ÉVOLUTION
changer d’orientation, évoluer clans le sens de V hyperthyroïdie, aboutir par une série d’oscillations du fonctionnement thyroïdien, à l’état d’instabilité thyroïdienne. M. Sardou a consacré un mémoire confirmatif de nos travaux à l’étude de ces formes. En réalité, l’insuffisance thyroïdienne, lorsqu’elle est influencée par le traitement thyroïdien, peut évoluer vers la guérison. Elle n’en persiste pas moins à l’état latent et est susceptible de réapparaître après la cessation de la médication, ou lorsqu’une cause provocatrice : froid, surmenage, intoxication, infection, émotion, survient à nouveau.
L’insuffisance thyroïdienne est capable aussi de manifester ses effets sur des régions différentes de l’organisme, en vertu de conditions surajoutées, qu’elles soient momentanées ou définitives, qu’elles soient héréditaires ou acquises. On comprend ainsi les variations de la symptomatologie, les transformations des aspects thyroïdiens.
L’évolution de l’insuffisance thyroïdienne est en général de longue durée, mais ses manifestations apparaissent parfois d’une façon transitoire, à la suite de fièvres, ou bien sont paroxystiques, sous l’influence d’émotions, ou périodiques, aux époques menstruelles, par exemple. Parmi les états auxquels aboutit l’insuffisance thyroïdienne, en dehors du myxœdème et delà maladie de Basedow, il faut mettre en relief : l’artério-sclérose et la sénilité précoce.
a) L’existence d’athérome des gros vaisseaux, aorte et tronc brachio-céphalique chez une myxœdémateuse de 15 ans (Jeandelize et Haushalter),
LA PETITE lASlFElSANCE THYROÏDIENNE.
la présence de lésions d’artério-sclérose chez une chèvre éthyroïdée (Pineles) montrent Tinfluence de l’insuffisance thyroïdienne sur les altérations des artères. La fréquence de l’artério-sclérose, au cours de l’arthritisme, qui est souvent thyroïdien, justifie cette conception. Enfin, MM. Lancereaux Paulesco et Gauthier ont obtenu des résultats encourageants, que nous-mêmes avons vérifiés, par le traitement thyroïdien, dans l’artério-sclérose. Huchard accepte que le corps thyroïde, employé à petites doses, peut être utile aux phases de début de l’artério-sclérose.
b) Nous avons montré la part qui revient à l’insuffisance thyroïdienne, dans la sénilité précoce. Bien des symptômes sont communs au myxœdème et à la sénilité, comme nous l’avons indiqué plus haut, et sont susceptibles de se modifier par le traitement thyroïdien. En outre, la plupart des phénomènes inverses existent dans la maladie de Basedow, qui réalise le syndrome que nous avons appelé de juvénilité persistante, et peuvent être provoqués par la médication, lorsqu’elle est mal supportée. Ces signes de sénilité répondent donc à la règle qu’il convient d’appliquer, pour classer un complexus morbide dans la série de l’insuffisance thyroïdienne, et méritent d’être englobés dans ce complexus physiopathologique.
DIAGiNOSTlC DE L’IiASÜFFJSAiNCE THYROÏDIENNE
Le diagnostic de l’insuffisance thyroïdienne a une grande importance, puisqu’il conduit à une thérapeutique pathogénique efficace. C’est dans des conditions différentes qu’il y a lieu de l’établir:
1*^ Un sujet vient se plaindre d’un syndrome du iK'uro-arthritisme (migraine, asthme, rhumatisme chronique, etc.), qui évolue d’une façon paroxystique, sur un fond d’insuffisance thyroïdienne ;
"2"' Il souffre d’un symptôme de la série hypothyroïdienne : constipation, œdème, frilosité, fatigue, céphalée, etc.) ;
5” Ou de la série hyper thyroïdienne : battements de cœur, tremblement, vertiges, nervosisme ;
4® 11 demande la guérison d’un goitre ;
C’est le médecin qui est frappé d’un arrêt de développement chez un enfant ou un adolescent ;
<)'* Une mère qui se préoccupe de l’absence des règles chez sa fille.
Dans tous ces cas, on recherchera l’insuffisance thyroïdienne.
70 Parfois, c’est en accompagnant son enfant
hypolhyroïdien, qu’une mère sera soumise à un examen approfondi.
La recherche sera poursuivie, d’autre part, d’une façon systématique :
8® Au cours de toxi-infections, par exemple ;
9“ De syndromes endocritiques complexes;
10® D’une façon générale, pour préciser le tempérament du sujet.
Pour reconnaître l’insuffisance thyroïdienne, il y aura lieu de chercher Vensemble des signes habituels qui font reconnaître le fonctionnement insuffisant de la glande. Un seul signe ne saurait jamais suffire, pour conclure, même chez un hypothyroïdien, à l’hypothyroïdie. Même s’il se rattache à la dysthyroïdie, il peut être dû à l’hyperthyroïdie, par un mécanisme symétriquement opposé.
Déjà, à Vaspect extérieur du malade, on sera frappé de certains caractères qui serviront à orienter le diagnostic. La taille du sujet, l’état d’embonpoint de son corps, l’apparence de son système pileux, certains gonflements, seront déjà des indices faciles à constater et manifestant, dans une certaine mesure, la sous-fonction thyroïdienne. L'examen plus détaillé du sujet portant sur la chaleur animale, le fonctionnement de l’intestin, l’existence de céphalée, de douleurs, de fatigue matutinale, conduira à préciser encore le diagnostic. L'état de la glande thyroïde renseignera, en outre, surtout si l’organe est atrophié.
En présence d’un symptôme un peu particulier, mais soupçonné thyroïdien, c’est toujours à tous les autres symptômes de la série qu’on fera appel avant de poser une conclusion. Certains caractères
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étiologiques, l’influence du froid, des menstrues, du matin, sur l’apparition de quelques symptômes, aura une certaine valeur, au point de vue du diagnostic de l’hypothyroïdie.
Le thyroïdisme reconnu, il y aura quelquefois à rechercher si tel symptôme ou tel syndrome thyroïdien se rattache à l’hypo ou à l’hyperthyroïdie Les œdèmes, par exemple, peuvent être dus à l’hypo ou à l’hyperthyroïdie. Dans le premier cas, on s’appuiera sur les phéhomènes de vaso-dilatation passive, alors que dans l’hyperthyroïdie, les phénomènes vaso-moteurs auront l’allure d’une vasodilatation aiguë. De même un psoriasis, évoluant sur une peau sèche, froide, peu congestive, peu sensible aux pommades, sera hypothyroïdien, alors qu’un psoriasis développé sur une peau prurigineuse, ne supportant pas les pommades, congestive, sera hyperthyroïdien . Cette distinction prend une sérieuse importance pratique, car les symptômes hypothyroïdiens guérissent infiniment plus vite que les syndromes hyperthyroïdiens.
Quels sont les syndromes à séparer essentiellement de l’insuffisance thyroïdienne? Ou plutôt à quels états morbides classiques se substitue l’insuffisance thyroïdienne ? Dans sa forme la plus atténuée, l’hypothyroïdie précisela nature souvent vague du tempérament et lui donne une forme objective. L’insuffisance thyroïdienne correspond d’autre part à V arthritisme, à la neurasthénie, à la sénilité, à V artériosclérose. Bien des signes de l’artério-sclérose de M. Josué ne sont que des petits signes de l’insuffisance thyroïdienne. Quanta ceux du brightisme, tout en dépendant en partie de l’in-
LA PETITE INSLiEFlSAiACE Tll VROÏDIENNE.
suffisance thyroïdienne, ils pourront mettre sur la voie de la néphrite concomitante. Il y aura lieu d’ailleurs, chez ces malades, de rechercher toujours ïalbumine dans l’urine ; et, en ce qui concerne le sucre, il sera d’autant plus nécessaire d’en faire l’essai, que quelques symptômes sont communs au diabète et à l’insuffisance thyroïdienne. Il sera bon de prendre aussi la température des sujets, et de tenir compte de l’état du pouls, dans sa fréquence, sa régularité, la tension artérielle.
Lors d’hypothyroïdie, parfois paroxystique, et survenant sous l’influence du froid, les malades se croient atteints de grippe, dont ils éprouvent la fatigue, la céphalée, les douleurs, les frissons, mais il n’existe ni fièvre, ni catarrhe.
L’analyse du sujet révèle, en somme, l’insuffisance thyroïdienne que confirment les bons effets de la médication.
Lorsque le diagnostic d’insuffisance thyroïdienne aura été établi, il faudra le confirmer, en effet, par Vépreuve du traitement, qui sera toujours obligatoire, et qui, sous réserve des conditions énoncées plus haut, acquerra une valeur diagnostique. Il faut appliquer le traitement avant de conclure, car d’autres glandes endocrines, le thymus, le testicule, Thypophyse, ont quelques-unes de leurs fonctions presque équivalentes à celles du corps thyroïde.
Avant l’épreuve thérapeutique, peut-on différencier l’insuffisance thyroïdienne de l’insuffisance hypophysaire, de l’insuffisance surrénalienne? Quelques signes autorisent déjà à établir cette distinction.
Dans l’insuffisance hypophysaire, il y a de même
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que dans l’insuffisance thyroïdienne : arrêt de développement, tendance à l’obésité, anorexie, refroidissement, mais le syndrome d’insuffisance hypophysaire comporte de la tachycardie, des transpirations, les troubles pilaires portent sur les poils du corps et non sur les cheveux, les cils et les sourcils ; dans l’insuffisance surrénalienne qui s’accompagne de refroidissement, il y a amaigrissement extrême, hypotension artérielle, troubles pigmentaires.
La difficulté tient 'surtout à l’association de divers syndromes d’insuffisance.
Le traitement thyroïdien servira à faire le départ entre les symptômes thyroïdiens et ceux des autres dysendocrisies juxtaposées. Dans tous les cas, môme si l’insuffisance thyroïdienne est démontrée, il faudra établir le bilan endocritique, car souvent d’autres insuffisances (testiculaire, ovarienne, parathyroïdienne, surrénalienne, hypophysaire) ou diverses instabilités de glandes à sécrétion interne lui sont subordonnées, antérieures ou concomitantes.
Une fois reconnue l’insuffisance thyroïdienne, il sera intéressant de rechercher si elle est familiale, héréditaire, d’en fixer les causes, de façon à tirer parti de ces renseignements pour le traitement du malade et des membres de sa famille.