LE ROI DE SARDAIGNE
Après des angoîsses qui, à certains momei laissaient à peine un souffle de vie, madarn lewska et Madeleine se résignèrent, comme S comme madame Fuster, à attendre quelque 1 tîemment.
— Sans doute le général et M. Daniel fo pour l'Allemagne, dit la marquise de Mérifo:
sont pas en position d'écrire.
— Mais, madame, nous sommes aujour 14 septembre...
— Et voilà douze jours, douze longs jou s'est battu, ajoutait Madeleine d'une voix été
— Demain, conclut la baronne, le Révère Supérieur doit célébrer dans notre chapel)
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i."*on le fait dans toutes les églises de Paris, une "and'messe des morts pour les victimes de la guerre, ous prierons Dieu de toute notre âme, de tout otre cœur, de toutes nos forces, et Dieu nous rendra 511X que nous aimons.
Le lendemain, en efifet, dès huit heures, les fidèles le la Paroisse du Jugement- Dernier se trouvaient •éunis à l'hôtel Trémière. Le petit salon ne suffisant pas à contenir pareille affluence, le flot avait débordé jusque dans le jardin. En attendant le Révérend Père S\ipérieur, qui tardait un peu, tous ces prédestinés allaient à pas très courts à travers les allées, chuchotant de rares paroles. Dans un groupe, M. de Kermareck avançait cette proposition pieuse : la France, par la dépravation de ses mœurs, son éloignement de jour en jour plus manifeste des voies du ciel, méritait grandement les malheurs qui l'accablaient. Plus loin, la marquise de Mérifons, les yeux rouges de larmes répandues, demandait à M. Darnétal, atterré de notre mauvaise fortune persistante, ce qu'allait devenir notre pays. Ailleurs, une Dame de la Solitude roucoulait une vision qu'elle avait eue, et où le divin Jésus s'était montré ^ elle armé de fouets pour nous châtier.
La baronne parut sur l'esplanade du perron. Ses traits portaient l'empreinte d'une gravité qui allait
jusqu'à la tristesse. Elle était entourée de Madeleine
et de madame Nadalewska, affaissées, se soutenant à f>eine. A quelque distance, les suivait Stéphane Nadalewski, Tattîtude ferme, mais le visage bouleversé, presque livide. Ils descendirent tous quatre les degrés du perron, marchant vers madame de Mérifons, la- , quelle, en les apercevant, s'était levée de la chaise qu'elle occupait sous les arbres, et s'était avancée à leur rencontre.
— Du courage, ma chère Thérèse! murmura la vieille marquise, donnant à madame Fuster un baiser maternel au front.
Puis, enveloppant de ses mains d'une blancheur de cire les deux mains de madame Nadalewska :
— Madame, vous ne tarderez pas à recevoir de sei nouvelles. Le ciel, Je vous le jure, ne voudra pas que vous soyez la plus malheureuse des mères...
Enfin, pressant Madeleine contre sa poitrine, riche de tous les sentiments de la terre :
— Dieu garde le général et le capitaine, mon enfant,j^t tu ne les perdras ni l'un ni l'autre, va !
Stéphane salua madame de Mérifons, et, pour le bien qu'elle venait de faire aux siens, à lui-même, il lui dît avec tout son cœur :
— Merci, madame la marquise, merci !
Comme la baronne, madame Nadalewska, Mad^
leine, qui n'avaient pu arracher une parole à lea^ lèvres glacées, acceptaient les sièges qu'on venait à leur offrir et se disposaient à s'asseoir, la cloche à