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La Petite lanterne

j'entre carrément dans r arène littéraire, avec ma Petite Lanterne au P°i».<’ P8rce que îe trouve qu’il n’y a jamais assez de papier noirci. Je proclame bien haut, bien haut, que plus on est de journaux, plus on rit, mon avis étant qu’un journal de plus dans les kiosques, c est un causeur de plus dans les salons. Toujours il doit avoir son mot à dire. Et si, le mot lancé, le nouveau-né est ennuyeux, on lui tourne le dos; s’il est amusant, au contraire, on l'écoute.

Dans tous les cas, le journal ne gêne pet-

sonne, “ Ie voudrais ' même qu’il gênât les gens davantage. Mais on ne fait pas ce que 1 on veut. L’avenir es( réservé, malgré tout, au journal littéraire, si dédaigneusement appe.lé, jusqu’à présent, petit journal.

Chercher dans le format d’un journal la somme d esprit qu il peut contenir, c’est juger un homme d après sa taille. Ainsi, pour me servir d’une expression bien usée : « Un tambour-major est grand et M. Thiers est petit. »

Ce qui fait le succès du journal littéraire, à mon avis, c’est que l’opinion étant de beau coup en avance sur les grands journaux, le 1 petit journal, qui ne vise point à la passion, < s’adresse à la curiosité, de façon à la piquer singulièrement. Désir d amour ou de colère, besoin de parler et d’écouter, soif de discussion ou appétit de scandales, il faut toujours qu’en nous soit éveillée cette faim de mouvement, de nouveauté, de fièvre, de vie, que le petit journal, avec ses tapageuses allures et ses coudées qu’il prend aussi franches que possible, essaie chaque jour d’apaiser.

Les pelite journaux ; que Balzac appelait les

mauvais lieux de l'intelligence, sont à leurs confrères de grand format ce que la colibri et le moinea u -franc sont à l'aigle, ce que la fanlaisie est h la science. Plus vifs, plus ardents et plus prompts, ils courent à l'avant-garde.

Ils tiraillent à droite, à g niche; ils vont, viennent et voltigent, semblables à ce moucheron qui vainquit bel et bien S. M. le lion de La

l1 (ibis* . , » i

Louer, comme il convient, le petit journal,

ce n’est pas, d’ailleurs, faire le procèa des journaux de grand format qui ont - je ne les en blâme pas — de grandes et utiles visses. Mais parce qu’il est bien reconnu qu un vm gonereux, récolté sur les coteaux du Médoc, doit réchauffer le cœur, est-ce une raison pour dédaigner la moussa du champagne qui pétille dans la coupe comme un trait d’esprit?

Laiss^-les fair. , les gens graves qui haussent les épaules devant la presse légère et ne Comprennent que la pesanteur. Hommes sé rieux qui feraient un crime à Gœlhe d’avoir Écrit le Roman de Ravir t, et à M. Lahoulaye de nous avoir compté de si jolis contes bleus 1

Pétits journalistes ! Mais Voltaire, et Cham-

f H, et Courrier et bien d'autres, ont été, par ma foi, des petits journalistes î

Swift, là -bas, et Sterne, écrivirent aussi des articles de petits journaux. Petit journaliste, le grand Diderot, quand il signait Cousin Jacques 1 Ct le bonhomme Mercier, dont on relit toujours avec plaisir les Confidences à mon honnU ck nuit, petit journaliste encore, petit journaliste toujours !

Le rôle de la soeur aînée, la Grande Presse, est assez beau et vraiment assez noble pour qu'elle laisse du moins au petit journal son mérite, pour qu'elle n'essaie p is, comme le voudrait, dans son libéralisme mitigé, M, E. de Girurdin, de lui rogner les ongles, pour qu'elle salue en lui l'héritier direct de l'esprit alerte et frondeur, qui est l'esprit de notre Erance,

Et parbleu, monsieur* si Montaigne et Rabelais revenaient au monde, vous devinez à quel journal ils porteraient de suite leur copie, en supposant qu'on leur permît de faire de la copie I

De nos jours on s'arrache les chroniqueurs à des prix fous et je ne me plains pas qu'on donne à des journalistes des appointements de

ténors. Je me fâcherai plutôt si Ton me disait qu'on accorde aux ténors des appointements de journalistes. Trente mille 'rancsde traitement, ce n'est rien aujourd'hui pour des courriéristes î Ouïra, j'en suis certain, jusqu'à leur donner quatre et cinq mille francs par mois.

Ou est le temps, hom Deus ! ou des écrivains tels que C arrêt, Mar ras t, Henri Fonfrède allaient à la caisse du journal toucher, — et je parle des mieux payés et des plus illustres, — quaire ou cinq cents francs h la fin du mois ?

Ce n'est pas là du reste un temps h regreté ter et si l'on eût payé Carrel et Bachaumont, — que nos chroniqueurs du temps présent ne détrôneront pas, — à leur juste ^valeur, il nJy aurait pas eu grand mal.

En France, Ventrebdijkur de porùs qui révêle au public les petits travers d un grand écrivain, les bizarreries, les misères domestiques, est accueilli avec une! avide curiosité, avec un empressement stupide, comme si l’on s'étonnait d’apprendre qu'un homme est sujet aux divers accidents de la condition humaine. Quand donc n’attaquera-t-on que le côté public de l’homme ; c’est-à-dire son talent, ses tro ductions ? v

ï>a reste, il faut bien avouer aussi que le vublic aime pardessus tout ces sortes d’indis^ créiions, Et lorsqu un homme, soit comme écrivain, soit comme artiste, prête, dans sa partie vulgaire, le flanc à la satire et au ridicule, le vulgaire en est charmé : cela est dans Tordre. G est le premier mouvement du cœur humain.

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