‹ La petite mèreChapitre 14 sur 27 · DAVID, DU 4" REGIMENT DE DRAGONS · texte numérisé non relu

DAVID, DU 4" REGIMENT DE DRAGONS

— Vous ne me pariâtes jamais de ce ton, et je me tais.

— Je conclus de votre silence que vous connaissiez l'état de Rosalie, et j'ajoute que vous, adonnée aux œuvres pies, vous en avez accompli une, ce jour-là, qui manquait de charité.

— Alors, parce que sa femme est menacée d'une maladie de poitrine, il me fallait garder chez moi un homme incapable de me rendre aucun service, puisque, obligé de nettoyer la chapelle, il y fumait contre toute décence, et, tenu d'accueillir à la porte les personnes pieuses qui ont pris l'habitude de venir entendre l'office divin au sanctuaire du Jugement- Dernier, il ne pouvait les recevoir sans murmurer quelque juron?

— Malgré ces inconvénients, que je vous demande la permission de trouver d'une insignifiance parfaite, vous deviez conserver David.

— Mais, général, hasarda le révérend père Pha- %ou...

-^ Monsieur, riposta Fuster, au moment de se cabrer, le point que je discute avec ma femme est délicat, et je n'ai pas eu l'honneur de solliciter votre avis.

Le moine se leva; la baronne, croyant qu'il s'en allait, trembla qu'en un jour des Quatre-Temps, les vêpres ne fussent pas célébrées à l'hôtel Trémièrc, et, retirant une petite clef de sa poche, la tendit au Supérieur du Jugement- Dernier, ^

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Celui-ci, la clef reçue, s'achemina vers la chapelle. Comme il allait en ouvrir la porte, André Fuster, le cœur criblé de piqûres d'épingles qui avaient creusé une blessure, ne se contint plus.

— Monsieur Tabbé, dit-il, si je refuse de vous voir intervenir dans un débat tout intime entre ma femme et moi, je ne vous autorise pas davantage à en user si librement dans ma maison. Les clefs de cet hôtel m'appartiennent, et moi seul ai le droit d'y toucher.

— Et moi donc? s'écria la baronne, se dressant de toute sa taille.

Superbe d'enthousiasme religieux, elle courut vers la porte de la chapelle et l'ouvrit à deux battants. L'autel, avec ses nappes brodées étincelantes de blancheur, ses bouquets de fleurs inondant les gradins, son tabernacle en malachite, son exposoir à colonnettes d'or, à chaperon capitonné de soie pourpre, apparut dans le fond.

— Madame ! madame î s'écria le révérend père Phalippou, que faites-vous? Pensez-y, il y a des hosties consacrées dans le saint ciboire. Je vous en supplie, du calme ! Vous allez provoquer un sacrilège !

Ces paroles horribles comblèrent la mesure. En dépit de l'infirmité qui lui roidissait les membres, le général, touchant à peine à sa béquille, ne fit qu'un bond du canapé à la porte de la chapelle, et, se plantant devant

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k Supérieur du Jugement-Dernier, ses cheveux courts hérissés, l'œil en feu, tout le visage tragique :

— Monsieur, lui dit-il d'une voix vibrante, je ne reçus jamais a£front pareil à celui que vous venez de m^infliger, et il est fort heureux que l'habit ecclésiastique vous recouvre et vous abrite, car vous tiendriez idéjà le châtiment que vous méritez... Certes, je n'ai pas vu sans dépit que vous vous fussiez emparé de Thôtel Trémière ; mais apprenez que je n'ai nullement Tinten tion de porter les mains sur votre saint ciboire et d'en disperser les hosties au vent... Pour qui me prenezvous ? Qui vous a-t-on dit que je suis ? Je passai ma vie au service de mon pays, et nul au monde, excepté vous, ne crut le général Fuster capable d'une lâcheté... Il est possible, monsieur, que je ne croie pas à tous vos mystères et que plus d'une de vos cérémonies me laisse froid; mais, parmi les rares personnes que j'aime, il en est à qui les diverses manifestations de votre culte demeurent chères, et cela m'a toujours suffi pour les entourer de mon respect. Ne redoutez donc rien, il ne sera fait nulle offense à votre Dieu... Je vous invite seulement à choisir un autre endroit que ma maison pour y réunir les fidèles de « la Paroisse du Jugement- Dernier ». Dans quelques jours, je mettrai les tapissiers à la pièce que vous occupez indûment et la ferai rendre à son ancienne destination. Tenez-vous pour averti.

La cloche qui déjà avait été ébranlée dans la cour,

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La crise fut terrible. La révolution que les médecins avaient appelée vainement, des souffrances morales la déterminèrent tout à coup. Ce que les eaux chaudes de la Savoie et des Pyrénées n'avaient pu, un mouvement de Tâme blessée venait de le produire. Jusque-là, la maladie avait cheminé sourdement, raidissant les membres sans éveiller de trop grandes douleurs. Désormais, c'étaient des élancements pareils à des coups d'épée sur tous les points de la charpente, et la peau, tuméfiée, avait acquis un degré de sensibilité qui rendait intolérable le contact le plus léger.

Anéanti par la violence du mal, André Fuster ne parlait ni ne bougeait, supportant avec un stoïcisme

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farouche les assauts du rhumatisme déchaîné. De temps à autre seulement, il arrêtait sur sa femme un regard qui lui disait merci pour les soins dont elle ne cessait de l'entourer,

Depuis l'heure oti, devant la porte de la chapelle, le général était tombé sans connaissance dans les bras de Stéphane Nadalewski, la baronne ne Pavait pas quitté une minute^ attentive à tout, courant à tout, pleine à la fois de sollicitude et d'énergie. Tandis qu'en un coin de la vaste chambre préparée à la hâte pour recevoir le malade, Madeleine, terrifiée par la première vue des poignantes misères d'ici-bas, se répandait en sanglots ; que les serviteurs, effarés, se troublaient ; que David lui-même, dont il avait fallu accepter le secours, perdait la tête, madame Fuster, ferme et droite au chevet de son mari, gardait la pleine possession d'elle-même, donnant des ordres, écoutant les médecins, exécutant leurs ordonnances, et tout cela avec une grâce discrète, une résolution ingénue qui communiquaient je ne sais quel charme sublime à son dévouement.

Les nuits surtout étaient pénibles. Le malade, en proie au cauchemar, au délire, provoqués par une fièvre persistante, réclamait une vigilance assidue. La baronne n'avait voulu s'en remettre à personne pour cette partie si accablante de ses devoirs, pas même à Nadalewski, à madame Nadalewska, à Daniel, à Angelica Reiss^ femme de Georges Reiss et cousine-ger-

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maine du général, qui imploraient la faveur de la suppléer quelquefois. Forte comme la femme de l'Evangile, elle avait décliné toutes les offres de service, et, ayant installé David et Pierre Marchand — un domestique arrivé de Bordeaux — dans une pièce à côté pour les trouver sous la main en cas de besoin, elle s'était établie dans la chambre des Tapisseries et ne Tavait plus quittée.

Madeleine suivit l'exemple de sa mère; comme elle, elle s'accoutuma à prendre de temps à autre quelques heures de repos dans un fauteuil. Certes, madame Fuster ne fit rien pour stimuler le zèle ému de sa fille^ mais elle ne fit rien non plus pour y mettre obstacle— Cette femme aux qualités viriles, en qui la religions avait aidé au développement des sentiments héroïques ^ lesquels réclament des natures résistantes, un pei — :: dures, était heureuse de voir son enfant comimencer si^ lutte contre les amertumes redoutables de la vie. Q sait ? peut-être Madeleine, si légère, si frivole, mi tout à coup en contact avec les douleurs humaines, r cevrait-elle une leçon capable de la modifier complét^^ment. Oh I alors, avec quelle joie^ dans cette terre ju ^qu'ici rebelle à ses efforts, facile à remuer aujOurd'h v3i grâce à la diyine rosée des larmes, elle jetterait le bon grain I

Madame Fuster, à travers la maladie de son mari, qui ne pouvait manquer d'entraîner son salut, car 1^ général se tournerait vers le ciel, quand les hommes se-

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raient impuissants, se plut à espérer ainsi le salut de Madeleine, et, réchauffée par cette espérance, se sentit bien réellement des entrailles de mère. Enfin, Dieu avait exaucé ses prières, il allait prendre pitié des siens.

Cependant l'état de Fuster demeurait toujours fort grave. En vain Nadalewski, au désespoir, avait-il consulté toute la Faculté de médecine, oti il comptait de nombreux amis; en vain l'Empereur, empressé de donner à un officier général qu'il estimait une marque

' de sa haute bienveillance, avait-il dépéché l'un de ses médecins ordinaires, le docteur Guibal, vers Thôtel

\ Trémière, on ne pouvait rien, il fallait attendre.

Le trouble était grand parmi les éminenls praticiens. On craignait que l'inflammation, dont les rayonnements funestes avaient gagné tout le côté gauche, n'eût une répercution au cœur, auquel cas le malade était perdu.

Si nous n'avions pris soin d'indiquer déjà par certains traits généraux la fermeté de caractère de la baronne, nous aurions de la peine à faire comprendre avec quel courage elle reçut ces fatales nouvelles. En apprenant que, d'une minute à l'autre, son mari pouvait lui être enlevé, madame Fuster, loin de se laisser abattre, ne songea, pour faire face au malheur qui la menaçait, qu'à s'armer d'une plus énergique résolution. Son devoir, du reste, se trouvait lumineusement tracé devant elle : puisqu* on devait renoncer à sauver I ^4

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le corps du général, foudroyé par un mal terrible, il fallait s'occuper de sauver son âme à tout prix. Cette besogne supérieure, mais d'une réalisation presque impossible, lui incombait, et elle l'accomplirait pleinement, avec la vaillance d'une épouse chrétienne que rien ne lasse, que rien ne rebute, que rien ne défie.

Plus d'une fois, dans ses courtes stations avec son mari à Toulouse, à Tours, à Bordeaux, la baronne avait caressé le rêve d'un mariage mystique. Ce mariage, que a Tangélique viduité » décrite par l'apôtre saint Paul élève si haut, il naîtrait de la mort, qui serait véritablement une résurrection. Mais pour que cette alliance, oti son âme avait entrevu les plus pures délices, fut nouée « en la céleste demeure, » il fallait d'abord que la porte de cette demeure pût être ouverte au fiancé. C'était donc à tourner vers le ciel le cœur de son mari, ce cœur si pitoyablement retenu aux choses terrestres, qu'elle devait s'employer tout entière.

Cette femme, en proie à des soucis religieux poi« gnants, n'eut qu'une idée désormais : amener le général à se confesser, à recevoir le saint viatique avant de mourir. Comment aborder avec lui un pareil sujet ? où trouver des mots assez habiles, assez touchants, assez persuasifs ?

Le temps ne laissant pas une minute à l'hésitation, la baronne, calcinée par le feu céleste, se sentit capable de toutes les audaces. Sans prendre la peine de trou-

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ver un prétexte pour éloigner Stéphane Nadalewskî, lequel peut-être attaquerait son plan et le ferait échouer, elle plia les deux genoux et se prépara par une longue prière au grand œuvre qu'elle méditait daccompliFy; puis, s'étant remise debout, rayonnante de la sublimité de sa foi, elle marcha vers le lit du général.

Deux heures du matin venaient de sonner, et c'était à peine si les lueurs amorties d'une lampe dessinaient les objets dans l'immense chambre des Tapisseries, Ici, près de la cheminée, en une bergère moelleuse, une forme vague dans l'attitude abandonnée du sommeil : c'était Madeleine; plus loin, près d'une table, une masse confuse courbée en ayant sur le dossier d'une chaise : c'était Stéphane Nadalewski ; enfin, se confondant presque avec les amples rideaux du lit, h silhouette rigide, immobile de madame Fuster. Sauf le chant très assoupi d'une bouilloire, que ponctuait de temps à autre le pétillement des bûches de hêtre se consumant dans le foyer, un vaste silence enveloppait l'hôtel Trémière, perdu déjà dans la paix des derniers jardins de Paris.

■^ Mon ami, articula une voix douce en le recueillement lugubre de la chambre à coucher.

Stéphane Nadalewski, saisi, releva légèrement Pabatjour de la lampe. Dans la lumière subitement accrue, se détacha le lit qui occupait l'un des angles de la pièce, et, du milieu des tentures sombres, émergea av<

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relief tout à fait surprenant le visage pâle, émacié, réduit du moribond.

— Mon ami ! répéta la baronne.

Le général souleva ses paupières appesanties et tourna vers sa femme un œil terne, où tremblotaient les suprêmes lueurs de la vie.

— Quoi ? murmura-t-il.

— Mon ami, vous souvenez-vous de la chapelle des Dominicains du quartier de T Amirauté, à Saint-Pétersbourg?

Les yeux du malade s'ouvrirent plus grands,

— Si je m'en souviens ! soupira-t-il.

— Nous nous aimâmes là bien tendrement devant Dieu.

— Oui, oui.

— 11 faut recommencer à nous aimer comme à cette époque bénie.

Fuster retira ses deux bras enfouis sous les couvertures et, les tendant vers sa femme par un geste désespéré :

— Trop tard, Thérèse, il est trop tard... Je vais mourir.

— Vous ne mourrez pas, je l'espère, mon bîenaimél...

A ce mot, des pleurs rares humectèrent les prunelles arides du général.

— Non, vous ne mourrez pas, continua la ba-

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ronne... D'ailleurs, en quoi la mort nous empêcheraitelle de nous aimer? Ne vous rejoindrai-je pas bientôt au ciel... où vous irez?

— Au ciel?... Hélas!

— Là, plus de malentendus possibles ; lu, notre union sera entière, et nous pourrons nous aimer d'un amour qui ne connaîtra ni la tristesse, ni l'amertume, ni les découragements de nos amours d'ici-bas; là, nous retrouverons la Perspective-Newski, et elle sera éternelle.

— Ah! chère Thérèse^ adorable Thérèse! balbutia Puster, je fus bien coupable, et je ne méritais point "C mourir dans tes bras,

— • Dieu est bon : il veut que, nés l'un pour l'autre, ^ous ne nous séparions plus.

-— Plus jamais.

— • Ni dans ce monde, ni dans l'autre.

""^ Ni dans ce monde, ni dans l'autre.

A ce moment, Nadalewski, qu'un tel entretien met- ^^it mal à l'aise, crut, malgré Tintimité qui le liait au ^^lade, sa présence indiscrète... Il se leva... Marchant ^^r la pointe des pieds, il était parvenu à la porte de la ^l^ambre des Tapisseries, et, l'ayant entre-bâillée doucement, il se disposait à la franchir, quand André Fuster, ^^ec un effort :

— Stéphane!

Nadalewski s'approcha du lit.

— Où vas-tu? lui demanda le général,

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— Dans la pièce à côté.

— Pourquoi?

— Vous avez besoin d'être seuls^ mon ami... Mais tu saiSf ne te préoccupe point, je ne quitterai cette maison que t'ayant vu debout.

— Je ne veux pas que tu t'éloignes.

— Je t'assure...

— Monsieur Nadalewski, intervint la baronne, nous n'avons rien à dire, mon mari et moi^ que vous ne puissiez entendre. Du reste, vous êtes notre meilleur ami, et vous avez acquis depuis longtemps le droit de voir nos cœurs ouverts à tous, ici.

— Madame, vous me comblez...

— O Thérèse I interrompit le général^ comme je t'ai méconnue!...

La baronne pencha son beau visage au profil de camée sur son mari et baisa sa joue creuse. Comme si cette caresse inespérée avait soudain enrichi la vie défaillante du moribond, sa face blême se colora légèrement, puis il laissa échapper ces mots :

— Je suis heureux!

— II dépend de. toi de le devenir davantage» mon André, lui dit-elle, le tutoyant pour la première fois depuis des années.

— Comment ?

— Le veux-tu?

— Je veux désormais tout ce que tu veux, Thérèse.

— Tout ?

LA CONVERSION

*"^ême te confesser? articula- t-elle n'hésitant plus . I * toucher le point sensible.

i-es lèvres amincies du général eurent un sourire ^8Vrant.

^ Il faut donc que tu en arrives à tes fins t mur- 'flûra-t-il douloureusement.

^Si Dieu, m'infligeant une épreuve cruelle, te

isppelait à lui avant moi, je t'en supplie, toi le seul

ftre que j'aimai ici-bas avec mon père et mon enfant,

laisse-moi la certitude que je dois te retrouver un jour

là-haut.

C'était à son lit de mort que Fuster entendait les plus douces, les plus tendres paroles qu'il eût jamais entendues. Quelle torture à la fois et quelles délices pour ce cœur sincère, déchiré, meurtri! Il reçut un tel coup, qu'il resta un moment sans répondre, arrêtant sur la baronne immobile des regards effrayants de tristesse et d'amour.

Elle cependant, rigide et froide en dépit des mots brûlants tombés de sa bouche, ne put s'empêcher de répondre à l'appel muet des yeux de son mari. Elle lui prit les mains dans les siennes, et, les enveloppant par une étreinte passionnée:

— Me permets-tu de faire prévenir M. le curé de Saint-Thomas-d'Aquin ? implora-t-elle.

Il demeura morne. Un moment même, on eût dit, à une contraction de sa face, qu'il désapprouvait

Uiîc proposition si inattendue. Ses bras, dont 1' noué par le rhumatisme, se raidirent visibleme Cela n*était pas douteux, il tentait un effort pour c gager ses deux mains de Tétreinte oti elles se trc vaient despotiquement retenues. Mais la baroni dont les doigts grêles^ fuselés, avaient acquis, par violence du sentiment religieux qui les pénétrait ji qu'au bout des ongles, l'âpre rigidité d'une serre, fusa de lâcher prise.

Le général laissant retomber sur l'oreiller sa té qu'il avait soulevée à demi, ne fit pas entendre un m Il respirait bruyamment.

— Réponds-moi, mon ami, veux-tu? reprit-el incapable de se déprendre de l'idée qui l'avait te entière envahie.

— Quoi donc? demanda Fuster ramenant enfin 1 bras sous les couvertures.

— Je te l'ai dit : te confesser.

— Je verrai plus tard.

— Mais les médecins croient...

— Les médecins croient, interrompit viveme Nadalewski, que ton état n'est pas bien grave...

— Pourtant, ils nous ont avoué... continua lad vote impitoyable.

— Pourtant, ils nous ont avoué, interrompit > nouveau Stéphane, que, si tel était ton désir, monch André, ils ne voyaient aucun inconvénient à ce que* reçusses les sacrements de l'Eglise.

LA CONVERSION l65

algré sa faiblesse extrême, malgré ses jambes à près inertes, par un soubresaut de tout ce qui lit vivant en lui et ne voulait pas mourir, Fuster, adressant tout d'une pièce :

— Je suis donc perdu ? s'écria-t-il, absolument perdu s ressources ?

1 promena autour de lui, sans rien regarder, des IX effroyablement dilatés, hagards, des yeux aveuîs quoique ouverts.

— Mais non, tu n'es pas perdu î lui dit Nadalewski, onné de découvrir si peu de courage chez un homme li tant de fois avait bravé la mort.

— Mon Dieu! mon Dieu! soupira-t-il.

Et il s'affaissa dans son lit à y disparaître complételent.

— Tu vois, dit la baronne saisissant à la volée les erniers mots de son mari, tu vois, André, Dieu t'ocupe... Ah! si tu lui permettais, à ce Dieu que tu ivoques, de venir à toi, de se donner à toi, quel souigement t'apporterait sa présence I Qui sait? lui qui î connaît profondément, sll n'aurait pas pitié de )i, de nous tous qui t'aimons, s'il ne te rendrait pas i santé!... Notre vie connut bien des épreuves, et je «t'épargnai pas les amertumes; mais toi, trop géné- Bux, trop noble, tu ne me reprochas jamais les erreurs ù j'étais peut-être tombée à ton égard et ne me refusas imais rien. Ne me refuse pas, aujourd'hui, la faveur

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de voir Dieu dans cette chambre. Je veux qu'il vienne, te touche et te guérisse,

— Que ton Dieu vienne à moi, Thérèse, et me touche, et me guérisse ! murmura Fuster.

— Merci! s'écria-t-eile dans un élan de gratitude.

Cette fois, les larmes jaillirent des yeux secs de madame Fuster et coulèrent rondes, brillantes comme des perles le long de ses joues. Ainsi que Tamour, la religion a des secondes de volupté suprême, que la créature humaine, pliant sous le faix, ne sait traduire au dehors que par des pleurs. Le bonheur, lui aussi, est un déchirement,

A son insu, la baronne s'était jetée à genoux de nouveau, et, prosternée au pied du lit, elle priait ardemment.

Le général fit un signe à Nadalewski. Celui-ci, tiraillé par mille pensées contraires, maudissant madame Fuster, dont la dévotion inquiète ne laissait aucun repos au malade, puis Tadmirant pour la grandeur naïve de sa foi, était tout absorbé et ne vit pas qu'on l'appelait.

— Stéphane ! dit Fuster.

Réveillé en sursaut, Nadalewski accourut.

— Tu vois oîi l'on en arrive, mon ami, murmura le général; me voilà au moment d'aller à confesse. Que veux-tu? Thérèse veut que je passe par ce chemin qu'elle foule avec joie, et j'y passe. Une chose unique me réjouit désormais : obéir à Thérèse... Si je re-

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commençais la vie, si encore une fois je me retrouvais avec M, de la Sylve, avec mademoiselle de la Sylve dans l'hôtel de la Perspective-Newski, peutêtre deviendrais-je dévot, afin de n'être jamais séparé de cette femme admirable qui pleure à cause de moi, qui prie pour moi... Après tout, il n'y a pas aussi loin qu'on pourrait le croire entre servir Dieu et servir sa patrie. Tout cela n'est peut-être qu'une même religion... Pourquoi ne t'avouerais-je pas que, plus d'une fois, les paroles du révérend père Phalippou, que j'eus le tort de traiter un peu légèrement, m'allèrent au cœur... La tête encore résistait... Pourtant, contre Thérèse demandant, si j'échappe au mal qui m'étreint, que nous menions une existence nouvelle, si je meurs, que nous nous rejoignions là-haut, je me trouve à bout d'arguments... Mais voyons, toi, mon vieux Stéphane, toi dont la maladie n'a pas entamé le cerveau, je te prends pour mon guide à cette heure suprême et je mets ma dignité sous la protection de ton bon sens. Je ne voudrais pas, quand je ne serai plus> qu'on accusât le général Fuster d'avoir eu peur de la mort. Nadalewskî, surpris, se troubla.

— André, dit-il enfin, la maladie te laisse la plénitude de tes facultés, et tu n'as pas le droit de décliner en ce moment la responsabilité de tes actes. Je t'en conjure, agis selon tes inspirations propres. Je te connais : il n'existe pas d'homme plus honnête, plus loyal et, si tu le permets, plus intrépide. Que tu te confesses

OU que tu ne te confesses point, tu n'en resteras pas moins le plus cher de mes amis, le frère le plus tendrement aimé.

— Et, si le malheur voulait que tu fusses à ma place, que ferais-tu ?

— Même dans ce cas, nos situations n'auraient aucun point de ressemblance : ce qui me lierait ne te ■ lie en aucune façon. J'ai derrière moi des œuvres que, malade comme tu l'es, il ne me serait pas permis de déserter, tandis que toi, tu es libre,

— Tu penses, alors?...

Il ne put ou n'osa pas achever. Manifestement, ce soldat, si robuste dans le péril des champs de bataille, défaillait quand la mort se présentait à lui dans la paix auguste, les affections discrètes, toutes les joies sereines de la famille retrouvée.

— Tu penses donc?... répéta-t-il.

— Je pense que, s'il t'est agréable de t'entretenir avec le révérend père Phalippou, tu ne dois pas hésiter à le faire appeler.

— Tu as raison, le révérend père Phalippou est un esprit supérieur. Je le verrai avec plaisir...

Il ajouta à voix très basse :

— Quelle misère, mon bon Stéphane, que nos débats sur Dieu, Tâme immortelle, 'la vie future! C*est triste à dire, toutes les bonnes raisons que nous tro^' vâmes Tun et l'autre contre les religions, ne me soO-^ d'aucun secours en ce moment.

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Il se tut. Puis il balbutia ces paroles désolées :

— L'homme... quelle effroyable inconnue!. . . Brusquement, par un excès de fatigue sans doute,

yeux se fermèrent, et il patut s'assoupir.

Comme Stéphane, à pas étouffés^ regagnait sa place près de la table, la baronne, qui s'était remise debout, l'arrêta.

-^ Monsieur Nadaléwskî, lui dit-elle, vous venez de vous conduire noblement en ne tentant rien pour détourner vôtre ami de ses bonnes dispositions. Merci. Màis^ après ce service éclatant que vous avez rendu à l'âme de mon mai-i, permettez-moi d'en réclamer un nouveau.

— Madattlé, ce n'est pas Thétire de vous faire remarquer que je ne suis pour rien, absolumeilt pour rien, dans les résolutions dû géhéral. Ce qui a tout fait, c'est vous, ou plutôt le pouvoir qtie vous avez conservé sur le cofeur d'André, qui vous aime aujourd'hui comme il vous aiilia aux preiriiers temps de votre rencontre à Sâint-Péfersbourg... Maintenant, dîspk](séz de moi sans me ménager, je vous prié. De quoi s'agît-il ?

— Vous n'avez peut-être pas oublié , monsieur Nadàlewski, la scène déplorable qui se passa dans le petit sàloh, le jour même de l'arrivée de mon mari ?

— J'étais là.

— Depuis lors, lé Révérend Père Supérieur du Jugement-Dernier, violemment expulsé de Thôtel

Trémière, n'y a pas reparu... J'ai eu beau, surledésic exprimé par le général lui-même, lui mander qu'il pouvait continuer à célébrer dans ma chapelle le sainl sacrifice de la messe, il s'est contenté de faire prendre des nouvelles de notre malade, tantôt par le révérenc père Canitrot, tantôt par le révérend père Barandon.. Cette situation, née d'un malentendu, m'est particulièrement intolérable, et me voilà, par les plus douloureuses circonstances, amenée à la faire cesser... J'avais proposé à mon pauvre André, pour entendre sa confession, le vénérable curé de Saint-Thomas-d'Aquin mais vous avez prononcé le nom du révérend père Phalippou, et c'est le révérend père Phalippou qu'il réclame... Mon embarras est grand... Comment faire?

— Cela me paraît bien simple, il faut envoyer chercher M. Grégoire Phalippou.

— Je n'ignore pas qu'un ecclésiastique est tenu d'accourir au lit des mourants, quand on le demandej et je connais trop le Révérend Père Supérieur, lequel possède le sentiment entier de ses devoirs, pour douter de son empressement à répondre à l'appel du générai Fuster. Mais, après le scandale qui a eu lieu à la porte de la chapelle, après l'intimité des relations qui existèrent entre le Révérend Père et les personnes de l'hôtel Trémière, peut-être serait-il convenable de dépêcher vers lui quelqu'un qui pût, sinon formuler de vagues excuses, fournir du moins quelque explication sur un éclat regrettable. . .

LA CONVERSION I7I

est justement cet éclat, madame, qui porta le coup à votre mari..

baronne^ dont les prunelles, humides tout à e, apparaissaient maintenant desséchées, lança à lane un regard clair et vif.

Vous me refusez alors d'aller jusqu'à la rue Oudi- }

-Il me semble que David suffirait.,.

D'une main crispée, elle saisit sur le dossier d^une haise une sorte de manteau de soie douillettement fourré, dont elle se couvrait pour courir d'une pièce à Fautre, et se le jeta sur les épaules.

— J'irai, moil dit-elle se redressant avec fierté.

— Quoi! vous irez à travers Paris, à trois heures du matin?...

— Je veux que mon mari soit sauvé.

•* Restez, restez I Je cours rue Oudinot.

Elle l'arrêta, et^ d'altière comme une héroïne, se faisant douce, affectueuse, cordiale, presque caressante :

"-Vous me promettez au moins, mon ami, de ré- <^cilier toute cette maison avec le Révérend Père Supérieur de l'Ordre du Jugement- Dernier?

^ Je vous le promets.

H disparut.

l'acte de contrition.

Stéphane sorti, la baronne laissa échapper un soupii de soulagement.

— Mon Dieul dit-elle avec effusion, vous avez exaucé mes humbles prières, que votre saint nom soit béni!

Et, allant vers un crucifix,que quelques jours auparavant elle avait accroché à la muraille, non loin du lit de son mari, elle en baisa respectueusement les pieds d'ivoire faisant saillie sur le bois noir. Elle se redressa. Son visage, d'ordinaire grave, sévère, un peu triste, rayonnait de Je ne sais quelle joie, quelle beauté céleste. Elle considéra le général sommeillant, puis écouta. La respiration du malade était faible mais régulière.

l'acte de contrition 173

— Pauvre ami, murmura-t-elle avec attendrissement, reposez en paix, je vous prépare la résurrection !

Elle marcha vers la cheminée et, secouant Madeleine endormie dans sa bergère près du feu :

— Levez-vous, ma fille, levez-vous, lui dit-elle, et priez î

L'enfant ouvrit les yeux, puis regarda autour d'elle avec étonnement. Voyant sa mère:

— Quoi, maman? demanda-t-elle.

— Cette nuit est une nuit de bénédiction, ma fille: votre père revient à Dieu, il se convertit.

— Vous le trouvez mieux, maman?

— De l'âme, oui, du corps, non; mais le corps importe si peu !

L'esprit de Madeleine, un moment comme enveloppé dans les derniers assoupissements du sommeil, recouvra la pleine possession de lui-même.

— Mon père est donc plus mal? s'informa-t-elle, tremblant de tous ses membres.

— La grâce de Dieu Ta touché, il sera sauvé!... Mettez-vous à genoux et répétez trois fois cette courte oraison jaculatoire que nous recommanda si souvent le Révérend Père Supérieur : — « Grattas agamiis Domino Deo nostro. »

La jeune fille obéit. Prosternée sur le parquet, les bras tendus vers le crucifix, elle articula pieusement

les mots latins :

« Gratias agamus Domino Deo nostro. »

Cette prière finie, la baronne la prit par la main la mena au chevet du général.

— Ma fille, lui dit-elle tout bas, il est des mèi qui, prenant compassion de votre âge, vous éloigr raient de ce lit ; moi qui ne négligeai rien dans l'i poir de faire de vous une chrétienne, je vous y co duis au contraire, afin que vous puisiez^ auprès votre père mourant, un enseignement en même ten qu'un exemple. La mort, qui termine la si pénil épreuve de la vie, est un effroi pour ceux c bornent leurs espérances à cette terre misérab pour nous qui croyons au ciel, elle ne peut être qu'v consolation.

— Mon père I mon pauvre père!... sanglota Ma< leine.

— Votre père fut \in homme noble, généreux, loj vaillant à se faire remarquer dans toute Tarmée fn çaise OU la vaillance est si commune. Il lui manqu seulement de connaître Dieu, et Dieu, qui est la s< veraine miséricorde, au premier appel que votre R( lui adresse, va accourir pour se donner tout entie lui.

— Mon père mourra donc?

— Pour vivre de la vie éternelle.

— Moi qui l'ai connu à peine! balbutia la jet fille... (.i?mme il a été bon pour moi, malgré ses so frances! ,. Mon Dieu! mon Dieu! conservez-moî m

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père, et je vous aimerai comme... comme vous aime manière...

— Ma fille!...

-... Et je ferai tout ce que vous voudrez, mon ^ Dieu! continua- t-elle, ses yeux ardents, noyés de 1^ larmes, arrêtés sur le crucifix.

D'un irrésistible élan, elle se coula entre sa mère et le bois du lit. Madame Fuster, redoutant quelque imprudence, la retint dans ses bras.

— Qu'allez-vous faire? lui demanda- t*elle.

^ Je veux embrasser mon père.

— Votre père dort, ne le réveillez pas.

— Et s'il venait à mourir durant son sommeil? Il &ut que j'aie son dernier baiser, qu'il en emporte un de moi au ciel.

— Tout à l'heure.

Le silence, une minute troublé dans la chambre des

Tapisseries, se rétablit, et la bouillotte de nouveau fit entendre ses sussurements plaintifs.

Madeleine regarda du côté de la table.

—Comment! dit-elle avec surprise, M. Nadalewski nous a abandonnées?

•^ Il reviendra bientôt.

■* Quand je songe que nous sommes seules, en un pareil moment!... Cependant nous avons des parents d^ns Paris. Les Reiss, les Bernheim, de Mulhouse, sont nos cousins... Je ne sais pas pourquoi personne Devient à Phôtel Trémière... Il nous restait les Nada-

lewski, et voilà qu'ils nous délaissent à leur tour... Ah! maman, vous avez raison, la vie est bien triste!..,

— La vie, telle que nous devons la mener, est une punition du premier péché.

— C'est égal, je suis bien sûre que si Daniel n'avait pas été obligé de retourner à Bordeaux, il ne nous aurait pas quittées, lui.

— Daniel?

— Oui^ maman, Daniel, le seul Daniel que je connaisse, Daniel Nadalewski.

— Eh quoi! ma fille, vous pensez à ce jeune homme? dem.anda la baronne scrutant Madeleine d'un œil protond.

— Je crois bien !

— Savez- vous que ce n'est pas convenable, cela?

— Que voulez-vous, chère maman? Daniel est si bon! Il ressemble tout à fait à sa mère. Vous ne vous figurez pas son chagrin quand il vit mon père*si malade. — « Et dire qu'il me faut repartir, répétait-il désespéré, et dire qu'il me faut repartir! » — J'étais touchée, moi, et je l'embrassai en pleurant. — « Vous m'écrirez au moins pour me donner des nouvelles? » me dit-il. — Je le lui promis, maisjenaipas eu le temps encore. Oh ! puis, franchement, je serais un peu honteuse qu'il vît mon écriture...

— Je vous défends d'écrire à M. Daniel Nadalewski, mademoiselle, articula madame Fuster sévèrement.

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~ Je vous obéirai, maman^ répondit la jeune fille dont le cœur entr ouvert se referma frileusement comme une fleur que le souffle îiu nord a touchée. — Maintenant, reprit la baronne, vous allez me remplacer dans cette chambre. Dieu accorde à votre père, qui fut un grand pécheur, comme nous sommes de grandes pécheresses, vous et moi, la faveur des \ derniers sacrements. J'ai à vaquer, tant dans la cha« pelle que dans Thôtel, à certains préparatifs. Le pa-* roissien, que vous voyez sur cette table, est ouvert aux Prières pour les Agonisants ; lisez-les à Tin- Icntion de votre père, qui va peut-être mourir. Elle sortit.

Madeleine demeura immobile à sa place, fichée dans le parquet. Elle n'osait ni faire un pas de plus vers le lit, ni aller vers la table, oti étincelait, dans k rond lumineux décrit par Tabat-jour de la lampe, la tranche dorée du paroissien. Les yeux attachés sur la face blanche du générai, dont les traits, dépouillés de toute boursoufflure, apparaissaient dans la beauté d'un dessin large, énergique, puissant, elle regardait encore, elle regardait toujours. Tout à coup elle crut entendre un bruit dans la pièce voisine. — Oh ! si c'était sa mère I — Elle se hâta vers la table et saisit k paroissien. Mais avant que ses lèvres eussent murmuré quatre paroles, le bruit s'éloigna, puis s'éteignit complètement .

Madeleine, rassurée, céda à son âme où, dès le

premier jour, son père s'était établi en maître absolu et, abandonnant le livre ouvert, rétrograda vers h malade. Elle avait encore besoin de voir celui qu'élit perdrait bientôt, qui l'aimait tant, qu'elle eût tan* aimé! Mille idées, nées d'une nature souverainement exquise, riche d'affection et de dévouement de tous les sentiments qui nous arrachent à nous même pour nous donner à autrui, traversèrent son es prit stupéfié par une douleur inconnue : — Si elle ré veillait son père?... si elle le baisait au front ?... si ell lui parlait?.». — Mon Dieu! elle ne savait à quoi s résoudre, que tenter... Pourtant, si son père venait . mourir sans qu'elle lui eût dit seulement un mo d'adieu !

Soudain, par la force unique de la torture que su bissait cette enfant, ces paroles tombèrent presque son insu de ses lèvres :

— Mon père, je ne veux pas que tu me quittes avar que je t'aie dit que tu es tout pour moi... C'est bie extraordinaire que, te connaissant depuis un mois peine, je t'aime comme si je t'avais toujours connu • Que faire à cela? C'est que personne aussi, si j'c excepte la petite fille de David, ne m'avait aimée ji3.î qu'ici comme toi... Moi, je suis malheureuse d'à v<5 ce caractère : il faut qu'on m'aime! Toi, tu me d « tu », et je te dis a tu ». Ce n'est rien cela, et ceper dant c'est beaucoup... Tu prieras bien le bon Dî^ pour moi, je t'en prie, afin que maman me passe 1^

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