L-e Momie politique
1) importantes dépêches qui, si elles ne sont pas dejnenties, ne permettent plus de conserver le moindre doute sur l'imminence d’un eonllit européen, me sont transmises de tous les points de ce globe.
Voici ces dépêches :
Londres 25 juil
Ge malin ? vers neuf heures trois minutes
comme la Chambre des communes était en train d’élaborer un biil de reforme) un gentleman paraissant en proie à la plus vive agitation, a fait irruption au milieu des lords et, boxant de droite et de gauche, s’est ouvert un chemin jusqu’aux bancs des ministres auxquels il a déclare qu’il apportait un rapport sur l’état des esprits en Autriche.
Introduit aussitôt auprès de Sa Majesté Britannique, le gentleman, en proie à la plus vive agitation, a eu avec la souveraine des Trois Royaumes un long entretien, à la suite duquel la Reine Victoria est partie en voyage dans le plus strie! incognito.
SuIût-PétersiiQurg 28 juillet.
Hier matin, au moment où le Czur, en compagnie du prince Gôrlschakoil et du général Miluline, recherchait le moyen d’adoucir le sort des Polonais en Sibérie, plusieurs coups précipités se sont fait entendre à la porte du cabinet moscovite. — Entrez ! cria résolument l’Empereur.
Aussitôt la porte hurle sur scs gonds et un individu couvert de poussière, pale, les yeux hagards, les cheveux en désordre, se précipite dans l’appartement.
— Sire, fait ce personnage poussiéreux, j'apporte à Votre Majesté un rapport circonstancié sur l'état des esprits en Autriche*
Ce matin, l'Empereur de toutes les Rassies partait en voyage clans le plus strict incognito*
Bürlln, 29 juillet.
On s'entretient beaucoup ici, dans les cercles diplomatiques, d'un cavalier masqué qui, armé jusqu'aux dents, a été vu hier traversant la ville au grandissime galop.
Ce cavalier qu'on sait être un personnage prussien de la plus haute volée, a remis à M. de Rismark un rapport sur l'état des esprits en Autriche*
Le roi Guillaume, après eu avoir conféré avec son fidèle ministre, s’est élancé dans un wagon et est parti dans le plus strict incognito.
Vienne, 27 juillet
Depuis quelques jours la police autrichienne avait remarqué, non sans être fortement intriguée, que de hauts personnages, vêtus en diplomates et appartenant à toutes les nations du globe, traversaient successivement au grand galop de fou-
gueuses montures les rues les plus désertes de la ville de Vienne,
Après de minutieuses et habiles investigations, la police autrichienne, avec cette perspicacité que l’Europe lui envie, a découvert que ces individus sont des agents des gouvernements français, anglais, prussien, russe, italien, espagnol et portugais, envoyés extraordinairement à Vienne pour constater l’état des esprits en Autriche.
Tous ces faits, rapprochés du voyage du prince Napoléon ù Cherbourg, ont une importance qui n’échappera à personne.
ï^a cour et la ville.
On sait que M» Émile Ollivier, invité ù Compïègne a bien voulu accepter l'invitation, à la conclu
lion i{ne V Impératrice ne le recevrait pas en sou* veraine et qu'il n'irait pas en député*
On cile à ce sujet un mot du célèbre orateur* qui mérite de courir le monde sous le couvert de la Chandelle,
Désireuse de fixer ce célèbre chef de parti, — toujours prêt à partir, — l'Impératrice dit gra* ci’eusemenl à un groupe d'invités parmi lesquels il se trouvait :
— Messieurs, ici vous avez toute la liberté possible.
— Oh ! madame, aurait répondu Ëmiîe Otlivi'ee, pourquoi la France n'est-elle pas invitée?
Le monde anecdotique»
On sortait du concert Besselîèvre.
Grande était la cohue.
Une dame tout à coup pousse des cris grincheux.
Tout le monde s'informe :
— Qu’y a-t-il? qu'y a-t-il ?
— C'est Monsieur qui a osé me prendre la taille ^
Le Monsieur. — Moi! par exemple! je -demande qu’on me fouille!
C’était pendant l’horreur du dernier terme de juillet.
M. de Tillancourt cherchait un appartement pour un de ses amis qui veut venir habiter la capitale.
Séduit par l’extérieur de la maison qui porte le n°25l dans le faubourg Saint-Honoré, l'illustre député entre et s’informe.
Le concierge le conduit dans l’appartement.
— Voyez, monsieur, lui dit-il, tout est remisa neuf ici. Les plafonds sont neufs, les parquets sont neufs, les papiers sont neufs...
— Alors, c’est comme les Muses? dit M. de Tillancourt.
— Comment les Muses?
— Eh oui! elles sont neuf elles aussi?
À la même heure, sur un autre point de Paris, mais par les mêmes causes fermâtes, se passait dans la loge d’un concierge une scène d’un tout autre genre.
Un monsieur, jeune encore, mais accompagné néanmoins de son lils, enfant de quatorze ans, venait d'entrer.
Le concierge, luxueusement épanoui dans sa robe de chambre, daigne lever la tête.
— Monsieur, dit le visiteur, j’ai vu que vous aviez un appartement à louer, et je serais heureux qu’il pût me convenir.
— C'est vous, monsieur, qui désirez louer cet ap| a: tement ï
— Moi- même,,,
— Impossible 1
— Et pourquoi ?
— Vous n’avez pas l'air de jouir d’une born e santé.,.
— Mais,..
— Cet enfant est le vôtre?
— Certainement.
— H a l’air bien chétif.
— Monsieur, je ne comprends pas,,*
— C’est que je n’aime pas les morts dans la mai* son... ça lfal triste !
L’ex-futur locataire court encore.
Le Monic thermal.
Sur la plage de Trou ville la marée monte doucement, doucement,
Cochinat, beau d'indolence, se balance, non dans un hamac, mais étendu sur une vague folltchonne qui le berce et palpite de plaisir sOus la pression de ce beau corps...
Non loin de là, une belle jeune femme, voulant s'élancer d'un bateau sur le sable, s’entrave dans une corde et s'étend par terre.
Cochinat sort de l’eau dans le simple appareil d’un Cochinat qu’on vient d'arracher au soleil, et accourt à elle.
— Madame, lui dit-il en lui o tirant la main, je vous demande pardon de n’avoir pas de gants.
te monde [mticiaire.
Un individu est emmené devant les juges, délicatement traîné par quelques gendarmes.
le président. — Votre profession ?
le prevenu. — Brocburier, le président. — Alors, vous avez déjà subi des condamnations ?
le prévenu, — Moi U*, jamais de ma vie ni de mes jours! C/es t ta première fois que je mets le pieds sur la justice,
le président * — Vous êtes prévenu d'avoir outragé par des menaces un gardien des Tuileries dans l’exercice de ses fonctions.
Le prévenu hausse les épaules, le président* — Nous allons l'entendre.
le prévenu, — Oui bien, nous allons l'entend re.
LE, GARDIEN* — ïi pouvait être huit heures, huit heures un quart ; le crépuscule commençait à tomber lorsque tout-à-coup j'aperçois dans la grande allée du jardin, monsieur qui se pro*
menait avec une dame vêtue d’une toilette excentrique, Je vais à lui, je lui fais mes observations et le prie poliment de sortir avec la personne*,. Alors il m’a menacé de me dévisser la tête {rire dédaigneux du provenu) j et d’autres menaces encore,
le prévenu* — Oh! en enjolivant comme ça!,*, il vous assaisonne son affaire aux petits oignons,
le president* — Eh bien, comment cela s’est-ü passé,
le prévenu. — Je vais vous dire la chose historique, J’étais allé au Pré Catcîan, où il y avait une grande fête champêtre* musique des zouaves, fanfare de la Seine, bai d’enfants, tombola* jeux de toute espèce,*. Pour lors je rencontre une belle dame qui était habillée en mousquetaire * nous faisons connaissance, et tout en causant nous revenons ensemble à Paris,** Alors voilà qu’en arrivant dans le jardin des Tuileries, ce gardien vient à nous et, d’une voix que je me permettrai de qualifier d’incongrue, v’id qu'il nous dit:
— Qu’ est-ce que c’est que ce costume? — (Tes! un costume à Madame, que je lui réponds* — Eh bien! en voilà une toilette excentrique! qu’il me dit. Vous allez bien vite sortir*,, — Ah ! par exemple! que je reprends, vous voulez que Madame se déshabille! caserait quéque chose de propre! —
Alors voilà le gardien qui me dit qu’il va nie dresser procès-verbal* Alors*.* vous comprenez?
le président. — Oui... alors vous lui avez dit : Toi, je vas le dévisser la tête!
le prévenu. “Je lève la main que jamais l'épi thète de dévisser la tête n’a été dons mes mœurs ni ma conversation*
le président. — Vous n’avez pns à lever la main*
le prévenu. — Alors, je jure sans lever la main *
LE PRÉSIDENT* — Eli VOîlà OSSCZ,
le prévenu* — Comment assez! ou m'ôte la parole!
le président* — On ne vous ôte pas la parole; le fait est bien simple, vous le niez, que voulez vous dire de plus!
le prévenu. — Rien, mais en arrangeant ça — *
Le président Rinterrompt et, après avoir ftabL lement rappelé l'affaire de la femme Doize, prononce contre le prévenu la peine de vingt-cinq fr. d’amende.
Le prévenu qui n’a pas entendu. — Est-ce que j'ai delà prison ?
le président . — Vingt-cinq fr. d’amende.
le prévenu. — Comme c'aurait élé la première fois.,.
le président, — Retirez-vous* le prévenu. — Je vous remercie, le president, — Vous n*avez pas à iris renierdur, con leu lez -vous de vous retirer d’une façon convenable*
le prévenu, — Àh bien! jetais bien sûr que vous arrangeriez ça aux petits oignons ; mais je la trouve à T oseille, moi 1
Le monde de la statistique