LA ROBE DE NOCE ET LE VOILE
Satisfait d'être ministre, heureux de ne point avoir à rendre des comptes de tutelle, M. Jacques Ginérès avait consenti au mariage. Clément Gardoz, enfin médecin, s'en était retourné dans « l'oustal » où l'attendaient le père et les petits. Les mariés étaient seuls aujourd'hui, et seraient seuls toujours.
Lady Rowena, pâle et souriante, descendait derrière eux les marches de l'église, cachant sous un manteau sa main déshonorée; mais sa mélancolie n'attristerait pas longtemps leur bonheur; elle les quitterait bientôt, s'en irait s'éteindre au loin, triste lueur, dans quelque solitude.
Ils se regardaient. Ils souriaient.
Le soir même de ce jour, ils quittèrent Paris. Ils eurent une maison dans un pays où il n'y a pas de voyageurs, sur le bord d'une rivière, — une maison où il n'y eut pas d'autre bruit que leurs deux voix, échos l'une de l'autre. On ne s'ennuie pas quand on s'aime. On a toujours à se raconter des choses dont on avait, la veille, oublié de se parler, et l'on n'a pas besoin de tout le monde puisqu'on est tous les deux.
C'est ainsi que se réalisa, — seule floraison de sourires dans cette sombre histoire si déserte de joies, — le joli rêve d'Eve-Ange-Lys.