‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 93 sur 115 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Les Mêmes, moins ALBERT, plus MA- DAME VARINOIS, MADAME LE- MOUTIER. puis BRIDEL.

' MADAME VABiNOrs, à Lucienne. — Ton mari est de retK)ur.

LUCIENNE. - - Je vais avoir une explication avec lui.

LOUISETTE, entrant, à J/™^ Varinois. — Une dnjne demande madame.

MADAME VARINOIS. — Son nom ?

LOUISETTE. — M""* Lemoutier.

MADAME VARINOIS. — M'"'' LemOU-

tier!... Introduisez tout de suite, (h'ife se précipite à la porte, pendant que Louisette introduit J/"'« Lemoutier.) Ah! madame... chère madame...

MADAME LEMOUTIER. — Madame...

chère madame...

MADAME VARINOIS. — Donnez-vous la peine de...

MADAME LEMOUTIER, l'interrompant et s'expnmant avec vohihilité. — Il y a si longtemps que je désirais faire votre connaissance... Denoizeau m'a tant parlé de vous... On peut même dire qu'il ne me parle que de vous... Madame Varinois..

toujours madame Varinois!... Il cite vos mots... Alors, j'ai été enchantée de... (Se tournant vers Lucienne et Estelle.) Oh' vos deux charmantes filles, probablement? Je les connais bien aussi, par notre ami Denoizeau. (A Lucienne.) I^Iadanie Leverquui, n'est-ce pas? {A Estelle.) Et madame Bridel?

MADAME VARINOIS. — Non, c'est le contraire.

^ MADAME LEMOUTIER. — C'est curieux j aurais cru... Charmantes, elles sont charmantes... Il n'y a pas d'autre expression Vous permettez que je les embrasse?

Elle les embrasse l'une après l'autre. — Bridel entre au moment où elle embrasse Lucieime.

BRIDEL, à part. — Qu'est-ce que c'e«t encore que ça ?

MADAME VARINOIS, apercevant Bridel.

~ Madame, je vous présente mon gendre' M. Bridel... (.4 Bndel.) M™^ Lemoutier... {Cherchant quoi dire.) dont le nom signifie élégance, littérature et beaux-arts. et qui...

MADAME LEMOUTIER, l'interrompant. -- Oh! mon cher monsieur Bridel... il me semble que je serre la main d'un anù.

{Geste de Bridel.) Vous avez une femme délicieuse, j'étais en train de le lui dire. Et^ quel intérieur moderne, chic ! d'un goût!... {Regardant autour d'elle.) Tiens! un escalier... Comme un escalier fait bien dans un hall!... C'est très anglais. Et où mène-t-il ? |

MADAME VARINOIS. — Chez mon...

MADAME LEMOUTIER, l'interrompant et parlant toujours très vite. — Chez M. Bridel !... Ah ! que c'est ingénieux ' J'adorerais avoir un escalier dans mon salon ! malheureusement l'étage au-dessus ne m appartient pas.

lOO

Petites Folles

BRiDEL. — C'est dommage.

MADAME LEMOUTIER. Oh ! CB n'est

pas aussi luxueiix qu'ici, mais ce n'est pas mal arrangé tout de même, vous verrez... Cax nous allons nous voir souvent, maintenant, très souvent... {Xoureou mouvement de Bridel et attitudes de celui-ci penda?it tout le temps que parle J/""^ Lemoutier.) Et pour commencer, vous viendrez dîner dimanche prochain...

Pas de refus, je n'admets pas de refus. BRIDEL, ricanant. — Ah ! ah !

MADAME LEMOUTIER. Et VOUS aUSsi,

monsieur Bridel, j'espère que vous me ferez l'amitié...

BRIDEL, toujours ricanant. — Oh ! un mari... un mari qui va dîner en ville avec ea femme, c'est bien usé.

MADAME LEMOUTIER, éclatant de rire.

— Ah ! mais il a raison... C'est ça, je ne vous invite pas... Je vous inviterai un autre jour... sans votre femme. {A Lucienne.) Ma chère, vous pouvez voue vanter d'avoir un mari modèle. Mon mari, à moi, ne compx'enait rien. Au.^si, j'ai divorcé, ça n'a pas traîné. — Quel est votre petit nom ?

MADAME vARiNOis, répondant poxir Lucienne. — Lucienne.

MADAME LEMOUTIER, fuontrant Estelle. — Et ?...

MADAME vARiNOis. — Estelle,

MADAME LEMOUTIER, qui ne s'est pas assise et parle toujours debout. — Jusqu'aux prénoms qui sont charmants. Moi. je m'appelle Emilie... C'est bête comme tout; ça ne devient passable qu'en prononçant à rangl?».ise : Emily. — Alors, c'est convenu ? Dimanche prochain... Venez un peu avant, nous bavarderons. (.,4 3/™® Varinois.) Et je compte sur vous pour tous les dimanches : j'ai besoin de jolies femmes dans mon salon... Quand il n'y a pas de jolies femmes, les hommes s'ennuient.

Pour vous, monsieur Bridel, je vous écrirai... Ah ! ah ! vous viendrez tout seul. (A Lucienne.) Ne soyez pas jaJouse, ma chérie... Elle est délicieuse. A dimanche, ma petite Lucienne... A dima,nche, Estelle... {KVe les embrasse.) Je me retire, j ai une foule de visites... Ne vous dérangez pas, je vous en prie... Au revoir, au revoir... Au revoir, vous.

Elle serre vigoareusement la main de Bridel et duiparaît dans un grand froutrou.

Page 1