DE SAINT-MALO
Que Jacques Cartier fut contraint d' ai an donner au Canada en avril 1536.
La carcasse de ce navire, qui n'était que de 60 tonneaux,
a été retrouvée après trois cents ans d'abandon;
elle a été recouverte par un mètre
66 cent, de vase.
Souvenirs présentés par la Société Historique de Québec à la ville de Saint-Malo en 1843.
Quand je visitai ce musée, en octobre 1896, je demandai au gardien si on était fermement convaincu à Saint-Malo que ces débris fussent bien ceux de la Petite-Hermine. La réponse ne se fit pas attendre longtemps, et je dus me résigner à écouter le petit discours qu'il me débita à ce propos. Il connaissait parfaitement
son sujet, et ce brave type de gardien me refit tout l'historique de la découverte de la Petite- Hermine et de ce qui s'ensuivit. En dépit de ces savantes observations, je ne demeurai pas convaincu, car, pour être franc, j'étais décidé d'avance à ne pas me laisser convaincre. Je formulai quelques objections qui semblèrent contrarier vivement mon homme, et il me parut évident que c'était la première fois qu'il se trouvait en présence d'un mortel assez audacieux pour venir révoquer en doute un fait historique, notoire comme celui-là, et reconnu véridique depuis cinquante ans. Pour en finir, je lui fis cadeau de mon ouvrage sur Jacques Cartier en attirant son attention sur une note à propos de la Petite-Hermine et de sa prétendue découverte. Lisez cela, lui dis-je, faites-le lire à votre maire, et puis vous m'en direz des nouvelles. Naturellement je n'en ai jamais entendu parler. Le trophée est toujours là, à la même place, dans le même musée, dans la même ville, et le consen-ateur persiste toujours à débiter le même boniment. Et il en sera ainsi jusqu'à la consommation des siècles!
N'importe ! il est toujours bon et même utile de chercher à s'assurer si cette espèce de monument élevé à la mémoire du Découvreur du Canada, a sa raison d'être. Sommes-nous réellement en présence des restes de cette Petite- Hermine qui, à deux reprises, traversa l'Océan sous la direction de l'illustre navigateur malouin? Enfin, est-ce là une relique vraie ou une relique fausse?
Telle est la question à laquelle je vais essayer de répondre, à la lumière de la double vérité historique et archéologique, sans toutefois vouloir prétendre la régler définitivement et sans appel. Loin de moi aussi de vouloir jeter du louche sur les procédés des archéologues et des personnes qui ont cru assister à la résurrection du vaisseau de Cartier. Tous ont agi avec la meilleure foi du monde, et j'aurais mauvaise grâce, même à la distance qui nous sépare d'eux, de leur reprocher leur précipitation, qui a eu pour résultat d'égarer l'opinion, sans trop d'espoir de la remettre jamais dans la voie droite. Car ce qui a été fait, restera probable-