‹ La petite mère (volume 4)Chapitre 15 sur 33 · LA CONVERSION I · texte numérisé non relu

LA CONVERSION I

farouche les assauts du rbumatisin<e déchaîné. De temps à autre seulement, il arrêtait sur sa femme un regard qui lui disait merci pour les soins dont elle ne cessait de Tentourer.

Depuis l'heure où, devant la porte de la chapelle, le général était tombé sans connaissance dans les bras de Stéphane Nadalewski, la baronne ne l'avait pas quitté une minute^ attentive à tout, courant à tout, pleine à la fois de sollicitude et d'énergie. Tandis qu'en un coin de la vaste chambre préparée à la hâte pour recevoir le malade^ Madeleine, terrifiée par la première vue des poignantes misères d'ici-bas, se répandait en sanglots ; que les serviteurs, efifarés, se troublaient ; que David lui-même, dont il avait fallu accepter le secours, perdait la tête, madame Fuster, ferme et droite au chevet de son mari, gardait la pleine possession d'elle-même, donnant des ordres, écoutant les • médecins, exécutant leurs ordonnances, et tout cela avec une grâce discrète, une résolution ingénue qui communiquaient je ne sais quel charme sublime à son dévouement.

Les nuits surtout étaient pénibles. Le malade, en proie au cauchemar, au délire, provoqués par une fièvre persistante, réclamait une vigilance assidue. La baronne n'avait voulu s'en remettre à personne pour cette partie si accablante de ses devoirs, pas même à Nadalewski, à madame Nadalewska, à Daniel, à An* gelica Reiss, femme de Georges Reiss et cousine-ger-

l56 LA PETITE MÈRE

maine du général, qui imploraient la faveur de la suppléer quelquefois. Forte comme la femme de l'Evangile, elle avait décliné toutes les offres de service, et, ayant installé David et Pierre Marchand — un domestique arrivé de Bordeaux — dans une pièce à côté pour les trouver sous la main en cas de besoin, elle s'était établie dans la chambre des Tapisseries et ne l'avait plus quittée.

Madeleine suivit l'exemple de sa mère; comme elle, elle s'accoutuma à prendre de temps à autre quelques heures de repos dans un fauteuil. Certes, madame Fuster ne fit rien pour stimuler le zèle ému de sa fille, mais elle ne fit rien non plus pour y mettre obstacle. Cette femme aux qualités viriles, en qui la religion avait aidé au développement des sentiments héroïques, lesquels réclament des natures résistantes, un peu dures, était heureuse de voir son enfant commencer sa lutte contre les amertumes redoutables de la vie. Qui sait ? peut-être Madeleine, si légère, si frivole, mise tout à coup en contact avec les douleurs humaines, recevrait-elle une leçon capable de la modifier complètement. Oh ! alors, avec quelle joie^ dans cette terre jusqu'ici rebelle à ses efforts, facile à remuer aujourd'hui grâce à la divine rosée des larmes, elle jetterait le bon grain t

Madame Fuster, à travers la maladie de son mari, qui ne pouvait manquer d'entraîner son salut, car le général se tournerait vers le ciel, quand les hommes se-

LA CONVERSION I Sy

raient impuissants, se plut à espérer ainsi le salut de Madeleine, et, réchauffée par cette espérance, se sentit bien réellement des entrailles de mère. Enfin, Dieu avait exaucé ses prières, il allait prendre pitié des siens.

Cependant l'état de F uster demeurait toujours fort grave. En vain Nadalewski, au désespoir, avait-il consulté toute la Faculté de médecine, oîi il comptait de nombreux amis; en vain l'Empereur, empressé de donner à un officier général qu'il estimait une marque de sa haute bienveillance, avait-il dépéché Tun de ses médecins ordinaires, le docteur Guibal, vers Thôtel Trémière, on ne pouvait rien, il fallait attendre.

Le trouble était grand parmi les éminenls praticiens. On craignait que l'inflammation, dont les rayonnements funestes avaient gagné tout le côté gauche, n'eût une répercution au cœur, auquel cas le malade était perdu.

Si nous n'avions pris soin d'indiquer déjà par certains traits généraux la fermeté de caractère de la baronne, nous aurions de la peine à faire comprendre avec quel courage elle reçut ces fatales nouvelles. En apprenant que, d'une minute à l'autre, son mari pouvait lui être enlevé, madame Fuster, loin de se laisser abattre, ne songea, pour faire face au malheur qui la menaçait, qu'à s'armer d'une plus énergique résolution. Son devoir, du reste, se trouvait lumineusement tracé devant elle : puisqu'on devait renoncer à sauver î 14

l58 LA PETITE MÈRE

le corps du général, foudroyé par un mal terrible, il fallait s'occuper de sauver son âme à tout prix. Cette besogne supérieure, mais d'une réalisation presque impossible, lui incombait, et elle Taccomplirait pleinement, avec la vaillance d'une épouse chrétienne que rien ne lasse, que rien ne rebute, que rien ne défie.

Plus d'une fois, dans ses courtes stations avec son mari à Toulouse, à Tours, à Bordeaux, la baronne avait caressé le rêve d'un mariage mystique. Ce mariage, que a Tangélique viduité » décrite par l'apôtre saint Paul élève si haut, il naîtrait de la mort, qui serait véritablement une résurrection. Mais pour que cette alliance, oîi son âme avait entrevu les plus pures délices, fut nouée « en la céleste demeure, » il fallait d'abord que la porte de cette demeure pût être ouverte au fiancé. C'était donc à tourner vers le ciel le cœur de son mari, ce cœur si pitoyablement retenu aux choses terrestres, qu'elle devait s'employer tout entière.

Cette femme, en proie à des soucis religieux poi« gnants, n'eut qu'une idée désormais : amener le général à se confesser, à recevoir le saint viatique avant de mourir. Comment aborder avec lui un pareil sujet ? oîi trouver des mots assez habiles, assez touchants, assez persuasifs ?

Le temps ne laissant pas une minute à l'hésitation, la baronne, calcinée par le feu céleste, se sentit capable de toutes les audaces. Sans prendre la peine de trou«

LA CONVERSION iSg

ver un prétexte pour éloigner Stéphane Nadalewski, lequel peut-être attaquerait son plan et le ferait échouer, elle plia les deux genoux et se prépara par une longue prière au grand œuvre qu'elle méditait d'accomplie; puis, s'étant remise debout, rayonnante de la sublimité de sa foi, elle marcha vers le lit du général.

Deux heures du matin venaient de sonner, et c'était à peine si les lueurs amorties d'une lampe dessinaient les objets dans l'immense chambre des Tapisseries. Ici, près de la cheminée, en une bergère moelleuse, une forme vague dans l'attitude abandonnée du sommeil : c'était Madeleine; plus loin, près d'une table, une masse confuse courbée en avant sur le dossier d'une chaise ; c'était Stéphane Nadalewski ; enfin, se confondant presque avec les amples rideaux du lit, h silhouette rigide, immobik de madame Fuster. Sauf le chant très assoupi d'une bouilloire, que ponctuait de temps à autre le pétillement des bûches de hêtre se consumant dans le foyer, un vaste silence enveloppait l'hôtel Trémière, perdu déjà dans la paix des derniers jardins de Paris.

— Mon ami, articula une voix douce en le recueillement lugubre de la chambre à coucher.

Stéphane Nadalewski, saisi, releva légèrement l'abatjour^de la lampe. Dans la lumière subitement accrue, se détacha le lit qui occupait l'un des angles de la pièce, et, du milieu des tentures sombres, émergea avec un

'i6q la petite mère

relief tout à fait surprenant le visage pâle, émacié, réduit du moribond.

— Mon ami ! répéta la baronne.

Le général souleva ses paupières appesanties et tourna vers sa femme un œil terne, oCi tremblotaient les suprêmes lueurs de la vie.

— Quoi ? murmura-t-il.

— Mon ami, vous souvenez-vous de la chapelle des Dominicains du quartier de l'Amirauté, à Saint-Pétersbourg?

Les yeux du malade s'ouvrirent plus grands.

— Si je m'en souviens! soupîra-t-îl.

— Nous nous aimâmes là bien tendrement devant Dieu.

— Oui, oui,

— 11 faut recommencer à nous aimer comme à cette époque bénie.

Fuster retira ses deux bras enfouis sous les couvertures et, les tendant vers sa femme par un geste désespéré :

— Trop tard, Thérèse, il est trop tard... Je vais mourir.

— Vous ne mourrez pas, Je l'espère, mon bîenaimél...

A ce mot, des pleurs rares humectèrent les prunelles arides du général.

— Non, vous ne mourrez pas, continua la ba-

LA CONVERSION l6l

ronne... D'ailleurs, en quoi la mort nous empêcheraitelle de nous aimer? Ne vous rejoindrai-je pas bientôt au ciel. .. où vous irez?

— Au ciel?... Hélas!

— Là, plus de malentendus possibles ; là, notre union sera entière, et nous pourrons nous aimer d'un amour qui ne connaîtra ni la tristesse, ni l'amertume, ni les découragements de nos amours d'ici-bas; là, nous retrouverons la Perspective-Newski, et elle sera éternelle.

— Ah! chère Thérèse, adorable Thérèse! balbutia Fuster, je fus bien coupable, et je ne méritais point de mourir dans tes bras.

— Dieu est bon : il veut que, nés l'un pour l'autre, nous ne nous séparions plus.

— Plus Jamais.

— Ni dans ce monde, ni dans l'autre.

— Ni dans ce monde, ni dans Tautre.

A ce moment, Nadalewski, qu'un tel entretien mettait mal à l'aise, crut, malgré Tintimité qui le liait au malade, sa présence indiscrète... Il se leva... Marchant sur la pointe des pieds, iUétait parvenu à la porte de la chambre des Tapisseries, et, l'ayant entre-bâillée doucement, il se disposait à la franchir, quand André Fuster, avec un effort :

— Stéphane!

Nadalewski s'approcha du lit.

— Oîi vas-tu? lui demanda le général.

— Dans la pièce à côté. •

— Pourquoi?

— Vous avez besoin d'être seuls, mon ami... Mais tu sais, ne te préoccupe point, je ne quitterai cette maison quefayant vu debout.

— Je ne veux pas que tu t'éloignes.

— Je t'assure...

— Monsieur Nadalewski, intervint la baronne, nous n'avons rien à dire, mon mari et moi, que vous ne puissiez entendre. Du reste, vous êtes notre meilleur ami, et vous avez acquis depuis longtemps le droit de voir nos cœurs ouverts à tous, ici.

— Madame, vous me comblez...

— O Thérèse ! interrompit le général, comme je t'ai méconnue!...

La baronne pencha son beau visage au profil de camée sur son mari et baisa sa joue creuse. Comme si cette caresse inespérée avait soudain enrichi la vie défaillante du moribond, sa face blême se colora légèrement, puis il laissa échapper ces mots s

— Je suis heureux!

— Il dépend de toi de le devenir davantage, mon André, lui dit-elle, le tutoyant pour lu première fois depuis des années.

— Comment ?

— Le veux-tu?

— Je veux désormais tout ce que tu veux, Thérèse.

— Tout?

LA CONVERSION l63

— Tout.

— Même te confesser? articula- t-elle n'hésitant plus à toucher le point sensible.

Les lèvres amincies du général eurent un sourire

navrant.

— Il faut donc que tu en arrives à tes finsi murmura-t-il douloureusement.

— Si Dieu, m'infligeant une épreuve cruelle, te rappelait à lui avant moi, je t'en supplie, toi le seul être que j'aimai ici-bas avec mon père et mon enfant, laisse-moi la certitude que je dois te retrouver un jour là-haut.

C'était à son lit de mort que Fuster entendait les plus douces, les plus tendres paroles qu'il eût jamais entendues. Quelle torture à la fois et quelles délices pour ce cœur sincère, déchiré, meurtri! Il reçut un tel coup, qu'il resta un moment sans répondre, arrêtant sur la baronne immobile des regards effrayants de tristesse et d'amour.

Elle cependant, rigide et froide en dépit des mots brûlants tombés de sa bouche, ne put s'empêcher de répondre à l'appel muet des yeux de son mari. Elle lui prit les mains dans les siennes, et, les enveloppant par une étreinte passionnée:

— Me permets-tu de faire prévenir M. le curé de Sa'nt-Thomas-d'Aquin ? implora-t-elle.

Il demeura morne. Un moment même, on eût dit, à une contraction- de sa face^ qu'il désapprouvait

une proposition si inattendue. Ses bras, dont l'un noué par le rhumatisme, se raidirent visiblement. Cela n'était pas douteux, il tentait un effort pour dégager ses deux mains de Tétreinte oîi elles se trouvaient despotiquement retenues. Mais la baronne, dont les doigts grêles, fuselés, avaient acquis, par la violence du sentiment religieux qui les pénétrait jusqu'au bout des ongles, Tâpre rigidité d'une serre, refusa de lâcher prise.

Le général laissant retomber sur l'oreiller sa tête, qu'il avait soulevée à demi, ne fit pas entendre un mot. Il respirait. bruyamment.

— Réponds-moi, mon ami, veux-tu? reprit-elle, incapable de se déprendre de l'idée qui l'avait tout entière envahie.

— Quoi donc ? demanda Fuster ramenant enfin ses bras sous les couvertures.

— Je te l'ai dit : te confesser.

— Je verrai plus tard.

— Mais les médecins croient...

— Les médecins croient, interrompit vivement Nadalev^ski, que ton état n'est pas bien grave...

— Pourtant, ils nous ont avoué... continua la dévote impitoyable.

— • Pourtant, ils nous ont avoué, interrompit de nouveau Stéphane, que, si tel était ton désir, mon cher André, ils ne voyaient aucun inconvénient à ce que tu reçusses les sacrements de l'Église.

LA CONVERSION l65

Malgré sa faiblesse extrême, malgré ses jambes à peu près inertes, par un soubresaut de tout ce qui restait vivant en lui et ne voulait pas mourir, Fuster, se redressant tout d'une pièce :

— Je suis donc perdu? s'écria-t-il, absolument perdu sans ressources ?

Il promena autour de lui, sans rien regarder, des yeux effroyablement dilatés, hagards, des yeux aveugles quoique ouverts.

— Mais non, tu n'es pas perdu ! lui dit Nadalewski, étonné de découvrir si peu de courage chez un homme qui tant de fois avait bravé la mort.

— Mon Dieu! mon Dieu! soupira-t-il.

Et il s'affaissa dans son lit à y disparaître complètement.

— Tu vois, dit la baronne saisissant à la volée les derniers mots de son mari, tu vois, André, Dieu f occupe... Ah! si tu lui permettais, à ce Dieu que tu invoques, de venir à toi, de se donner à toi, quel soulagement t'apporterait sa présence! Qui sait? lui qui te connaît profondément, s'il n'aurait pas pitié de toi, de nous tous qui t'aimons, s'il ne te rendrait pas la santé!... Notre vie connut bien des épreuves, et je ne t'épargnai pas les amertumes; mais toi, trop généreux, trop noble, tu ne me reprochas jamais les erreurs oîi j'étais peut-être tombée à ton égard et ne me refusas jamais rien. Ne me refuse pas, aujourd'hui, la faveur

l66 LA PETITE MÈRE

de voir Dieu dans cette chambre. Je veux qu'il vienne, te touche et te guérisse,

— Que ton Dieu vienne à moi, Thérèse, et me touche, et me guérisse! murmura Fuster.

— Merci I s'écria-t-elle dans un élan de gratitude. Cette fois, les larmes jaillirent des yeux secs de ma«

dame Fuster et coulèrent rondes, brillantes comme des perles le long de ses joues. Ainsi que l'amour, la religion a des secondes de volupté suprême, que la créature humaine, pliant sous le faix, ne sait traduire au dehors que par des pleurs. Le bonheur, lui aussi, est un déchirement.

A son insu, la baronne s'était jetée à genoux de nou« veau, et, prosternée au pied du lit, elle priait ardemment.

Le généralfit un signe à Nadalewski, Celui-ci, tiraillé par mille pensées contraires, maudissant madame Fuster, dont la dévotion inquiète ne laissait aucun repos au malade, puis l'admirant pour la grandeur naïve de sa foi, était tout absorbé et ne vit pas qu'on l'appelait,

— Stéphane! dit Fuster.

Réveillé en sursaut, Nadalewski accourut.

— Tu vois oîi l'on en arrive, mon ami, murmura le général; me voilà au moment d'aller à confesse. Que veux-tu? Thérèse veut que je passe parce chemin qu'elle foule avec joie, et j'y passe. Une chose unique me réjouit désormais : obéir à Thérèse... Si je re-

LA CPNVERSION I 67

commençais la vie, si encore une fois je me retrouvais avec M. de la Sylve, avec mademoiselle de la Sylve dans l'hôtel de la Perspective-Newski, peutêtre dévie ndrais-je dévot, afin de n'être jamais séparé de cette femme admirable qui pleure à cause de moi, qui prie pour moi... Après tout, il n'y a pas aussi loin qu'on pourrait le croire entre servir Dieu et servir sa patrie. Tout cela n'est peut-être qu'une même religion... Pourquoi ne t'avouerais-je pas que, plus d'une fois, les paroles di\ révérend père Phalippou, que j'eus le tort de traiter un peu légèrement, m'allèrent au cœur... La tête encore résistait... Pourtant, contre Thérèse demandant, si j'échappe au mal qui m'étreint, que nous menions une existence nouvelle, si je meurs, que nous nous rejoignions là-haut, je me trouve à bout d'arguments... Mais voyons, toi, mon vieux Stéphane, toi dont la maladie n'a pas entamé le cerveau, je te prends pour mon guide à cette heure suprême et je mets ma dignité sous la protection de ton bon sens. Je ne voudrais pas, quand je ne serai plus, qu'on accusât le général Fuster d'avoir eu peur de la mort.

Nadalewski, surpris, se troubla.

— André, dit-il enfin, la maladie te laisse la plénitude de tes facultés, et tu n'as pas le droit de décliner en ce moment la responsabilité de tes actes. Je t'en conjure, agis selon tes inspirations propres. Je te connais : il n'existe pas d'homme plus honnête, plus loyal et, si tu le permets^ plus intrépide. Que tu te confesses

l68 LA PETITE MÈftE

OU que tu ne te confesses point, tu n'en resteras pas moins le plus cher de mes amis, le frère le plus tendrement aimé.

— Et, si le malheur voulait que tu fusses à ma place, que ferais-tu ?

— Même dans ce cas, nos situations n'auraient aucun point de ressemblance : ce qui me lierait ne te lie en aucune façon. J'ai derrière moi des œuvres que, malade comme tu Tes, il ne me serait pas permis de déserter^ tandis que toi, tu es libre*.

— Tu penses, alors?...

Il ne put ou n*osa pas achever. Manifestement, ce soldat, si robuste dans le péril des champs de bataille, défaillait quand la mort se présentait à lui dans la paix auguste, les affections discrètes, toutes les joies sereines de la famille retrouvée.

— Tu penses donc?... répéta-t-il.

' — Je pense que, s'il t'est agréable de t'entre tenir avec le révérend père Phalippou, tu ne dois pas hésiter à le faire appeler.

— Tu as raison, le révérend père Phalippou est un esprit supérieur. Je le verrai avec plaisir...

Il ajouta à voix très basse :

— Quelle misère, mon bon Stéphane, que nos débats sur Dieu, l'âme immortelle, la vie future ! C'est triste à dire, toutes les bonnes raisons que nous trouvâmes l'un et l'autre contre les religions, ne me sont d'aucun secours en ce moment.

Page 1