PRÉFACE
Ce .petit volume servira (du moins, c’esi notre espoir) de guide pour le traitement journalier de k; classe si étendue des insuffisants thyroïdiens, en même temps qu’il facilitera la tâche des observateurs adonnés à l’étude de la thyroidologie.
Décembre 1912.
INTRODUCTION
Des Méthodes à utiliser
dans rÉtude de la Petite Insuffisance Thyroïdienne.
A côté de la grande insuffisance thyroïdienne, dont le myxœdème est l’expression la plus achevée,, il existe une petite insuffisance thyroïdienne'. Son importance est considérable. Car, contrairement au myxœdème, la petite insuffisance thyroïdienne est très fréquente. Les syndromes qu’elle réalise sont, d’autre part, souvent complexes^ et comportent des réactions de la part de la glande thyroïde ëlle-même ou des autres glandes endocrines. Enfin, la petite insuffisance thyroïdienne surtout est accessible . à la thérapeutique et doit, pour cette raison, intéresser particulièrement le médecin.
Avant d’entrer dans l’exposé de la petite insuffisance thyroïdienne, il convient de préciser les méthodes qui ont permis de l’établir, tout en mettant en lumière les difficultés et les causes d’erreurs à éviter dans son étude.
LA PETITE LNSl FFISAAXE THYUÜJDIEAA'E.
Nous envisagerons successivemenl les méthodes cliniques, qui sont à la portée de tous les médecins, et les méthodes scientifiques, sur lesquelles s’appuie également la conception de la petite insuffisance thyroïdienne. Ces mêmes méthodes avaient déjà été mises en pratique pour édifier l’histoire encore récente du myxœdème.
1. — La tliérajjeutique est extrêmement précieuse dans l’étude de la petite insuffisance thyroïdienne.
C’est elle qui nous a révélé un certain nombre de stigmates de l’hypothyroïdie.
En mars 1905, nous avions appliqué pour la première fois, le traitement thyroïdien, en dehors du myxœdème, à un sujet atteint de rhumatisme chronique et de psoriasis. — Le premier effet, que produisit la médication, consista dans une augmentation de l’appélil. Le malade, interrogé sur l’action du corps thyroïde, nous répondit tout d’abord : ça m(‘ creuse. Ultérieurement ïappétit était si exagéré que l'entourage du malade le croyait atteint de lénia. — Un second résultat, qui suivit la médication, fut la diminution marquée d’une grande frilosité. Le malade élait étonnammenl frileux et supportait, dans la chambre où il s(‘
LMUODICTION.
trouvait, une température de *25 degrés et vivait, en plus, comme enroulé dans un paravent de verre. Par le fait de la tliyroïdotliérapie, il se mit à moins craindre le froid. Bientôt il demanda la suppression du paravent. La nuit, il eut moins à se couvrir. Alors qu’auparavant il désirait sur son lit plusieurs couvertures et un édredon, il se contenta d’une couverture légère.
Ainsi donc, chez ce premier malade, le traitement thyroïdien fixa l’attention sur rinfluence qu’exerce le corps thyroïde sur le fonctionnement de l’appétit et sur la frilosité.
La thyroïdothérapie appliquée à d’autres rhumatisants chroniques, nous fit reconnaître l'action du traitement thyroïdien sur la constipaiion. Des rhumatisants, mis au traitement, nous signalèrent d’abord les bons effets de celui-ci sur l’intestin. — Plus tard une malade que nous soignâmes à l’hospice d’ivrv, fournit un cas vraiment démonstratif. 11 s’agit d'une femme .de soixante-quatorze ans, qui non seulement était constipée, mais chez qui il était nécessaire d’aller à la recherche des matières, qui séjournaient dans la portion tout inférieure de l’intestin. Sous l’influence du traitement, dès le cachet, rintestin se régularisa, les gardes-robes se firent spontanément et actuel-
LA PETITE INSÜEFISANCE THYROÏDIENNE.
lement la malade, qui éprouva d’ailleurs de la diarrhée, lorsque la quantité de substance thyroïdienne ingérée était trop forte pour elle, conserve un intestin réglé.
Ces différents symptômes, comme nous le verrons tout à l’heure, se retrouvent dans le myxœdème, sous la même forme, mais à un degré différent.
Il en est d’autres que la thérapeutique permet de faire entrer légitimement dans l’insuffisance thyroïdienne. Enmai 1906, nous étions consultés par une jeune fille de vingt et un ans, qui se plaignait d’un état neurasthénie constitutionnelle grave. L’analyse du sujet permettait de reconnaître chez elle un grand nombre de petits signes d’hypothyroïdie (petitesse de la taille, anorexie, frilosité, perte des cheveux et des dents, craquements articulaires, tendance aux rhumes, mauvais état des gencives, hémorroïdes), etc.
La question était de savoir s’il y avait coïncidence entre l’hypothyroïdie et les phénomènes de neurasthénie, ou si la neurasthénie était liée à l’hypothyroïdie. Le traitement thyroïdien, en même temps qu’il améliora la malade, atténua les troubles de neurasthénie au point que le sujet se déclara guéri, après avoir pris 61 cachets de 10 centigrammes de poudre
INTRODUCTION
thyroïdienne. La malade éprouva une rechute moins forte que la crise précédente, après la cessation du traitement pendant plus de deux mois. L’état général redevint bon à la suite d’une nouvelle série d’une soixantaine de cachets. Ce résultat thérapeutique permet donc de rapporter certains cas de neurasthénie à l’insuffisance thyroïdienne. — Il en est de même des œdèmes transitoires. Nous avons soigné une jeune fille de dix-sept ans, présentant toute une série de signes d’insuffisance thyroïdienne ef qui vint consulter pour une enflure des régions naso-génienne et malaire, pâle, indolente, un peu élastique, simulant, sauf la teinte, une fluxion dentaire. L’œdème alternait de côté chaque semaine. Il se manifestait le mercredi, présentait le maximum le jeudi et avait disparu le dimanche. Il ne s’est plus produit depuis le début du traitement thyroïdien. — Nous avons fait de même disparaître très rapidement un œdème du dos de la main, chez une rhumatisante chronique du service du docteur Barth. Le traitement permet de poser dans ces cas la question des œdèmes rhumatismaux par insuffisance thyroïdienne.
La thyroïdothérapie peut fournir des résultats dans des cas un peu différents des précédents. Un enfant de 4 ans 1/2, arriéré, lent.
l‘2 LA PETITE lîsSUFEISANCE THYROÏDIE.A^E.
paresseux, frileux, obèse, constipé, atteint (Tincontinence d’urine, présentait depuis sept mois consécutivement, une angine herpétique périodique et mensuelle. Sous l’influence du traitement tlivroïdieii, le sujet passe d’abord 5 mois sans angines. Il fut repris, à propos d’une rougeole et d’une varicelle, d’une angine atténuée, puis les phénomènes angineux disparurent alors complètement. Là encore, cet accident d'autoinfection doit se rattacher à l’insuffisance thyroïdienne.
11 en est de même des nombreux cas de nervosisme^ qu’on observe en particulier chez les enfants, et de toute une série de troubles neuro-toxiques qui représentent, en général, les accidents du neuro-arthritisme et que le traitement thyroïdien est capable d’atténuer ou de faire disparaître. Nous voulons dire : la migraine, Tasthme, certaines poussées de rhumatisme, certaines dermatoses, etc. Lorscjue le traitement thyroïdien suppi-ime ces divers symptômes, on peut admettre que l’insuffisance thyroïdienne est intervenue, dans une certaine mesure, dans leur produclion et ([ue, c’est en agissant sur le défaut de fonctionnement de la glande thyroïde, ([ue la thyroïdothéraj)ie produit des résultats favorables.
Os divers exemples inontrenl donc les res-
IMIIODUCTION.
sources de la thérapeutique thyroïdienne. Tout en apportant des soulagements précieux au malade, il contribue à classer certains symptômes d’ordre et d’apparence banals.
Encore faut-il : T' que le traitement, pour acquérir une valeur pathogénique, réponde à certaines conditions que nous avons précisées ; 2^^ que l’on tienne compte d’ohjections qui onl leur importance.
V Pour que \e traitement acquière une valeur diagnostique il est nécessaire qu’il s’exerce :
D’une façon immédiate ;
Par une action continue, progressive, se renouvelant à toute tentative thérapeutique ;
Qu’il soit transformateur.
2“ Alors même que l’action spécifique est admise, il reste quelques remarques à formuler.
a) Tout d’abord, ainsi que l’ont montré nos travaux, le corps thyroïde, qui agit à titre de régulateur, lorsqu’il est employé à petites doses, n’améliore pas seulement les phénomènes d’hypothyroïdie, mais aussi les phénomènes cVhyperthyy^oïdie réactionnelle, qui lui sont associés dans le complexus fréquent de l’instahilité thyroïdienne. Aussi ne saurait-on, des résultats du traitement, sauf lorsqu’il s’exerce dans les conditions déterminées ci-dessus, con-
dure à rinsuffisance thyroïdienne, mais tout au plus à la dysthyroïdie. Sans quoi on pourrait être amené à considérer la maladie de Basedow, qui bénéficie parfois du traitement thyroïdien, comme due à une insuffisance thyroïdienne, ce qui ne saurait être accepté par les cliniciens.
b) En second lieu, le mode d’action de la substance thyroïdienne n’est pas connu dans tous les détails. S’exerce-t-il seulement sur le corps thyroïde lui-même? N’entraîne-t-il pas la mise en action cf autres glandes^ en état de synergie ou d’antagonisme avec la glande thyroïde elle-même? Voilà qui est au moins vraisemblable. Aussi, des résultats du traitement thyroïdien, ne peut-on conclure à une insuffisance thyroïdienne pure et simple. Car cette insuffisance thyroïdienne s’accompagne peutêtre d’hypoépinéphrie, par exemple, ou d’hyperovarie. Et le traitement thyroïdien rétablit non seulement l'équilibre thyroïdien, mais l’équilibre glandulaire, ou mieux endocritique.
c) La question peut être envisagée encore différemment. Du fait d’un trouble thyroïdien, il a pu se créer un état physico- chimique (Parhon), d’où dépendent toute une série de troubles, se répercutant d’ailleurs les uns sur les autres. Le traitement thyroïdien vient modifier l'état physico-chimique et les troubles qui
INTRODUCTIOJh.
en dépendent. Il ne s’ensuit pas que ceux-ci se rattachent au trouble thyroïdien. Ou du moins ils ne s’y rattachent pas spécifiquement. Car une autre glande, le thymus, par exemple, est susceptible de produire des troubles analogues; et des modifications physico-chimiques, qui seraient déterminées par un trouble différent, peuvent produire des conséquences comparables. Cette remarque n’est pas sans importance. Car, en ce qui concerne le myxœdème, Martuselli a soutenu que tous les phénomènes de la maladie })Ouvaient être produits par un trouble thymique; et l’on a pu supposer qu’un état chronique, modifiant profondément le sang, pouvait s’accompagner des symptômes du myxœdème.
Il est donc nécessaire de faire intervenir, dans la solution du problème de l’insuffisance thyroïdienne, d’autres méthodes d’observation.
II. — La clinique est à mettre au premier plan. Car c’est elle qui, au point de vue pratique, conduit au traitement thyroïdien.
Elle permet de soupçonner la nature thyroïdienne de phénomènes, soit qu’ils s’associent à des syndromes nettement thyroïdiens, tels que le myxœdème, soit qu’ils surviennent chez des sujets, dont la glande thyroïde est modifiée dans son aspect.
Parmi les symptômes qu’a fait reconnaître la thérapeutique, les uns, tels que la diminution de l’appétit, la frilosité, la constipation, existent dans te myxaxlème. Et, dans ces conditions, on ne peut être surpris qu’ils se retrouvent dans la petite insuffisance thyroïdienne, aussi bien qu’ils font partie de la grande insuffisance. Ces troubles sont représentés, il est bon de le remarquer, d’une façon symétriquement opposée^ dans la maladie de Basedow, où l’on constate, d’une façon tout au moins paroxystique, les crises de boulimie, de diarrhée, les chaleurs. Les autres ont seulement leur analogue dans le niyxœdème. C’est ainsi que toute hypothyroïdie comporte ce que nous avons appelé une neurasthénie fragmentaire, avec céphalée, douleurs musculaires, fatigue, apathie.
D’autres, tels que le nervosisme, représentent une réaction d'hyperthyroïdie à une hypothyroïdie sous-jacente, et c’est ce qui nous a conduits à la notion de l’instabilité thyroïdienne.
Certains enfin ne sont que des accidents d’ordre banal, qui, dans certains cas, nécessitent, pour se développer, un inauvais état du fonctionnement de la glande thyroïde. C’est l’analyse du sujet qui permettra de soupçonner l’insuffisance thyroïdienne, mais la preuve ne ser^ Fournie ((iie par le traitement thyroïdien.
INTRODUCTION
Dans d’autres circonstances, le médecin se trouve en présence d’une altération particulière de la glande thyroïde, qu’il ne reconnaît parfois que par une investigation méthodique particulière de la glande thyroïde. Il ne s’agit dans les cas que nous avons en vue, ni d’atrophie thyroïdienne, souvent difficile à déceler, ni de gros goitres endémiques, qui sont fréquemment modifiés par une dégénérescence. Le trouble clinique, tiré de l’aspect de la glande thyroïde, qui peut mettre sur la voie de l’insuffisance thyroïdienne, est V inégalité avec hypertrophie partielle de la glande, pouvant aller jusqu’au petit goitre endogène. Car lors d’inégalité de la glande thyroïde, l’hypertrophie est la conséquence d’une atrophie concomitante, laquelle commande l’insuffisance thyroïdienne.
Le rôle de la clinique est donc précieux. Mais cette méthode est passible à' objections .
Elle ne peut faire le départ, chez les insuffisants thyroïdiens, entre ce qui revient à l’insuffisance thyroïdienne elle-même, et les troubles qui coïncident avec elle. Une cause d’erreur fréquente consiste, en effet, à ranger, sous une même rubrique, des séries différentes de phénomènes, sous prétexte qu’ils sont souvent associés, alors que ces divers phénomènes sont fréquents. Prenons des exemples. L’hypotliy-
LA LETITE LNSL I I ISANCE ÏHYROÏMEANE.
roidie est commune. Les végétations adénoïdes, rincontinence d’urine, le rachitisme, etc., sont loin d’étre rares.
A-t-on le droit, parce que l’on rencontre, chez le même sujet, rhypotliyroïdie et les végétations adénoïdes, de conclure à roj igine thyroïdienne de ces divers troubles? A ce compte, la pathologie toute entière ari-iverait à entrer dans le cadre de l’insuffisance thyroïdienne, et ce serait le plus grand danger, à faire courir à la nouvelle conception nosographique, que de l’étendre indéflniment, sans premes irrécusables. Par conséquent la clinique, à elle seule, tout en permettant de soupçonner dans tel ou tel phénomène une origine thyroïdienne, ne peut en donner la certitude. — Même dans le myxœdème, toute la symptomatologie n’est pas nécessairement due à l’insuffisance thyroïdienne. En particulier, des causes locales interviennent, provoquant des troubles particuliers.
Dans l’Introduction à notre deuxième volume d’Études, nous avons rapporté le cas d’une jeune fille améliorée par le traitemenl thyroïdien de migraines et des rhumatismes. Mais il n’eut pas d’action sur une acroyanose conlinue très accentuée et sur la lenteur du sujet. Or, ces phénomènes appartiennent parfois à l’in-
INTRODUCTION
suffisance thyroïdienne. Dans le cas particulier, on peut supposer une malformation des centres vaso-moteurs, et de certains centres encéphaliques, opinion que rend vraisemhlahle Texistence, chez le sujet, d’astigmatisme et de pied plat.
Autre exemple : le rhumatisme chronique est souvent thyroïdien. Or, il peut coïncider avec le myxœdème, sans être amélioré par le traitement thyroïdien. Il en fut ainsi dans le cas de Verhoogen. L’opothérapie améliora le myxœdème. Le rhumatisme continua à s’aggraver.
En définitive, la clinique ne permet pas de conclure. Elle conduit à utiliser la médication par le corps thyroïde.
Telles sont les méthodes applicables, de par l’examen clinique du malade. D’autres, à'orch^e scientifique^ doivent intervenir à leur tour.
HL — I.' expérimentation \)eui être envisagée : chez l’homme, sous forme d’intervention thérapeutique, et chez les animaux.
a) Les opérations sur Vhomme ont eu, pour la connaissance delà question qui nous occupe, une importance capitale, puisque c’est à la suite du traitement chirurgical des goitres par Reverdin et Kocher, que le myxœdème — type d’insuffisance thyroïdienne maxima — décrit
•20 LA PETITE LNSUFFISANCE THYROÏDIENNE.
par Gull (1875) et par Ord (1877), a pu être rapporté à sa cause, et que s’est ti*ouvée posée la question de l’insuffisance thyroïdienne.
Mais une difficulté d’interprétation tient à ce que, chez l’homme, la thyroïde et les parathyroïdes sont intimement unies et qu’il est difficile, d’après les observations anciennes, de bien séparer ce qui revient à l’insuffisance thyroïdienne et à l’insuffisance parathyroïdienne. On évite d’ailleurs de provoquer des observations nouvelles, et les chirurgiens, bien éclairés sur les conséquences de l’ablation de l’appareil thyro-para thyroïdien, se gardent actuellement d’enlever la totalité de la glande thyroïde.
Mais telle observation peut, d’une façon inattendue, réaliser une véritable expérience. Le cas de Peppo Acchioté acquiert, à ce point de vue, une valeur très grande. Une dame, atteinte d’hypertrichose du menton, est soumise aux rayons X qui. provoquent une atrophie thyroïdienne. Il en résulte, comme conséquences cliniques, dumyxœdème, du rhumatisme chronique déformant, de la neurasthénie, tous syndromes qui cédèrent ultérieurement au traitement thyroïdien.
Si des faits de cette importance sont exceptionnels, il est fréquent de voir, par contre, le traitement thyroïdien produire non pas l’insuf-
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fisance Ihyroïdienne, mais, et ceci d’une façon plus ou moins partielle, le syndrome symétriquement opposé de l’hyperthyroïdie. Nous avons assisté ainsi à la genèse expérimentale de tout le nervosisme. Bien des symptômes, diarrhée, chaleurs, boulimie, par exemple, obtenus par thyroïdisme, étant des phénomènes inverses de la constipation, la frilosité, l’anorexie thyroïdiennes, le thyroïdisme réalise une véritable contre-épreuve, dont la signification est indéniable.
h) L’expérimentation chez les animaux est fort intéressante et importante, mais ne peut isolément résoudre les divers problèmes de l’insuffisance thyroïdienne. M. Gley a obtenu Fanorexie, les troubles intestinaux, l’hypothermie, les troubles trophiques, l’albuminurie, etc.
En réalité, on n’est pas arrivé, par l’ablation de la thyroïde dans sa totalité, à reproduire l’intégralité du syndrome thyroïdien et, pour prendre un exemple, le gonflement myxœdémateux, qui est cependant primordial, n’a pu être reproduit sauf exception. Horsley l’avait réalisé chez le singe. M. Gley l’a récemment obtenu chez le chien et le lapin. Avant ces dernières recherches, eût-il été légitime de soustraire, de l’insuffisance thyroïdienne de l’homme , le symptôme le plus frappant de l’athyréopla-
sie, celui qui a imposé à la maladie son nom, parce qu’il n’avait pu être obtenu chez le chien ou le lapin?' — A un autre point de vue, l’insuffisance thyroïdienne comporte, chez l’homme, des troubles nerveux et psychiques fréquents. Peut-on les réaliser chez l’animal au point de vue d’une étude fructueuse? Ce n’est point vraisemblable. D’autre part, l’importance de la thyroïde ne paraît pas la même suivant les espèces animales. Ou du moins existe-t-il plus communément, chez certains animaux, des thyroïdes aberrantes, suffisantes pour entretenir les fonctions thyroïdiennes; c’est ainsi que, chez le chien, du tissu thyroïdien accessoire existe communément dans le tissu graisseux sus-épicardique (Swarts et Thompson). Ou bien encore, il s’établit plus facilement, chez eux, des actions compensatrices entre glandes endocrines, ce qui explique l’absence de troubles à la suite de la thyroïdectomie.
Quoi qu’il en soit, tout en tirant de l’expérimentation, des renseignements souvent fort précieux, on ne déduira de conclusion, que si les résultats obtenus sont contrôlés dans diverses espèces animales et ne se trouvent pas en contradiction avec les données de la clinique humaine.
L>iTRODl'CTIO>.
IV. — h' anatomie pathologique^ en ce qui concerne la grande insuffisance thyroïdienne, a fourni des résultats inappréciables. Curling, dès 1849, avait noté l’absence du corps thyroïde chez des idiots en état de cachexie. Haie White nota de même que, dans le myxœdème, le corps thyroïde manquait. Récemment Roussy et Clunet ont publié une observation de myxœdème avec une thyroïde du volume d’un grain de blé et à structure embryonnaire, et avec intégrité des parathyroïdes. Pour la petite insuffisance thyroïdienne, malgré' un certain noml)re de résultats obtenus dans l’infantilisme, le rhumatisme, etc., les renseignements sont plutôt d’ordre secondaire, et pour de multiples raisons.
1® Bien des états thyroïdiens sont réalisés, sans qu’il y ait de lésion définitive de la glande thyroïde. La preuve en est dans ce fait que ces états arrivent à disparaître complètement parle traitement thyroïdien.
2^^ Les lésions, observées à l’autopsie, peuvent dépendre d’infections terminales, être agoniques, et ne pas correspondre au processus envisagé pendant la vie. Cet argument n’est pas valable pour les lésions rencontrées sur les tissus thyroïdiens enlevés pendant la vie par un acte opératoire.
n LA PETITE INSUFFISAÎsCE THYROÏDIENNE.
5° Le traitement thyroïdien, appliqué d’une façon prolongée, a pu modifier la structure de la glande, et il est parfois difficile de décider si l’apparence histologique correspond au trouble morbide ou au traitement.
4*^ Les lésions thyroïdiennes sont parfois de lecture difficile. Souvent les lésions d’hyperthyroïdie sont juxtaposées à celles qui ont provoqué l’insuffisance. Il n’est pas toujours facile d’établir un rapport entre les lésions et les symptômes.
5® On ne saurait conclure, de l’existence des lésions de la thyroïde, à l’origine des troubles observés. Car, à côté des lésions de la thyroïde, on trouve fréquemment d’autres altérations endocritiques associées. Et dans ce cas, avant de se prononcer, il faut avoir fait l’examen histologique de l’ensemble des glandes à sécrétion interne, et, pour tout dire, de l’ensemble des tissus et des humeurs. Inversement, de grosses lésions peuvent, en définitive, demeurer muettes, s’il reste suffisamment de la glande thyroïde pour en assurer lé fonctionnement.
La méthode anatomique est donc délicate, expose à des interprétations difficiles et, somme toute, fournit des résultats incertains, lorsqu’on l’applique à l’étude de la petite insuffisance thyroïdienne. Elle s’associe toutefois fort bien
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à rexpérimentation et permet de résoudre certains problèmes d’étiologie.
V. — Une méthode d’investigation plus précise, mais qui ne peut être d’application usuelle, consiste à rechercher la valeur physiologique de la glande, par injection aux animaux. Elle soulève des difficultés d’application et d’interprétation. Pour que sa valeur fût indiscutable, il faudrait qu’on pût se servir de tissu thyroïdien frais, que l’on opérât sur des parties bien définies et, si possible, uniformes de la glande, enfin que les conséquences des injections fussent acceptées sans conteste.
Doit-on tenir surtout compte de l’amaigrissement que peut provoquer la glande normale? C’est cette influence sur le poids corporel que MM. Cliarrin et Bourcet ont recherché, en étudiant la glande thyroïde des débiles. Est-ce son action sur le pouls qu’il faut surtout envisager? Mais, en réalité, les physiologistes ne sont pas d’accord sur l’action du corps thyroïde sur la pression artérielle.
VI. — La chimie peut-elle de son côté renseigner sur le fonctionnement thyroïdien? Il n’est pas douteux qu’elle est susceptible de
LA PETITE INSUFFISANCE THYROÏDIENNE, fournir, elle aussi, des renseignements complémentaires, mais à une double condition.
1*^ La chimie apporte des résultats, ce n’est pas elle seule qui permet de conclure. Car des résultats analogues peuvent être dus à des mécanismes opposés. La diminution de la glande en iode — qui est, en général, proportionnelle à la substance colloïde — peut être l’indice d’une glande atrophiée ou d’une glande hyperplasiée. L’hypothyroïdie iodée que l’on trouve dans le goitre exophtalmique (Oswald, Glea) n’indique pas, d’après nous, une insuffisance de la sécrétion globale du corps thyroïde, mais une diminution de l’excrétion colloïde, par résorption plus intense de l’iode (de Qüervain, Kocher).
Il ne faut pas se contenter de doser dans la glande thyroïde un seul élément, comme l’iode. La recherche du phosphore^ trop négligé en général, est nécessaire. Il y a en effet souvent une alternance entre l’iode et le phosphore dans la thyroïde ( Jolin, Aesracher, Kocher fils) et le goitre exophtalmique, tout en comportant une hypothyroïdie iodée, a, comme formule histochimique, une hyperthyroïdie phosphorée (L. Lévi et H. DE Rothschild).
On le voit donc : ces dernières méthodes,
lîSTRODUCTION.
d’emploi particulièrement délicat, sont, à toul prendre, d’interprétation malaisée. Elles ne peuvent d’ailleurs s’appliquer qu’après la mort.
Aussi au point de vue pratique, et en ce qui concerne l’insuffisance thyroïdienne de l’homme, est-ce aux méthodes de clinique et de thérapeutique, qui permettent le diagnostic et le traitement, qu’on aura de préférence recours.
Toutefois l’on n’oubliera pas qu’il convient d’associer les divers modes d’investigation, pour ne pas attribuer à l’insuffisance thyroïdienne un certain nombre de faits qui n’en relèvent pas, non plus que pour lui soustraire des troubles qu’il est légitime de rattacher à l’insuffisance thyroïdienne de l’homme, la plus importante à considérer pour les médecins.
C’est à l’étude clinique et thérapeutique de la petite insuffisance thyroïdienne que nous consacrerons essentiellement ce travail, après avoir étudié les mécanismes étiologiques, anatomo-pathologiques, chimiques, physiologiques, biologiques qui produisent cette insuffisance. La clinique nous conduira à envisager les divers chapitres de la pathologie par rapport au fonctionnement thyroïdien, et jettera une vive lumière sur certains problèmes de pathologie générale.