CHAPITRE III
LE maire de Saint-Malo, mis au courant de la question, se hâta de nommer une commission, et il choisit M. Cunat pour la présider. Les autres membres s'appelaient Leguen-Lacroix, architecte, Dépasse, aussi architecte, Gilbert constructeur, et Michel, capitaine de vaisseau. Cinq membres en tout. Cette commission se réunit le 13 décembre 1843, ^^ ^^ siégea qu'une seule fois dans une des salles de l'hôtel-deville de Saint-Malo.
M. Cunat ouvrit la séance par un petit discours fort bien tourné et que je me complais à rapporter in integro:
« Messieurs,
« Il y a trois cent dix ans que notre compatriote Jacques Cartier, nourri de ces grandes
idées qui enfantent de grandes choses, possédant ainsi que Christophe Colomb et Vasco de Gama, ses contemporains, une puissante ardeur de découverte, s'aventura avec deux embarcations de soixante tonneaux à travers les mers du nord, reconnut les terres du Canada, dont il prit possession et en dota sa patrie.
« François I, le rival de Charles-Quint, lassé de se voir déshérité du testament d'Adam par les rois d'Espagne et du Portugal, qui se partageaient entre eux le Nouveau Monde, et appréciant les avantages de la découverte de l'illustre navigateur malouin, s'efforça de réveiller l'émulation des Français en leur inspirant le goût de la navigation par des établissements lointains; dans ce but, Sa Majesté Très Chrétienne, voulut le parachèvement de la découverte des terres occidentales estantes sous le climat et parallèles des terres et royaume du dit Seigneur, nomma Jacques Cartier son pilote général. Investi de cette dignité maritime, notre compatriote appareilla de nouveau du port de Saint-Malo, le 19 mai 1535, avec les trois petits bâtiments qu'il commandait, pour cette seconde expédition. Ces bâtiments étaient la Grande-Hermine, de 120 tonneaux, la Petite-Hermine, de 60, et VBnierillon, de 40.
« Il y a donc trois siècles que notre compatriote appartient à la postérité. Dans le souvenir respectueux que renouvelle nécessaiiement la vue des débris d'un de ses vaisseaux, ce qui doit en cet instant iixer notre attention, Messieurs, nous, enfants de la cité qui lui donna le jour, c'est moins l'apologie de ce grand homme, quoique son ombre semble paraître ici avec ces restes échappés à la main destructive des temps, que l'examen sérieux et l'appréciation consciencieuse de ces reliques antiques. Grâce au hasard qui les a remis sur la voie, mais plus encore à une persévérance soutenue chez des hommes de cœur et savants, aimant tout ce qui rappelle et ennoblit leur origine et leur pays, on est parvenu à retrouver, sous i mètre 67 centimètres de vase, la carcasse du navire que Jacques Cartier abandonna en avril 1536 au lieu de Sainte-Croix « ses équipages se « trouvant affaiblis tant de maladie que de « gens morts. »
« Ces fragments de navire que nous devons au bienveillant empressement de MM. les membres de la Société littéraire et historique de Québec, et notamment au zèle de MM. Faribault, vice-président, Joseph Hamel et Lamare- Picquot. deviennent de précieux documents pour
l'histoire de notre ville ; ils empruntent des circonstances et des lieux un intérêt tout spécial; en effet, J\lessieurs, ils rappellent les plus belles phases de la vie de notre cher compatriote, et ces phases glorifient Saint-Malo, sa ville natale. « L'administrateur qui nous a réunis, Messieurs, désire que, dans l'intérêt de la science et de l'histoire, non seulement nous reconnaissions si le nombre des objets reçus est bien conforme à celui expédié de Québec, mais encore, que par une étude sévère et un examen approfondi des dits objets, nous cherchions à déterminer, autant qu'il dépendra de nous, leur identité avec les objets de même espèce de notre localité, et aussi, que nous indiquions les différents changements qu'ils ont subis, soit dans leurs formes primitives, soit par les détériorations qu'ils ont éprouvées, tant des éléments auxquels ils étaient soumis que des siècles écoulés depuis leur abandon. »
Après cette belle entrée en matière, la Commission n'avait guère besoin de chercher une conclusion, puisqu'elle était toute tirée d'avance. Cependant elle s'astreignit à examiner toutes les pièces apportées de Québec, afin d'en bien connaître la nature intime, l'apparence exté-
rieure, etc. Voici, sous trois différentes rubriques, le rapport de la commission malouine :