SCÈNE "IV
Les Mêmes, moins M"^ LEMOUTIEa
MADAME VARiKOis, après Une seconde de silence. — Voilà une femme exceptionnellement intelligente !... {Se tournant vers Bridel.) n'est-ce pas ?
BRIDEL, ironiquement. — Tout à fait. .
Oh 1 je suis tout à fait de votre avis.
MADAME vARiNOis. — Un esprit! un enti'ain !
BRIDEL, toujours civcc ironic. — J'ai rencontré dans ma vie bien des femmes remarquables, mais j'avoue que cellelà...
MADAME VARixois. — Ce sera une société très agréable pour Lucienne et }x>ur Estelle...
BRIDEL. — Absolument la société qu'il leur faut.
M.\DAME VARiNOis. — Je vois avec plaisir, mon gendre, que vous devenez raisonnable.
LUCIENNE, à Bridel. — Quand vous aurez fini de vous moquer de ma mère. (.1 ^jme Yarinois.) Tu ne vois donc pas que monsieur raille? lA soji mari.) Oh! vous maniez l'ironie de la façon la plus spirituelle. C'est une. justice à vous rendre.
BRIDEL, les bras crui-fés, à 3/'"® Van- Tiois, se mettunt en colère, peu à peu. — Aloi's, madame, sérieuserrerL vous avez supposé une minute que je laisserais Lucienne fréquenter cette grue 1
MADAME vARiNOis, indiyvée. — Qu'estce que vous osez dire ?
BRIDEL. — Ma parole, il faut que vous soyez arrivée à un degré effrayant d'inconscience !... {A Estelle qui fait mine .de se retirer.) Vous pouvez écouter ce que je vais dire...
ESTELLE. — J'aime autant pas.
Elle sort. \
LUCIENNE. — Moi non plus.
BRIDEL, la retenant ptjr la fnatn. — Je vous demande pardon. Nous allons nous expliquer, puisque l'occasion s'en ])rcsente. Je commence à croii-e qu'il y a un petit malentendu entre nous. Asseyezvous. (// s'essuie h front avec .w« viuuclioir.) Vous voyez, je suis très calme.
LUCIENNE. — Vous êtea ridicule !
MADAME VARINOIS. — Oh ! OUi.
BRIDEL. - Je le saip. Néanmoins, per-
Peiites Folles
mettez-moi de vous poser quelques questions... Vovis êtes bien décidée à aller dîner dimanche prochain chez M""' Lemoutier ?
LUCIENNE. — Parfaitement .
BiîiDEL. — Bon. Vous êtes décidée à continuer vos coquetteries avec tous les jeunes gens que vous présentera votre excellente mère ?
MADAME VARINOIS. Ah ça !
LUCIENNE, à sa mère. — Tais-toi, je i'en prie...
BRIDEL. — Et avec M. Toury, en particulier î
MADAME VARINOIS. Mais...
LUCIENNE, à M"^" Varinou. — Tais-toi, je t'en prie...
BRIDEL, à Lucienne. - — Voulez-vous me répondre ?
LUCIENNE. — Je vous répondrai quand vous me poserez des questions qui ne seront pas injurieuses.
BRIDEL. — Je vais vous en jmser encore une qui ne l'est pae, ou, du moins, je le pense. Voulez-vous m 'accompagner en Espagne, oii je suis obligé d'aller ces jourB-ci ?
LUCIENNE. — Non.
BRIDEL. — Je vous avertis que je ne partirai pas sans vous.
LUCIENNE. — C'est votre droit.
BRIDEL. — Et que si je ne pars pas, je manque une affaire très importante.
LUCIENNE. — Je ne vous ai jamais accompagné dans ce genre de voyages que vcus fait.es tous les an*;. Quelle lubie vous prend aujourd'hui ?
BRIDEL. — Autrefois, en effet, je vous laissais à Paris ; mais, à cette époque, j'avais confiance ea vous.
LUCIENNE. — Et vous n'avez plus confiance ?
BRIDEL. Plus du tout.
LUCIENNE. — C'est fâcheux.
BRIDEL. — C'est comme ça... Encore une question, et cette fois-ci ce sera la dernière... Désirez-vous divorcer?
LUCIENNE. — Je vous assure que vous êtes fou.
BRIDEL. — Je me mets entièrement à votre disposition. Nous jouerons une des comédies qu'on a l'habitude de jouer dans ce cas-là. Nous avons justement un avoiié dans la famille, profitons en. Quant à . moi, j'ai assez de mener l'existence que voue me faites Uicner depuis Cjuclquo temps; j'ai assez de la tête pommadée de
M. Toury; j'ai à m'occuper d'autre chose que de me demander chaque matin si vous prendrez un amant dans 1 après-midi !
{Mouvement de Lucienne.) Ça m'énerve !
ça m'énerve!... Recommencez à voue conduire comme une femme qui se respecte, ou bien alors mettez-vous franchement à vagabonder. Mais dépêchez vous ! Car je veux bien être cocu, mais je ne veux pas devenir enragé !
LUCIENNE. — Oh !
MADAME VARINOIS, S€ levant. — VoXW
avez des expressions d'une vulgarité dégoûtante !
LUCIENNE. — Jamais je ne vous pardonnerai ce que vous venez de me dire!
BRIDEL. — Vous m'y avez contraint.
Je vais donc préparer notre déménagement; vous voudriez bien me faire savoir ce que vous aurez décidé.
Il rentre chez lui par l'escalier.
MADAME VARINOIS. Je SUIS... je suifl
étourdie... Et toi ?
LUCIENNE. — Moi, maman ?
MADAME VARINOIS. Oui.
LUCIENNE. — Moi, je ne sais qu'une chose, c'est que mon. mari ms paiera ce petit accès d'éloquence.
E'if se diripe vers un bureau qui est du côté de l'escalier, près du pied.
Que fais- tu ? vais écrire une
Tu n'as pas be-
MADAME VARINOIS. - LUCIENNE. Je
lettre?
MAD.VME VARINOIS. -
soin de moi ?
LUCIENNE. — Non, merci.
MADAME %'ARINOIS, à ht porte. Et 06
Denoizeau qui n'arrive pas ! Pourvu que le baron...
Elle sort-.