‹ La petite mère (volume 2)Chapitre 17 sur 45 · II. io · texte numérisé non relu

II. io

tlO LA PETITE MÈRE

êu l'honneur de vous le dire déjà, madame, dans l'état d'affaiblissement où un mal, dont nous triompherons, a fêté votre mari, les nerfs surtout sont affectés; de là, des défaillances, des découragements, toute espèce de souffrances qui le ravagent et paralysent nos efforts* L'hydrothérapie fera quelque chose pour combattre ces désordres d'un organisme épuisé; mais une bonne hygiène morale favorisera singulièrement la guérison. C'est à vous, madame, à tous les amis de M. Fuster qu'il appartient..,

— Alors, c'est Bellevue? interrompit la baronne.

— C'est Bellevue, madame, articula lentement M. Guibal, lequel, après de fréquentes visites à Thôtel Trémière, ayant sans doute flairé le désaccord entre le général et sa femme, voulut se donner le temps de suivre sur les traits de celle-ci l'effet de son petit discours.

— On ira, monsieur, murmura-t-elle opposant à l'œil investigateur du médecin un visage placide, froid, un visage d'ange à la fois impénétrable et charmante

— Va pour Bellevuel s'écrièrent les quatre praticiens en chœur.

Ils sautèrent à la porte d'un entrain admirable, et se sauvèrent.

La première pensée de Nadalewskî, qui ne se tenait pas de joie, fiit de recevoir André Fuster chez

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lui, rue des TibîUes, et pour cela il commençft à tout bouleverser dans sa jolie villa au penchant du coteau de Bellevue. Il déménagea des meubles^ les 6mtné" nagea de nouveau, arrangea, dérangea, et fiîldetnénf se rendit aux observations de sa femme, laqtielle, avec son bon sens tranquille, avait Vainement essayé^ Jusqu'ici, de lui faire comprendre 'que leur ttiaîsOH était trop étroite pour loger tant dé monde, qu'il y aurait folie à s'entasser les uns sur les antres comme des moutons dans une bergerie.

— Tu crois donc, toi, que le Jugetnfent-Derniér rà les suivre à la campagne? gronda Stéphane de mauvaise humeur.

— Pas tout le Jugement-Derrtiet- peut-éttc; ttiàis enfin s'il prenait envie au général de recevoir le révérend père Phalippou ?... Tu n^ignores pas qu'il à un faible pour lui...

— D'abord, M. Phalippou voyage en ce moment dans le Midi, à Lormières, à Bordeaux, je he sais du juste, car André me fait mystère des longues lettres qu'il reçoit chaque jour. Est-il bête !...

— Tu vois.

— Tu as raison.

André Fuster et la baronne -^ celle-ci un peu dépitée et contrainte — avaient laissé carte blanche à Nadalewski pour leur installation prochaine à Bellevue. Après d'infructueuses recherches dans le voisinage des grands bois qui couronnent la colline, Sté-

phane fut assez heureux pour découvrir, vers le milieu d'une ruelle verdoyante, isolée du bruit du village, sous les fenêtres de sa propre villa, une vaste maison inhabitée depuis longtemps. Un petit parc de quelques arpents entourait cette demeure discrète, d'architecture prétentieuse, comme la plupart des contructions dont la sottise bourgeoise enlaidit les environs de Paris. Des ormes datant de madame de Pompadour, pareils à ceux de Brimborion, non loin de là, où vécut la charmante marquise, des ifs «uperbes, des tilleuls aux troncs crevassés, mais aux branchages encore chargés de feuilles, jetaient de larges taches noires sur des gazons vivaces et drus. Çà et là, les ondulations du terrain faisaient ressembler ces herbages plantureux à des vagues moutonnantes dégringolant vers la Seine, qui décrit, dans le fond du paysage, ses méandres paresseux, presque alanguis.

Nadalewski loua le Château du père Taillard^ comme on appelle dans le pays cette maigre bâtisse, et coup sur coup en ouvrit les portes à tout un peuple de tapissiers, de badigeonneurs et de Jardiniers.

Grâce à une activité que ne cessa de stimuler la présence de Stéphane, empressé de posséder son ami, les ouvriers rendirent les clefs du Château-Taillard dans la matinée du 1 5 septembre. Tout ayant été mis en un état de décence convenable, le général pouvait arriver.

Tandis que madame Nadalewska vaquait aux der-

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niers arrangements, disposant un prie- Dieu dans la chambre de la baronne, accrochant un crucifix à son chevet, puis remplissant d'encre de la petite vertu récritoire de Madeleine, afin que cette chère enfant, en arrivant, n'eût pas à interrompre son travail, chose qui eût contrarié sa mère, notre philosophe se jetait dans un train de passage et volait apporter la bonne nouvelle à Paris.

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Hélas! quelle déception attendait Nadalewski dès son premier pas à l'hôtel Trémière 1 Au lieu de trouver, comme il Tavait cru, ce désordre des choses qui trahit un départ prochain, chaque objet était en sa place, pas un fauteuil n'était dérangé. Partout cette propreté méticuleuse et froide où se complaisent les dévots, lesquels à la longue, par une loi inéluctable de l'être plié à certaines habitudes, imprègnent le foyer domestique de la glace des églises et des sacristies.

— On ne part donc pas? demanda Stéphane, avisant David debout sous les armes devant la porte vitrée du petit salon.

— Partir ! fit celui-ci avec un haussement d'épaules.

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— J'ai pourtant écrit hier qti'on^devait se tenir prêt pour aujourd'hui.

— Ah! bien oui!...

Et, lançant son bras droit eti aVaiit par titi géstê fûrîbond, le dragon désigna à Nadalewskl ufi groupe d'une dizaine de personnes causant à roî% basse, à Pombre singulièrement éclaircie des charmilles, vêts Tune des extrémités du jardin.

— Quels sont ces gens-là ?

— Pardi ! la Paroisse dû Jugetnéiit-Demlèf.

— M. Phalippou est donc arrivé ?

— Pas encore, mais 11 a laissé des reiâplâçâfifà ])Our embêter le général... Nom de Dieu ! ces curës».^

Nadalewski s'élança à «'avers le jardin*

Au craquement de talons nouveâux-venufc sur le sabltf des allées, la baronne, dont le confessionnal^ les entretiens à mi-voix entre terre et ciel, avaient aiguisé rouie, se mit debout, et Stéphane, qui n'était pas sourd, bien qu'il n'eût pas abusé du sacrement de pénitence, crut entendre ce mot soufflé d'u» ton à peine perceptible :

— Chut!

Évidemment madame Fuster, voyant arriver l'ennemi, commandait à la troupe docile du Jugement- Dernier de tourner bride à des sujets que ne devait pas connaître l'ennemi .

Un pareil affront, quand il accourait le cœur plein

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de joie cloua notre pauvre philosophe de Bellevue sur place. L'idée lui vint, devant Pimpertinence de la dévote, la lâcheté de Fuster, lequel, ayant levé la tête, n'avait pu manquer de l'apercevoir, de ne pas tenter un pas de plus. Cependant, cette seconde d'émotion passée, Nadalewski se ressaisit tout lui-même, pt, déterminé, en dépit de madame Fuster, des révérends pères Canitrot et Barandpn, qu'il venait d'aviser assis aux côtés du général, de M. Eustazade de la Livinière, qu'il avait reconnu, malgré son soin puéril de se dissimuler derrière le tronc d'un marronnier, à une explication définitive, il avança d'un pas ferme et résolu.

Les politesses d'obligation une fois échangées, non sans beaucoup d'embarras :

— Enfin, te voilà, toi, mon vieux Stéphane ! dit Fuster, goguenardant de cet air à la fois aimable et contrarié connu des gens qui ont des torts à se faire pardonner.

— Je vois avec plaisir que je suis attendu, répondit l'autre.

— Ohl pas précisément...

— Alors, tu n'a pas reçu une lettre de moi, hier?

— Une lettre!... Ma femme, en effet...

— Tu ne lis donc pas les lettres qui te sont adressées?

— Le général m'a autorisée à dépouiller sa correspondance, monsieur Nadalewski, intervint la ba-

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