‹ La Petite lanterneChapitre 40 sur 50 · PARIS. — IMPRIME · texte numérisé non relu

PARIS. — IMPRIME

Numéro fî,

Il juillet i 8 1 1 Pi ,

LA CHANDELLE

PAR

UN CHIFFONNIER GRINCHEUX

Jusqu'ici c’était le grand-duché de Gerolstein qui avait !a spécialité d’égayer outre mesure les têtes couroimëët, mais depuis que le jeune Milano a recueilli la succession avunculaire, il me semble que la Servie doit faire une vive concurrence à la nation Gerolsteinoise,

Hier, l'agence Havas, qu’il ne faut pas confondre avec l'agence Howa dont la Chandelle a fait les Irais d’installation, l’agence Havas communiquait aux journaux la nouvelle suivante :

Belgrade, 6 juillet*

Hier éôh\ toutes les maisons de Belgrade ont été il lu minées.

Il y avait des feux de joie de tous les côtés, et des musiques j ss toisaient entendre sur les places principales* Une foule immense circulait clans la ville * malgré le mauvais temps, eu poussant des hurrahs.

L* exécution du chef d’escadron Neuadowidi, beau-frère i du prince Kara- Beorgowitcln a eu lieu aujourd'hui

Que dites- vous de ceüe manière de précéder?

Gela me rappelle les rois africains. Lorsque le puissant monarque de Dahomey ou le roi Hiorongo a décidé qu'il honorera de sa présence des réjouissances publiques, oit amène quelques prisonniers de guerre. Le roi fait im signe cl dit ;

— Que la fête commence.

Aussitôt on décapite une trentaine de personnes, et la joie des populations, le déiüe, leshurralis atteignent les limites les plus insensées.

Ce n’est pas que je plaigne M* Nehadowiclb D'abord j je ne le connais pas et le connaîtrais-je tpie je ferais mes réserves, ,

Mais il me semble que dans les circonstances susmentionnées, l’administration de Belgrade aurait bien pu faire comme moi et réserver.. ,. les fusillades pour uu autre jour.

Afin de prouver d’ailleurs que je ne veux pas me mettre mal avec Milano qui débite des tartines à son peuple, et qui en mange probablement en rentrant chez lui, je traiterai le prince Kara-Georgewitch de tous les noms que l’on voudra sans

craindre d’être traîné devant le tribunal de Saint- Etienne,

Cet excellent tribunal vient de déclarer en eiïél que les mots : Caiîatlle3 voleur, etc*, adressés à un notaire, ne constitüentfpas le délit d’outrage à un officier ministériel, mais seulement celui d’injures privées,., privées de toute mesure, je 11e dis pas.

81 ion peut appeler un notaire canaille, qu’est-ce qu’on dira donc à un huissier?

Répondez, M* Loyal, répondez !

Loyal. — Silincel

11 est vrai que dans un temps où les journaliste» se traitent entr’eux d’escrocs, voire mêmedemouehards, H ne faut pas trop s’étonner que les injure» les plus grossières cessent d’avoir quoique valeur.

Et je suis presque de l’avis de ee president d un tribunal de Lyon qui déclarait que les propos proférés publiquement de voleur, filou, canaille, etc., 11e devaient pas être considérés comme des intures mais simplement comme des appellations

«EtoJ. ,L eelui auque. elles etoeel adressées. (Jugement du 1 S février 1 8b O ici-bas tout repose sur des conventions (pas de Gàstein) ; je ne vois donc pas pourquoi on ne considérerait pas une exécution a mort, comme une simple formalité désagréable et, si elle avait lieu en Servie, comme un élément de réjouissance publique.

En raisonnant froidement tout limt par sexpliquer.

je ne puis ['as parler d’exécution sans entrer a la Bourse, où ça va bien à ce qu’il parait.

Avant-hier une douzaine de malheureux, juifs et chrétiens, ont été informés par des amis complaisants que leur dernière heure était venue.

Leur dernière heure financière s’entend.

A cette nouvelle, ces messieurs ont procédé eux-mêmes, avec un sang-froid qui a ému les assistants, à leur suprême toilette ... de joueurs solvables.

Le directeur de la Roquette s’était fait représente! à celte lugubre cérémonie.

Après avoir embrassé tonies les personnes présentes, les douze condamnés se sont dirigés d’un pas ferme vers fes fatais véhicules qui devaient les porter à la place de laRourse où l’exécuiion allait avoir lieu.

Aune heure précise tes condamnés sont arrivés place delà Bourse. Ils ont gravi lentement les marchés qui conduisent au péristyle où le rédacteur du Gaulois était en train de rédiger sa petite tartine.

Un seul de ces malheureux avait perdu le sentiment de l'existence et se faisait soutenir par son cocher.

Un frémissement a parcouru la foule. Un coup sourd leur a été porté par les agents de change...

. EUls sont allés prendre un bock au café

d'en face, café, oïl paraît-il, on peut encore tripoter, même quand on descend de l’échafaud.

Et leur petit train-train recommencera comme

do plus belle jusqu’à une nouvelle exécution . .

Le soir, leVaudeville illumine froidement comme Belgrade, les acteurs jouissent de leurs feux même quand il fait mauvais temps, et une demklouzaine d’instruments font entendre une musique désagréable.

Àh ï par exemple* une foule immense ne siège pas sur les banquettes et les hurrabs les plus frénétiques ne viennent pas apporter aux comédiens ce petit encouragement qui chatouille toujours un vrai cœur d'artiste.

Allez, musique !

Du Vaudeville en passant par M, Haussman, en remontant jusqu’à l’Empereur, en redescendant

jusqu'au ministère, on arrive, par l'association des idées, au journal la Patrie , justement surnommé journal du soir ; demandez plutôt aux tables de nuit.

Or, la Patrie ? que je no lis jamais, a quelquefois la chance d'être citée par quelques autres jour- H aux. .

■Et alors, on rit.

Mardi l'article à sensation de la Patrie était ainsi conçu :

« La reine Fatouma est arrivée hier soir a Paris à six heures. Elle ,nc vient en Europe que pour voir la France, et en France, que pour voir l'Empereur,

Pourquoi la Patrie nVt-elie pas a joule:

« Et elle ne veut voir l’Empereur que pour qu'il lui fasse rendre son mari, et son mari pour*., no plus être veuve.

Le beau-fils de Sa Majesté Fatouma, — beaufils dont Marx lui-même ne nous a pas encore dit le nom — porte perpétuellement un sabre... qui doit être celui de son père (musique d'OITonbach) . (Bien de Cor mon cl G rangé),

Mais ce sabre, qui sert à préparer la volaille — carie chambellan dudit — qui cumule les fonctions de cuisinier avec celle rie secrétaire des commandements, emploie cette arme à décapiter des poulets, — ce sabre, dis-je, n'est rien à coté du diadème de la reine*

Ce d i a d è m a n ’ es t p as u n b ij ou , n i u n m e u b le , n i même une couronne, —■ c'est le cinquième rnefmbre de la reine Fa tou ma. Il est inamovible»

Lorsque la reine Isabelle la Catholique assiégeai! Crenade, elle lit vœu de ne pas changer de chemise avant d'avoir pris la ville*

Mais Boabdil, qui avait des raisous particulières pour ne pas filer comme une étoile ou comme un conlissier, — résista longtemps..* Six mois s'écoulèrent; Isabelle avait toujours sa chemise» Quelques Irons par ci, par là, mais elle l’avait.

Enfin on donna Tassant. Le dernier rempart des Maures fut détruit, —et la reine mit du linge blanc. Seulement, la fameuse chemise avait pris une couleur café au lait que les courtisans trouvèrent si jolie qu’ils donnèrent le nom d’Isabelle aux

chevaux qu’on appelait jadis, en France, couleur soupe a u lait*

Peut-être Falouma, a-t-elle fait vœu de ne quitter son diadème que lorsqu'elle pourra en coiffer le crâne crépu de son auguste époux*

Entre nous la reine de Moheli *me paraît être la crème des femmes* Prenez -moi cinq cents veuves parisiennes v demandez-leur si elles veulent voir revenir répoux qu’elles ont pleuré (musique d'Auber) et je veux bien aller dîner au Palais-Royal, s'il y en a deux qui répondent affirmativement*

il est vrai que les Parisiennes son t des femmes un peu,. .Comment dirai je? un peu*., ne me soufflez pas, vous 11e savez pas ce que je veux dire*** un peu chouettes enfin.

Pas plus tard qu'avant hier, une d'elles rédigeait et signait d'un nom d'homme le premier Paris de Y Opinion nationale et réclamait, comme de juste, tous les bienfaits pour le sexe faible,

tous les %i faits, cela veut dire une parfaite égalité avec 1* homme. Pour moi, je consens â trouver que madame André Léo a raison et je m’engage â publier chaque semaine six petites brochures pour soutenir sa thèse, si de leur côté, les fem-

mes, même las femmes honnêtes s'engagent à être polies avec nous.

Je m'explique ;

Deux hommes sont en présence d'une femme; Vun est mal élevé, grossier, la dame s'en plaint amèrement; l'autre, gracieux, empressé ou simplement convenable, aura les petites délicatesses, les petites atténuons que les dames méritent certainement; celte femme recevra ces délicatesses, ccs attentions, d'un visage hautain, presque insolent, aura l'air de vous dire : yous ne faites que votre devoir , et prendra avec vous un peu moins de ménagements quavec son domestique.

La troisième fois que cela vous arrive, si vous êtes naturellement distingué, vous vous écriez :

— Àhî zut!

Et vous vous gardez bien d’être poli la quatrième.

A qui la faute si la vieille galanterie française se meurt ï Ce sont les femmes qui la conduisent au

lombeau, EUeslui commanderont ensuite des funérailles de première classe. Il sera bien temps!

Et puis... voulez-vous que je vous le dise, mesdames? écrivez le moins possible et ne lisez que les choses utiles à vos personnes, à vos maris et à l'État.

Je gage un article de Louis Veuillot contre un bouquet de fleurs, que pas une Parisienne n’a lu le rapport du docteur Poggioii sur les enfants électriques.

Voilà une découverte !

Cela peut s’intituler :

r/ART DE FABRIQUER D ES HOMMES ^ESPRIT

garantis deux ans ,

Explication du procédé :

Vous prenez un enfant difforme, idiot, gâteux, vous le mettez en communication avec une pile électrique et vlan! et vlan! et vlan! vous lui en donnez des piles, vous le saturez (le fluide .

Au bout d’un mois, s’il n’est pas mort, iltraduit l’anglais à livre ouvert; au bout de deux mois, s il n’est pas décomposé, il résout des équations du second degré ; au bout du trimestre, s’il n’est pas hydrocéphale, il est de force à lire l'Etendard d’un bout à l’autre.

Malheureusement, il n’est pas encore certain qu’on puisse atteindre le troisième mois,

Ce qui est déplorable pour l’Etemlard.

La France manque de génies pour le moment Ce serait le cas d'electriser M. Alfred Sirven, auteur des Vieux polissons. Si en quinze jours il dtvient un Victor Hugo, lu Chandelle ouvrit a uni souscription pour élever une statue au docLur Poggioli.

En attendant, il parait avéré que ce docteur a pris dans une classe rélùvo qui, en composition arrivait toujours beau dernier. En moins de^mps qu’il n’en faut pour apprendre un verbe grec irrégulier , il en a fait le premier de sa classe,

31* Üurtiy ne peut pas manquer une aussi belle occasion d'installer dans les lycées de France des bancs électriques pour les gâteux de chaque passe.

Une réflexion : Mais si on électrise aussi les enfants intelligents, cela les rendra-Wl plus forts ou idiots.

Soumis à u docteur Poggio Ü auquel je ne demande plus qu’une chose : la génération humaine spontanée électrique. C’est ça qui serait commode.

Page 1