CI-GÎT
SÉBASTIEN DE YILLAUDRIG
mort
A 17 ANS vous QUI PASSEZ, PRIEZ POUR LUI
Prier? Est-ce qu'elle pouvait prier ? Mais des sanglots tumultueux lui gonflèrent la poitrine ; et, brisée, elle se laissa tomber à genoux, dans l'herbe qui poussait sur le lit de ses infâmes noces et sur la tombe de Sébastien.
Tout à coup un éclat de rire, bref, dur, qui grince, presque pareil au bêlement d'un chevreau.
Elle eut peur, se renversa. Qui donc osait rire, ici?
Sébastienne.
Oui, là, le buste derrière la stèle, mais la tête en avant, une enfant pâle, hagarde, aux lèvres rouges, aux yeux de sang, aux courts cheveux ras qui frisent, riait en regardant Arabelle.
La mère n'osa pas s'écrier ; « Ma fille! •
Ce n'était pas sa fille, en effet. L'enfant de Dominique, oui; le sien, non. Tout le charme fatal, toute la grâce haineuse qui avaient vécu dans les traits de Papiol revivaient sur ce petit visage qui s'effare ; et le regard que, deux jours auparavant, non loin de Téchafaud, Arabelle avait senti sur son front, sur ses lèvres, sur l'or damné de ses cheveux, il lui semblait qu'elle le sentait encore, comme s'il eût ressuscité dans les yeux de Sébastienne !
Pourtant elle se releva, fit quelques pas en avant.
342 LA VIE ET LA MORT d'uN CLOWN
Mais alors il se passa une chose terrible : l'enfant avait embrassé la stèle comme pour défendre l'asile mortuaire, et, d'une main restée libre, elle éparpillait sur la tombe, sur les herbes, de longs écheveaux d'or floche, qui étaient les cheveux d'Arabelle!
Etait-ce un rcve encore? Non. Tout à l'heure non plus, Arabelle n'avait pas rêvé. Pendant son profond engourdissement, l'acier des cisailles avait tourné en effet autour de sa tête; et maintenant, terrifiée, elle tenait entre ses deux mains son front où des cheveux se hérissaient, très-courts, par touffes inégales.
Cependant, ofirande suprême, agréable peut-être au mort qui dormait là, la chevelure dorée resplendissait sur la pierre comme un ruissellement de serpents lumineux, pendant qu'Arahclle, découronnée et à jamais déchue de toute espérance, regardait stupidement sa fille, sa Sébastienne, dehout, là, sur la tombe de Sébastien, et riant du rire irrémédiable des fous.
XY
La robe de noce et le voile
Bien des mois s'étaient écoulés. C'était le printemps. Il y avait du soleil dans l'azur de l'air, sur le pavé des rues, et les rayons s'éclaboussaient en fleurs épanouies aux vitres des croisées.
Une noce sortait de Saint-Philippe-du-Roule. Noce modeste, pas de cortège. Mais la mariée était si jolie avec sa joie d'enfant et son air peureux de jeune fille, dans la longue robe blanche, sous le grand voile qui frissonne ; et le marié avait dans les yeux tout le soleil du ciel et tout le printemps de l'amour.
C'était Eve- Ange-Lys au bras d'Henry Cardoz.