I. — Peau des hypothyroïdiens
Chez les hypothyroïdiens :
a) La peau est sèche. Ce caractère est à la fois effet et cause. Car il se trouve, d'une part, en rapport avec l’hypothermie des hypothyroïdiens, et, il atténue, d’autre part, chez eux’ la déperdition dn calorique.
La nature hypo thyroïdienne de la sécheresse de la peau se déduit de toute une série d’arguments. Elle fait partie des symptômes du myxœdème opératoire ou spontané, alors qu’inversement la peau est humide, moite dans la maladie de Basedow.
En outre, en qualité de symptôme thyroïdien, la sécheresse de la peau s’atténue parfois par la médication thyroïdienne, comme le montre le fait suivant.
Une dame de 51 ans, appartenant à une famille thyro-ovarienne, nous consulte pour des obsessions. Elle est extrêmement frileuse des pieds et des mains, met constamment une boule, et aime à se couvrir, dans son lit. Elle a eu des douleurs à la suite de la scarlatine, de la sciatique, a souffert d’urticaire, de lichen, d’acné, etc. La peau est toujours sèche.
Or, sous l’influence du traitement thyroïdien auquel nous avons adjoint les poudres de corps jaune et surrénale, traitement qui a amélioré la
malade dans l’ensemble, elle remarque, au bout de six mois, elle qui n’avait jamais transpiré, qu’elle a actuellement des transpirations (sept. 1911 puis août 1912), même abondantes.
b) La peau est rude, dure, épaisse, troubles qui marchent de pair avec la sécheresse et que la thyroïdothérapie modifie. Ainsi une jeune fille hypothyroïdienne, qui sera citée à nouveau à propos de l’eczéma, avait la peau rugueuse, les mains épaisses c( comme celles d’une cuisinière ». Parmi les bons elîets du traitement, la mère de la jeune fille nous signala que la peau de celle-ci était devenue plus fine, que ses doigts s’étaient effilés.
c) La peau est écailleuse, ichtyosiforme. Ce trouble, qui se rattache parfois à l’hypothyroïdie, se rencontre dans le rhumatisme chronique et est rangé d’habitude parmi les troubles trophiques de cette affection. Or il est susceptible de disparaître par la poudre thyroïdienne. De l’état ichtyosiforme, nons tenons — conformément à la remarque géné raie que nous avons émise dans le préambule — à rapprocher l’entité nosographique, ichtyose, car d’après certains auteurs l’ichtyose se rattacherait, dans quelques cas, à finsuffisance thyroïdienne. C’est ce qu’ont démontré MM. Weill et Mouriquand, s’appuyant sur les recherches de MM. Weill, Riou, Vincent. L’ichtyose, en effet, coïncide parfois avec l’absence de thyroïde, ou avec des lésions thyroïdiennes profondes, histologiquement reconnues. Elle peut se rencontrer chez des myxœdémateux, comme Bourneville l’a signalé dans cinq cas. Elle est susceptible de disparaître par la thyroïdothérapie, soit au cours de myxœdème (Briquet, Weill,
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Mourioüand), soit en dehors de cette affection (Barth). Il est légitime de mettre sur le compte du mauvais fonctionnement de la glande thyroïde le syndrome caractérisé par de l’ichtyose, de la débilité mentale, de la microsphygmie et décrit récemment par M. Variot.
d) La peau chez les hypothyroïdiens est le siège de troubles vaso-moteurs, sous forme de cyanose continue, d’acrocyanose, de livédo, d’engelures, tous phénomènes qui se retrouvent dans le myxœdème et auxquels convient la thyroïdothérapie.
Des troubles précédents on peut rapprocher la maladie de Raynaud, bien que sa pathogénie paraisse dépasser la glande thyroïde, même si l’on n’envisage, à ce point de vue, que les glandes endocrines. En effet, dans sa production intervient vraisemblablement l’hyperadrénalémie. Nous avons rapporté un cas de maladie de Raynaud très ancien (28 années) mais limité, qui a tiré un grand bénéfice de la médication thyroïdienne. Ayant étudié, à propos de ce cas, les rapports de la maladie de Raynaud et du fonctionnement de la thyroïde, nous avons conclu que la maladie de Raynaud évolue sur un fond d’hypothyroïdie, mais qu’elle tire son caractère original de réactions d’hyperthyroïdie, qui se produisent consécutivement à l’hypothyroïdie. 11 s’établirait concomitamment une hyperactivité paroxystique de la surrénale, qui déterminerait par hyperadrénalémie le spasme vasculaire.
e) Des troubles vaso-sécrétoires s’observent également dans l’insulfisance thyroïdienne.
Nous avons déjà parlé de la sécheresse de la
peau des hypothyroïdiens. Parfois des transpirations froides se rencontrent chez les sujets à peau sèche et froide ; elles siègent de préférence aux pieds, aux mains, aux aisselles.
D’autres troubles de sécrétion sont à mentionner ici, bien qu’ils se produisent également dans le tissu cellulaire sous-cutané. Nous voulons parler des œdèmes, que l’étude analytique permet de ranger en diverses catégories :
1° Œdèmes chroniques, parmi lesquels le myxœdème remplit une place à part. Le myxœdème correspond en effet à un état mucinoïde de la peau. C’est un œdème dur, élastique, résistant à la pression du doigt. Il est fréquemment marqué au niveau des paupières qui sont tuméfiées, saillantes, translucides, à surface ridée (Ord). L’infiltration n’est pas limitée, elle peut s’étendre à toutes les parties du corps qu’elle déforme en les envahissant. Le myxœdème, observé d’abord comme lésion, a paru si important qu’Ord conféra ce nom à la maladie qui le produit. Le myxŒ‘dème considéré à titre de lésion est essentiellement thyroïdien. Car il disparaît par la thyroïdothérapie, d’une façon complète et souvent rapide. Par contre, il a une tendance à réapparaître, après cessation du traitement, et parfois il se développe totalement. Expérimentalement on l’a reproduit chez divers animaux](singe, lapin). Et même chez l’homme, l’ablation complète du corps thyroïde l’a déterminé, comme dans le cas de Lancereaux. •
2° Œdèmes subaigus, tels qu’on les rencontre au cours du rhumatisme chronique par exemple. Ce sont encore des œdèmes durs, indolents, de
EXPOSÉ CLINIQUE
consistance élastique, ne suivant pas les lois de la pesanteur et évoquant l’idée du myxœdème. Ces œdèmes cèdent, et parfois très rapidement à la thyroïdothérapie. Il faut en rapprocher les œdèmes durs de la jambe, donnant au membre l’aspect de jambe en colonne (Hertoghe) qu’on note dans l’hypothyroïdie et l’infantilisme.
5° OEdèmes aigus, transitoires. Ils sont, de même que les œdèmes indiqués précédemment indolents, ne laissent pas de godet à la pression du doigt, ne suivent pas les lois de la pesanteur, sont sujets à la récidive. La peau qui recouvre l’œdème est soit pâle, soit plus ou moins érythrique. Ces œdèmes se manifestent au niveau de la face, où ils peuvent simuler une fluxion dentaire, au niveau de l’œil où ils forment comme une poche d’eau, au niveau du front, des pieds, etc. Ils se localisent parfois profondément sur les cordes vocales, ou déterminent l’obstruction des fosses nasales.
L’origine thyroïdienne de ces œdèmes se justifie par un certain nombre de caractères :
Ils ne dépendent pas d’affections cardiaques, rénales ou cachectiques ;
2° Ils coexistent avec des symptômes connus de dysthyroïdie ;
5° Ils apparaissent au cours de paroxysmes de dysthyroïdie ;
4° Ils alternent avec certains symptômes dysthyroïdiens ;
5° Ils sont susceptibles de céder au traitement thyroïdien, comme nous en avons rapporté divers exemples.
Mais il convient, au point de vue thérapeutique,
de distinguer deux variétés d’œdème thyroïdien aigu.
a) Un œdème hypothyroïdien, par troubles sécrétoires passifs, survenant, par exemple, au moment des menstrues, recouvert d’une peau pâle.
b) Un œdème hyperthyroïdien, par troubles sécrétoires actifs, recouvert d’une peau érythrique, chaude.
Dans l’œdème hypothyroïdien l’effet du traitement sera rapide ; dans l’œdème hyperthyroïdien, il pourra être long à se produire.
Parfois, chez un même sujet, les deux variétés coïncident et c’est même la différence dans les résultats produits par la médication qui nous a mis d’abord sur la voie de la distinction que nous proposons. Le cas auquel nous faisons allusion concernait une asthmatique, qui tous les mois présentait, au moment des menstrues, un œdème pâle, indolent de la face interne des cuisses, et qui, depuis quelques mois, était prise tous les jours, dans le courant de l’après-midi, d’un gonflement de la joue gauche avec rougeur et chaleur. Le traitement thyroïdien qui guérit la malade, fît disparaître d’emblée l’œdème menstruel. Ce n’est, au contraire, qu’après un temps prolongé, que l’œdème aigu du visage cessa de se reproduire.
De l’œdème aigu qui peut être, ainsi que nous venons de le montrer, fonction d’insuffisance thyroïdienne, les auteurs rapprochent l’urticaire, trouble cutané qui se rattache également à l’hypothyroïdie et auquel nous allons consacrer quelques lignes.
Urticaire. — Depuis longtemps, notre attention
EXPOSÉ CLINIQUE
avait été attirée sur la fréquence de l’urticaire chez les hypo thyroïdiens. Sans chercher systématiquement cette dermatose, nous l’avions relevée dix fois déjà dans nos premières observations. En 1906, nous rapportions un premier cas d’urticaire ancienne, chez une jeune femme atteinte d’aménorrhée et présentant de l’inégalité de son corps thyroïde. Le traitement thyroïdien eut une action immédiate sur les menstrues, rétablit la morphologie de la glande, et fit disparaître l’urticaire.
A la suite de nos recherches, les rapports de l’urticaire chronique et de l’insuffisance thyroïdienne ont été nettement posés par Ravitch.
Les cas, dans lesquels nous avons vu la médication thyroïdienne améliorer l’urticaire, sont nombreux. Dans notre seul travail sur la migraine thyroïdienne de l’enfance, nous relevions 1 migraineux atteints d’urticaire, et, chez chacun de ces sujets, la thyroïdothérapie fit disparaître la maladie cutanée. Nous remarquions en 1906 que l’urticaire représente la localisation cutanée d’une auto-intoxication, de même que la migraine (souvent thyroïdienne) en réalise une localisation nerveuse.
Ajoutons que pour M. Jacquet, l’urticaire est souvent une lésion factice, et que le point de départ du processus est le prurit. Or Hertoghe a signalé, chez les enfants hypothyroïdiens, des lésions de grattage et une forme de psoriasis sec. Nous avons obtenu, dans cette forme morbide, d’excellents résultats par la thyroïdothérapie.
f) Derniers caractères. Au cours de l’hypothyroïdie, la peau présente parfois une pigmentation plus ou moins localisée ou diffuse. Bien que le
traitement thyroïdien puisse parfois agir, dans une certaine mesure, contre la pigmentation, nous pensons que celle-ci est due à des troubles extra-thyroïdiens. Elle se rattache parfois à la cholémie, à l’insuffisance surrénalienne, à une dysfonction sympathique, et les succès du traitement thyroïdien ne sont réalisés souvent que par une action hormonique sur le foie, la surrénale ou le sympathique.
L’intervention d’un autre facteur, la glande surrénale, par exemple, dans la pigmentation, explique que celle-ci se rencontre dans le myxœdéme aussi bien que dans le syndrome de Basedow.
Enfin, nous avons été frappés, dans quelques cas d’hypothyroïdie, de l’aspect ridé de la peau, au niveau du front particulièrement. Et nous opposons cette apparence à l’état lisse de la peau qu’on trouve dans la maladie de Basedow et dans notre syndrome de juvénilité persistante,
En résumé, les hypothyroïdiens sont susceptibles d’avoir la peau modifiée dans son aspect et son fonctionnement, ces troubles sont très voisins des dermatoses, et l’on est tout naturellement conduit de la peau ichtyosiforme à l’entité ichtyose, des troubles cyaniques à la maladie de Raynaud, des œdèmes à l’urticaire.
D’autres maladies de la peau doivent être envisagées dans leurs rapports avec l’insuffisance thytoïdienne.
EXPOSÉ CLINIQUE
Les dermatoses que nous allons avoir en vue ici ne se rattachent pas d’une façon aussi directe que les précédentes à l’insuffisance thyroïdienne. Des perturbations d’autres organes, foie, reins, intestins, des humeurs, du système nerveux, servent quelquefois d’intermédiaires entre l’hypothyroïdie et « la maladie de peau ». Mais ce qui autorise à ranger dans l’hyothyroïdie certains eczémas, certains psoriasis, certaines acnés, etc., ce sont les raisons suivantes.
Ces accidents cutanés s’observent chez des sujets thyroïd'ens ; ils alternent ou coïncident avec d’autres syndromes thyroïdiens ; ils obéissent à certaines conditions (menstrues p. e.) qui régissent les troubles thyroïdiens ; ils s’atténuent ou disparaissent par la médication thyroïdienne. Mais s’il existe, de par ces caractères, des dermatoses en rapport avec l’insuffisance thyroïdienne, l’on n’a pas le droit de généraliser cette notion. La possibilité d’un eCzéma, d’un psoriasis, etc., thyroïdiens, ne saurait en effet impliquer que tout eczéma, tout psoriasis soient thyroïdiens.
Les affections cutanées ne sont, en réalité, que des réactions au niveau de la peau, des signatures cutanées d’états généralement différents, parfois complexes. L’insuffisance thyroïdienne peut produire ces réactions. Mais elle n’est pas seule à les produire. Il n’en est pas moins intéressant de dégager les dermatoses susceptibles de se rattacher
à l’hypothyroïdie, car il découle pour elles la sanction bienfaisante de la thyroïdothérapie. Nous envisagerons successivement: l’acné, l’herpès, l’eczéma, le psoriasis, la sclérodermie.
Acné. — Nous avons rapporté six cas d’acné qui ont bénéficié du traitement thyroïdien. Le cas le plus frappant concerne un sujet de 48 ans arthritique, rhumatisant, souffrant de l’estomac et du refroidissement des extrémités. L’acné remontait à plus de 20 ans en arrière. Elle s’était manifestée, alors que le sujet n’avait que 15 à 16 ans, par des poussées subintrantes qui n’avaient jamais cessé de se produire depuis lors. L’acné siégeait au niveau des membres supérieurs, du tronc, du visage, du front, des pommettes. Le nez était devenu volumineux, montrant des dilatations vasculaires avec pustulettes acnéiques. Sous l’influence du froid aux pieds, d’excès alimentaires, de l’action du rasoir, il se produisait de nouvelles poussées d’acné.
Le traitement thyroïdien appliqué à la dose de 0s*’,10 améliore l’état général et atténue Tacné d’une façon étonnante. Elle est déjà moins apparente après l’ingestion de 50 cachets. Ldtérieurement, le nez est moins turgescent. Les poussées, qui se produisent encore au front et à la joue droite, sont plus légères. Puis le sujet peut se raser sans déterminer de nouvelles poussées. Sa figure est moins rouge, moins boursouflée, moins bouffie, son nez s’amincit. Finalement il ne se rappelle pas avoir été si bien depuis le début de son affection. Et de fait, il n’a plus de poussées nouvelles. Le front porte seulement les traces de l’acné ancienne. Le nez est
EXPOSÉ CLLMQUE.
moins rouge, moins vascularisé, moins volumineux.
Simultanément, le refroidissement des extrémités, les troubles stomacaux se sont atténués, l’état général est devenu meilleur.
Ces dernières constatations sont très importantes, car c’est à la faveur de l’amélioration de l’état général que le traitement thyroïdien agit contre l’acné ; et de même, c’est en infériorisant l’état général que l’insuffisance thyroïdienne contribue à l’apparition de l’acné. Les mécanismes que l’on peut supposer intervenir dans la production de l’acné, du fait de l’hypothyroïdie, sont : la diminution de la défense de l’organisme contre les auto-infections, puis les troubles stomacaux, le refroidissement des extrémités, qui facilitent les poussées congestives à la peau. Par contre, le traitement thyroïdien, en régularisant les fonctions stomacales, en rétablissant l’équilibre thermique et vaso-moteur, en relevant les processus de défense de l’organisme, combat la folliculite et la périfolliculite suppurées d’où résulte finalement l’acné.
Dans nos autres observations (5 femmes, 2 hommes), on rencontre les mêmes symptômes généraux ou d’autres analogues (constipation, diarrhée, troubles menstruels, neuro-arthritisme), et c’est, en les faisant disparaître, que le traitement thyroïdien agit en partie contre l’acné. En résumé, l’autoinfection, qui se localise au niveau des poils ou dans leur voisinage, est facilitée par un trouble de circulation, d’auto-intoxication intestinale, de fonction digestive, le tout dépendant en partie de l’état de nutrition, que commande la glande thyroïde en général. Mais une autre glande endocrine.
telle que Fovaire, peut prendre sa part à l’apparition de ces divers troubles. Et de fait, Landau a préconisé l’emploi du traitement ovarien dans l’acné rosacée et les comédons.
Herpès. - — L’herpès, surtout l’herpès à répétition, se développe chez des sujets à terrain particulier. L’herpétisme, l’arthritisme sont communément invoqués comme favorisant le développement de l’herpès. Or, ces états constitutionnels se confondent par bien des points avec l’hypothyroïdie, et, en ce qui concerne les manifestations de l’herpès, nous avons noté fréquemment des exemples d’herpès récidivant chez les hypothyroïdiens. Ce qui permet de rattacher plus étroitement l’herpès à l’insuffisance thyroïdienne, ce sont les effets favorables du traitement thyroïdien, contre cette manifestation cutanéo-muqueuse. Nous allons l’exposer dans deux exemples, l’uu encore inédit, d’herpès récidivant de la verge, l’autre d’herpès de la gorge (angine herpétique).
L’herpès récidivant de la verge s’était produit chez un sujet de 24 ans, atteint, à l’âge de 15 ans, d’un retard de croissance, traité avec succès parle corps thyroïde. Il nous avait consulté à la fois pour des obsessions et des phobies, et pour un herpès génital remontant à un an et survenant après chaque coït. Il est mis en traitement en décembre 1910. En janvier 1911, des rapports sexuels sont suivis d’une ébauche d’herpès (chatouillement, une petite vésicule) qui avorte. En février, retour d’une poussée d’herpès, mais qui ne dure qu’une journée et se termine sans suppuration. Très petites poussées en mars, qui guérissent plus rapidement
EXPOSÉ CLLMQUE.
qil’aiitrefois. Depuis la fin mars, l’herpès ne réapparaît plus jusqu’à mi-juillet 1912, où une attaque très bénigne disparaît sans traitement local.
Quant au cas d'angine herpétique à répétition, le voici résumé. Enfant de 4 ans et demi, à développement difficile, lent dans ses mouvements, flasque, paresseux, ne jouant pas, ne comprenant pas bien. Mains glacées, même en été. Obésité. Incontinence d’urine. Rhumes faciles avec toux rauque. Constipation. Appétit capricieux. Colères. Transpirations répétées.
Depuis avril 1905 jusqu’en octobre, c’est-à-dire pendant sept mois consécutifs, l’enfant a présenté chaque mois, vers le 25, des vomissements, de la fièvre (jusqu’à 40^ et au-dessus), du délire, de l’angine avec vésicules d’herpès.
Soumis au traitement thyroïdien qui est suivi d’octobre en janvier, il passe les mois de novembre, décembre, janvier, février, mars, sans angine herpétique.
Au mois de janvier il avait cessé le traitement et avait été atteint de rougeole et de variole. En avril, il est repris d’une angine herpétique, mais avec phénomènes concomitants atténués.
La médication avait été recommencée quelques jours auparavant. Elle est continuée et l’enfant ne présente plus, pendant les trois années qui ont suivi, le moindre herpès de la gorge.
En même temps il a été complètement transformé, comme état général, à tous les points de vue.
Eczéma. — L’eczéma peut se rattacher à l’insuffisance thyroïdienne, d’aprèsles arguments suivants:
a) x\ la suite de la thyroïdectomie chez les ani-
iSi
maux, l’eczéma séborrhéique s’est trouvé réalisé.
b) Cette forme morbide se rencontre également chez les myxœdémateux.
c) Nombreuses sont les observations d’amélioration de l’eczéma séborrhéique (Moussons) ou vésiculeux, par le corps thyroïde; et aussi bien chez le nourrisson (Eason), chez l’enfant (Rocaz), chez l’adulte ou le vieillard. Parmi les premières recherches publiées, il faut citer celles de Parhon et Papinian, Parhon et Urechie, Marbé, Nicolau.
Nous nous contenterons de rappeler quelques observations personnelles.
Une jeune fille de 17 ans, — celle même dont la peau rugueuse s’était affinée par la thyroïdothérapie, — qui réunissait de nombreux symptômes d’hypothyroïdie, était atteinte en outre de diarrhée chronique et d’un eczéma localisé d’abord aux membres inférieurs, et ayant duré huit ans environ. Depuis trois ans la main droite, le poignet et les doigts étaient le siège d’un eczéma rebelle, caractérisé par une infiltration profonde, de la rougeur et des démangeaisons.
Sous l’influence du traitement thyroïdien, les démangeaisons s’amendèrent d’abord, puis la rougeur, puis l’infiltration. Onze mois après le début du traitement, la dermatose avait disparu définitivement.
Un garçon de 15ans,dont le développement était retardé et que le traitement a transformé (p. 204), était atteint, depuis l’âge de 7 ans, d’eczéma localisé surtout au niveau du poignet et que des pommades ne faisaient pas disparaître, en a été complètement guéri après une année de médication
thyroïdienne. Des poussées ultérieures, au niveau de la hanche, disparurent en quelques jours.
Nous venons donc d’apporter les raisons de rattacher l’eczéma à l’insuffisance thyroïdienne.
Mais ce trouble cutané ne dépend qu’indirectement de l’hypothyroïdie.
Dans notre première observation, dans laquelle nous avions examiné de très près les rapports de l’eczéma et de l’insu ffisance thyroïdienne, nous avons conclu que cette dermatose n’était qu’une réaction cutanée étroitement liée, dans notre cas, à la diarrhée du sujet et que cette diarrhée prenait ici la valeur d’un phénomène d’hyperthyroïdie réactionnelle. Le traitement thyroïdien, en réglant le corps thyroïde, et simultanément l’intestin, exerçait alors une action sur le fonctionnement troublé de la peau.
Psoriasis. — De nombreux arguments autorisent à incriminer l’insuffisance thyroïdienne dans l’apparition du psoriasis.
1° Cette dermatose évolue fréquemment chez des sujets offrant les petits symptômes de l’insuffisance thyroïdienne;
2° Elle coïncide avec d’autres syndromes (rhumatisme chronique, migraine, asthme, rétraction de l’aponévrose palmaire, etc.) qui ont des rapports avec l’insuffisance thyroïdienne ;
Ty Elle disparaît parfois par la grossesse, au même titre que d’autres accidents thyroïdiens et par un mécanisme d’autothérapie thyroïdienne;
4° Elle se modifie, dans un certain nombre de cas, par la thyroïdothérapie. De nombreux auteurs en ont fourni des exemples (Byrom-Bramwell,
ISO
Petrini, Hertoghe, etc.). ]\I. Brocq préconise le traitement thyroïdien dans le psoriasis arthropathiqne. Mais les effets de la médication thyroïdienne dans le psoriasis n’ont pas été constants. A côté de succès, on a noté des résultats indifférents et même défavorables.
Ayant soumis un grand nombre de psoriasiques thyroïdiens à la poudre de thyroïde, nous pensons avoir pu dégager la raison de ces différences. Nous estimons que le psoriasis thyroïdien (et il en est ainsi des différents syndromes thyroïdiens) peut se répartir en deux variétés.
a) Le psoriasis hypothyroïdien, survenant chez des sujets surtout hypothyroïdiens eux-mêmes, et dont la peau offre les caractères de la peau hypothyroïdienne : elle est froide, sèche, rugueuse et supporte les pommades, même énergiques. Dans cette variété, le traitement thyroïdien doit être manié à doses moyennes : 0,10 à 0,20 centigr. par jour.
b) Le psoriasis hyperthyroïdien survenant chez des sujets surtout hyperthyroïdiens, présentant une peau congestive, prurigineuse, supportant mal les pommades. Dans cette variété, le traitement thyroïdien à doses un peu fortes, peut exacerber le psoriasis, provoquer même des poussées. Il faut s’en tenir à 0,005 milligr. de poudre par jour.
Entre ces deux formes extrêmes, s’interpose toute une série de cas intermédiaires qu’il est nécessaire d’approfondir, pour utiliser un traitement judicieux et méthodique.
C’est pour avoir observé, chez des sujets d’abord améliorés par le traitement thyroïdien, des pous-
EXPOSÉ GLÏMQUE.
sées qu’il était légitime de rapporter à des doses de thyroïde augmentées ou trop longtemps prolongées, que nous avons été mis sur la voie de cette distinction. Aussi nous nous sommes appliqués à bien proportionner les quantités de poudre de thyroïde à chaque cas individuel.
Dans ces conditions, nous avons vu maints cas de psoriasis, dont plusieurs étaient associés au rhumatisme, subir une atténuation notable, pouvant même être parfois considérée comme une guérison.
Les résultats obtenus portent sur la lésion et sur la maladie.
En ce qui concerne la lésion, l’amélioration se produit quelquefois dès les premiers cachets, puis continue à s’établir pendant le traitement, qui doit durer, en général, dans les formes chroniques, des semaines et des mois. Lorsque le psoriasis est arrêté dans son évolution^ le traitement thyroïdien produit les modifications suivantes : les squames diminuent d’épaisseur, les démangeaisons — s’il en existe — s’atténuent, la teinte vive de la plaque s’affaiblit, l’infiltration diminue, la partie centrale reprend son aspect normal, le cercle qui l’entoure se rétrécit de plus en plus. Les grands placards se subdivisent en une série de cercles, avec peau centrale tout d’abord modifiée.
Lors de poussées récentes, le traitement thyroïdien n’agit pas toujours d’emblée. Parfois la poussée continue. Mais elle est souvent raccourcie, par rapport aux crises précédentes.
Une crise terminée, le sujet n’est pas nécessaire-
ment à l’abri de crises nouvelles, surtout s’il abandonne trop vite le traitement. Mais, en général, les poussées sont de moins en moins fréquentes, elles sont de moins en moins durables et intenses, etl’intervalle, après la dernière crise, peutdevenir si long qu’il est permis de parler de guérison clinique.
Tels sont les résultats de la thyroïdothérapie sur le psoriasis envisagé en tant que lésion et maladie, et qui seront d’autant plus favorables qu’on aura bien choisi la dose à employer. Toutefois, aux doses que nous ne dépassons pas (0,50 centigr. de poudre par jour), il est certains psoriasis, chez des thyroïdiens, qui semblent réfractaires à la médication. Toutefois, même dans ces cas, le traitement utilisé pendant de très longs mois, finit pardonner satisfaction. C’est ce que nous avons vu chez une rhumatisante chronique, albuminurique, atteinte depuis cinq ans d’un psoriasis rebelle. C’est seulement au bout d’un an de traitement que des modifications favorables ont commencé à se produire. Néanmoins il est incontestable que certains psoriaris ne sont pas influencés par la thyroïdothérapie. Cette dermatose n’est en réalité qu’un syndrome, dont les mécanismes de production sont multiples, mais qui comporte fréquemment, parmi ces mécanismes, l’insuffisance thyroïdienne.
Sclérodermie. — Cette affection présente des relations avec les glandes à sécrétion interne, si l’on en juge par son association possible avec la maladie de Parkinson, la tétanie, l’acromégalie, le rhumatisme chronique, la maladie de Dercum.
En ce qui concerne la glande thyroïde, on peut
EXPOSÉ CLIMQUE. 189
faire valoir, comme arguments en faveur des rapports de la sclérodermie et de l’insuffisance thyroïdienne :
a) La coexistence de la sclérodermie et des états thyroïdiens.
b) Les lésions de la glande thyroïde au cours de la sclérodermie.
c) Les résultats de l’opothérapie thyroïdienne dans la sclérodermie.
à) La sclérodermie, parfois accompagnée d’une atrophie thyroïdienne, se rencontre non seulement au cours de l’insuffisance thyroïdienne, mais dans le goitre simple, et aussi dans le goitre exophtalmique. Mais nous pensons que, dans ce dernier cas, maladie deBasedow et sclérodermie évoluent parfois sur le terrain commun de l’hypothyroïdie, ce qui explique l’emploi heureux de la thyroïdothérapie dans la sclérodermie liée à la maladie de Basedow. Souvent d’ailleurs le goitre exophtalmique est, d’après les observations de cet ordre qui ont été publiées, fruste ou basedovsdfié.
b) Dans un cas de Pauchet, la sclérodermie a été consécutive à une thyroïdectomie pour goitre exophtalmique.
A l’autopsie de sujets sclérodermiques, l’atrophie du corps thyroïde a été relevée dans un certain nombre de cas. Il était en même temps sclérosé, et atteint par places, dans l’observation de Singer, d'infiltration calcaire.
c) Le traitement thyroïdien a fourni des résultats favorables dans une série d’observations de sclérodermie, et même dans deux cas où elle était associée à la maladie de Basedow.
Sur neuf cas personnels de sclérodermie soumis à la thyroïdolhérapie, nous avons enregistré cinq succès. Ils se répartissent en sclérodermie diffuse (deux cas), en sclérodermie en plaques, morphée, sclérodermie avec sclérodactylie prédominante.
De toutes façons, pour obtenir une amélioration ou surtout une guérison, il convient d’appliquer à cette dermatose un traitementprolongé. Parfois aux troubles thyroïdiens s’associent des perturbations d’autres glandes endocrines (surrénales, hypophyse) qui nécessitent l’adjonction au traitement thyroïdien d’autres opothérapies associées.
Voilà donc, esquissés à grands traits, les rapports qui unissent les affections de la peau et la glande thyroïde.
Si l’on reprend d’ensemble le mode d’action du corps thyroïde sur la peau, on est amené à faire intervenir tout d’abord des mécanismes généraux.
P Le corps thyroïde tient sous sa dépendance la peau, comme l’ensemble des tissus, par son action sur le système nerveux, et d’une façon plus détaillée, sur la vaso-motricité, sur la vaso-sécrétion, sur les nerfs sensibles. Les perturbations de ces systèmes se retrouvent dans toute dermatose; et les troubles de chacune des diverses fonctions, lorsqu’ils s’exagèrent et se spécialisent, donnent lieu à une affection déterminée : asphyxie des extrémités, œdème, prurit, urticaire, etc.
2° Le corps thyroïde manifeste encore son influence sur l’ensemble des humeurs, dont il maintient l’équilibre, par l’intermédiaire du foie, des reins, des autres glandes endocrines, etc. L’insuf-
fîsance thyroïdienne entraîne le mauvais fonctionnement de ces divers organes, et conséquemment des troubles dyscrasiques, dont la dermatose devient la conséquence apparente.
5*^ Dernier mécanisme, qui spécifie davantage le rôle que joue le corps thyroïde dans le fonctionnement normal ou pathologique de la peau. Il prend ■part au métabolisme du soufre et de l’iode, ce qui nous a fait admettre, d’après la richesse de ces substances dans la peau, les poils, et la thyroïde, un appareil tricho-dermo-thyroïdien.
Envisageons maintenant l’influence de l’hypothyroïdie sur les tissus sous-cutanés.
Tissus sous-cutanés.
Pseudo-lipomes.
Rétraction de V aponévrose palmaire.
On rencontre, dans le myxœdème, des masses arrondies, mollasses, qui siègent au niveau des creux sus-claviculaires et sont susceptibles de disparaître par le traitement thyroïdien. 11 s’agit de pseudo-lipomes. Ces productions sont intéressantes à envisager, car elles se rapprochent beaucoup de celles qui se rencontrent chez les arthritiques, mais qui chez eux sont douloureuses. Le rapprochement doit se faire à un double point de vue. Tout d’abord, on peut voir les pseudo-lipomes arthritiques diminuer et cesser d’être douloureux sous l’influence du traitement thyroïdien. En second lieu, la communauté de ce symptôme dans le myxœdème et
l'arthritisme peut servir d’argument à la thèse de l’arthritisme thyroïdien. A un autre point de vue, M. Mathieu a établi un lien entre les œdèmes et les pseudo-lipomes de l’arthritisme. Un même lien rattache les œdèmes et les pseudo-lipomes thyroïdiens, et, dans ce dernier cas, la preuve est donnée par l’efficacité de la thyroïdothérapie.
Les pseudo-lipomes sont un terme de transition entre les œdèmes à proprement parler et une affection qui passe par le stade d’œdème, puis d’obésité, la maladie de Dercum, qui affecte des rapports avec les perturbations des glandes endocrines (hypophyse, thyroïde, testicules), mais dans l’évolution de laquelle se produisent des troubles nerveux, allant jusqu’à la névrite interstitielle des fibres nerveuses périphériques. Le traitement opothérapique thyroïdien ou hypophysaire a rarement fourni une amélioration de cette affection.
Le trophœdème chronique, qu’Hertoghe a rapporté à la dysthyroïdie, ne se modifie pas par l’opothérapie. L’hypothyroïdisrne, à lui seul, n’est pas capable d’expliquer les localisations segmentaires de cette affection.
L’action thérapeutique du corps thyroïde est plus évidente dans une affection sclérosante des tissus sous-dermiques : la rétraction de l’aponévrose palmaire. Nous avons rapporté récemment cinq cas de rétraction de l’aponévrose palmaire, améliorés par la thyroïdothérapie. Les résultats ont porté sur le fonctionnement de la main, sur la morphologie de la main, sur l’état anatomique des tissus, il y eut à la fois aplatissement des tissus
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scléreux, assouplissement des parties molles. La rapidité de l’amélioration, sa continuité, l’elTet transformateur de la médication permettent de rattacher la rétraction de l’aponévrose palmaire à l’insuffisance thyroïdienne, et ceci d’autant plus que les sujets envisagés présentaient d’autres troubles thyroïdiens, qui ont simultanément bénéficié de la thyroïdothérapie.
Les résultats de la médication thyroïdienne dans la rétraction de l’aponévrose palmaire, rapprochés de ceux qu’elle exerce contre certaines sclérodermies et contre certains rhumatismes chroniques, mettent en évidence l’action antisclérosante du traitement thyroïdien. On est en droit de le tenter contre les scléroses viscérales.