‹ La petite fonctionnaireChapitre 104 sur 130 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

J'accours. Nous déjeunons. Après déjeuner, vous manifestez le désir d'aller faire quelques emplettes dans des magasins. Nous ne restons pas une minute en tête à tête. Ensuite, vous me demandez d'inviter Pagenel et sa bonne amie à dîner.

SUZANNE

Monsieur Pagenel a été parfait dans cette circonstance, c'était bien le moins... Ne dirait-on pas que tout cela est extraordinaire?

Mais si!... Voilà où est votre erreur, justement. C'est extraordinaire. Vous ne pouvez même pas vous rendre compte à quel point ça l'est. Oui, oui, je sais bien qu'à Pressigny je vous ai promis de... de... Mais quand vous connaîtrez la vie davantage, vous saurez qu'on fait des promesses dans certains cas, mais que ces promesses, il est convenu, il est tacitement convenu qu'on ne les tiendra pas. Mais oui, que voulez- vous que je vous dise? C'est

comme* ça ! Lorsqu'un homme et une femme se trouvent dans la situation où nous sommes, il y a un vieil usage, un usage remontant à la plus haute antiquité qui exige que la femme. . . que la femme... fasse... des concessions...

montre. . montre... de la bonne volonté...

Mais oui... Ça a toujours été comme ça, je vous assure. Alors, voilà, moi, maintenant moi... comme je suis obligé de rentrer demain matin à Pressigny et"que je ne pourrai pas revenir avant longtemps peut-être... je vous demande si vous exigez que j'aille encore...

que j'aille encore à l'hôtel cette nuit. J'ajoute. . j'ajoute qu'en vous demandant cela, je vous demande une chose qui n'est pas extravagante. Et si des gens nous écoutaient, je vous jure qu'ils seraient de mon avis et qu'ils trouveraient comme moi que c'est une chose toute naturelle que je vous demande.

SUZANNE

Voyons, ne froncez pas les sourcils, ne vous fâchez pas...

LEBARDIN

Remarquez de plus que Pagenel est convaincu que nous... et Delphine aussi... ils ne peuvent pas ne pas être convaincus...

SUZANNE

Eh bien! votre amour-propre est sain et sjauf.

LEBARDIN

Evidemment. . . mais il n'y a pas que l'amourpropre... Je vous adore, moi, vous ne tenez pas compte de ça, je vous adore.

SUZANNE

Eh bien! oui là, vous avez raison... Je vous demande pardon, il ne faut pas m'en vouloir, oui, je vous demande pardon. Tenez, venez vous asseoir là, près de moi. Il faut me pardonner. Oui, c'est vrai, j'ai l'air de ne pas bien me conduire avec vous, mais j'ai des excuses. Quand vous m'avez fait cette proposition, je

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ne vous connaissais pas, vous m'étiez même plutôt antipathique, j'aime autant vous le dire. Et comme j'avais des raisons de ne pas rester à Pressigny; comme à ce moment-là j'avais de mon métier par dessus la tète, je pensais : essayons toujours, faisons cette expérience, nous verrons après; qu'est-ce que je risque? Je ne m'occupais pas de vous; je vous prenais pour un Monsieur quelconque, qui veut avoir une maîtresse, et ce qui pouvait vous arriver m'était bien égal. Mais aujourd'hui, vous m'avez écrit des lettres très jolies, très délicates, nous avons causé ensemble et je regrette ce que j'ai fait... Je regrette de vous avoir entraîné dans cette aventure, parce que, voyez-vous, j'ai bien réfléchi. J'ai une grande sympathie pour vous... beaucoup d'aflection. Je sens que nous deviendrons de bons camarades, mais pour le reste je ne pourrais pas.

LEBARDIN, se levant brusquement.

La même phrase que Louisette ! La même !

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