mais enfin... s'il le faut... LEBARDIN. — Il le faut absolument.
Rentre la femme de chambre.
LA FEMME DE CHAMBRE. — Mademoiselle attendra monsieur dans une demiheure.
LEBARDIN. — Bien... (.4 sa femmt ) Tu vois comme c'est simple.
MADAME LEBARDIN. — C'est très simple.
LEBARDIN. — Allous, vieus!... (.4 la bonne :) Dans une demi-heure.
Sortent M°" et M. Lebardin.