DERNIERES NOUVELLES
L'agence Howa (de Madagascar) me transmet la dépêche suivante, que je ne communiquerai pas à SL de Kerveguen :
« Si Chandelle consent à devenir organe pour j> nouveau gouvernement malgache, subvention » annuelle : trente bœufs, quarante crocodiles, » soixante-quinze mille bananes, douze paquets » n° 6. Rien dire à la Prusse. »
A la lecture de cette dépêche, je me suis trouvé fort perplexe, car je me méfie du journal la Finance, un crampon, comme vous savez.
Pour me tirer d’embarras, je ne vois qu’un moyen, c’est de m’adresser au suffrage universel.
Tous mes lecteurs n’ont qu’à remplir un bullelin portant celte mension : oui ou non.
Ils recevront en échange :
Un crocodile ou une douzaine de bananes.
Allez-y! le scrutin est ouvert.
En rente
Chez M>« DEFAUX, dépositaire, 8, rue du Croissant Chez tous les libraires.
Dans les kiosques,
Dans les gares de chemin de fer\
Les ielLres de compliments et toutes communica* Lions aimables, doivent ôtre adressées* franco de poret d’emballage, 15, rue Breda.
Le gérant ; André Hirigoyen.
PAIilS. — IMPRIMERIE VALLÉE, 15, RUE K RED A.
Numéro 4»
i juillet
LA CHANDELLE
PAR
UN CHIFFONNIER GRïNCHEUX
L'honorable M, Glais-Bizoia sortait encore de Mabille — mardi dernier — rêvant à faire sortir aussi M. Rouhcr..*,. de son caractère — et fredonnant un air de YOIüL.. crevée lorsqu'il s'interrompit lui-même pour s'écrier :
— Si je m'abonnais à la Chandelle!
Pourquoi ce jovial député prit cette résolution inqualifiable, c'est ce que je ne pourrais dire, à moins qu'il n'ait eu F arrière-pensée de me décider a m’abonner à la Tribune; et dans ce cas, j’ose alürmer, avec tout le respeetqueje lui dois, que si
quelqu'un peut se fouiller, c'est ledit M. G lais- Bizoïn,
Mais continuons,
L'Europe sait — et l'Europe me rendra cette justice que je ne m'en suis pas caché — l'Europe sait que les bureaux de la Chandelle t sis a Paris, esplanade des Invalides, sont ouverts de quatre à cinq Iieures du matin, les jours de pluie.
La raison de cette anormale situation est mi secret entre la destinée et moi. Je prie le Corps Législatif, le Sénat et les autres corps plus ou moins constitués do ne pas insister.
Donc, M, Glais-Bizoin se dit :
— Il est minuit environ. En étudiant quelques interruptions nouvelles, il me faudra cinquante minutes pour aller à l'Esplanade des Invalides. Et f puisque j’ai attendu la liberté pendant quinze ans, ! rien ne me sera plus facile que d’attendre Pouverlure des bureaux pendant trois heures.
Malheureusement, il ne tomba pas une goutte d’eau ce mutin-là, et} fidèle à mon serment,
— attendu que je ne suis pas un homme politique,
— jc n’ai pas ouvert mes bureaux.
Et ce fut dommage, car l’incertitude du Temps {journal du soir) ayant fait espérer Tou vertu re delà porte Saini-Marlin et des cataractes du ciel, un beau spectacle m'attendait, si j'en crois les rapports des douze cent cinquante-deux employés de la Chandelle,
On^e personnes s'étalent rendues, comme M. Glais-Bizoin, à l’Esplanade des Invalides. Celte sorte de meeting n’a en aucune fâcheuse influence sur la sécurité publique.
Grâce aux mesures d’ordre qne j’avais établies d’avance, ces onze affamés ont pris la file par le pont de l’Alma, les Champs-Elysées, la place de la Concorde, (côté sud), la rue de Uivoli, la rue Saint-Antoine, la place de la Bastille, toute la ligne des boulevards jusqu’à la Madeleine, le boulevard Malesherbes, Batignolles-Monccaux, elc.
C’était imposant!
\ ers trois heures, un télégramme me fui transmis au calé Anglais oû les deux tiers du corps de
ballet Je rOpera m’avait fait l’honneur J accepter à souper.
C'était délirant! . . ,
Celte dépêche m’annonçait que le chemin Je fer Je l’Ouest organisait un train Je plaisir du Havre a Paris pour transporter une treizième personne car M. Glais-Bizoin faisait douze — absolument décidée à s’abonner à la Chandelle-
Le prix de l’abonnement - sur lequel M. de Bisirark n’a pas fait de représentation a M. de Mo us lier - étant de cent francs par an;, personne, au surplus, ne pouvant s’abonner pour moins de dix ans, vous jugez des prières que j ai adressa» au ciel pour qu’il tombât de l’eau - ainsi que disent les instituteurs lorsqu’ils s absentent un moment.
Hélas ! mes prières ont été vaincs.
Mes onze futurs abonnés, M. Glais-Bizom qui décidément n’allaehe plus rien avec des saucisses, et le train de plaisir du Havre seront obliges de iv venir.
Lue seule chose m’a consolé de ce retard, c’est
l’arrivée à Paris do noire chère alliée Jombé-Soudy, femme Fa tourna, reine de Mohely,
Victor Gochinat, Jules Prével, Henri de Pêne, toute !a diplomatie enfin, se demande à quelles secousses politiques, sociales et religieuses on doit la présence à Paris de madame Fatouma.
Je me crois en mesure de pouvoir les renseigner*
Mais avant, je ne veux pas priver le monde d’une anecdote qui prouve combien le voyage de celte princesse occupe les puissances européennes* Ce que je vais vous raconter m’aété révélé par une conversation à laquelle f ai pris une part indiscrète en me cachant derrière une porte*
M. BredûuiUart disait au célèbre Pîel de Trois - Monts :
— fl y a eu réunion ces jours-ci à,..-* Saint- Pétersbourg chez le fameux maréchal russe* On venait d’ouvrir les fenêtres pour donner quelques rafraîchissements à la société, lorsqu'un ambassadeur prononça le nom de Fatouma.
Tous les regards se tournèrent vers le diplomate*
— N’est- ce pas la reine de Mofaely? demanda un boyard .
— Ou prenez-vous le royaume de cette dame? interrogea la maréchale.
— Dans les lies de Comores*
— Ça existe donc encore ces Comores?
— Maïs probablement.
— Tiens ! j'avais pourtant ouï-dire que le feu du ciel avait dévoré tout ea, en même temps que Sodoroe.
Et maintenant, apprenez que la reine Fatouma est également venue à Paris pour s'abonner à la Chandelle.
J'en rougis, mais c'est un fait. J'ai eu l'honneur d'avoir une entrevue avec son grand chambellan et l'une de ses dames d'honneur.
Cette dernière, je dois le dire, m'a interrogé du premier coup sur Vavt (V avoir à volonté des gardons et des filles . Si j'en crois ses aveux, elle n'a meme consenti à venir en France qu'à la condition de faire des études trcs-sérieuscs sur ce sujet, Il est beau de voir les faibles femmes se préoccuper ainsi des plus hautes questions humanitaires.
Ne pouvant expérimenter moi-meme, à cause de mes nombreuses occupations, je lui ai conseillé de faire une forte visite à Alexandre Dumas père et à son rien de plus dont j'ai dit quelques mots aimables dans mon dernier numéro.
Quant au chambellan qui s appelle Latiredûjeu, nous n’avons eu ensemble que des relations pure ment commerciales. Il a pris un abonnement à la Chandelle et m’a demandé la remise desjibraires, on me promettant de me présenter à sa souveraine.
J’ai consenti. C’est alors qu’il ma recommandé de ne rien dire â madame Fa ton ma de la petite commission qu’il prélevait ainsi, à l'instar des roublards européens, ce qui prouve qu'il n*a pas volé son nom de Latiredujen (sOtis-eti tendu son c pin-
Rie)-
Que ce nom ne surpretshe pas trop mes lecteurs. Le propre fils de Théodoros, qui flânait hier à Paris en compagnie du général Napïer, porte un nom tout aussi fan ta s li que* Il s’appelle, et c'est là qu’éclate l'esprit de prophétie dont son illustre père était possédé, il s'appelle tout simplement : Il-a-vu^c-momk.
Veuillez considérer, monsieur, quelle fatale in-
fluence ce nom exerce actuellement sur cet infortuné jeune homme dont la inère elle -même sJappe- i lait modestement Or-pur.
Son père ne le destinait certainement pas à la profession de prisonnier de guerre ; mais Tayaut appelé Il-a-vu-le-monde, sa destinée le conduisit à tracasser quelques Anglais; de là, expédition de sirNapier, mort de Théorîoros, et accomplissement du destin de son fils* qui n’a pas vu le monde, mais qui le verra, selon toute apparence.
Je n'ai pas été fâché de faire la connaissance de Latiredujeu, à cause du journal le Temps .
Cette chère feuille — qui prétend avoir doublé k cap des tempêtes, imprime des choses tellement folâtres que le besoin d'un interprète yoloff ou malgache se fait généralement senlir. Voici, en effet, la phrase étincelante que je détache du canard signé Hébrard :
<s L’aîné des fils do M, Bourguud, garçon de » douze à treize ans, né et élevé à Magdala parle [ » parfaitement la langue d’Àmkara et l'éthiopien, j » le français, cela va de soi, et le gaga itout^ »
Vous conviendrez que le gàgà ïtout est fait pour embarrasser un innocent chiffonnier qui n’a fré- : q îçntéla mutuelle que pour en collectionner les vieux papiers.
Je me suis donc adressé au chambellan de Fa-
— fl ^
tourna et je lui ai demandé ce que c’étaL que le