LE ROI DE SARDAIGNE 27I
la Paroisse ébranla Phôtel et le jardin de ses éclats retentissants.
•— Le Révérend Père Supérieur entre dans la cour! dit madame Fuster, la langue subitement déliée.
Avant que notre conciliabule d'élus, au repos à Pombre des charmilles, coupant court à des entretiens bien chers et bien intéressants, se fût tout entier remis sur pieds, que les Dames de la Solitude, quelques Sœurs timides de la Providence, mêlées aux Sœurs plus timides encore du Jugement-Dernier, eussent enfoui modestement leurs mains, heureuses de respirer le grand air, dans les vastes manches de leur habit, eussent pris cet air penché familier à toutes les religieuses, le révérend père Phalippou, entouré de ses deux Assesseurs, se montrait au seuil de la porte vitrée du petit salon.
— O mon Dieu ! s'écria la baronne, qui, avant tout le monde, avait discerné Pair singulièrement contristé du Révérend Père Supérieur.
D'un élan commun, la Paroisse, afifamée de nouvelles, se rua vers le perron.
— Je vous en prie, monsieur, dit Nadalewski , arrivé le premier auprès du moine, s'il nous est arrivé malheur, ne parlez pas devant ma femme, de vant Madeleine, devant madame Fuster...
— De grands malheurs, d'irréparables malheurs, gémit-il.
— Je VOUS en supplie, je vous en supplie, répéta Stéphane, glacé de la tête aux pieds.
— Parlez, Révérend Père Supérieur, intçrvint madame Fuster.
— Le coup m'a été terrible, articula-t»il.
— Ah! mon père est mort! gémit Madeleine, appuyée sur le bras de M. Darnétal.
— Non, mademoiselle, non! se h^ta de dire le révérend père Phalippou.
— Alors, c'est mon fils, s'écria Stéphane, dont la main, impatiente comme son âme du secret qu'on lui cachait, sans trop se rendre compte de ce mouvement, avait agrippé le scapulaire flottant du religieux.
— Non, non.
— Mais, voyons, il y a quelque chose de cruel, Révérend Père Supérieur... interjeta M. Darnétal d'un accent presque indigné.
— Monsieur, riposta le moine sévère, si, en défendant la France contre ses ennemis, le général Fuster et le capitaine Nadalewski avaient été tués, le malheur serait immense pour madame la baronne Fuster, pour M. et madame Nadalewski. Mais, sans parler des consolations qui leur viendraient de nous tous, fermement attachés au général, à ce noble jeune homme qui se bat à ses côtés, ils puiseraient quelque force contre la douleur dans le sentiment de fierté que laisse toujours après elle une mort glorieuse. L^