VIVE LA POI^OGNÉ
éphane passait son temps à lire les feuilles puues, à quêter des informations de toutes parts, i de bonne heure de chez lui, il n'y rentrait sou- : qu'à la nuit, ne tenant plus sur ses jambes, écrasé coups qui écrasaient la patrie. Certes, dans les niers jours de la lutte à notre frontière de l'Est, es les préoccupations de sa tête, toutes les inkudes de son cœur avaient été pour son cher • liel. Maintenant, ses angoisses empruntaient au ictère tragique des événements quelque chose de 5 désintéressé, de plus noble, de plus grand. Hait encore chaque jour, porté par un mouveit machinal irrésistible, au ministère de la guerre, Malais-Royal, où il lui avait été donné plus d'une
fois d'approcher le prince Napoléon et où il avait conserve des amis, dans les bureaux de quelques journaux avec lesquels il était en relation, jusqtfay café du Helder, où se voyaient encore de rares officiers ; mais partout, il demandait des nouvelles de la France avant de demander des nouvelles de son fils.
Le martyre le plus atroce de Nadalewski, tiré à quatre chevaux, c'était lorsque, rentré rue Barbet-de- Jouy, Tàme tremblante de prévisions funestes, il de« . vait répondre aux questions pressantes de sa femme, laquelle, -depuis la déclaration de la guerre, comme elle le répétait elle-même, « ne vivait plus.» H est certain, en effet, qu'au lieu de vivre, madame Nadalewska avait plutôt Pair de mourir. Sans parler de sa taille haute et ferme, attestant toutes les vigueurs d'un organisme énergique, et qui s'était subitement affaissée, son teint avait pâli, ses tempes s'étaient creusées, ses cheveux, où hier encore n'apparaissaient que quelques très-minces fils d'argent, pris en masse, offraient ^ux yeux ces reflets blanchâtres et suspects qui dénoncent la transformation. Évidemment le bella matribus deiestata du poète avait percé le flanc de cette mère, veuve de son fils» juste à la veille de le voir si heureux, et, par cette blessure, sa vie s'en allait.
— Mais enfin, demandait-elle avec persistance»
que dit-on ?