‹ La petite insuffisance thyroïdienne et son traitementChapitre 58 sur 61 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

rapie que provoque toute hyperthyroïdie concomitante, quelle qu’en soit la cause. Celle-ci peut se trouver dans une grossesse, une émotion, une maladie fébrile, une réaction spontanée de la glande. C’est en second lieu la bonne influence de la thérapeutique qui se fait sentir d’autant mieux que l’insuffisance thyroïdienne est plus récente, que le traitement est appliqué de meilleure heure. Mais il est bon de noter que, même dans des formes anciennes, certains symptômes peuvent être encore influencés par la médication, ce qui rend leur pronostic plus favorable.

Le pronostic de l’insuffisance thyroïdienne doit être encore envisagé en ce qui concerne la race, puisque d'une part l’hypothyroïdie peut provoquer des avortements répétés (Hertoghe), et que d’autre part l’insuffisance thyroïdienne est susceptible de se transmettre, par hérédité, en passant de la mère à l’enfant. Et si l’on admet, avec Maurel, l’influence de l’hérédo-arthritisme comme cause de dépopulation, l’insuffisance thyroïdienne mérite d’être mise en cause, conformément aux recherches expérimentales de Lanz (d’Amsterdam).

TRAITEMEiMT

Le traitement de l’insuffisance thyroïdienne est essentiellement Vemploi du corps thyroïde.

Pour ce qui est de la petite insuffisance, la méthode des greffes ne trouve guère son emploi, bien que Kummer et Gauthier (de Genève) aient noté les bons effets de la greffe chez un enfant arriéré de 4 ans, qui, en l’espace de 8 à 10 mois, a été considérablement amélioré. Mais il s’agit là d’une méthode d’exception, d’autant moins à employer que M. Delbet a rapporté 4 cas de greffes de corps thyroïde, pratiquées dans la partie supérieure du tibia, contre le myxœdème, avec résultat définitif absolument nul.

Les injections sous-cutanées, parfois douloureuses, donnant facilement lieu à des abcès, ne sont plus employées.

C’est Vingestion qui est la seule voie médicamenteuse à utiliser.

A quelle préparation faut-il donner la préférence? Nous croyons tout d’abord qu’il faut se servir de 1-a glande thyroïde totale. Nous pensons que le corps thyroïde agit par l’ensemble des substances qu’il renferme (iode, phosphore, soufre, lipoïdes, etc.)

et non par Tune d’elles en particulier. Aussi, tant que l’analyse physiologique n’aura pas été poussée plus loin qu’actuellement, convient-il d’employer la glande en totalité. Il ne nous paraît pas logique de la débarrasser de certains produits considérés comme toxiques, à moins que l’expérience ne prouve les avantages de la glande décomplétée, ou d’en extraire les principes que le corps thyroïde ne renferme peut-être pas, sous la forme qui se trouve réalisée artificiellement.

Faut-il utiliser la glande fraîchel Deux arguments militent contre son emploi., , ^

La glande fraîche se putréfie facilement, d’une part, et d’autre part, l’activité du corps thyroïde de l’animal, auquel on emprunte cet organe, est variable. En particulier, pour prendre un exemple frappant, l’activité de la glande thyroïdienne du mouton, est moindre dans les pays à goitres (Jau- NiN, Gauthier, de Genève). Les variations individuelles seront, au contraire, neutralisées, si on obtient un mélange provenant de plusieurs centaines de glandes thyroïdes d’animaux de même espèce. C’est au mouton et au- cheval qu’on s’adresse d’habitude, car, d’après Wondenberg, chez les veaux et les porcs, on trouve dans 1 à 10 pour 100 des cas, des corps thyroïdes extrêmement volumineux, siège de goitres adénomateux, colloïdes et cancéreux. Nous donnons la préférence aux préparations sèches, mais à condition que la glande soit aussi peu modifiée que possible, par la simple dessiccation. A ce point de vue, la meilleure préparation provient d’une glande saine, desséchée à froid dans le vide. Toutefois, certaines prépara-

290 LA PETITE LNSLFFISANCE THYROÏDIENNE.

Lions, faites à une chaleur modérée, certains produits antiseptisés par l’acide borique, et qu’on trouve dans le commerce ne doivent pas être rejetés. Ce sur quoi il faut insister, c’est que la poudre à ingérer n’ait subi aucun travail de putréfaction. On sait, en effet, qu’on a rapporté, à juste titre, à la putréfaction de la glande thyroïde, un certain nombre des accidents, observés autrefois.

La putréfaction se dénonce par le développement d’une odeur désagréable, différente de l’odeur habituelle, laquelle est celle d’une poudre de viande de bonne qualité. Elle sera soupçonnée, en outre, alors même que ceux-ci seront, comme ils doivent l’être, conservés au sec, par l’adhérence les uns aux autres des cachets de poudre.

La forme en cachet est supérieure aux autres, car elle permet un contrôle efficace. Toute poudre, tout cachet suspects doivent être rejetés.

La glande desséchée représente à peu près 5 fois le poids de la glande fraîche. Elle se trouve préparée en cachets de 5 milligrammes, de 25 milligrammes et de 10 centigrammes, équivalents à 2 centigrammes et demi, à 12 centigrammes et demi et à 50 centigrammes de glande fraîche.

A quelles doses doit-on employer le corps thyroïde? La question de dose est ce qu’il y a de plus difficile dans l’emploi du corps thyroïde. Elle nécessite un certain doigté, une certaine expérience et donnera lieu dans bien des cas à des tâtonnements. Par contre, fréquemment, le traitement thyroïdien est pierre de touche, et de petites doses,

même en quelques jours, suffisent à montrer qu’on suit la bonne voie thérapeutique.

La théorie du traitement thyroïdien repose sur ce fait que l’insuffisance thyroïdienne s’associe fréquemment à l’hyperthyroïdie et se résume en cette formule, que, si c’est l’hypothyroïdie qui conduit au traitement thyroïdien, c’est l’hyperthyroïdie concomitante, qui en règle les doses.

Les petites doses, qui seront, tout au moins initiales, seront souvent suffisantes pour produire des résultats favorables.

On prescrira pour commencer, dans les cas d’insuffisance thyroïdienne, sans prédominance d’hyperthyroïdie, des doses de 0,10 à 0,15 centigrammes de glande fraîche, soit, avec une poudre dont le poids équivaut à 5 fois le poids de la glande fraîche, des cachets de 0.025 milligrammes. On en prescrira un tous les deux jours la première semaine, puis un chaque jour. Si ces doses sont bien supportées et donnent un résultat satisfaisant, on continue ainsi, en interrompant un à deux jours sur dix jours de traitement effectif. Si un résultat est obtenu, mais qu’il paraisse insuffisant, on prescrit alors deux cachets par jour, puis quatre, dose qui est alors incluse en des cachets de 0,10 centigrammes.

En adoptant 0,10 centigrammes de poudre desséchée par jour, nous appliquons généralement dix jours de traitement, suivis de cinq jours d’interruption.

Lorsque l’insuffisant thyroïdien présente simultanément des symptômes ou des réactions très accentuées d’hyperthyroïdie on aura recours, au

début du traitement, à des cachets de 0,005 milligrammes. On procédera, de même que pour les autres doses, d’une façon lentement progressive, si les premières quantités, d’ailleurs bien supportées, sont insuffisantes. Parfois l’on arrivera peu à peu aux unités supérieures, cachets de 0,025 milligrammes.

Il ne faut ni donner des doses trop fortes, 'ni s’attarder à des doses insuffisantes. Une dose optima doit être toujours recherchée et sera obtenue avec une certaine habitude.

L’emploi du corps thyroïde [peut-il être dangereuxl Nous avons, à maintes reprises, répondu à cette question. Nous avons traité actuellement des milliers de sujets, utilisé quelques cent mille cachets. Nous n’avons jamais observé d’accidents. Nous avons noté troubles légers de métabolisme, des incidents réalisant un Basedow fruste transitoire, un nervosisme hyperthyroïdien. Le tout, généralement, disparaît peu de temps après la cessation du médicament.

En se servant d’une bonne préparation, en l’utilisant à petites doses, en en surveillant l’emploi, on peut se mettre à l’abri de tout incident sérieux.

Comment surveiiier l’emploi de la médication?

Tout d’abord, avant de prescrire le corps thyroïde, deux renseignements peuvent être utiles : savoir, chez la femme, ce que produit, au point de vue thyroïdien, la période menstruelle et, dans les deux sexes, ce que détermine Vémotion. L’émotion donne lieu (en partie par un mécanisme thyroïdien)

TRAITEMEINT.

à des troubles qui varient d’une façon individuelle et suivant certaines prédispositions. Le corps thyroïde, s’il est mal supporté, provoque, chez un sujet déterminé, les mêmes effets qu’une forte émotion (tremblement, tachycardie, angoisse, diarrhée). L’existence de ces troubles fera prévoir les incidents possibles. Même si on ne les relève pas par avance, il y aura lieu d’être attentif aux effets de la médication, surtout dans les premiers jours et quand on en modifiera les doses. Il faudra suivre les malades ;

a) Par le pouls. S’il dépassait 100 à 110, on seraitamené à diminuer, puis à rejeter le médicament;

b) Par la balance. Une diminution considérable et continue de poids conduit à suspendre, diminuer ou rejeter la poudre thyroïdienne ;

c) Par l’ensemble des phénomènes nerveux qui pourraient se produire : diarrhée, transpirations, céphalée, angoisse, battements de cœur.

En outre, il faudra suspendre d’habitude la médication pendant les menstrues, qui déterminent, en général, de l’hyperthyroïdie.

La question doit être encore envisagée à un autre point de vue. Lorsque l’on soigne, parla médication thyroïdienne, une affection chronique, telle que le rhumatisme chronique, la sclérodermie, une alopécie, etc., il ne faut pas s’attendre à un résultat très rapide. Comment savoir alors si la médication agit, si elle mord? On s’en rendra compte, lorsque le sujet sera modifié pour tel ou tel symptôme de son tempérament, qui ressortit à une déviation thyroïdienne, si son appétit aug-

294 LA PETITE IINSUFFISANCE THYROÏDIENNE.

mente, si son intestin se règle, s’il se réchauffe, s’il éprouve un mieux-être général, qu’il n’est pas toujours capable d’expliquer.

Dans tous les cas la médication, si elle est poursuivie un temps suffisant, arrivera à modifier le trouble chronique principal ; aussi, dans ce but, doit-on détaillerie fonctionnement de chaque appareil, avant le début du traitement et suivre ses effets, la plume à la main.

A quel âge doit-on commencer le traitement? Les résultats obtenus dans le myxœdème peuvent nous servir de guide.

Or, dans le myxœdème, il faut commencer le traitement le plus tôt possible. Car plus tôt on l’entreprend, meilleurs sont les résultats. Combe a montré, que, chez les enfants, la croissance devient normale, lorsque le traitement a commencé avant la deuxième année; elle est presque normale lorsque le traitement est appliqué avant la dixième année; mais elle reste très en retard lorsque le traitement n’est poursuivi qu’après cet âge. Pour Sutherland elle devient normale chez les enfants, lorsque le traitement est commencé avant le sixième mois. Elle reste en retard lorsque le traitement se prend dans la deuxième année, et elle se développe très peu quand le traitement est ingéré après 10 ans.

L’opinion de Combe est également celle de von Kutschera. Dans les stations de Styrie, dans lesquelles on a organisé le traitement par l’État du crétinisme endémique, on institue le traitement le plus tôt possible. Les sujets y sont rarement sou-

mis au delà de 14 ans. Bien des enfants ont au-dessous de 5 ans. C’est surtout dans les premières années de la vie que la croissance est supérieure à celle de l’homme sain. On note jusqu’à 18 cm l/!2 de gain par an.

Les succès les plus rapides furent obtenus chez les enfants âgés de 1 à 6 ans.

Dans le cas de Sutherland, concernant un enfant constipé, apathique, dénué d’intelligence, le traitement fut commencé à o mois.

Or, comme il existe une hypothyroïdie du nourrisson (Spolverini) et du premier âge, on comprend qu’on puisse appliquer la thyroïdothérapie, dès ce moment, en procédant par les petites doses : 0,005 milligrammes pour commencer. Les produits thyroïdiens semblant passer dans le lait, il peut convenir, dans certains cas, de traiter l’enfant en thyroïdant la nourrice. Chez le vieillard, on peut également employer le traitement thyroïdien, à condition que ce soit à petites doses et sous surveillance. Nous avons soigné divers sujets ayant dépassé 70 ans et même 80 ans, sans aucun inconvénient et, parfois même avec avantage.

Pendant combien de temps faut-il continuer le traitement? Le myxœdème renseigne à ce point de vue, en montrant que le traitement doit être, à proprement parler, continu^ sous peine de voir réapparaître les phénomènes que la thyroïdothérapie atténue ou supprime.

Fraser cite le cas d’un homme de 42 ans, atteint de myxœdème, malade depuis 8 ans. Le traitement thyroïdien, actif en quelques semaines, fut suivi

pendant plusieurs années, puis interrompu o mois. En moins de 2 semaines, le tableau du myxœdème était revenu.

Nous avons figuré le cas d’une enfant, chez qui le myxœdème du visage était si marqué qu’elle ne pouvait ouvrir les yeux. Sous l’influence de 6 mois de traitement, l’enfant avait été transformée. Après 9 mois de suspension de traitement, elle retomba dans un état intermédiaire aux deux précédents. De toute façon, quand il s’agit de soigner le tempérament, le traitement devra être prolongé, pour ne pas dire chronique. Quand [on le suspendra, il faudra s’attendre à le recommencer, avec la reprise des signes qui en ont provoqué l’emploi, ou de phénomènes de même série. Dans le rhumatisme chronique, l’alopécie et autres troubles à marche lente et progressive, la durée du traitement se chiffre par mois et par années. Le malade d’ailleurs, dont les progrès continuent à se faire, ne demande pas mieux que de prolonger le traitement. En tous cas, il ne faut pas abandonner la médication d’une façon trop rapide.

Chez les enfants, l’équilibration plus facile de la glande du sujet permet parfois un traitement moins continu.

Quel est le mode d’action de la médication thyroïdienne dans la petite insuffisance thyroïdienne ?

Tout permet de croire que la médication agit sur la glande insuffisante elle-même, puisqu’elle est susceptible, si elle est mal tolérée, d’exagérer certaines fonctions de la glande, celles d’ailleurs qui sont en instance d’hyperthyroïdie.

Par l’intermédiaire de la glande, la Ihyroïdothérapie excite ou régularise certaines fonctions de la glande thyroïde elle-même, fonctions qui seront précisées au chapitre suivant, et exerce ainsi une action sur l’ensemble des organes dépréciés par l’insuffisance thyroïdienne.

Elle agit, du reste, soit par l’intermédiaire du système nerveux, en particulier des systèmes grand sympathique ou autonome, soit indépendamment du système nerveux, par l’intermédiaire des hormones (action hormonique). Ces substances excitatrices agissent directement, sans l’intermédiaire du système nerveux, d’une glande endocrine sur une autre glande endocrine, ou sur les divers tissus de l’organisme.

Dans la pratique, il convient d’adjoindre au traitement thyroïdien des médications appropriées à l’état du sujet.

L’hygiène générale, l’hygiène de la peau et de l’intestin, l’hygiène respiratoire, la discipline du système nerveux seront de mise. La viande, poison de la thyroïde (Watson, Horsley) sera prise en petite quantité. On se défiera des douches froides chez les sujets présentant déjà une tendance à l’hypothermie.

Comme médicaments : le bicarbonate de soude facilite (Hertoghe) l'action du corps thyroïde ; la strychnine trouvera son emploi chez les déprimés, la valériane, le cratœgus chez les nerveux.

Nous donnons le nom de médications métathyroïdiennes à certaines médications qui agiraient, en partie, par l’intermédiaire de la glande thyroïde.

LA PETITE INSllFFISAKCE THYROÏDIENNE.

et qu’on peut associer au traitement thyroïdien qu’elles renforcent ou modèrent (médications iodée, arsenicale, phosphorée, calcique, sodique). Certaines médications thermales, la mer (Sardou) rentrent dans les médications méta-thyroïdiennes.

Lorsqu'à l’insuffisance thyroïdienne seront associées d’autres insuffisances, l’opothérapie devra être de même complexe, associée. Le corps jaune de l’ovaire, à la dose de 0,10 à 0,20 centigrammes par jour, la capsule surrénale en cachets de 0,10 centigrammes ou de 0,25 centigrammes, l’hypophyse de 0,10 à 0,50 centigrammes, exerceront par rapport au corps thyroïde une action antagoniste ou synergique favorable.

Page 1