‹ La Petite lanterneChapitre 18 sur 50 · PAE · texte numérisé non relu

PAE

ACHILLE DE SECONDIGNÉ!

Lundi, .97 juillet 1 SCP.

Les hommes de guerre — quand ils s’y mettent — sont d’une franchise adorable.

■Dernièrement, au sein d'un grand corps de l’Etat, la discussion des cuirs a été agitée.

— Oui, s’est écrié M. le ministre de la guerre (partie intéressée), dans la peau d’un, bœuf il est des morceaux bons pour la chaussure du soldat; il en est d’autres inférieurs!

tout au plus pour le commun des martyrs,,. pour vous, messieurs],,.

Du reste, à quoi servirait d'employer de lu bonne marchandise pour couvrir les extrémités d'hommes qui ne marchent pas...

— Dans la voie du progrès, ajoute son ami G, R..,

M. Georges Maillard, dans son Carnet d’un flâneur, dénonce un truc habile, dit la retappe au fiacre , qui se pratique depuis quelque temps dans Ilia des Syrèues, située pæ- 15° longitude Madeleine et 30° latitude Brébant.

« Retappe y dît-il, est un néologisme de l’argot parisien : il dérive du verbe Rdapper , qui signifie « carotter, flibuster, refaire, »

)) U y a des retappèurs de tous les degrés — au billet de banque, au billet de spectacle, au louis, à la pièce de cent sous, au dîner, au verre d'absinthe,

» Un Parisien, à qui un des innombrables

écumeurs des boulevards, si hardis pour pratiquer la mendicité à Yemprmt, a extorqué quelque chose, dit « j’ai été retoppé de ceci, » exprimant ainsi qu’il a eu affaire à un rètappeur*

» II y a des «retappeurs » des deux sexes. Généralement «t le retappetfr- femelle a est mains: hardi que le « retap peur-mâle, » ses emprunts sont moins audacieux, ses attaques moins promptes, ses mensonges moins ingénieux, son carottage plus timide* S en méfier cependant et se tenir sur ses gardes; il y en a de très habiles. »

II est vrai qu’il existe des retappeuis très habiles, si habiles qu'il est presque impossible de les éviter. J’en connais un, pour ma part, qui a ratappé une personne de ma con~ uaî ss a n ce, de tren te- neuf foiêjju iuze so us « P o u rquoi ce chiifre? Yous ne devinez pas : un bock et un loïidrès pour faire le gentleman.

Mardi, 28 juillet 1808.

Ne sachant quoi vous apprendre aujour d’hui, je suis allé au Mont* de -Piété.

J'y suis allé,., (rassurez-vous) pour l'agrément de mes lecteurs.

Le Mont-de-Piété de Paris se compose d'une maison principale, située rue des Blancs- Manteaux et de Paradis, n° 7, au Marais? et de deux succursales, rue Bonaparte, n° 16, etrue Servan, n° 2. Cette dernière succursale, dont les bâtiments sont construits sur les terrains de la Hoquette, a été spécialement organisée pour recevoir des nantissements de gros volume, tds que meubles, voitures, etc.

Il j a, en outre, vingt bureaux auxiliaires et quinze commissionnaires tolérés par l'administration, et disséminés gâ eJ là pour faciliter les opérations de rétablissement.

L'organisation, l'administration et le personnel du Mont-de-Piété de Paris sont tout aussi considérables que ceux d'un ministère, et marchent sous les ordres du directeur, M. Ledieu.

L'exploitation de la rue des Blancs-Manteaux compte quatre cent cinquante employés, dont le plus petit touche annuellement 1 ,200 francs

Les ressources du Mont-de-Piété sont »

\° Les réserves et les sommes disponibles ■ administrations de secours publies ;

2° Les cautionnements des employés de Y administration ;

3* Les sommes fournies par quelques actionnaires particuliers;

4° Les emprunts qu'ils sont autorisés h contracter sur les billets au porteur à un an de date, à un taux qui varie suivant le cours de l'agio.

Le Mont-de-Piété prête depuis 3 h\ jusqu'il une somme illimitée, à raison d'un intérêt de 10 0/0 qui se répartît ainsi : intérêt 6 0/0, — , Irais 3 0/0, — droit temporaire 1/2 0/0 et droit de prime 1/2 0/0, Tous ces droits sont proportionnels au nombre de quinzaines écoulées, à Y exception du premier mois qui se paie en entier*

La durée de l'engagement est d'un an, et tout nantissement non dégagé ou renouvelé dans le délai d'un an est vendu dans le cours du treizième mois* Et si le montant de la vente

est supérieur fl la somme prêtée, plus les droits, r, excédant (boni) reste à la disposition de l'emprunteur. Tout boni qui n'est pas réclamé dans le délai de trois ans, à partir du jour de rengagement, fait retour aux hospices*

Un peu de statistique* — Les objets ordinairement en magasin s'élèvent au chiffre de 800, OQÛ et représentent une valeur de 15 millions de francs* Sur environ 1,223,078 (je prends le chiffre de 1866) articles reçus en gage chaque a niée, il en est environ 300,000 qui comprennent T argenterie, les bijoux, les diamants et tous autres objets de luxe, dont le prix moyen est de 40 francs, et dont la valeur réunie s'élève à plus des trois quarts du total des sommes annuellement prêtées*

On évalue, par journée de travail, à 3,900 le nombre des articles engagés et à 3,700 celui des articles rendus à leurs propriétaires*

Le samedi les dégagements s'élèvent à 5 ou

Et la veille du jour de Tan et de Pâques, à 9 ou 10,000.

L’estimation dos objets mis en nanlissement est ainsi répartie ; les 2/3 delà valeur pour les objets mobiliers, Les 4/5 pour les matières d’or et d'argent.

Les bureaux auxiliaires reçoivent annuellement, en moyenne, un million cent vingt-huit mille neuf cent vingt engagements d’une valeur de vingt millions cent vingt cinq mille six cent douze francs, tandis que les quinze commissionnaires ne reçoivent que quatre cent soixante deux mille neuf cent cinquante- quatre engagements, évalués à la somme de dix millions deux cent cinquante mille deux cent trente -neuf francs.

J'ai remarqué que le Mont-de-Piété, qui a été institué pour venir en aide aux nécessiteux, ne fait pas d'affaires lucratives avec les pauvres. Le prêt au-dessous de 15 francs ne couvre presque jamais les frais de réception, d’appréciation, de remise, de nantissement, parce que les nantissements de ces prêts sont ordinairement retirés après un mois, et il a été calculé que l’administration ne commence à retirer un bénéfice d’un prêt de 8 francs qu’au delà du terme de huit mois.

Le véritable bénéfice de l’administration ne provient donc jamais des prêts faits aux indigents, mais bien au contraire des prêts faits aux personnes aisées*

Il y a aussi des Monts-de-Piété en Allemagne, Le Mont“de-Plété de Dresde prête à huit pour centT celui de Gotha à huit et demi pour cent, celui de Beyrouth à dix pour cent, et ceux de Cologne et d'Elberfeld à douze pour cent* Mais en revanche ces Monts-de Piété ne reçoivent pas de gages dont la valeur soit inférieure à un thaler, et ne prêtent pas de sommes supérieures à 300 florins. En France, au contraire, comme je Fai déjà dit, on prête depuis trois francs jusqu’à une somme illimitée.

Mercredi S9 juillet.

La ville de Paris doit la petite somme de trois cent quatre-vingt dix-huit millions quatre cent quarante mille quarante francs vingtquatre centimes, pour travaux d'utilité publi-

Je trouve les millions bien naturels ; mais les centimes ont un air contraint qui me laisse rêveur. Il y a quelque chose sous ces centimeslà Voyons, franchement, avec un peu d’économie, la ville de Paris n’aurait- elle pu éviter cet appoint

Ü 'ailleurs, si l’utilité publique exigeait absolument des centimes, pourquoi vingt-quatre et pas vingt-cinq?

A la place de M. Haussmann, il me semble que j’aurais dépensé un centime de plus, inutilement, rien que pour arrondir le chiffre. Ainsi, nous n’aurions pas la légende du centime qui u’a pas été dépensé j — triste pen-

dant h la larme qui n'a pas été pleurée, du T o ni bow ■ h 0 grand ,

Ce n'est pas sous le consulat de M. de Rambuteau qu'on aurait vu de ces chiffres bizarres. Personne cependant ne niera l'utilité publi* que et même privée des institutions créées par ce philanthrope. Du temps de M. de Rambuteauj il n’y a jamais eu vingt-quatre centimes, jamais l Quinze, je ne dis pas.

Mercredi juillet.

Plusieurs personnes me conseillent par écrit de parler, de temps à autre, des livres nouveaux, des pièces nouvelles, en un mot de toutes les productions littéraires du moment. J’accepte ces conseils et prends rengagement de faire deux fois par mois un

Petit Courrier des Lettre «

oii je ne ferai qu'effleurer rapidement les su-

îeto, le cadre de la Petite Lanterné étant trop Lit p0ur y faire une étude complété. Mo appréciation sera courte, mais smcere. Mus lecteurs sauront que l’œuvre dont je par -ai est bonne ou mauvaise, a mon sens C est a. se* pour eux, car j.e n’ai pas la prétention de croire qu’ils puissent se faire une opinion bien arrêtée sur mes propres analyses.

Le lecteur veut en quelques lignes connaître le sujet de l’ouvrage, savoir si, en l’achetant 1 ne sera pas volé! Quant au style, qu importe .

il a vraiment bien le temps de s’occuper de tout cela. Le sujet est-il intéressant? L imbroglio bien embrouillé? Les coups de scent-s

bien menés?

gi le livre est écrit, cela ne gâte rien, mais n’est pas absolument nécessaire, car l’intrigue plus que l’instruction est utile tfujourd hui. L c’est seulement par délassement que 1 on en trouvre d’un doigt distrait les pages légères d’un roman nouveau.

J’esquisserai parfois la physionomie de quel • ques-uns de nos hommes littéraires, et je suis d’autant mieux préparé pour cela, que je n en connais aucun personnellement.

— un —

Je n’ai point de haines cofipne M. Zola, Les écrivains qui me semblent mauvais, je dédai gne de les lire, l’étude du beau et du bon devant être seule permise. Ceux, au contraire, qni ont fait, sous la pression de leurs phrases magiques, vibrer les cordes infimes de mon âme, sont pour moi V objet d’un culte permanent, parce qu’ils m’ont rendu meilleur .

pour une heure du moins.

En lisant l’œuvre je me figure réerivaîn, ou plutôt je me crée un être; mon esprit s’anime des idées de l’auteur qni m’apparaît fantôme littéraire, dans la pénombre démon cerveau pour durer autant qu’une illusion.

Chimère décevante qui n’est rien moins que réelle, songe étant mensonge. Pourtant cette fiction ne doit pas être inutile, car si elle ne nous apprend point h connaître l’homme, elle nous fait au moins souvenir de J’œuvre,

Dans ce Petit Courrier des lettres d’aujour

nouveauté pour certaines gens .

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