MADAME VARINOIS, LUCIENNE, ESTELLE
MADAME VARINOIS, entourant Estelle avec Lucienne. — Parle, maintenant.
ESTELLE. — Ah ! oui... Cest que je ne sais pas par oii commencer... Mon Dieu! Quelle aventure !...
MADAME VARINOIS. — Ma fille, tu me mets sur des charbons ardents ?
ESTELLE. — Qu'est-ce qui va arriver ?
LuciEN'NE. — Dépêche-toi, je t'en supplie... Voyons, Estelle.
ESTELLE. — Maman, d'abord il faut me jurer que tu me pardonneras !
MADAME VARINOIS. — Je te pardonne d'avance.
ESTELLE. Tout '.'
MADAME VARINOIS. — Tout, inclusivement. Je suis ta mère, ce n'est pas pour t accabler.
ESTELLE. — Et toi, Lucienuc, tu ne me jugeras pas mal ?
LUCIENNE. — Jamais !
ESTELLE. — Eh bien ! alors, figurezvous... que tout à l'heure, je me promenais du côté du Louvre... quand j'ai rencontré, par hasard, M. Albert...
MADAME VARINOIS. — Albert de Hupont ?
ESTELLE. Oui.
MADAME VARINOIS, gravement. — Continue.
ESTELLE. — Nous avons causé, et au bout de quelques minutes de conversation, j'ai eu l'imprudence de me laisser entraîner chez...
MADAME VARINOIS. — Oh !
ESTELLE. — Chez un pâtissier de la rue Saint-Honoré. (Geste de-i deu.r frmm^8.) Nous mangions je ne sais pas quoi... Oh ! ce ne serait pas la peine de me demander ce que nous mangions, je l'ai bien oublié... Tout à coup, bur le trottoir,
devant la vitrine du pâtissier, j'aperçois...
MADAME VARINOIS. — Qui ?
ESTELLE. — Mon mari qui passe avec un autre monsieur.
MADAME VARINOIS. — Diable !
ESTELLE. — Je suis sûre qu'il nous a vus ; il a cligné de l'œil de rotre côt«. Il ne peut pas ne pas nous avoir reconnus. Et, malheureusement, à ce moment-là, M. de Hupont était très près de moi. Il me regardait en t«naait la soucoupe dans laquelle je mangeais un baba... Oui, je me rappelle maintenant, c'était un baba...
LUCIENNE. — Mais va donc !
ESTELLE. — Il riait... moi aussi, tout en mangeant.
MADAME VARINOIS. ■ — Qua fait ton mari ?
LUCIENNE. — Oui...
ESTELLE. . — Il a continué son chemin, très froidement... comme un homme dont la résolution est arrêtée... Ah ! je n'ai pas été longue à quitter la pâtisserie. J'ai pris un fiacre et je suis venue ici... Dans certaines circonstances, voyez-vous, il n'y a encore que la famille !
LUCIENNE. — Ma pauvre petite Estelle !
ESTELLE — Que va-t-il se passer ?
LUCIENNE. — Oui... Que faire ?
MADAME VARINOIS, prena7it chaci/ne de ses filles par la main, allant les faire asseoir sur un canapé et s'asseyant au milieu d'elles. — Mes enfants, mes chères enfants, il ne faut pas nous faire d'illusions, il V a du trouble dans vos ménages, aussi bien dans le tien que dans celui de ta sœur.
ESTELLE. — Toi aussl, Lucienne ?
MADAME VARINOIS. — Elle aussi. Vous étiez faites, l'une et l'autre, pour épouser des garçons élégants, oisifs, fantaisistes, qui auraient compris les nécessités de la vie moderne. Vous êtes tombées sur des hommes honnêtes évidemment, mais d'une banalité, hélas irrémédiable... Voilà bien la situation, n'est-ce pas ?
ESTELLE et LUCIENNE. — Oui, maman.
.MADAME VARINOIS. — Elle ne fera qu'empirer avec le temps et deviendra aiguë. (Gestes des deux filles.) Est-ce de votre faute ? Est-ce de la leur ? Est-ce de ma faute, à moi qui vous ai mariées avec eux? Je l'ignore. Bornons-nous à constater le fait. Vous subissez la fatalité qui entraîne tout<^ les femmes de votre époque. Vous cherchez quelque chose, vous ne savez pus quoi... Ça peut durer indéfiniment.
Petites Folles
LUCIENNE. — Et alors ?
MADAME VARIN0I8. — Par bonheuF, mee enfants, vous êtes jeunes et à votre âge toutes ces histoires-là n'ont aucune espèce d'importance. Si, par la marche des événements, vous êtes conduites à divorcer, eh bien ! vous divorcerez. Le divorce est la seule chose un peu poétique qu'une honnête femme puisse faire aujourd'hui.
S'il es^ néo^^-rrrc rlu.s tard que vous di-