III
33â La PfiTitB lÉÈRti
si elle avait hâte d^étre instruite des résultats d'un voyage dont peut-être seule elle connaissait Tobjei, pencha sa tête en avant, prête à Tinterroger. Mais ce prêtre, à qui rien n'échappait, qui creusait tout, devinait tout, se contenta de lever la main et de montrer la haute muraille du Pertuis. Évidemment, il parle» rait, mais il parlerait là où il lui paraîtrait conve* nable de parler.
Ce geste du Révérend Père Supérieur, à peine perceptible à qui n'eût pas été initié à la vie d'obéissance absolue que crée la religion, renfermait un ordre pour madame Fuster. Elle se précipita et ouvrit k porte du salon. Le religieux y pénétra le premier, suivi d'un cortège où chacun faisait la figure qu'il pouvait: la baronne, une figure rayonnante ; madame NadaleWska, une figure résignée; Madeleine, une figure inquiète; sœur Aimée-de-Jésus, une figure humiliée; le révérend père Barandon, une figure béate ; Stéphane, une figure attristée, sombre, farouche, qu'illuminaient de temps à autre les éclairs rouges d'une fureur péniblement contenue.
— Madame la baronne, dit le révérend père Phalippou, refusant le siège que madame Fuster venait de lui tendre et demeurant debout, je ne soumettrai pas votre impatience à une plus longue attente, bénissez Dieu, auteur de tout bien : le général est sorti sain et sauf de cette horrible guerre et l'état de sa santé est satisfaisant.
VOICI l'homme 339
— Que Dieu soit béni, il est l'auteur de tout bien ! répéta madame Fuster.
— Mon père vous a donc écrit, Révérend Père Supérieur ? s'écria Madeleine.
— Votre père m'a parlé, mademoiselle.
— Comment ! vous avez vu le général ? s'écria Nadalewski.
— Je l'ai vu.
— Alors, vous ne revenez pas de Lormières ?
— Je reviens de Mayence.
— Monsieur, avant d'entreprendre un pareil voyage, peut-être auriez-vous dû m'en informer. Je n'aurais pas hésité à me joindre à vous...
— C'est justement parce que, connaissant la force du sentiment qui vous lie au général, vous n'auriez pas hésité à m'accompagner, que, madame la baronne et moi, le lendemain de l'arrivée de Davi'd à Paris, nous jugeâmes à propos de ne rien vous dévoiler de nos projets. Si vous fussiez venu en Allemagne, il vous fallait abandonner des personnes qui vous sont chères et qui, après l'épreuve que le ciel vous a envoyée, ne pouvaient se passer de vous...
-—Monsieur, vous n'êtes pas le seul ami du général.
— Non certes, monsieur Nadalewski ! le général en a d'autres, et parmi ceux-là, au premier rang, vous qu'il aime toujours comme un frère. Nous avons eu occasion, luttant pour des causes diverses, de nous
heurter plus d'une fois, et bien que, habitués Vun et Tautre à hanter les horizons si vastes de la science ou de la foi, nos petites batailles n'aient laissé aucune amertume dans nos cœurs, il est évident qu'elles ont fini par introduire je ne sais quelle gêne, quelle froideur dans nos relations. Chose triste et qui constate la fragilité des rapports humains 1 sans nous en apercevoir, nous en sommes arrivés, à force de coups d^épingle, à ne plus nous dire un mot quand le hasard nous fait nous rencontrer, presque à ne plus nous saluer...
Il respira deux secondes. Puis, reprenant avec véhémence :
— Monsieur Nadalev^rski, avez- vous remarqui avec quelle chaleur sympathique tout à Theure ) vous ai serré la main ?
— Monsieur... balbutia le philosophe.
— Ce n'est pas moi qui vous donnais cette preu si douce d'amitié, c'est le général Fuster.
— Le général ?...
— Au moment où Je le quittais, il me dit : — «S tout, Révérend Père Supérieur, je vous en prie, ap vous être employé à relever le courage de ma femi de mon enfant, consolez madame Nadalewska, c solez mon cher Stéphane. Tenez, transmettezcette poignée de main où je mets tout mon cœur.
Nadalewski marcha vers le religieux.
— Mon Révérend Père, lui dit-il, que
VOICI l'homme 341
^nage d'affection que vous avez bien voulu me r me vienne du général ou de vous, je l'acî avec reconnaissance. Si quelque petite bataille, lu^il vous plaît d'appeler nos divisions miséraioit être encore livrée entre nous, nous tâchel'y mettre moins d'acharnement Tun et Pautre, ne Jamais nous priver du plaisir de nous serrer in. Des adversaires ne sont pas des ennemis, voix de Pauteur de VEssai sur les Miracles lait. Le révérend père Phalippou paraissait lé. Tout à coup , peut-être cédant à la fatigue, ître préoccupé de dissimuler une émotion qui
jusqu'au malaise, il s'assit. Tous les yeux t fixés sur lui, même les yeux débordant de s de madame Nadalewska, remuée plus viveque personne par les paroles attribuées au. gé-
Le Supérieur du Jugement-Dernier releva sa Durde de pensées.
Aller à Mayence, dit-il, en dépit des voies ores barrées par les armées française et allemande, t pas chose impossible. On avait bien d'autres ns par la Suisse, voire par la Belgique et par 2. Mais une difficulté se dressait peut-être insurible : c'était quand, arrivé à Mayence, il me lit pénétrer dans la foneresse où se trouvait pri- 2r le général. L'idée d'un obstacle qui ne m'avait ippé tout d'abord, s'empara à ce point de mon , qu'elle devint ma préoccupation unique, et
que cette préoccupation se changeait en un véritable ^-^.j tourment à mesure que je m'éloignais davantage de j.^; Paris. J*avais pris un billet pour Genève. A Ambérieux, on eut quelques minutes d'arrêt. Comme je me promenais sur le quai, tâchant de secouer mes inquiétudes, un train qui revenait de Cbambéry fit halte à son tour avant de gagner Lyon. Mes yeux, complices de mon âme indécise, s'attachèrent à cette longue file de wagons qui descendaient de la Savoie, avec une fixité singulière, et soudain cette voix que tout homme a edtendue au fond de lui-même aux heures décisives de sa vie, et qui pour moi établit la preuve irrécusable de la permanence de Dieu dans sa créature, me cria distinctement : — « Monte, va à Lormières. » — A l'instant j'obtempérai à Tordre reçu. La parole de Dieu avait été impérative, elle avait eu, selon les termes de l'Écriture, <c la rapidité du vol, velociter currit sermo ejus, »
Après une pause, le révérend père Phalippou reprit :
— 11 existe à Lormières un saint qui, dès les premiers jours, prodigua à l'Ordre naissant du Jugement- Dernier les témoignages de la plus touchante sympathie, de rintérêt le plus haut et le plus magnifique. N'ayant jamais entrepris quoi que ce soit d'important sans avoir sollicité le conseil du révérend père Trézel, membre très éminent de la Compagnie de Jésus, j'avais eu tort de le négliger en cette grave
VOICI l'homme 343
^^njoncture, et la souveraine miséricorde de Dieu me ^^menait à lui par la main. Je me laissai conduire directement. Le lendemain, je frappais à la porte du Collège de Saint-Stanislas-Kostka, que dirige, sur les bords de l'Arbouse, le révérend père Trézel...
— Mais, monsieur, si, au lieu de passer par Lorloières, nous arrivions tout de suite à Mayence ? inter* rompit Nadalewski.
— Monsieur Nadalewski, le ciel me préserve de m'en glorifier ! mais nos habitudes d'esprit ne sont pas les mêmes. Vous, vous procédez vivement, et, vos preuves données, vous vous hâtez de conclure ; moi, j'use en mes discours d'une sage lenteur, préoccupé de ne laisser dans l'ombre aucun point de mon sujet, fier de découvrir le nom de Dieu, qu'il faut savoir démêler au fond des moindres choses humaines, et de le faire resplendir à tous les yeux.
— Je vous écoute, monsieur, dit Stéphane se résignant.
Nous sommes obligé de le reconnaître, si Nadalewski, aux profondes parenthèses où le révérend père Phalippou plongeait sans jamais se noyer, avait de la peine à réprimer certains mouvements d'insupportable ennui, si une fois, à propos des voix intérieures qu'entendent les hallucinés, non point les hommes en pleine possession de leur cerveau, il avait manqué de hausser les épaules, il s'en fallait que les autres auditeurs de ce prêtre habile éprouvassent
la même impatience, à travers l'ingéniosité de ses détours. Sans doute Madeleine aurait préféré qu'on Fentretînt sans retard de son père, sans doute madame Nadalewska aurait mieux aimé qu'on lui parlât à brûle-pourpoint du général, sa douleur dût-elle s'en trouver accrue par la nouvelle de quelque fait inconnu de David et ayant trait à la mort de Daniel; mais madame Fuster, mais le révérend père Barandon, mais la sœur Aimée-de-Jésus, mais le frère Édelestand écoutaient le Révérend Père Supérieur avec cet abandon des oreilles et de l'âme qui, née de la discipline dans les Ordres monastiques, finit par devenir pour les natures possédées de la religion une jouissance, «la jouissance de la soumission», comme écrivait ce pape terrible qui s'appelait Innocent III.
Durant un long moment de silence, de ce silence particulier qui tient de l'adoration et où les prédicateurs, a dans la chaire de vérité », se complaisent à se rafraîchir, après les saintes excitations de la parole évangélique, le Supérieur du Jugement-Dernier, promenant un regard satisfait sur son auditoire attentif :
— Le révérend père Trézel m'entendit avec cette bienveillance affectueuse qu'il ne cessa de me témoigner en aucune circonstance à travers mon apostolat. Si je n'étais le plus humble des serviteurs de Dieu et le moins purifié des taches qu'on gagne au contact
VOICI l'homme 345
des hommes, j'oserais avouer qu'en écoutant ce religieux, je repassais en mon esprit la lettre admirable que saint Ambroise écrivait à saint Augustin, à propos de la fraternité qui devait exister entre les prêtres de son temps : — « Fratres estote in terra apud Ecclesiam^ sicut eritis fratres in cœlo apud Deum... »
— Enfin, monsieur!... ne put s'empêcher de s'écrier Stéphane, exaspéré.
« — Vous verrez le général, me dit le révérend père Trézel,
« — Vous avez donc un moyen de me faire pénétrer dans la forteresse?
« — Ceci regarde le révérend père Doërr, provincial de notre province de Mayence. Je vous remettrai une lettre pour lui.
€ — O mon Révérend Père , quelle reconnaissance I...
« — Ne m'avez-vous pas dit que le général Fuster a été utile à l'œuvre du Jugement-Dernier?
« — Et je ne puis que vous le redire, mon Révérend Père.
« — C'est pour cela, uniquement pour cela que j'écrirai à notie Provincial de Mayence... Révérend Père, à mesure que vous irez dans la vie religieuse, vous comprendrez que l'homme n'est intéressant que par les liens qui l'attachent à Dieu. Pour moi, je m'efforce de faire dominer Dieu dans mes moindres actions. La devise de notre glorieux Fondateur fut :
— Pour la plus grande gloire de Dieu, Ad major em Dei gloriam!
« Trois jours après, j'étais à Mayence.
« Si le révérend père Trézel est avare de paroles, le révérend père Doërr est muet ou peu s'en faut. Il lut la lettre dont j'étais porteur, et, la repliant, il me dit ces simples mots :
« — J'aviserai.
« En même temps, ayant fait un signe, il me confia à un Frère, chargé de prendre soin de moi. Jamais je ne perdrai le souvenir de cette hospitalité discrète. On ne se répandait pas en vains discours; mais quel accueil chaleureux je reçus partout, et de quelles prévenances délicates ne m'entourèrent pas Pères et novices à l'envi ! Véritablement, si tant de devoirs, et ceux de ma fondation, et ceux aussi de mon amitié, ne m'eussent rappelé ici, comme il m'eût été doux de déployer, en cet endroit comblé de bénédictions, la tente dont parle le divin Maît-re et de me reposer là!.,. Le lendemain de mon arrivée, le Frère attaché à ma personne me fit visiter la ville, surtout l'église de Saint- Ignace, la plus belle de Mayence.
« Enfin, après une attente cruelle de huit jours, on me prévint que le Révérend Père Provincial demandait à m'entretenjr. Je trouvai le révérend père Doërr debout, tenant à la main une enveloppe de forme carrée.
« — Voici, me dit-il, une lettre pour le comman-
VÔICI L*HôkME ' i^f
t de la forteresse où est retenu prisonnier le géil français baron Fuster. J'ai à m'excuser de vous ir fait attendre ; mais j'ai dû négocier un peu pour snir cette autorisation de visite. Je vous avouerai ne qu'un moment j'ai craint d'être obligé d'écrire Révérend Père Recteur de notre résidence de lin pour l'inviter à intervenir et à aplanir les "S. Soyez prudent. Surtout, si le général baron iter vous touche un mot de ce qui a déterminé la ure si rigoureuse dont il est l'objet, gardez-vous rien lui conseiller qui puisse exalter les sentiits où vous allez le trouver. Encore que la terre misérable et trop petite pour contenir l'homme, omprends qu'on aime le pays oti l'on est né ; 5 peut-être le patriotisme, cette vertu étroite s tout chez un catholique, quand les circons» îs l'exigent devrait-il savoir fléchir...
— Alors son patriotisme a poussé le général. 4*
— Soyez prudent, interrompit-il de nouveau.
La lettre du révérend père Doërr en contenait mtre signée d'un ministre de la cour catholique ivière. Le commandant de la forteresse, un perage rogue et dur, lut celle-ci, et, sans m'adresser lot courtois, — il lui en coûtait de laisser voir prisonnier, — donna l'ordre à un officier subal-
de me conduire vers le général, ^près une promenade interminable à travers les ; de la citadelle, puis les corridors humides d'un
348 LA PETITE IfÈRB
immense bâtiment noirâtre, encombré , hérissé de redoutes, de bastions, de défenses de toutes sortes, nous arrivâmes dans une cour étroite où Therbe poussait entre les pavés. Une sentinelle se promenait de long en large dans une bande mince de soleil qui d'en haut tombait au fond de ce gouffre^ à travers les mille obstacles des murailles et des tours élevées comme des clochers. Mon guide dit un mot à ce soldat. Celui-ci, après s'être incliné, fit quatre pas et ouvrit une porte basse au rez-de-chaussée. Le général était devant moi. »
— Mon Dieu, je vous rends grâces! articula la baronne.
— O mon père, mon pauvre cher père! murmura Madeleine d'une voix étouffée.
Le religieux reprit avec tranquillité :
— Vous devinez Taccueil qu'il me fit. Une longue minute nous restâmes dans les bras Tun de l'aulçe; puis nous nous regardâmes longtemps sans parler.
« — Et ma femme? me demanda-t-il enfin.
« — Madame la baronne va bien, lui répondis-je.
<x — Et Madeleine?
« — Tout à fait remise, désormais.
« — Et mes amis ?
« — Ils ont du courage.
« — Et...
a II se mordit les lèvres ; puis, regardant TofiScier
VOICI l^homme 349
qui m'avait accompagné et qui demeurait debout contre la porte entr'ouverte :
a — Monsieur, si vous avez reçu des instructions pour écouter mon entretien avec le Révérend Père Supérieur de l'Ordre du Jugement-Dernier, je n'ai plus à ajouter un mot. J'ai reçu des nouvelles des miens, cela me suffit. A présent, vous pouvez reconduire le Révérend Père Supérieur.
« Comme il m'adressait un geste de congé, mon guide se retira. Le général courut à la porte et s'assura qu'elle était fermée, bien fermée.
« — C'est horrible ! gémit-il d'un accent désespéré.
a Je lui pris les deux mains et l'invitai à la résignation. Il ne m'écoutait pas : à travers une vitre obscurcie par des barreaux de fer entre-croisés, son œil, où à la haine se mêlait la méfiance, suivait dans la cour la sentinelle arpentant automatiquement le pavé. Enfin, l'espèce de trépidation qui lui agitait les membres tomba, sa noble face, belle de tant de combats livrés, de tant d'épreuves subies, se retourna vers moi, et ces paroles à voix basse s'échappèrent de ses lèvres :
a — Et la France, mon ami? et la France?...
<c Je lui appris l'investissement complet de Paris.
« — Est-ce possible I s'écria-t-il.
a II s'abandonna à une douleur que je n'essaierai pas de vous peindre. Ce furent des mouvements de rage, des élans d'emportement farouche contre tous III. 3o
350 LA PETITE uklLU
ceux qui n'avaient pas fait leur devoir, qui avaient livré la patrie. Pourquoi avait-on déclaré la guerre, si Ton n'était pas prêt ? Pourquoi les chefs avaient-ils si mal commandé?... Paris assiégé !... Tout ce qtfily avait de fier en lui, de vaillant se révoltait.
€ — Et moi, je suis enfermé dans une prison, inutile à mon pays, qui se bat encore, qui mourra peutêtre, faute d'être secouru par tous ses enfants. Si du moins je ne voyais pas cet abaissement, cette honte! si le sabre de l'ennemi m'avait abattu glorieusement, comme il a abattu cet enfant que j'ai aimé commeun fils, Daniel Nadalewski !
— Daniel ! soupira Madeleine,
— Daniel ! répéta Stéphane entre ses dents*
— De grosses larmes mouillèrent son visage, poufsuivit le religieux, et comme ces larmes, jaillies soudainement, l'avaient aveuglé, il demeura immobile au milieu de cette pièce sombre et basse, qu'il parcourait d'un pas effréné. Je profitai de ce moment pour le ramener vers l'unique chaise de la prison et lui adresser quelques paroles d'espoir, m'efforçant de lui faire entrevoir un relèvement possible de la fortune de la France. Mais, au moment de s'asseoir, il m'échappa, et, par la fenêtre, montrant le poing à là sentinelle de la cour :
« — Par exemple, gronda-t*ilj ils se sont montrés avisés en m'enfermant, car, je vous le juré, mon Révérend Père, s'ils m'eussent laissé libre, je ne me
VOICI L*H0M1CE 35l
serais pas engraissé avec leur pain. Comprend-on que, lorsque notre pays succombe, Mayence soit pkine d'officiers français se promenant en paix sous Toeil de Tennemi, comme ils pourraient le faire dans nos villes, allant au café parmi l'ennemi, à la pension parmi l'ennemi, comme s'ils étaient encore dans les garnisons de Tours ou de Bordeaux! Ils ne savent donc pas que la France est peut-être morte ?
a — Us ont prêté serment de ne pas se battre contre l'Allemagne.
« — Un soldat qui prête serment de ne pas se battre, est-ce un soldat ? Il n'est pas de serment contre Phonneur, il n'en est pas contre le devoir ; or, l'honneur comme le devoir d'un soldat est de lutter tant qu'il n'a pas été mis dans l'impossibilité absolue de le faire. Prêter serment d'abandonner sa patrie ! Jamais!... J'ai pu subir la honte d'une capitulation consentie sans moi, je n'accepterai point celle de ma propre capitulation. En descendant de wagon à Mayence, vers dix heures du soir, des tables abondamment servies attendaient les officiers de l'armée captive et des logements convenables leur étaient réservés dans des maisons particulières ou dans des hôtels. Tout mon corps exténué, affamé, a tressailli d'aise ; mais ma pensée engourdie, se réveillant au moment où j'allais occuper une chaise dans la salle à manger, a vite réprimé ces mouvements satisfaits de la bête :
« — Messieurs, me suis-je écrié, reculant avec f horreur et m'adressant aux officiers allemands « chargés de nous faire les honneurs du repas, le géa néral baron Fuster vous déclare qu'il ne s'assiéra t pas à cette table, et qu'il va reprendre incontinent « le chemin de la France pour vous y combattre de « nouveau, si vous ne vous donnez pas la peine de le c garder.
a — Comment, général, s'est écrié un colonel de € uhlans, vous refusez les avantages que la magnitt mité du roi Guillaume...
« — Votre roi est magnanime, monsieur, c'^est in- « contestable ; mais je refuse les avantages dont vous € parlez. Je veux être nourri comme sont nourris nos « soldats et être enfermé comme eux,
« Plusieurs de mes camarades, généraux, colonels, chefs d'escadron, quelques capitaines, sourds à ce qui se passait, mangeaient déjà, ou plutôt dévoraient les premiers plats servis avec une sorte d'avidité gloutonne. Quelques-uns, l'estomac trop serré par les désastres de la patrie, étaient à peu près à jeun depuis Sedan. Je touchai l'épaule du plus rapproché de moi. Il leva la tête. Ciel ! je le reconnus.
< — Eh bien, Barriquand, vous ne voulez donc pas rejoindre vos hommes ?
€ — Mes hommes, mon général, répondit-il, se « plantant debout... Mes hommes, répéta-t-il. Ah! c si vous saviez comme ils se sont battus !
VOICI l'homme 353
c Et me montrant, par un geste puéril et sublime, les passementeries de son uniforme :
€ — Cest à eux, balbutia-t-il en pleurant, que je « dois le grade de chef d'escadron.
€ — Officiers français de toutes armes et de tous « grades, m'écriaî-je de nouveau, le général de division « baron Fuster va retrouver ses dragons, parqués dans « un camp sur les glacis de la citadelle de Mayence ; « n'ayant aucun droit de commander, il ose inviter « chacun de vous à rejoindre les hommes de son « corps.
<r — Au camp ! au camp ! s'écrièrent cent voix résolues.
« Incontinent, les tables furent désertées, et, sur mes pas, la colonne profonde des officiers français s'achemina vers la porte de la salle à manger. Les soldats allemands disséminés de part et d'autre, silencieux , immobiles , l'arme au pied , regardaient avec calme cette émeute de prisonniers... Cependant, par les fenêtres ouvertes, on percevait des sons de voix au dehors, peut-être des cris de commandement; puis de temps en temps la plaque d'un casque prussien, s'allumant à la lune, rayait la nuit d'un filet d'or. Nous débouchâmes comme un flot sur les quais de la gare, et sans trop savoir où je conduisais ma troupe dans l'obscurité, bien que je ne connusse pas Mayence, j'allais à tout hasard piquer en avant, quand, au moment où nous franchissions la voie
ferrée, la masse épaisse d'un régiment de la landwehr, pareille à un rempart, se présenta devant nous, En moins d'une minute, nous fûmes enveloppés, cernés, réduits à reculer... O rage! être soldat et n'avoir ni une amorce à brûler, ni un sabre à tirer du fourreau ! Evidemment, une pareille lutte eût été insensée. Je ne réponds pas de ce qui serait arrivé, si le malheur nous eût laissé une arme à la main. Dans les grandes catastrophes, il faut faire toujours la part très large au désespoir. Qui sait d'ailleurs sij par cette folie du désespoir, l'homme, créature de Dieu, décelant la hauteur de son origine, ne prouve pas qu'il est au-dessus des écrasements de la fortune, de toutes les fatalités de l'univers? »
Le révérend père Phalippou, qui prêchait, en articulant cette dernière phrase, peut-être de son cru, avait lancé sa main droite en avant par un geste qui lui était familier dans ses grands effets oratoires et que toute la Paroisse du Jugement-Dernier connaissait pour ravoir senti comme un coup de fouet. Puis il ramena ses bras lentement et se recueillit.
Chacun retenait son haleine, et le silence fut tel dans le salon de la Maisonnette que le bourdonnement d'une abeille, entrée par la porte de la vérandah, y détonna comme un coup de canon. La brillante mouche d'or, alourdie par la provision de pollen butiné parmi les dernières fleurs de la saison estivale, après a^oir tournoyé aux environs du Supérieur du
VOICI l'homme 355
•■ Ugement-Dernier, menaça à plusieurs reprises de se poser sur sa tête, où la tonsure monastique livrait ^ nu un large espace de nuance bleuâtre, puis lui affleura le bout du nez de son aile rapide et nacrée. Le révérend père Phalippou sourit. Qui sait si ce prêtre austère, mortifié de chair et d'esprit, succombant à quelque obscure tentation de vanité au Souvenir de ses prédications éloquentes, n'avait pas pensé aux abeilles de THymette voltigeant sur les lèvres de Platon ? Prenez l'homme le plus grand, il est si petit.
— Dans la cellule du baron Fuster, poursuivit-il, s'arrachant à la complaisance de certaines idées toutes personnelles, juste contre la fenêtre donnant sur la cour intérieure de la forteresse, est placée une table de sapin. Au point du récit où il en était arrivé, le général, las de se tenir debout, se rapprocha soudain de ce pauvre meuble écloppé et s'y assit. Une chose me frappa dans son élan pour sauter sur la planchette de la table : je ne sais à la fois quelle gêne et quelle lenteur dans les mouvements.
« — Vous souffrez, mon ami ? lui demandai-je.
« — Je vous prie, Révérend Père Supérieur, d'imiter mon exemple.
« Et, sans répondre à ma question, il me montrait la grosse chaise de paille.
« — Dites-moi si vous souffrez.
« — Quelques légères douleurs aux articulations
J'en ai bien vu d'autres à Bordeaux et dans lacham» bre des Tapisseries.
c — II doit y avoir une infirmerie dans la citadelle, et si vous veniez à tomber malade, il faudrait...
€ — Chez Tennemi, on peut mourir, mais on tfa pas le droit d'être malade, et je ne serai point malade, je vous en réponds... Mais laissons ces misères et ayez la fin de mon récit, que vous rapporterez en Touraine à ceux que j'aime , et, si cela vous est possible, mot pour mot. J'y tiens...
« Ce soir-lâ, il n'y avait pas de lune, et c'était au milieu d'épaisses ténèbres que défilait notre colonne. Après nous avoir fait traverser deux ou trois rues, on nous jeta dans des quartiers déserts, des boulevards perdus, éclairés par de maigres becs de gaz, puis nous grimpâmes le long de talus assez roides, et finalement nous touchâmes à la porte de la citadelle. Cette marche dans l'ombre s'était accomplie sans une parole de notre part; à peine de temps à autre un gémissement arraché peut-être par la faim, peut-être par l'exténuation des forces, peut-être aussi par la douleur cuisante de quelque blessure cachée, car plusieurs, que les fourgons d'ambulance de l'ennemi eussent emportés douillettement en captivité, avaient préféré être empilés dans des wagons à bestiaux et ne pas quitter leurs camarades, leurs hommes. On expirerait en route ; qu'importe I on aurait devant soi un uniforme français, c'est-à-dire la France...
VOICI I. HOXXC ^?7
* enez, ce vieux chef d^escadron Barriquand« que vous ^Vez vu se repaître goulûment à la gare« un éclat ^^obus lui avait broyé la main droite. Comme il me Connaissait, ayant servi sous mes ordres en Italie, il ^^était placé à mon côté. En passant sous un réverbère, j^avisai des linges qui pendaient de son bras.
c — Qu'avez-vous là ? lui demandai-je.
€ — Ça ? dit-il avec un gros rire, un atout ^ parbleu !
c — J'ai appris depuis, par le médecin-major prussien qui fait chez nous ses rondes réglementaires, qu'on avait dû amputer Barriquand. S'il ne m'avait appris que cela, ce major ! Mais il m'a fallu entendre bien d'autres nouvelles attristantes !...Mon Révérend Père, la plupart des officiers qui sont entrés avec moi dans cette citadelle, et qui, le premier soir, électrisés par un enthousiasme douloureux qui les fit un moment les plus nobles, les plus dignes enfants de la France, demandaient qu'on les fusillât pour en finir, sont sortis d'ici un à un. Ils marchent, se promènent, vivent librement à travers Maycnce. Je ne blâme personne ; mais je n'envie pas une liberté acquise au prix d'un lâche reniement de la patrie. J'aurai l'orgueil de vous avouer que si d'autres, attirés par moi dans cette prison, ont reçu des propositions d'élargissement, il ne m'a été adressé aucune proposition de ce genre. Je considère la timidité de l'ennemi devant mon attitude comme le plus beau triomphe de ma vie militaire, et vous me pardon-
nercz si je vous avoue que ma captivité à Mayence me paraît le plus rude coup d'épée que j'aie jamais donné pour la gloire de mon pays. »
€ Après ces paroles, où respiraient une fierté, une conviction héroïque, le général quitta la place (juî. occupait sur la table et se remit à marcher. Soudain, un cri lui échappa, et il demeura fixe, comme », entravé par quelque brusque paralysie, il se trouvait dans l'impossibilité absolue de se mouvoir. Pallai à lui.
« — Un élancement dans la jambe gauche^ me ditil. Ce n'est rien.
« Puis, se mettant à arpenter les dalles :
€ — Recommandez au révérend père Canitrot de préparera mon intention un pot de sa pommade; j'en aurai peut-être besoin après la guerre.
« — Cependant, si le rhumatisme se réveillait, vous ne devriez peut-être pas attendre...
« — Le rhumatisme ! C'est bon en France, cela; mais en Allemagne!... Le coffre est solide, allez, Révérend Père Supérieur, ajouta-t-il, s'appliquant d'un geste rude la main droite sur la poitrine.
€ Ce mouvement, empreint d'une certaine violence, détacha un bouton de l'uniforme usé; l'uniforme s'entre-bâilla, et, sur la chemise du général, touchant sa chair, brilla la petite croix d'argent que je lui avais donnée à son départ.
kit- r
voiCi l'hômiib 359
« — Mon Dieu I m^écrîaî-je ému.
« — Mon Dieu I répéta-t-îl.
« Et, pour m'indîquer clairement où il puisait, baque jour, à toute heure, les forces si nécessaires à ^ longue épreuve, il saisit le signe de la Rédemption ^ hommes et le baisa respectueusement. Des larmes ie remplissaient les yeux, il me fut impossible de arler, mais je pus lever le bras pour bénir le prî- >nnier.
c Mesdames, messieurs, continua le révérend père halippou, se levant pour donner peut-être plus ^éclat tout ensemble et de solennité à la fin de son kit, une bénédiaion ne suffisait pas au général, ette âme fervente, qui connut Dieu trop tard, mais ai désormais aspire à lui, « comme le cerf aspire près Peau des fontaines, » laissa monter vers moi n long soupir d'angoisse. Je compris ses inquiétudes, îs secrètes aspirations, car, cédant à son cœur emrasé du désir de se purifier et de renaître à la grâce, î général était tombé â genoux. J'entendis sa conîssion et lui appliquai, dans leur plénitude, tous les léf ites du sacrement de pénitence.
€ Quelle joie, quand M. Fuster se remît debout ! a face rayonnait, on eût dit que Dieu venait de la Ducher. Mais le pénitent, qui avait déposé le fardeau le ses fautes et s'en trouvait plus léger, ne pouvait upposer jusqu'où va la miséricordieuse bonté du Très-Haut. Aussi fut-il pris d'une sorte d'éblouisse-
36o La petite mère
ment, quand, retirant d^un mince étui un vase tf or qui contenait les saintes espèces, je lui dis :
€ — Encore à genoux, mon fils, pour recevoir votre Dieu qui daigne vous visiter.
€ Au fond de cette prison humide et noire, ce fiit une fête splendide. Un instant, les murailles fuitat illuminées de la présence de Celui à qui tout appartient : la terre, les mers, et c le firmament qui annonce Tœuvre de ses mains, où brillent des étoiles plus nombreuses que la postérité d^ Abraham, d'Isaac et de Jacob. »
c Comme Tauguste cérémonie finissait, la porte de la cellule s'ouvrit, et au seuil parut l'officier qui m^avait amené. Il me prévint que je devais le suivre à rinstant. Après un embrassement étroit, où le ciel avait encore plus de part que la terre, après des poignées de mains chaudes et multipliées, nous nous séparâmes. Je m^éloignai sans trop de regret, persuadé que je laissais au général, dans la possession de son Dieu, un ami autrement puissant que moi, autrement capable de le consoler que moi, autrement fait pour le soutenir que moi, « cet ami fidèle dont parle TEcclésiaste, qui est le soulagement de la vie et la promesse de Timmortalité, amicus JideliSj medicamentum vitœ et immortalitaiis. »
Le Supérieur du Jugement-Dernier accompagna ces derniers mots de ce geste qui clôt tout sermon catholique et que le prédicateur lance à son auditoire,
VOICI l'homme 36i
murmurant : — c C'est la grâce que je vous souîte ! » — puis, quittant le milieu du salon, marcha rs la porte ouverte à deux battants sur la pelouse i Pertuis. On se jeta sur ses traces avec empressesnt, et Ton hasarda quelques pas à travers la grande ée circulaire, dont le ruban blanchâtre s'effaçait ns les premières ombres de la nuit.
Durant plus de dix minutes, la file de nos dévots promena, silencieuse, recueillie, religieusement sorbée. Stéphane et sa femme, seuls, regardaient urs, où s'allumaient dans les masses obscures des isons entassées de rares lumières, et prenaient une te de plaisir douloureux à découvrir la Tranchée ' delà la ville. Oh ! la Tranchée que Daniel avait nchie le cœur inondé de toutes les joies I Cependant, nos séraphiques de la Paroisse du jement-Dernier, où Madeleine, pour la première 5, se trouvait confondue, ayant longuement, déliiisement savouré la pensée de la communion du léral dans sa prison, cette communion qui transpor- : madame Fuster, en mettant un nimbe de saint front transfiguré de son mari captif, commenmt à chuchoter, à piauler doucement. Bientôt ialewski perçut des paroles très distinctes. Il se procha. La baronne parlait.
- Mais, Révérend Père Supérieur, après les gués d'un si pénible voyage, vous ne pouvez ren- • à Tours sans prendre quelque chose.
— Certainement, Révérend Père Supérieur, ajouta Madeleine.
— Pourquoi ne dîneriez-vous pas avec nous? osa insister madame Fuster, dont la voix priait, conjurait.
Stéphane se mêla au groupe discret du Jugement- Dernier.
— Laissez-vous donc fléchir, mon Révérend Père, dit-il.
— Madame, j'ai tout mon bréviaire à lire, répondit le prêtre, et vraisemblablement il sera tard lorsqu'il me sera permis de manger. Dieu d'abord, nous après... A une autre époque, quand nous avions le bonheur de posséder le général, je ne refusai jamais de m'asseoir à votre table et d'autoriser les miens à s'y asseoir. Le ciel permettra que ces temps bénis reviennent. Aujourd'hui, le monde entier est à la tristesse, au deuil, à la désolation...
— Le monde entier, en effet, doit déplorer de voir la France... murmura Nadalewski.
— Monsieur, riposta le révérend père Phalippou avec une impatience irritée, les malheurs de la France ne sont rien comparés aux malheurs de l'Église.
— Les malheurs de l'Eglise?...
— Monsieur, si vous l'ignorez, laissez-moi vous apprendre que, le 20 septembre dernier, le roi de Sardaigne a envahi Rome, et que, depuis plus d*un
VOICI l'homme 363
^ois, le Saint-Père est retenu prisonnier dans le V'aticah.
Stéphane allait riposter, mais Madeleine et madame Nadalewska, qui l'avaient subitement entouré, *^ tirant chacune par un bras, l'entraînèrent vers l*Allée de Loulou.
— M. Grégoire Phalippou commence à m'agacer singulièrement les nerfs, gronda le philosophe, et je crains bien que nous ne fassions pas bon ménage longtemps.
A travers l'Allée de Loulou solitaire et sombre, ils aperçurent, dans l'intervalle des troncs, une ombre mince et longue qui montait, redescendait, remontait, puis ils ouïrent des balbutiements.
— Qui va là? s'écria Nadalewski.
L'ombre se hâta vers eux. Ils reconnurent le révérend père Barandon; en sa main droite, il tenait quelque chose de brillant qui cliquetait à petit bruit.
— Comment, c'est vous, révérend père Assesseur ? lui dit Madeleine.
— Je suis un peu en retard pour mes prières, dit l'ancien chanoine titulaire de Saint- Flour, et je me suis réfugié en cet endroit écarté pour réciter tranquillement mon chapelet.
Il finissait à peine d'articuler des mots du ton dolent et naïf qui lui était particulier, que le frère Edélestand arriva tout essoufflé.
— Mon Révérend Père, bredouilla-Ml, la voitu« ] est attelée; le Révérend Père Supérieur part.
Le moine sUnclina ; mais au moment où, rame*: nant sa robe pour prendre son élan, il allait dételopper ses jambes indéfinies, il sentit des doigts duts lui saisir le poignet qui retenait toujours le chapelet ballant.
— Monsieur Nadalewski, le Révérend Père Supérieur... murmura-t-il.
— Monsieur Barandon, lui dit Stéphane d'une voix brève, où sifflait librement la colère ' dont il était rempli, une minute s'il vous plaît. Il m'est revenu que M. le vicomte de la Livinière, ce matin, s'est introduit dans TÉglise de Saint-Avertin et a poussé Taudace jusqu'à parler à mademoiselle Fuster. Prévenez, je vous prie, ce monsieur, ou bien engagez
M.Grégoire Phalippouà le prévenir, que M. Stéphane Nadalewski, à qui le général confia sa fille, lui défend dWresser le moindre mot à mademoiselle Made* leine, de diriger de son côté le moindre regard. Si M. Eustazade de la Livinière ne tenait aucun compte des observations que vous ou votre Supérieur ne manquerez pas de lui faire en mon nom, il recevrait de ma main la correction qu'un honnête homme n'épargne jamais à un drôle, quand il a le malheur de le rencontrer sur son chemin. J'ai dit.
Le révérend père Barandon, tremblant de tous ses membres, put s'échapper enfin. A la lueur claire de
VOICI l'homme 365
^ lune qui se levait, nos trois promeneurs de l'Allée ^ Loulou virent la silhouette étirée du moine s en- SOufifrer dans les coussins de la calèche, qui disparut ^U galop au tournant de la descente de Saint- Avertin.