‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 61 sur 115 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

LEBARDIN, LE VICOMTE

LE VICOMTE. — Vous avcz à me parler, Lebardin ?

LEBARDIN. — Voici, mou cher vicomte.

J'ai entendu, moitié sans le vouloir et moitié écoutant, la fin de la conversation que vous venez d'avoir avec M"® Borel... Et je viens vous donner un conseil, qui sera un conseil d'ami, quoique vous m'ayez appelé cette brute de Lebardin... (Mouvement du vicomte.) Ça ne fait rien.

LE VICOMTE. — Et quel est ce conseil ?

LEBARDIN. — Eh bien ! vpus allez di vorcer, n'est-ce pas ?... J'ai entendu. Eh bien ! quand vous aurez divorcé, épousez M"° Borel, épousez-la. Vous n'avez que ça à faire, c'est moi qui vous le dis.

LE VICOMTE. — Elle est bonne ! Vous me conseillez d'épouser votre maîtresse.

LEBARDIN. — Ça ! qu'est-ce qu'ils ont donc tous à s'imaginer que j'ai une maîtresse ? Je voiis dis que je n'en ai pas... que je n'en ai jamais eu... et au train dont vont les choses, il est probable que je n'en aurai jamais.

LE VICOMTE. — Comment ! vous vou lez me faire croire que vous n'avez pas %

LEBARDIN. — Non !

LE VICOMTE. — Que vous n'nvez?...

La Petite Foiiciionnaire

LEBARDIN. — M Ou :

LE VICOMTE. Que VOUS?...

LEBAKDIN. — Non.

LE VICOMTE. — Ce serait curieux, ça, par exemple, ce serait curieux !... Mais

LEBARDIN. — Eh bienI vods allez divorcer, n'est-ce pas''

allons donc!... vous vous moquez de moi; naturellement, vous êtes un galant homme... Merci, je sors d'en prendre.

LEBARDIN'. — Enfin, aimez-vous M''" Borel, oui ou non ?

LE VICOMTE. — J'airao M"*^ Borel...

certainement, mais de là à épouser une fenime à qui vous venez d'offrir dos mobiliex's somptueux, il \ a loin, mon bon, il y a loin.

LEBARDIN, réfléchissant. — Ce n'est pas moi qui ai offert ces meubles à M"" Borel.

LE VICOMTE. — C'est un autre! C'est encore plus fort, alors... Et qui est-ce'?

LEBARDIN. — C'est vous.

LE vtcoMTE. — Hein ?

LEBARDIN. C'cst VOUS. puisquC VOITS

allez me rembourser immédiatement les dix-sept mille cinq cents francs que cela m"a coûté.

LE VICOMTE. — Moi !

LEBARDIN. — De cette façon vous aurez mis dans ses meubles une femme que vous aimez et qui vous aime, et qui pourra accepter de vous une chose qu elle ne pouvait pns accepter de moi, attendu que je n'avais aucun droit à la lui offrir. Car M"** Suzanne Borel est une très vertueuse Detite femme et celui qui lui ferait l'in- ;^ure d en douter aurait affaire à moi.

LE VICOMTE. — Je vous avoue, Lebardin, que je suis très perplexe.

LEBARDIN. — Voyons, si ce que je voue dis n'était pas la vérité, est-ce que j'aurais l'indélicatesse de vous demander les f'ix-sept mille cinq cents francs que vous allez me verser ?

LE VICOMTE. — Ça, évidemment.

LEBARDIN. — Je ne suis pas pressé, d'ailleurs...

LE VICOMTE. — Je vous les donnerai demain...

LEBARDIN. — Maintenant, mon cher vicomte, je vous quitte... Je vais retrouver ma femme et lui annoncer cette bonne nouvelle. Mes plus respectueux hommages à M"^ Borel. Décidément, je n'aurai jamais de chance avec les femmes.

Il serre la main du vicomt* et sort.

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