VIVE LA POLOGNE
— Dans Paris, on ne dit rien, on se tait, on ;end.
— Où est Mac-Mahon ?
-- Il a quitté Reims hier 21 avec son armée.
— Pourquoi a-t-il quitté Reims ?
— On pense qu'il marche au-devant de Bazaîne, été sous Metz.
— Tout à l'heure, à l'hôtel Trémière, le révérend reBarandon lisait l' Opinion cafAo/ijwe. J'entendais l1 et je n'ai retenu que quelques noms propres, l'est-ce que Borny?
— Une bataille perdue.
— Et Gravelotte ?
— Une bataille perdue.
— Et Saint-Privat-la-Montagne ?
— Une bataille perdue.
— Ah ! mon Dieu !
— Voilà.
— Alors, les soldats français ne se battent plus ^
— Ils ont été héroïques, au contraire. . .
— Comment expliques-tu?...
— Que faire? un contre dix...
— On ne s'était donc pas préparé à cette affreuse erre?
— On a poussé la France toute nue au-devant d'un mme bardé de fer de la tête aux pieds. Du haut de 1 armure, cet homme l'assomme impitoyable-»
înt.
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— Pauvres mères !
— Tiens, c'est horrible ! s'écria Stéphane avec un élan douloureux...
Puis sanglotant:
— France bien-aîmée! malheureuse France!
bégaya-t-îl.
Ils pleuraient tous les deux.
— Et notre Daniel? demanda-t-elle lui prenant les mains.
— C'est un homme, ce garçon, il fera son devoir, répondit Stéphane, qui se dégagea, presque honteux de son découragement. Comme il s'est battu à Frœschwiller, à travers ces affreuses vignes!... Ah! s'il pût été donné à mon père de voir cet enfant à cheval, il aurait reconnu sa race !... Notre Daniel!... Tu vois ce que dit de lui Fuster dans chacune de ses lettres. Il l'a déjà proposé pour le grade de commandant... Noble et cher fils!...
Il prît sa femme dans ses bras et l'embrassa avec transport.
— Rassure-toi, lui dit-il, tout n'est pas désespéré pour la France, et Daniel nous sera rendu. Les dépêches annoncent que le prince royal de Prusse marche à grandes journées sur Paris. Tant mieux! Paris est une des places les plus fortes de l'Europe, et on prépare des moyens de défense formidables. Si Mac-Mahon et Bazaine parviennent à faire leur jonction, il n'y a pas dç doute que les Allemands, pris
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entre deux feux, celui de Tarmée du Rhin et celui de Parmée de Paris, protégé par nos forts, ne soient écrasés... Quelle joie alors ! Une victoire, une seule, et la Fran<!e, abattue, se relève, et elle retrouve son audace, sa puissance, la vigueur mâle de sa bravoure irrésistible, et encore une fois elle éblouit le monde jaloux qui la guette de toutes les fulgurations de son génie.
Notre philosophe n'était pas sincère quand, pour rassurer sa femme, il s'abandonnait à ces belles déclamations. Dans le fond, il avait le pressentiment fatal que tout était perdu. Une chose qui le désespérait, lui tout à l'heure enthousiaste des préparatifs de défense, c'était de voir avec quelle lenteur on procédait aux portes de Paris. Au lieu de trouver là des bandes aguerries de travailleurs, déblayant, remblayant, c'était à peine s'il apercevait quelques pics indolents et quelques brouettes paresseusement traînées à travers les talus des glacis. Du reste, beaucoup de curieux et d'oisifs autour de ces rares ouvriers, discourant en parfaite tranquillité, faisant jaillir de leurs cervelles obtuses des plans hétéroclites, dessinant avec le bout d'une allumette des bastions, des redoutes, des forteresses imprenables dans la poussière du chemin.
Un jour, à la porte de Champerret, où sa promenade vagabonde l'avait Conduit, exaspéré devant tant de
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