‹ La petite maisonChapitre 3 sur 4 · L.GEISLER:Se · texte numérisé non relu

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le serment d'aimer toujours. Mélite parut touchée, et cependant fit une petite grimace.

« Vous en doutez, lui dit-il, et en effet je n'ai pas mérité de

vous persuader. Je ne vous ai attirée ici que par mes étourderies; vous n'y êtes venue que sur la foi du mépris le plus juste. Ma réputation s’armeroit contre des preuves, et c’est par des sermens que je débute avec vous!

Cependant il est certain que je vous adore. C’est un malheur pour moi, mais il ne finira point. »

Mélite ne voulait pas répondre; mais, sentant qu'il ctoit sincère, qu’elle lui devoit quelque chose, et qu’il alloit être malheureux si elle ne s’acquittoit, elle le regarda encore tendrement.

« Je vois que vous ne voulez pas me croire, reprit-1l; mais je vois en même-tems que vous ne pouvez pas tout-à-fait douter. Vos yeux sont plus justes que vous; ils expriment du moins de la pitié.

— Quand je voudrois vous croire, lui dit-elle, le pourrois-je ? Oubliez-vous où nous sommes ? pensez-vous que cette maison est dès long-tems le théâtre de vos passions trompeuses, et que ces mêmes sermens que vous me faites ont servi cent fois au triomphe de l’imposture ?

— Oui, répondit-il, je pense à tout cela; je me souviens que ce que je vous dis, je lai dit à d’autres, et que je l’ai toujours dit avec fruit; mais, en employant alors les mêmes expressions, je ne parlois pas cependant le même langage. Le langage de Pamour est dans le ton; le mien toujours déposa contre mes sermens. Il m'en tiendroit lieu aujourd’hui si vous vouliez me rendre justice. »

Mélite se leva (c’est la preuve infaillible de la persuasion quand on n’est point fausse). Trémicour courut vers elle.

«€ Où voulez-vous aller ? lui dit-il en frémissant; Mélite, j'ai mérité que vous m'écoutiez. Songez combien je vous ai respectée. Asseyez-vous, ne craignez rien: mon amour vous répond de moi...

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te ne veux pas vous entendre! lui dit-elle en faisant quelques pas. À quoi ma complaisance aboutiroit-elle? Vous sçavez que je ne veux point ÉD résisté 4 MoUt, je vous rendrois trop mal- | Réureux.. > Es |

Il ne l’arrêta point; il vit que, se trompant de porte et n'étant plus à elle-même, elle alloit entrer dans un second boudoir. Il la laissa aller, se contentant de mettre le pied sur sa robe lorsqu'elle fut sur le seuil de la porte, afin que, tournant la tête pour se dégager, elle ne vit pas le lieu où elle entroit.

Cette nouvelle pièce, à côté de laquelle on a ménagé une jolie garderobe, est tendue de gourgouran gros verd, sur lequel sont placées avec vsymétrie les wplus belles restampes "de illustre Cochin, de Lebas et de Cars. Elle n'étoit éclairée qu'autant qu'il le falloit pour faire appercevoir les chefs-d'œuvre de ces habiles

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maîtres. Les ottomanes, les duchesses, les sultanes, y sont prodiguées. Tout cela est charmant, mais ce n’est plus de cela que Mélite peut s'occuper. Elle s’apperçut de son erreur et voulut sortir: Trémicour étoit à la porte, et l’'empêcha de passer.

« Eh bien! Monsieur, lui dit-elle avec effroi, quel est votre dessein ? que prétendez-vous faire ?

— Vous adorer et mourir de douleur. Je vous parle sans imposture, mon état est nouveau pour moi. Je sens qu'il me saisit. Mélite, daignez m'écouter….

— Non, Monsieur, je veux sortir; je vous écouterai plus loin.

— Je veux que vous m'estimiez, reprit-il, que vous sçachiez que mon respect égale mon amour, et vous ne sortirez pas! »

Mélite, tremblante de frayeur, étoit prête à se trouver mal; elle tomba presque dans une bergère. Trémicour se jetta à ses genoux. Là, il lui parla avec cette simplicité éloquente de la passion; il soupira, versa des pleurs. Elle l’écoutoit et soupiroit avec lui.

« Mélite, je ne vous tromperai point; je sçaurai respecter un bonheur qui m'aura appris à penser; vous me retrouverez toujours avec la même tendresse, avec la même vivacité... Ayez-pitiéde moi! Vous voyez.

— Je vois tout, dit-elle, et cet aveu renferme tout. Je ne suis pas sotte, je ne suis point fausse. Mais que voulez-vous de moi ? Trémicour, je suis sage, et vous êtes inconstant...

— Oui, je le-fus: c'est la’faute des femmes que j'anammeess elles étoient sans amour elles-mêmes. Ah! si Mélite m'aimoit, si son cœur pouvoit s’enflammer pour moi, jamais elle ne se rappelleroit mon inconstance que par l'excès de mon ardeur. Mélite, vous me voyez, vous m entendez, et voilà tout mon cœur! »

Elle se tut, et il crut qu'il devoit abuser deson silence.

IOSa mais lui arrété avec plus d’amour qu'on n'en a souvent quandon cède

« Non! dit Mélite; je suis troublée, mais je Sçais encore ce que je fais:

vousnetriompherez point...

Qu'il vous suffise que je VOUS en crois digne ; mérilezmoi.., Je vous abhorré- IOIS Si vous insistiez!

— Si jinsistois!.. Ah!

Mélite…

— Eh bien! Monsieur, que faites-vous ?..

Ce Qué je ais. '

— Trémicour, laissez-moi!... Je ne veux point.

— Cruelle! je mourrai à vos pieds, ou j'obtiendrai… »

frémit, se troubla, soupira, et perdit la gageure.

menace étoit terrible, et la situation encore plus. Mélite

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