‹ La petite maisonChapitre 1 sur 4 · TR · texte numérisé non relu

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PARIS CHarces MENDEL, ÉbiTEuR

Rue d'eAssas, 118

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ÉLITE vivoit familicrementavecleshommes,

et il n'y avoit que Îles bonnes gens, ou ses amis intimes, qui ne la soupçconnassent pas de galanterie. Son air, ses propos légers, ses manières libres, Ctablissoïient assez cette prévention. Le marquis de Trémicour avoit envie de lengager, et

s’étoit flatté d'y réussir aisément. C’est un homme qui doit attendre plus qu'un autre du caprice des femmes. Il est magnifique, généreux, plein d'esprit et de goût, et peu d'hommes peuvent se vanter à juste titre de l’égaler en agrémens. Malgré tant d'avantages, Mélite lui résistoit. Il ne concevoit pas cette bizarrerie. Elle lui disoit qu’elle ctoit vertueuse, et il répondoit qu'il ne croiroit jamais qu’elle le fût. C'étoit entr'eux une guerre continuelle à ce sujet. Enfin, le marquis la défia de venir dans sa petite maison. Elle répondit qu’elle y viendroit, et que là, ni ailleurs, il ne lui seroit redoutable. Ils firent une gageure, et elle y alla (elle ne sçavoit pas ce que c’étoit que cette petite maison; elle n’en connoissoit même aucune que de nom). Nul lieu dans Paris, ni dans l’Europe, n’est ni aussi galant ni aussi ingénieux. Il faut l'y suivre avec le marquis, et voir comment elle se tirera d'affaire avec lui.

Cette maison unique est sur les bords de la Seine. Une avenue, conduisant à une patte d’oie, amène à la porte d’une jolie avantcour tapissée de verdure, et qui de droite et de gauche communique à des basses-cours distribuëes avec symétrie, dans lesquelles on trouve une ménagerie peuplée d'animaux rares et familiers, une jolie laiterie, ornée de marbres, de coquillages, et où des eaux abondantes et pures temptrent la chaleur du jour; on y trouve aussi tout ce que l'entretien et la propreté des équipages, de même que les approvisionnemens d’une vie délicate et sensuelle, peuvent demander. Dans l’autre basse-cour sont placés une écurie double, un joli manège et un chenil où sont renfermés des chiens de toute espèce.

Tous ces bâtimens sont contenus dans des murs de face d’une décoration simple, qui tiennent plus de la nature que de Part,

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ÉtONrEprésententenle caractère pastoral et champêtre. Des percées, ingénicusement ménagées, laissent appercevoir des vergers et des potagers constamment variés, et tous ces objets attirent si singulitrement les regards, qu'on est impatient de les admirer tour à tour.

Mélite avoit cette impatience, mais elle voulut d'abord parcourir les beautés qui la frappoient de plus près.

Trémicour brüloit de la conduire dans les appartemens:

c'étoit là

qu'il pou-

voit lui expliquer sa flamme. Sa curiosité lui étoit déjà importune; les louanges même qu’elle donnoit à son goût ne le touchoient point; il y répondoit avec beaucoup de distraction. C’étoit pour la première fois que sa petite maison lui étoit moins chère que les objets qu'il y conduisoit. Mélite remarquoit sa contenance et en triomphoit; la curiosité leût seule engagée à tout voir, mais elle y pouvoit mettre de la malice, et ce second motif valoit bien l’autre pour sy entêter. C’étoit ici une question qu’elle faisoit, là un compliment, et partout des exclamations.

« En vérité, disoit-elle, voilà qui est ingénieux au possible! Cela est charmant! Je n’ai rien vu...

— Ohfles appartemens sont bien plus singuliers! répondoit-il; vous allez voir. Ne voulez-vous pas entrer ?.….

— Dans un moment, reprenoit-elle; ceci a bien son prix : il faut tout parcourir; il y a là quelque chose que nous n'avons pas vu. Allons, Trémicour, point d’impatience.

— Je n’en ai point, Madame, dit-il un peu piqué : c’est pour votre intérêt que je parle. Vous vous fatiguerez ici à marcher, et vous ne pourrez plus.

— Oh! vous me pardonnerez, dit-elle avec un ton railleur; je suis venue ici uniquement pour marcher, et je sens mes forces. »

Il fallut qu'il essuyât cet entêtement jusqu’au bout. Il dura encore près d'un quart-d'heure. Heureusement il parvint à y soupçonner du caprice, sans quoi je crois qu'il l’auroit plantée la. Il la conduisoit par la main, et toujours il la tiroit vers la maison. Trois ou quatre fois de suite elle eut la méchanceté de se laisser entraîner jusqu'à un certain point, elle faisoit quelques pas, et elle revenoit pour examiner encore ce qu’elle avoit déja examiné. Il

l’entrainoit toujours, 1} paroïssoit marcher sur des épines; elle en rioit intérieurement, et lui donnoit de ces regards qui, par un artifice unique, disent: «Je me plus à vous désespérer, » en paroissant solliciter la complai- Soon larfin, uncrvivacite échappa à Trémicour. Elle feignit de ne le trouver pas bon, et lui dit qu’il étoit insupportable.

« C'est vous-même qui l’êtes! répondit-il; vous m'avez promis que vous verriez tout, et ho prCStonsMici | aime tres appartemens, et je veux que vous les voviez.

= Fhobient Monsieur il n'y a qu'à les voir, il ne faut point de querelle pour cela. Bon Dieu, que vous êtes prompt! »

Le son de voix et le regard qui l’accompagnoit étoient si doux qu'il sentit augmenter le défaut qu'on lui reprochoit.

« Oui, dit-il, je suis prompt,

je compte les momens. Nous venons ici avec des conventions qui m'en font une excuse. Vous les avez donc oubliées, Madame ?

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— Il n’y a point d’oubli à cela, répondit-elle en marchant; au contraire, je suis plus dans mon rôle que vous. Vous m'avez dit que votre maison me séduiroit; j'ai parié qu’elle ne me séduiroit pas. Croyez-vous que me livrer à tous ces charmes soit mériter le reproche d’infidélité 2... »

Trémicour alloit répondre, mais ils étoient alors au milieu de la cour principale, et une exclamation qu’arracha à Mélite le simple coup d'œil qu’elle y donna ne lui en laissa pas le temps.

Cette cour, quoique peu spacieuse, annonce le goût de larchitecte. Elle est entourée de murailles revêtues de palissades odoriférantes assez élevées pour rendre le corps-de-logis plus solitaire, mais élaguées de manière qu’elles ne peuvent nuire à la salubrité de l'air que l'amour semble y porter.

Il fallut encore que Trémicour dévorât ces complimens importuns que Mélite lui prodiguoit. Enfin ils arrivèrent au bas d’un perron qui conduit à un vestibule assez grand, d’où le marquis renvoya les valets au commun par un signe. Il la fit passer tout de suite dans un salon donnant sur le jardin, et qui n’a rien d’égal dans l'univers. Il s’apperçut de la surprise de Mélite, et lui permit alors d'admirer. En effet, ce salon est si voluptueux qu’on y prend des idées de tendresse en croyant seulement en prêter au maître à qui il appartient. Il est de forme circulaire, voûté en calotte peinte par Hallé; les lambris sont imprimés couleur de lilas, et enferment de trés-belles olaces; les dessus de portes, peints par le même, représentent des sujets galans. La sculpture y est distribuée avec goût, et sa beauté est encore relevée par léclat de l'or. Les étoffes sont assorties à la couleur du lambris. En un mot, le Carpentier n’auroit rien ordonné de plus agréable et de plus parfait.

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