‹ La petite fonctionnaire (volume 2)Chapitre 99 sur 115 · SCENE XXI · texte numérisé non relu

SCENE XXI

DENOIZEAU, BOIRE, CREMYER, LIVERDON

Crémyer doit être grand et Liverdan petit. Liverdon a sur le nez une bande très visible de taffetas d'Angleterre.

DENOIZEAU, s' avançant au-devant iTfux. — Donnez-vous la peine, messieurs...

CRÉMYER. — Monsieur... (Reconnaigxatit Denoizeau.') Tiens! Denoizeau! Comment, c'est vous qui êtes le témoin de M. Bridel ?

DKNoizEAU. — Mais... oui...

CKÉMYER. — Oh ! que c'est drôle l

io6

Petites Folles

LIVERDON, sortant son mouchoir et se sachant le visage. — Elle est bonne, cellelà ! ■

DENOizEAU. — Pourquoi est-ce drôle ?

CRÉMYER. — Je veux dire que je ne n'y attendais pas... non, vraiment !

DEXOIZEAU. — Messieurs, je vous présente monsieur...

BOIRE. — Boire.

DEXOIZEAU. — Boire, l'architecte bien connu, qui est, 3vec moi, témoin de M. Bridel... (Ces -nessieiirs ti' inclinent.) Asseyez- vous, me^ieurs, asseyez- vous...

(Au lieu de s'asseoir, Buiré ra. du bout de sa canne, toucher le plafond à l'endroit <h( trou de V escalier.) Pardon, monsieur Boire...

BOIRE. — Ah ! oui... c'est vrai...

DEXOIZEAU. — Tout à l'heure... q\iaiid ces messieurs seront partis... (7'out le monde s'assoit. Denoi:eau continue.) Je crois, messieurs, que nous sommes d'accord...

CRÉMYER. — Absolument... Vous retirez l'expression ?

DENOiZEAU. — Nous retirons l'expression... Noue vous exprimons nos regrets...

CRÉMYER. — Nous li en demandons pas davantage.

DEXOIZEAU. — Il ne reste qu'à rédiger le procès-verbal. (Il se dirige vers une petite table à r/auche. Les autres témoins le suivent.) "Voyons... (7/ prend le papier, une plume et commence à écrire :) « M. le baron d'Encolure s'étant jugé offensé par...»

Il cherche le mot.

LIVERDON. — a Par une épithète malsonnante... »

DENOIZEAU. — C'est Cela !

En prononçant le mot « épithète malsonnante », Liverdon a appuyé ses deux mains gur la table où écrit Uenoizeau. Celui-ci remarque tout à coup la bande de taffetas qu'il a sur le nez et s'arrête.

LIVERDON, à part. — Diable !

DENOIZEAU, se levant. — Par exemple ! (Il regarde attentivement Crémyer f.t Liverdon. — A part.) L'un grand, l'autre petit... Ce serait trop fort !... (A Liverdon :) Qu'avez-vous donc là, sur le nez, cher ami ?

LIVERDON, gêné. — Moi ?.. Rien...

uno é^ratif^nure... que je me suis faite contre une porte.

DENOIZEAU. — C'est tout récent, aloi-s... Je vous ai vu avant -hier dans l'après-midi, vous n'aviez nen...

LIVERDON. — En effet.

DEXOIZEAU, froidement. — Vous ne vous seriez pas, par hasard, blessé avec un chapeau ?

BOIRÉ. — Je suis assez pressé...

DENOIZEAU. — Nous avons le temps...

Je vous demandais donc, cher ami... si ce n'était pas un chapeau... car j'ai reniarqué que les blessures fait-es par les chapeaux ressemblent beaucoup à cellelà.

LIVERDON, à part. — Il a deviné !...

(Haut.) Mon vieux Denoizeau...

DENOIZEAU. Quoi 1

LIVERDON. — Mon vieux Denoizeau...

Voyons, il vaut mieux en rire... Eh bien ! oui, c'est moi... moi et Crémyer, nous soupions... Je croyais que vous aviez l'intention de rompre avec Antonia... je ne me suis pas gêné...

DENOIZEAU. — Ah ! c'est vous ?

CRÉ"YER. — Oui, cher ami...

LIVERDON. — Bah ! c'est fini... c'est effacé...

Il tend la main à Denoizeau qui la refuse.

DENOIZEAU. — Vous VOUS êtes joués de moi !

LIVERDON. — Permettez...

DENOIZEAU. — Indignement !... Des camarades de club !

CRÉMYER. — Nous ne le ferons plus.

LIVERDON. — Remarquez, mon cher, que vous êtes bien vengé... Mon ne?

me fait un mal! J'ai saigné toute U nuit.

DENOIZEAU. — Je ne le regrette pas.

LIVERDON. — Denoizeau !

DENOIZEAU. — Et si c'était à refaire, je le referais... et j'irais même plus î'^i't...

LIVERDON. — Monsieur !

DENOIZEAU. — Car vous vous êtes conduits comme des...

LIVERDON. — N'achevez pas !

Ils s'avancent l'un vers l'autie. — Boire les sé;jare.

BOIRÉ. — Pardon ! Si nous rédigions...

DEXOIZEAU, se calmant. — Vous avez raison... rédigeons... Nous verrons ensuite.

Petites Folles

I^IVERDON. — Ck>mme il vous piaixa.

Denoizeau reprend sa place à la table, les deu. témoins de l'adversaire devant lui.

DENOIZEAU, (crivant. — « M. le baron d'Encolure s'étant jugé offensé, a «nvoyé ses témoins... >

Il cherche.

LiVERDON, continuant. — a M. Bride! ayant retiré l'épithète de goujat... »

CKÉMYER, confini/a7it. — « Les quatre témoins, d'un commun accord, ont décidé qu'il n'y avait pas lieu à 1 encontre. »

m'avez dit qu'on arrangerait l'affaire?

DENOIZEAU. — On ne l'arrange plus. — Ecrivons.

LIVERDON et CRÉMYER. — Ecrivons.

DENOIZEAU, écriiant. — Heu !...

•>■ M. Bridel s'étant refusé à retirer l'expression de goujat, les quatre témoins, d'un commun accord, ont décidé qu'une rencontre était inévitable. »

LIVERDON. — Vous av€Z mis • inévi- ^/able », n'est-ce pas ?

DENOIZEAU, fièrement. — Oui, monsieur. {Il continue d'écrire.) c L'anne choisie a été... »

BOIRE. — P.vRDON ! Si nous réuigions..

DENOIZEAU, pose sa iilume et les regard r en nranant. — Et vous vovis imaginez qu'après la façon dont vous vous êt-es conduite avec moi, M. Bridel va vous faire des excuses !

LIVERDON. — Pardon... votre client n'a lien à voir...

DENOIZEAU, l'interrompant. — M. Bridel n'a pas peur, messieurs ! M. Bridel se battra ! Et non seulement il no retire p- ; l'épithète de goujat, mais encore il la relève.

LIVERDON. — A vos Ordres, monsieur !

DENOIZEAU, regardant Crémycr. — Il la double !

BOJRÉ. — Je ne coiupieuds pas. Vous

LIVERDON. — L'épée

DENOIZEAU. — L'épée vous convientelle, messieure ?

LIVERDON et cnÉMYER. — Parfaitement.

DENOIZEAU, o Boiré . — Et à vous '

BOIRE. — A moi aussi.

DENOIZEAU, continuant à écrire. — a La rencontre aura lieu demain... »

(Perlé.) Vou'.cz-vous deux heures de l 'après-midi- ?

liOiuÉ. — J'ai une expertise 1 deux heures... J'aimerais m'oux trois.

DLNOiZEAU. -- Bon. (Ecrivant.) « La rencontre aura lieu demain à trois heures... » (Parlé.) Où?

io8

Petites Folles

LivERDON". — Derrière les tribunes de Longchanip.

DENOiZEAU. — Votilez-vous ? (Signes d'aquiescement des témoins. Il continue d'écrire.) « Le combat durera jusqu'à ce que l'un des adversaires soit dans l'impossibilité... »

LIVERDON, avec défi. — Matérielle...

dans l'impossibilité matérielle...

DENOiZEAU, de même. — Oui, monsieur, matérielle... de continuer... Veuillez, signer, messieure...

Liverdon et Crémyer signent, puis Boire, puis Denoizeau.

LIVERDON, sec. — A demain, monsieur.

DENOIZEAU. — A demain, trois heures.

LIVERDON. - — Derrière les tribunes de Longchamp.

Liverdon et Ci-émyer sortent.

BOIRE. — Vous n'avez plus besoin de moi?

DENOIZEAU. — Non, merci... Soyez exact, n'est-ce pas?... Trois heures.

BOIRE. — Entendu... C'est ma pre- '.";ière affaire... je n'y manquerai pas. Et vous, vous êtes-vous déjà battu?

DENOIZEAU. — Souvent.

Ils se serrent la main. — Boire sort.

Page 1